Bannalec, Jean-Luc «Péril en mer d’Iroise» (2018)

Bannalec, Jean-Luc «Péril en mer d’Iroise» (2018)

Auteur : Jean-Luc Bannalec est le pseudonyme d’un écrivain allemand (Jörg Bong) qui a trouvé sa seconde patrie dans le Finistère sud. Après Un été à Pont-Aven (2014), il écrit la suite des aventures du commissaire Dupin dans Étrange printemps aux Glénan (2015), Les Marais sanglants de Guérande (2016)  L’Inconnu de Port Bélon (2017) , Péril en mer d’Iroise (2018) , Les disparus de Trégastel : Les vacances du commissaire Dupin (2019).  Tous ses romans ont paru aux Presses de la Cité.

Les aventures du commissaire Dupin – tome5

Presses de la Cité 22.03.2018 / (522 pages)

 Résumé : Périls et mystères en mer d’Iroise… Trois cadavres en trois lieux de crime, et le commissaire Dupin est sur le pont ! Le premier corps est retrouvé au petit matin dans un local à filets de la criée de Douarnenez ; la victime est une pêcheuse professionnelle. Sur l’île de Sein, le corps sans vie d’une jeune chercheuse spécialiste des dauphins gît dans le cimetière dit  » des cholériques « . Le troisième cadavre, enfin, sur la presqu’île de Crozon, est celui d’un professeur de biologie à la retraite, passionné d’histoire.

Ces trois meurtres sont liés, cela ne fait aucun doute… Mais qui serait le coupable parmi les pêcheurs et les travailleurs de la mer ? Quel est le motif de ces crimes ? Dupin apprend bientôt qu’une volumineuse croix en or pur – une relique de la fameuse cité engloutie d’Ys ? – aurait soulevé bien des convoitises, poussant les protagonistes à s’espionner… Contrebande d’alcool et de cigarettes, pêche d’espèces interdites, fonds marins en péril, quête d’un trésor perdu sont au coeur de cette cinquième enquête de Dupin, forte en iode !

Mon avis : Je reste en Bretagne avec le Commissaire Dupin après avoir quitté  le Concarneau de Noël Balen et Vanessa Barrot «Coquillages et trépassées» (2017) – Je viens de le voir à la télévision dans la série « Commissaire Dupin ». Le jour et la nuit. La série enlève toute la magie bretonne au récit, le Commissaire ne correspond pas du tout. Bref contente de lire le roman pour me replonger dans l’ambiance. Bienvenue au pays des pirates, des contrebandiers depuis des siècles (alcool, cigarettes …), des légendes, de l’Océan…, des problèmes de la pêche intensive, de la surpêche de certains qui entravent la vie des petits pêcheurs.  Plongez aussi dans le monde des amoureux des dauphins, de la disparition des espèces, de la mort des océans..

Un vrai guide touristique de la Bretagne, de l’île de Sein et de sa région  : ses 54 rues, ses deux quais, son éclairage à led, ses 4 véhicules. Son histoire : à l’époque romaine, pendant la guerre de cent ans, l’appel du 18 juin…  Ses privilèges accordés sous Louis XIV, le risque de disparaitre avec le réchauffement climatique. Ses trois musées, la réserve naturelle d’Iroise, son cimetière des cholériques, ses menhirs qui se causent…

Un petit tour à Douarnenez : ses sardines,  Napoléon qui fit la fortune de la région avec l’invention des boites de conserve ; les habitants de la ville s’étaient eux-mêmes baptisés avec fierté les Penn Sardin, les têtes de sardines, la mythique ville d’Ys, le Kouign Amann, le port du Rosmeur, les phares de la région … Et l’île Tristan, et les autres ….

Sans oublier toutes les légendes (’oracle d’une déesse celtique servie par neuf prêtresses vierges lors de cérémonies rituelles. Les Gallicènes)

Et en plus, l’intrigue est passionnante, pas de temps morts, les personnages bien campés… C’est la cinquième enquête du Commissaire Dupin mais elle peut se lire sans avoir lu les précédentes..

Extraits :

le solstice d’été, fête qui s’appelait Alban Hefin chez les Celtes.

A chacune de ses enquêtes, le commissaire, qui avait tendance à tout transformer en rituels, installait son quartier général dans un café, parfois même en pleine nature.

Les couleurs ne devaient rien au hasard. Chaque pêcheur, chaque patron de pêche choisissait personnellement les couleurs qu’il combinait à l’envi.

La mer avait été au cœur de ses longues rêveries, et ce bien qu’il abhorrât déjà les voyages en bateau, quelle que fût l’embarcation. Probablement cette peur était-elle née de ses rêves. Les innombrables créatures étranges, ces horribles monstres sortis de son imagination et qui, comme chez Jules Verne, hantaient les profondeurs marines : les crabes gigantesques, les serpents de mer, les monstres informes et ondulants. Le monde sous-marin était d’un noir aussi intense que le cosmos. Un univers inconnu et merveilleux, mais effrayant.

Le Goulenez, le Grand Phare. Une célébrité. Presque tous les phares bretons étaient célèbres et portaient un nom, rappelant qu’ils figuraient dans un palmarès officieux qui mesurait l’inaccessibilité et l’inhospitalité des lieux où ils étaient édifiés.

L’époque romaine ! Sein et Ouessant étaient les deux étapes les plus importantes sur la route reliant la mer Méditerranée à la Grande-Bretagne et au nord de l’Empire. La route la plus fréquentée pour le commerce et les opérations militaires. L’activité était fébrile ! C’est ici aussi que les Romains ont fait la connaissance des neuf druidesses, elles…

De mauvaises langues ont même affirmé que les insulaires s’étaient opposés à la construction du premier phare sous prétexte qu’il aurait empêché les naufrages. Car on n’obtenait du vin que quand les bateaux échoués en transportaient.

Les maisons sont imbriquées pour empêcher le vent de passer ; elles se protègent mutuellement.

Le costume noir des femmes de Sein tire son origine de l’épidémie. Aujourd’hui encore, la coiffe est noire.

On dit que celui qui voit une cinquième pierre tombale dans la rangée de gauche, commença-t-elle en s’efforçant vainement de ne pas parler sur un ton trop dramatique, celui-là a vu sa propre tombe.

en dégustant une huître, c’était purement et simplement la mer qu’on avalait.

Ici, sur l’île, nous laissons chacun être ce qu’il veut. C’est dû à une alchimie singulière entre le sens collectif et solidaire d’une part et un individualisme forcené d’autre part.

le Bag Noz ! La barque de nuit. A l’ouest de l’île, non loin de la chapelle.
Manet vint de nouveau à la rescousse du commissaire.
— C’est l’équivalent maritime du Garrig an Ankou, le chariot des morts.
Dupin connaissait l’histoire de l’Ankou qui collecte les âmes des défunts sur sa charrette.
— La barque de nuit apparaît, poursuivit madame Coquil, quand de sombres événements ont lieu. On ne peut pas vraiment la voir, l’apparition reste floue et elle s’éloigne quand on s’en approche. On entend parfois des cris déchirants s’élever de la barque. L’âme du premier noyé de l’année est alors condamnée à barrer l’embarcation.

A cause de l’émission excessive de CO2 due à l’activité humaine, les océans s’acidifient, et cela a déjà des conséquences néfastes : un tiers de la vie marine est en danger de mort imminent, d’innombrables espèces ont déjà disparu. Ce n’est pas un scénario catastrophe pour un avenir lointain, c’est depuis longtemps la réalité.

Je vous conseille de prendre votre café à Ty Mad, à deux pas du domicile de Morin. C’est un hôtel-restaurant datant de la fin du XIXe siècle et d’une beauté originale, sa terrasse est paradisiaque. Vous n’y serez pas dérangé. Max Jacob, Picasso, Dior s’y rendaient dans les années 1930 ;

Les gens d’ici se rappellent tout. Le passé est encore présent.

Un millénaire, qu’est-ce que c’est ? Seulement une chaîne de trente à quarante vies humaines.

Mieux vaut des problèmes plus tard que ne pas agir à temps », telle était sa devise.

Quiconque foulait le sol de l’île le ressentait tout de suite : on était loin de tout, beaucoup plus loin que les neuf kilomètres qui les séparaient dans la réalité.

en Bretagne, Dieu était inconcevable sans le diable à ses côtés ; ils formaient un couple indissociable. La légende préférée de Dupin était celle de la limace, ar velc’hwedenn ruz. Depuis que le monde était monde, le diable avait toujours tenté d’imiter les créations de Dieu, avec qui il rivalisait. Mais il ne réussissait jamais tout à fait, il manquait toujours quelque chose. C’est pourquoi il existait des créatures imparfaites, à demi finies, ratées, et que le mal courait le monde. Cette conception possédait une force indéniable : il suffisait de regarder autour de soi. Lorsque Dieu créa l’escargot, si noble, le diable voulut faire de même. Mais impossible de façonner la coquille de l’escargot. C’est ainsi que la limace vint au monde.

Aucune culture ne maîtrise la tradition orale aussi bien que les Celtes. Nous l’avons élevée au rang d’art. Des légendes !

Quand tout allait mal et qu’on ne savait plus à quel saint se vouer, il n’y avait qu’une seule issue : la fuite en avant.

Les vagues – des montagnes d’eau – s’étaient transformées en monstres imprévisibles, comme si un Titan pris de rage frappait de son poing redoutable la surface de la mer, distribuant des coups désordonnés et terrifiants. L’air manquait, ne restaient que l’écume et les embruns qu’on avalait à chaque inspiration. Le fracas assourdissant de l’océan avait épousé le tumulte de la tempête. Lorsque les énormes crêtes des vagues explosaient, l’eau déferlait à l’horizontale.

Informations : Les Gallicènes, ainsi s’appelaient-elles, étaient les premières sorcières dont l’Histoire fait mention. A l’aide de formules magiques, elles ordonnaient à la mer de se soulever et aux vents de se déchaîner ; elles avaient le pouvoir de se métamorphoser en un animal de leur choix, de soigner les malades et les moribonds. Elles prédisaient aussi l’avenir.

Photo : Ile de Sein cimetière des Cholériques

(2ème livre choisi pour le « challenge j’ai lu 2018 » ) : Un livre dont vous avez vu l’adaptation ciné

One Reply to “Bannalec, Jean-Luc «Péril en mer d’Iroise» (2018)”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *