Incardona, Joseph «Derrière les panneaux, il y a des hommes » (2015)

Incardona, Joseph «Derrière les panneaux, il y a des hommes » (2015)

Résumé :

Pierre a tout abandonné, il vit dans sa voiture, sur l’autoroute. Là où sa vie a basculé il y a six mois. Il observe, il surveille, il est patient. Parmi tous ceux qu’il croise, serveurs de snack, routiers, prostituées, cantonniers, tout ce peuple qui s’agite dans un monde clos, quelqu’un sait, forcément.

Week-end du 15 août, caniculaire, les vacanciers se pressent, s’agacent, se disputent. Sous l’asphalte, lisse et rassurant, la terre est chaude, comme les désirs des hommes. Soudain ça recommence, les sirènes, les uniformes. L’urgence. Pierre n’a jamais été aussi proche de celui qu’il cherche.

– Grand Prix de Littérature Policière 2015

L’auteur en parle :

Enlèvement d’enfant sur une aire d’autoroute le 15 aout. C’est peut-être la tragédie la plus grande qui puisse arriver et le personnage principal est sûr que cela n’est pas un cas isolé. Roman très documenté sur l’enlèvement. Et quand il y a disparition, il y a la lutte contre le temps…

Galerie de personnages … la psychologie des personnages passe avant l’intrique… c’est plus un roman noir car on connaît le coupable dès le début.

Unité de lieu : l’autoroute… un non-lieu, lieu de passage mais où les gens vivent ; la civilisation de l’autoroute (la voiture est un pilier de cette vie, qui a engendré le passage des personnes et des biens.. la chaleur est étouffante… Quand on est sur l’autoroute, on est pris en otage… il y a des grillages, on est « prisonniers », on passe des heures bloqués dans les bouchons… Et là ou passe l’autoroute, il y a eu destruction de la nature.

L’autoroute : élément architectural majeur du XXème siècle … Pour les construire on fait des trouvailles que l’on les enfouit de nouveau.

Allégorie d’un monde en bout de course, en surchauffe, qui tourne en rond. On est dans une société qui va mal, ou tout se déglingue ; sous le vernis social … il y a un homme viscéral…

Dans le livre, il y a toujours un truc qui coince… dans la vie de tous… même des gendarmes..

La capitaine qui est en charge de l’enfant est une femme sans enfant… Une femme, dernier rempart avant que tout bascule… Toucher aux enfants est une chose qui n’est pas tolérable.. Cela réveille les haines et les consciences…

La littérature se croise avec la littérature (3 livres avec des personnages du livre de François Bon) et la nouvelle de Julio Cortazar (L’autoroute du Sud)

Mon avis :

Très mitigée.. pas du tout aimé le style d’écriture..   Un gros OUI pour le FOND , un gros NON pour la FORME

Grand Prix de Littérature Policière 2015… tout un programme. Gâché par le sordide de l’écriture (mais je suis une délicate) Mis à part quelques belles phrases le style d’écriture choisi à dessein est tellement trivial, grossier, vulgaire que cela m’a agressé et que j’ai plusieurs fois hésité à poursuivre. Et pourtant … le microcosme de l’autoroute, les personnages paumés qui gravitent le long des voies, les gens qui habitent dans ce huis-clos qu’est le monde autoroutier… Cette tragédie et la profondeur des personnages, tout y est… le roman est puissant, les personnages justes, l’ambiance glauque à souhait, la description documentée du monde de l’autoroute criant de vérité et totalement hallucinant … Déshumanisés, désespérés, laissés pour compte se côtoient. L’idée est géniale… mais tout a été gâché par l’avilissement des personnes, le rapport continuel avec la dégradation des personnes… Je veux bien croire que les gens en bout de course se laissent aller… mais pas comme ça…  misère, désespoir, laisser-aller certes mais ce sexe sale et violent, est-ce vraiment nécessaire … peut-être que je vis trop au pays des « bisounours » … mais comme le but recherché était de déstabiliser et de choquer… je dois reconnaître que l’objectif est atteint… Lisez-le, mais sachez que certaines scènes peuvent choquer…

Extraits :

Vue d’une certaine hauteur, l’humanité est émouvante

Il lit beaucoup. Revues spécialisées de toutes sortes, sites internet, blogs. Ce qui l’intéresse, c’est l’information.

Nous vivons dans un monde chrétien. Mais pas forcément un monde de bonté.

Le « jamais autant » n’est pas beaucoup, mais c’est tout ce qui lui reste à donner à cet homme.

« vivre » est un mot trop connoté d’optimisme.

La vie continue autour de lui. D’autres gens, d’autres problèmes. Le malheur est égoïste.

Pascal est un marin du bitume.
Bientôt, il va prendre la route.

Elle voudrait faire le vide, mais « faire le vide » équivaut souvent à réfléchir. Même en dormant, elle a l’impression de réfléchir. Soucis récurrents se transformant en rêves, demi-sommeil agité des individus sous pression. Et puis le réveil comme une libération avant le pire.

Comme si les humains avaient besoin du fléau pour réaliser ce qu’ils sont en train de perdre.

Ces deux-là dialoguent sans même avoir à parler.
Ils se comprennent, bien sûr. En silence.

Comment faire pour connecter le vide avec du rien ?

Chacun dans sa tête, éloignés l’un de l’autre

Consciente des bons moments qu’il faut savoir prendre, goûter, préserver dans l’océan du malheur potentiel qui nous entoure.

Si elle était une femme fontaine, il y a longtemps qu’elle se serait noyée.

Elle est le déchet d’une étoile morte brillant encore à des années-lumière, froide à elle-même car tout ce qu’elle avait à donner a été brûlé.

S’il y a un secret, il est dans l’envie.
« Avoir envie de » est un bon point de départ.

Contrairement à ce que la notion d’intuition suggère – c’est-à-dire qu’elle ne serait pas la conclusion d’un raisonnement conscient – l’intuition est la conscience portée au maximum de son potentiel.
Convergent : sensibilité, expérience, connaissance, logique, capacité d’analyse.
Nommer ce point d’intersection est impossible, encore moins l’expliquer.
D’où le terme d’intuition.

Un mur, ce n’est rien à côté de l’indifférence. Un mur, ça se creuse, ça se contourne, ça se franchit. Un mur est un obstacle. L’indifférence est un néant, le zéro de l’infini.

une lutte incessante avec un temps dont il est parfois difficile de faire bon usage tellement on ne sait pas quoi en faire.

Le mensonge, c’est l’ailleurs, c’est là où les gens veulent être

Ils se souviennent l’un de l’autre sans savoir d’où ni pourquoi.
Deux âmes vieilles ayant gardé la trace d’un regard.
Leurs yeux ne se quittent pas.

Comment lui dire que, passé un certain seuil de souffrance, on devient un chien fou, qu’il n’y a plus de lien social, qu’il n’y a plus de lois, qu’il n’y a plus rien à respecter si ce n’est la soif du mal.

tout système clos porte en lui son désordre. Et croît avec le temps.

 

(image : Brandon Kidwell)

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