Guirao, Patrice « Trois noyaux d’abricots » (2025) 232 pages
Auteur:
né en 1954 à Mascara (Algérie), parolier et romancier français.
Adolescent, Patrice Guirao et sa famille s’installent en Polynésie française. Il poursuit des études à l’ENAC pour devenir aiguilleur du ciel, profession qu’il abandonna rapidement pour se consacrer pleinement à l’écriture. De chansons d’abord, puis de comédies musicales et enfin, de livres.
Patrice Guirao a contribué à l’écriture des textes de plusieurs comédies musicales (souvent avec Lionel Florence), dont notamment Les Dix Commandements, Cléopâtre, Le Roi Soleil[, Mozart, l’opéra rock, Robin des Bois, Les Trois Mousquetaires, Alive (film musical), et plus récemment, Bernadette de Lourdes.
Il écrit des paroles pour de nombreux chanteurs comme Art Mengo, Johnny, Florent Pagny, Calogero, Obispo, Garou…
Romans: Tamariata, l’enfant nuage (2000) – Crois-le ! – Lyao-ly (2011) – Si tu nous regardes (2012) – Tu vois ! (2018) – À la lueur du sang (2015) – – Trois noyaux d’abricots (2025)
Série Lilith Tereia : Le Bûcher de Moorea (2019) – Les Disparus de Pukatapu (2020) – Rivage obscur (2022)
Série Al Dorsey : Rien n’est perdu (2022)
Au vent des îles – 11.04.2025 – 232 pages
Résumé:
Sauveur Solin a huit ans et vit un drame. La directrice de son école, en région parisienne, est tombée et gît au pied des escaliers. A-t-elle glissé ? L’a-t-il poussée ? Dans sa tête, le garçon retient le temps et se souvient. Trois ans auparavant, sa vie était douce dans son village d’Algérie… jusqu’à ce que l’ombre de la guerre ne se dessine en toile de fond, charriant son cortège d’horreurs et d’absurdités.
Alors, face à elle, comme un rempart, se dressent les souvenirs. Ceux qui parlent des copains, de la mort naturelle du pépé, d’un poème de García Lorca, de tontons héroïques, de noyaux d’abricot, d’une casquette bien chaude. Sauveur s’accroche à son innocence, il grappille tout le bonheur qu’il peut dans ces flash-back. Mais était-ce du bonheur ? Est-il le témoin ou bien l’acteur de toute cette tragédie ? Est-ce ainsi que les enfants de la guerre grandissent, la mort sans cesse collée aux basques ?
Mon avis :
Alors les noyaux d’abricots… durs à avaler. Ils me sont malheureusement restés en travers de la gorge…
Dommage car l’idée était bonne .
J’ai cinq ans, j’ai six ans, j’ai sept ans, j’ai huit ans et c’est la guerre.
La guerre d’Algerie, les combats dans Alger, la vie de famille difficile, les uns qui veulent rester et les autres passer en France…
MAIS j’ai décroché.. dès le tout début ! Il y a des jolies réflexions d’enfants mais non… C’est surement bien, mais pas pour moi… Le regard de l’enfant sur la vie, la mort, la guerre, le langage et les réflexions d’enfant… désolée mais ça’a pas passé..
Alors oui il y a de jolies phrases, mais la manière de présenter les événements qui sont atroces, durs, difficiles à vivre, tant pour un enfant que pour un adulte a abouti au résultat contraire. Au lieu de m’émouvoir et de me toucher,…je me suis demandée .. bon c’est bientôt fini et tous les personnages m’ont agacé …
Extraits:
« C’est un secret entre toi et moi, mais ton grand-père n’est pas mort. Il est dans ton cœur maintenant et tant qu’il est dans ton cœur, elles continueront à pousser, ses moustaches. »
J’ai constaté que, plus ils deviennent grands-pères, moins les adultes parlent. Un peu comme s’ils avaient déjà presque tout dit et que ce qui restait à dire n’avait pas grand intérêt.
Une grand-mère ne peut pas mentir. C’est comme un petit bonheur : ça rend les choses meilleures, c’est tout. Et puis c’est si jolie, une mémé ! Comment ne pas tout lui pardonner ? Sauf peut-être de ne plus exister. Mémé me raconte toujours plein d’histoires.
Toutes les histoires de Mémé commencent toujours par « Il était une fois… », comme dans les livres.
La mer était rageuse et déchirait ses vagues, mettant en charpie ses propres voiles d’écume dressées vers le ciel, hurlant sa colère aux nuages bas et lourds d’orages contenus. Le vent ivre se cognait aux portes et aux fenêtres, décapitait les pins, s’élançait, furieux, combattre d’invisibles titans dont les cris s’accrochaient aux herbes des dunes.
Je voudrais qu’il pleuve parce que j’en veux à la terre entière. Je voudrais voir des trombes d’eau déferler sur cette blessure pour que s’y noie toute la douleur qui s’en échappe. Pour qu’elles emportent déjà avec elles cette marque que le fer rouge des vérités vient d’y creuser. Pour qu’elles effacent à tout jamais ce sentiment amer qui vient de naître en moi, cette impression douloureuse qu’aucun bonheur ne pourra jamais exister sans contrepartie.
On se retrouve toujours face au mur. Le mur de l’incompréhension, le mur de l’intolérance, le mur de la haine, le mur de l’absurdité, celui de la solitude. J’étais trop jeune pour savoir qu’il allait devenir comme pour chacun d’entre nous un compagnon de voyage. Un miroir sans regard dont on ne peut rien attendre. Indifférent mais innocent.
Les héros se taisent. Ils gardent le silence pour que les mots ne trahissent pas les souvenirs. Pour que personne ne puisse jamais savoir ce qui se cache derrière les frontières du courage sans les avoir franchies lui-même.
Alors je ne sais pas pourquoi nous avons peur. C’est peut-être ça, la guerre : la peur. Un peu comme la mort. Comme chez le dentiste, sauf que là je sais pourquoi j’ai peur.
Le mal était fait. Le doute était entré en moi pour y faire son lit, le lit d’une rivière riche de tous les océans à venir. Plus que le doute peut-être : la méfiance. Je n’aurai plus confiance, ni aux autres ni en mes propres certitudes. Je venais de faire une terrible erreur et une douloureuse expérience. J’avais cru que ce que le cœur chuchote est vrai, et j’ai appris qu’on pouvait le tromper.
N’oubliez jamais qu’un enfant est sacré, même quand les hommes perdent la raison. N’oubliez jamais. N’oubliez jamais, parce que vous êtes les hommes de demain et que demain la paix dépendra de vous.
Attendre la paix revenait à attendre qu’on vienne nous égorger à la maison. Est-ce que Papa savait lire ? Est qu’il n’avait pas vu partout écrit sur les murs de la ville : « La valise ou le cercueil » ? Qu’est-ce qu’il ne comprenait pas dans cette phrase ? Il n’y avait qu’une solution : partir.