Jahn, Ryan David «Emergency 911» (02/2013)

Jahn, Ryan David «Emergency 911» (02/2013)

Auteur : Ryan David Jahn, né en 1979 en Arizona, est un écrivain et scénariste américain.

Il a déjà publié plusieurs romans chez Actes Sud : De bons voisins (2012), Emergency 911 (2013), Le Dernier Lendemain (2014) et La Tendresse de l’assassin (2016). Dark Hours, et The Breakout, ne sont pas encore traduits

Résumé : À Bulls Mouth, Texas, quand on fait le 911, on tombe directement sur le Bureau du shérif. Collé derrière le central, son adjoint Ian passe ses journées à jouer aux cartes sur l’écran de son ordinateur tout en répondant aux rares appels d’urgence. Il faut dire qu’il n’a plus du flic que l’uniforme. Il y a sept ans, sa fille Maggie a été kidnappée dans sa chambre. L’en – quête n’a rien donné et on n’a jamais retrouvé la moindre trace de la petite. Quelques mois plus tôt, elle a été déclarée morte. Depuis, Ian s’est mis à boire, sa femme l’a quitté et le shérif lui a retiré son arme de service. Ce jour-là, il lui reste une heure à tirer quand il reçoit un coup de fil un peu spécial. “Je vous en prie, aidez-moi !” Ça fait sept ans qu’il n’a pas entendu sa voix, alors au début il ne la reconnaît pas. Pourtant c’est bien elle. Sa petite fille l’appelle au secours. Elle a réussi à s’échapper et à trouver une cabine téléphonique. Mais la conversation est brutalement écourtée. Son ravisseur vient de lui remettre la main dessus. Il n’a à peu près rien : une description sommaire du kidnappeur et la localisation de la cabine, où un combiné doit se balancer au vent. Mais à peu près rien, c’est déjà quelque chose, et il ne laissera pas Maggie disparaître une seconde fois. Alors il prend son SIG Sauer, grimpe dans sa Mustang 1965 et part à sa recherche. Du Texas à la Californie, il enfile l’Inter – state 10 à tombeau ouvert sur la trace du monstre qui lui a volé sa vie.

Mon avis : J’avais déjà lu son premier roman « De bons voisins » couronné par la Crime Writers’Association (voir article: Jahn, Ryan David «De bons voisins» (2012) ). Une fois encore l’auteur focalise sur la violence et sur la volonté de vivre de la victime. Très vite on sait qui est le coupable, mais ce n’est pas l’important. L’important c’est la folie des personnages et leurs motivations. La force de l’amour qui dépasse les limites de l’acceptable, pousse au meurtre, au crime, à la violence des personnes qui n’auraient vraisemblablement pas franchi le pas si une chose atroce ne leur était pas arrivée. Une vie banale, un choc : tout disjoncte et fait de vous un monstre. Et une fois le processus enclenché, on est pris dans l’engrenage…

Mais cette fois, la victime n’est pas seule.. Au moment où l’espoir renait, ou la preuve que la fillette est vivante existe, alors son père se met en mouvement, inexorablement, avec la volonté de l’arracher à son bourreau. Elle a toujours été sa raison de vivre, il a toujours refusé de croire à sa mort, et il fera tout le possible et l’impossible pour la retrouver. Une poursuite haletante, un suspense toujours présent… des menaces de mort en suspension sur les protagonistes du roman… de fait on tremble soit pour l’un, soit pour l’autre.. Quel sentiment l’emportera ? la peur ? la haine ? l’envie de vivre ? la destruction ? la folie ? Le paysage est à l’unisson du récit… Plus on s’enfonce dans la violence, plus le désert avance, la civilisation recule, jusqu’à finir par disparaître … La vengeance est plus forte que la raison, et on se renie soi-même au nom de l’amour, de l’amitié, de la fraternité.

Une fois dans ce livre, je ne l’ai plus lâché. Style fluide, aucun temps mort. J’ai beaucoup aimé la façon qu’a l’auteur de nous raconter l’histoire du point de vue de tous les acteurs et de nous exposer les sentiments et moteurs de tous les protagonistes. Ce n’est pas un enlèvement pervers. C’est la folie par amour de personnages totalement pervertis par la douleur. Une vie tranquille brisée par un enlèvement : le couple explose, le mari sombre, puis il se trouve une raison de continuer à avancer, et sa personnalité explose et le sens des valeurs vole en éclat. Du côté du ravisseur.. la mort d’un bébé… et … je vous laisse découvrir la suite…

Extraits :

C’est étrange, plus on attend avant de faire quelque chose, plus c’est dur. Une petite tâche à accomplir, si vous la repoussez au lieu de la saisir à bras-le-corps, elle prend de l’ampleur, comme une boule de neige qui grossit en roulant, et ce que vous auriez pu ramasser d’une main et glisser dans votre poche a désormais la taille et le poids d’une planète.

C’est drôle comme une ville qu’on habite peut grandir sans même qu’on s’en aperçoive. Vous vous tenez tranquille, mais autour de vous tout bouge, un jour vous levez la tête et vous vous sentez perdu : tous vos anciens repères ont disparu, et les nouveaux repères n’ont de sens que pour les autres, pas pour vous

Il regarde les cieux en espérant y trouver Dieu, mais tout ce qu’il entend c’est la voix de l’obscurité entre les étoiles : un appel qui sonne aussi creux que le vent du désert.

Je serais comme un ours en peluche qui essaie de faire un câlin à un bâton de dynamite.”

Si un homme veut pas se retrouver plus tard avec une belle morsure à la main, lui

Vaut mieux qu’y tue un méchant chiot avant que ça devienne un méchant chien. Allez, on règle ça. Je vais chercher la pelle. … Mais les femmes veulent jamais regarder les choses en face. Elles voient un truc mignon, elles veulent lui faire des câlins. Elles ne comprennent pas que c’est pas parce qu’on est mignon qu’on a forcément le droit de vivre

Parfois, tuer est la seule solution. C’est une vérité que tous les survivants connaissent. Le monde est un endroit sans pitié qui comporte beaucoup de pièges fatals et, parfois, pour survivre, il faut sacrifier quelqu’un pour se protéger

Il s’est trompé suffisamment souvent pour savoir qu’il peut y avoir un gouffre entre ce qu’on croit et la réalité.

Bizarrement, il s’était senti orphelin, comme s’il n’avait pas de passé qui lui était propre. La malédiction du bâtard américain : tu ne viens de nulle part, fiston. En Amérique, on se construit à partir de rien, on part de zéro pour s’élever, sinon c’est comme si on n’existait même pas

Ne comptez pas vous inscrire dans la continuité de ceux qui vous ont précédé : il n’y a pas d’avant dans cette contrée.

Elle est enfermée dans la pénombre de son esprit, où il n’y a aucune porte, aucun panneau marqué sortie.

Ses yeux sont fermés et il ne voit que ce qui se trouve dans sa tête, et pour l’instant sa tête est vide. Les moments comme ça sont rares, alors il les fait durer autant que possible – hélas jamais très longtemps. Dès qu’une partie de son esprit prend conscience du silence intérieur, ce silence est brisé.

Parfois des gens ont vécu trop de choses ensemble, trop de choses pas bonnes, et on ne peut pas arracher des pages dans le livre de la vie. Ce qu’on y a écrit demeure pour toujours.

La vie est courte. Il ne faut dire non que quand on n’a vraiment pas le choix.

Le désert est honnête, il vous dévorera et ne laissera qu’une coquille vide – mais au moins il annonce la couleur. Le désert ne triche pas, ne cherche pas d’excuses.

Comme les doigts d’un fantôme, le souffle chaud du vent fait tourner leurs pages de temps à autre.

 

2 Replies to “Jahn, Ryan David «Emergency 911» (02/2013)”

  1. Donc après « De bons voisins » inspiré d’un fait divers, voici Emergency 911, le deuxième polar de Ryan David Jahn. Et, c’est à nouveau une claque que l’on se prend ! Alors, si vous êtes passé à côté du premier, il ne vous reste qu’une chose à faire : foncer chez votre libraire afin de réparer le mal, c’est-à-dire le lire et surtout enchaîner avec ce deuxième roman qui, à n’en pas douter, va faire rentrer ce jeune auteur dans la cour des grands.

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