Pitz, Clarence « La parole du chacal » (2018) 336 pages
Autrice: Clarence Pitz est Bruxelloise et professeur d’Anthropologie et d’Histoire de l’Art. Après avoir dirigé le casier judiciaire de Bruxelles pendant 7 ans, Clarence Pitz change radicalement de carrière pour devenir professeur d’Anthropologie et d’Histoire de l’Art. Elle publie son premier thriller, « La parole du chacal », en 2018. Passionnée par la diversité des cultures, elle plonge ses lecteurs dans l’univers très sombre de l’ethno-thriller, un genre particulier du noir où les us et les coutumes des personnages alimentent le suspense et tissent l’intrigue. De la savane africaine à la jungle indonésienne en passant par les quartiers sensibles de Bruxelles, l’autrice prend un malin plaisir à nous balader jusqu’aux confins de l’enfer.
Elle fait partie du collectif « Les louves du Polar »
Son premier livre, « La parole du chacal», un thriller atypique au cœur du Mali, est finaliste du concours VSD du meilleur thriller en 201. Il est publié aux Editions IFS en octobre 2020.
Série Inspecteur Karel Jacobs
Tome 1 : « Ineffaçables » (IFS, 2021), son second roman, met en scène le Bruxelles post-attentats. Il est primé à deux reprises.
Tome 2 : « Meurs, mon ange » (IFS, 2021; Folio, 2024) remporte le Prix de l’auteur belge 2022 dans la catégorie « Thrillers » .
Tome 3 : « Les enfants du serpent » Clarence Pitz renoue avec Bruxelles et l’Afrique et signe un récit poignant, à la fois brutal et profondément humain. Il a été récompensé par le prix du Coquelicot Noir, le prix lumière des Mines Noires, le prix Escargot Noir, le prix Torra Nera, le prix Noires Sœurs et le prix des Mordus de Thrillers.
« Dérapages » – 19 histoires inédites du Collectif les louves du polar
« D’Où Personne Ne Revient » parait en 2026 et nous entraine dans L’île de la Sentinelle, au large du golfe du Bengale.
« La malédiction » éditions Auzou. (littérature jeunesse)
Editeur Le Lys bleu – 15.08.2018 – 336 pages –
Résumé:
« Partez à la découverte du Mali ! Rencontrez son célèbre peuple, les Dogons, et partagez leur vie durant trois semaines ! Célébrez avec eux le fameux Sigui, fête religieuse qui n’a lieu que tous les soixante ans ! Profitez d’un voyage unique et exclusif en petit groupe. Inscrivez-vous dès maintenant, les places sont limitées. Dogons 2027, l’expérience d’une vie. » Claire aurait dû suivre son intuition et renoncer à ce voyage. L’ombre fantomatique qu’elle a aperçue au milieu des tombes dogons dans un documentaire ne présageait rien de bon. Surtout qu’Armand, guide charismatique et anthropologue renommé, était resté curieusement évasif lorsqu’elle lui avait posé des questions sur ces caveaux. Armand dont le coup de volant a plongé leur camionnette dans un marigot. Tout ça pour éviter un foutu chacal ! Le village dans lequel ils ont échoué après cet accident est peuplé d’habitants craintifs et entouré d’une nature hostile. Un village isolé et désuet où le temps semble s’être arrêté. Un véritable tombeau à ciel ouvert dont il est impossible de sortir. Dire qu’elle a entraîné Sacha, son fils de dix ans, dans cet enfer… Et que, chaque nuit, un mystérieux visiteur vient déposer d’étranges objets près du garçon.
Mon avis: 🖤🖤🖤🖤
Très prenant et très anxiogène cet ethno-thriller. Trop dur et violent pour le coup de coeur absolu mais le contexte est tellement passionnant et bien rendu ! Le coup de poing va laisser des traces… Et puis j’aime l’histoire des civilisations, les traditions, les rituels funéraires (je m’y connais davantage en matière de civilisation égyptienne), les mythes et légendes, les origines du monde, … alors évidemment que je n’ai pas pu lâcher le roman, dont l’ambiance est électrique..
C’est avec grand plaisir que je découvre l’écriture de cette autrice et que je retourne au Mali, pays que j’avais parcouru avec la Série Commissaire Habib et les enquêtes sur les rives du fleuve Niger de Moussa Konate et certaines de ses enquêtes dans les villages des Dogons.
Un ethno-thriller remarquable ! Le plaisir de la découverte du Mali va virer au cauchemar pour un petit groupe de touristes, leur guide et leur chauffeur.
Quel privilège que de pouvoir assister aux aux cérémonies du Sigui, cette fête religieuse de l’ethnie Dogon qui n’a lieu que tous les 60 ans ! Eux qui partaient vivre un événement exceptionnel vont bel et bien vivre l’expérience d’une vie… mais pas celle à laquelle ils s’attendaient ! Un huis-clos dans une région reculée, enveloppé de mystère et de scènes plus glauques les unes que les autres. Le tout baigne dans une atmosphère suffocante, en Afrique de l’ouest, par un temps caniculaire, dans un contexte qui se situe hors du temps, le village dans lequel vont atterrir les touristes étant coupé de tout depuis des décennies. Perte totale de repères, tant sociaux que temporels. La tension est présente du début à la fin, tant dans les événements que dans les rapports entre les êtres.
Un groupe hétéroclite sous la direction d’Armand, qui organise le voyage et conduit par un chauffeur dogon, Anatali, qui parle aussi le français après avoir vécu en Europe. Anatali est d’ailleurs le personnage que j’ai de loin préféré, à cheval entre deux cultures.
Je vous invite à embarquer dans cette aventure , à vous installer dans le car avec vos compagnons de voyage. Et l’aventure commence dès le début du chemin…
– Claire et son fils Sacha de dix ans (qui va tenir un journal de bord qui fait l’objet de plusieurs chapitres et dans lequel le gamin se confie « cher cahier…
– un couple de personnes âgées : la femme est impossible à vivre et le mari sympa
– un couple d’amoureux dont la femme est tout sauf une aventurière
– 3 jeunes amis style « bobo » – deux hommes et une femme
– un homme qui est cramponné à sa petite mallette ( qui contient en ait un appareil photo)
Ce qui est au début un voyage d’agrément culturel va se transformer en cauchemar, en lutte pour la survie…
On y croise les Dogons mais aussi les Bozo. On y croise les habitants du village – fictif – de Bokeli, on découvre les falaises de Bandiagara, les rites et traditions, les cérémonies funéraires et les danses de commémorations, on baigne dans une ambiance surnaturelle et envoûtante…
Ne le lisez pas avant de vous endormir si vous ne voulez pas faire de cauchemars… mais lisez-le . Il en vaut la peine si vous vous intéressez aux cultures et civilisations africaines.
Extraits: (principalement sur les cérémonies et croyances)
Il revient sur les fondements du Sigui, ensemble de fêtes cérémonielles au cours desquelles les Dogons célèbrent à la fois la résurrection du premier ancêtre sous forme de serpent ainsi que la révélation de la parole aux hommes. C’est une fête du renouveau étroitement liée à la cosmogonie dogon, façon complexe de considérer les origines du monde.
Pour les Dogons, le chacal, le renard pâle ou encore Yorougou est un animal mythologique extrêmement important. Pour être concis, c’est l’esprit perturbateur, le fils imparfait et rebelle du Dieu primordial, Amma. En gros, c’est celui qui apporte le désordre.
Avant, les hommes vivaient éternellement. Quand ils devenaient vieux, ils se transformaient en serpents et continuaient à vivre au fond des grottes avec les génies. Mais un des fils du Lébé a rompu un interdit. Alors, tous ont été punis par Amma, le tout puissant, et ont été frappés par la mort. Alors que les Dogons se préparaient à une longue migration, ils voulurent emporter avec eux les ossements de leur ancêtre. À leur place, il y avait un serpent, énorme ! C’était le Lébé, revenu à la vie sous cette forme. C’est lui qui a conduit les Dogons jusqu’ici, dans les falaises. Il leur a montré le chemin.
Les fêtes commémorent la résurrection de notre premier ancêtre ! Chaque village taille un nouveau masque à son effigie, un grand serpent de bois. Il remplace le précédent, vieux de soixante ans.
— Le meurtre n’est pas courant au pays des falaises. La peur d’être jugé puis emporté par les esprits dissuade efficacement les habitants. Du coup, ils se tiennent à carreau. Ils font dans la prévention plutôt que la répression.
Pourquoi enfermer des suspects alors que les esprits les ont dans le collimateur et que la nature fera son œuvre de toute façon ?
Tellems, le peuple qui vivait dans les falaises jusqu’au seizième siècle, avant que les Dogons ne viennent s’installer dans la région pour, d’après ce que l’on raconte, fuir l’islamisation. Il précise qu’on les surnomme les « petits hommes rouges ».
Dans certaines versions du mythe originel, ce fils naît, impur et maudit, du Dieu primordial Amma et d’une mère non excisée, voué à la fourberie et à l’errance. Amma avait créé la terre pour s’unir avec elle, mais sa partie masculine s’érigea sous forme de termitière et fit obstacle à l’accouplement. Yorougou naquit de cette première union imparfaite. Puis, le fils décevant de Dieu s’empara de la parole de sa mère sous forme de fibres vestimentaires. La parole était tissée, comme le vêtement. Il arracha le tissu, crime incestueux. Conséquence désastreuse : il possédait par ce vêtement la parole de Dieu que les devins allaient pouvoir traduire. Aujourd’hui, les Dogons utilisent le même mot, « so », pour désigner le langage ou le tissage.
Dans les falaises de Bandiagara, les paroles sont nombreuses.
Il y a le dogon, connu de tous, langue que j’ai mis quelques mois à maîtriser. Bien sûr, quelques variantes dialectiques me causent parfois des soucis, mais je suis capable de communiquer aisément.
La langue secrète, celle du Sigui, est uniquement révélée aux initiés à l’issue de rites de passage et de la circoncision. Le « sigui so » est la parole des ancêtres et de l’« awa », la société des masques.
Les funérailles suivent l’inhumation, sans cela, le mort continue d’errer dans le village, du moins, son esprit.
Le premier masque à faire son entrée est le Satimbe ou « sœur des masques », surmonté d’une effigie féminine d’une bonne cinquantaine de centimètres de haut. Il est directement suivi par plusieurs Kanagas, vastes heaumes cruciformes. Ces derniers opèrent d’étranges mouvements circulaires, frappant le sol de leur structure de bois. Puis, d’autres masques font leur apparition. Certains, zoomorphes, représentent des antilopes, des singes ou encore des lapins et des poules. D’autres, anthropomorphes, empruntent les traits d’un goitreux, d’un guérisseur ou d’une femme peule. Les jupes de raphia, d’un rouge étincelant, ondulent et gambillent à chaque pas de danse. Les costumes, masques et cagoules scintillent de mille cauris et de fibres de couleurs vives.
Deux danseurs, perchés sur des échasses, déambulent en fin de cortège d’une démarche aisée mais saccadée. Ils sont directement suivis du fameux Sirige, le masque « maison à étages », énorme heaume de plusieurs mètres de haut qui, rien qu’à la force de son porteur, vient frapper le sol de coups secs pour ensuite se relever avec une facilité déconcertante.
Ils reproduisent la danse du chacal, ce fils raté qui s’était emparé des fibres de sa mère alors qu’elle avait la forme d’une fourmi, volant de la sorte la parole sacrée. Le renard pâle avait tracé sur la terrasse mythique, dans la foulée, la première table de divination.
Informations ( Wikipedia):
Les Dogons sont avant tout des cultivateurs (essentiellement de mil) et des forgerons. Ils sont réputés pour leur cosmogonie et leurs sculptures. Leur langue parlée est le dogon, qui regroupe plusieurs dialectes. Il existe aussi une langue secrète, le sigi so, réservée à la société des masques. Les Dogons sont liés avec l’ethnie des Bozos par la « parenté à plaisanterie » (appelée sinankunya au Mali). Dogons et Bozos se moquent les uns des autres, mais parallèlement, se doivent mutuelle assistance.
Image:
MASQUE DU DAMA – DOGON – MALI – MASQUES DE DANSE
Le dama est une cérémonie de lever de deuil, inhérente au culte des morts chez les Dogons.
Lors de cette cérémonie collective qui concerne tous les décès du village, les âmes des défunts sont appelées à rejoindre les ancêtres.