O’Farrell, Maggie « Le portrait de mariage » (RL2023) 499 pages

O’Farrell, Maggie « Le portrait de mariage » (RL2023) 499 pages

Autrice: née en 1972 à Coleraine, en Irlande du Nord, est une romancière et journaliste britannique contemporaine. Dans ses œuvres, elle met l’accent sur la psychologie des personnages, ainsi que sur le va-et-vient incessant de la vie qu’elle symbolise par le biais des nombreux voyages accomplis par ses personnages et par son écriture fragmentée.
Née en Irlande du Nord, Maggie O’Farrell grandit successivement au pays de Galles et en Écosse.

Après des études littéraires à l’université de Cambridge, elle exerce de nombreux emplois, notamment celui de critique littéraire. 

Romans:  Quand tu es parti, 2000 – La Maîtresse de mon amant, 2003  – La Distance entre nous, 2005  – L’Étrange Disparition d’Esme Lennox, 2008 – Cette main qui a pris la mienne, 2011- En cas de forte chaleur, 2014 – Assez de bleu dans le ciel, 2017  – I am, I am, I am, 2019  –  Hamnet, 2021 – Le portrait de mariage, 2023  

Belfond – 24.08.2023 – 416 pages /10/18 – 14.08.2024 – 499 pages (The Marriage Portrait (2022) Traduit par Sarah Tardy)

Résumé:

Après Hamnet, Maggie O’Farrell nous entraîne dans la Renaissance italienne pour redonner vie à une femme libre, rebelle, incomprise. Portée par une écriture d’une beauté inouïe, une œuvre lumineuse et poignante
C’est un grand jour à Ferrare. On y célèbre les noces du duc Alfonso et de Lucrèce de Médicis. La fête est extravagante et la foule n’a d’yeux que pour le couple.
La mariée a quinze ans. Rien ne l’avait préparée à ce rôle. Elle n’était que la troisième fille du grand duc de Toscane, la discrète, la sensible, celle dont ses parents ne savaient que faire. Mais le décès soudain de sœur aînée a changé son histoire.
La fête est finie, Lucrèce est seule dans un palais immense et froid. Seule face aux intrigues de la cour. Seule face à cet homme aussi charismatique que terrifiant qu’est son mari.
Et tandis que Lucrèce pose pour le portrait de mariage qui figera son image pour l’éternité, elle voit se dessiner ce que l’on attend d’elle : donner vie à un héritier. Son propre destin en dépend…

Note historique
(Lucrezia de’ Medici ou Lucrezia di Cosimo de’ Medici), née le 14 février 1545 à Florence et morte le 21 avril 1561 à Ferrare est une personnalité de la noblesse du XVI eme siècle, fille de Cosme ler, Grand-duc de Toscane et de son épouse Éléonore de Tolède.E
n 1560, âgée de quinze ans, Lucrèce de Médicis quitta Florence pour entamer sa vie maritale auprès d’Alfonso II d’Este, duc de Ferrare. Elle décède un an plus tard , officiellement la cause de la mort est une fièvre mais selon la rumeur elle aurait été assassinée par son époux.

Mon avis: ❤️❤️❤️❤️❤️
J’aime les romans historiques, la période de la Renaissance et Florence… et j’ai énormement aimé ce roman sur Lucrèce de Médicis, dont je ne connaissais pas l’histoire. 

Lucrèce est le cinquième enfant (la 3ème fille) du couple formé par Eleonore et Cosme de Médicis.
Ce roman relate  non seulement le portrait de mariage proprement dit (par le peintre Le Bronzino et ses assistants – dont le jeune Jacopo qui est un personnage très attachant) mais la courte vie de Lucrèce. Lucrèce qui va avoir une enfance malheureuse  – heureusement que la présence de sa nourrice lui donnera un peu d’amour – et qui pourra heureusement se réfugier dans son don pour le dessein et la peinture pour avoir de la joie dans son enfance.
A douze ans, elle se retrouvera promise à Alfonso II d’Este, suite au décès de sa soeur ainée qui lui était initialement fiancée. Un mariage d’alliance entre deux familles puissantes. Mais non seulement elle est très jeune mais en plus elle y est totalement réfractaire. Elle devra quitter Florence et sa vie deviendra un cauchemar. Cette alliance n’a qu’un seul but : donner des héritiers au Duc d’Este, un personnage complexe, dur. Les premiers mois ce mariage semble être synonyme de liberté et de bonheur alors que les deux époux résident à la campagne mais dès qu’ils rejoignent Ferrare, tout change. Elle va cohabiter avec deux des soeurs du Duc et être sans cesse sous surveillance… Comme elle tarde à être enceinte, la situation va empirer de jour en jour et Lucrèce va craindre pour sa vie. Un roman poignant et bouleversant, mais qui ne verse jamais dans le pathos et la sensiblerie. Tout en finesse et en délicatesse.
Cette biographie un peu romancée de la vie de la jeune fille est oppressante, et décrit le statut des femmes de la noblesse dont la raison d’être est l’alliance entre familles.
C’est une magnifique description à la fois romanesque et historique qui nous est livrée par l’autrice et ce récit m’a beaucoup touchée. Nul doute que je vais lire son roman précédent « Hamnet ».

Extraits: 

Le palais du père de Lucrèce était un édifice versatile, aussi changeant qu’une girouette. Il donnait parfois l’impression d’être l’endroit le plus sûr au monde, un roc protégé par une garnison entière, abritant les enfants du grand-duc comme une vitrine abriterait des figurines de verre ; et parfois il semblait aussi oppressant qu’une prison.

Les mots s’imprimaient dans sa mémoire comme une semelle dans la boue fraîche qui ensuite sèche et durcit, conservant l’empreinte à jamais. 

Puis elle partit à grandes enjambées vers la cheminée, attrapa le tison et le plongea dans le brasier, où les bûches, crachant, protestant d’avoir été dérangées, soufflèrent une constellation d’étincelles dans l’âtre noirci par le suif.

La nuit s’amoncelle autour d’eux, l’obscurité s’intensifie, comme si quelqu’un projetait dans l’air des tourbillons de peinture noire.

La forêt, de nuit, semble s’étirer jusqu’au pied de la villa, pressée contre ses murs, encerclant ses habitants derrière son monde battant et vert ; elle insinue dans leurs rêves des branches qui craquent, du lichen qui rampe, des pousses frêles aux feuilles striées de veines assoiffées de lumière.

Arrivé devant elle, il se penche en avant, plié en deux, et, glissant une main autour de son cou, se courbe encore un peu pour poser ses lèvres sur les siennes – une pression brève, insistante. Ce geste lui rappelle son père apposant son sceau sur un document, marquant par là son appartenance.

Elle a passé sa vie à étudier les gens de loin ; c’est une faculté qu’elle possède, ou du moins qu’elle a développée avec les années. Elle est capable de décoder une posture, une tenue vestimentaire, une gestuelle, le positionnement d’une tête, une expression faciale, et même un simple coup d’œil. Dès l’instant où elle pénètre dans une pièce, Lucrèce est capable de dire qui possède le plus de pouvoir, quel genre de pouvoir, qui est le rival de qui, qui est allié, qui peut détenir un secret.

Comme la neige s’amasse dans un creux, la peur commence à l’emplir, à former autour d’elle de grandes congères invisibles.

Son père lui aurait de toute façon trouvé un mariage avantageux, car c’est bien, après tout, le but en vue duquel elle a été conçue : être mariée, servir de maillon dans les chaînes du pouvoir, donner des héritiers à des hommes comme Alfonso.

Le sommeil ne viendra pas ; il est un étalon qu’elle ne peut ni attraper ni harnacher ; chaque fois, il la fait tomber à terre, détale dès qu’elle s’approche, refuse qu’on l’amadoue.

Une bonne en robe de bure ne vaut pas mieux qu’une table ou qu’un chandelier sur un mur. Lucrèce a soudainement accès à la vie privée, cachée du château, à l’envers de la broderie, là où se trouvent tous les nœuds, toutes les trames et tous les secrets.

Cet homme qui possède bien des visages, qu’elle n’a peut-être pas encore tous vus.

Tous ces mots défilent dans sa tête comme le vent froid dans la forêt de son rêve. 

Image:  partie du portrait par Le Bronzino.

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