Mazetti, Katarina « Ma vie de pingouin » (2015)

Mazetti, Katarina « Ma vie de pingouin » (2015)

Auteur : Katarina Mazetti, née le 29 avril 1944 à Stockholm, en Suède, est une journaliste et écrivaine suédoise, auteure de plusieurs ouvrages dont le best-seller international Le Mec de la tombe d’à côté (1998) et la suite, Le Caveau de famille (2005) – Elle publie Le Viking qui voulait épouser la fille de soie, ( 2014), Ma vie de pingouin (2015) et de nombreux livres pour la jeunesse ( Entre Dieu et moi, c’est fini, Entre le chaperon rouge et le loup, c’est fini, La fin n’est que le début, Les Larmes de Tarzan, Mon doudou divin

Editeur Gaia – 18.03.2015 – 269 pages / Babel – 2.11.2016 – 314 pages

Résumé : En croisière sur l’Orlovsky, Tomas et Wilma filent vers l’Antarctique. Lui, a élu les icebergs comme lieu idéal pour mettre fin à ses jours. Elle, reste d’un inébranlable optimisme malgré le secret qui assombrit sa vie. Sur le paquebot, la globe-trotteuse Alba répertorie les similitudes entre humains et animaux. Et elle dispose d’un beau panel face à un épaulard tueur, une poignée d’éléphants de mer plutôt mal élevés, et environ quatre cent mille manchots royaux.
Un roman frissonnant sur l’amour et l’amitié, et l’avenir de la planète.

Mon avis : J’aime bien cette romancière (j’ai lu certains de ses livres pour la jeunesse). C’est frais, délassant, parfait pour l’été. En même temps, ce n’est pas simplement le roman feel-good… L’air de ne pas y toucher, elle envoie des messages plus profonds qu’il n’y parait. C’est la deuxième fois que je vais rencontrer des phoques sur des iles cette année. La première fois ce fut mon gros coup de cœur, le livre de Geni, Abby «Farallon Islands» (2017) que je vous recommande vivement. Le livre de Katarina Mazetti est nettement plus léger mais très sympa. Quand on se retrouve sur un bateau au fin fond de l’Antarctique, la vie change. Sur le bateau, il y a des couples et quelques célibataires… Outre l’envie de voir des pingouins et des oiseaux, les passagers ont des motivations bien personnelles… Derrière le voyageur, il y a l’individu avec sa vie, ses angoisses, ses espoirs, ses projets… Derrière le masque, il y a…

C’est ce que vous allez découvrir si vous embarquer avec Alba, Wilma, Tomas, Sven et les autres… Du sourire à l’émotion… faut se battre pour ne pas couler… et puis moi, la Patagonie… j’aime…

Extraits :

Au lieu de compter des moutons, je ferme en général les yeux et déambule mentalement dans les pièces et les maisons de mon passé, dans des chalets, des cabanes et des chambres meublées, chez des amis et des amants partout dans le monde. Je peux aussi me promener sur des places de marché que j’ai visitées, ou bien essayer de me rappeler une ville, rue après rue.

Vue d’en haut à travers la lumière brumeuse du soleil, la mer ressemblait à de la tôle martelée. On voyait deux formations de vagues, la houle comme de longs plis – et puis de petits traits perpendiculaires qui correspondaient aux vagues formées par le vent.

Toutes les portes ici ouvrent vers l’intérieur, celles du café et du pub, celle du magasin de souvenirs et même la lourde porte de l’église. Autrement, elles seraient arrachées de leurs gonds et partiraient tourbillonner par-dessus la mer.

Voir les humains comme des animaux est un passe-temps agréable et instructif, ça nous rend tous un peu plus stupides, mais aussi plus émouvants.

Pourquoi les relations doivent-elles toujours prendre un chemin ? Je voudrais que tout soit comme avant, et que le temps s’arrête, que les enfants ne deviennent jamais adultes et que mes tempes ne se dégarnissent pas.

Son sourire s’était éteint comme si on avait soufflé une bougie et il a eu l’air aussi triste que d’habitude. On aurait dit qu’il avait mal aussi, comme s’il sentait poindre une migraine.

Elle est futée et drôle et un peu à part. Elle est comme les stands au parc d’attractions à Stockholm : « Ici on gagne à tous les coups. » Il faut tirer sur une ficelle et le lot à gagner est accroché à l’autre bout, gros ou petit – une bague ornée d’une tête de mort, un taille-crayon, dans le meilleur des cas une boîte de chocolats ou une peluche immonde.

Interdisez l’accès aux femmes de plus de quarante-cinq ans et vous pouvez annuler toute vie culturelle suédoise !

Subitement je me suis vue en grand sur l’écran dans la salle de conférence. C’est-à-dire, pas la petite dame que je suis, mais ma véritable nature, l’albatros hurleur, Diomedea exulans. Les ailes étendues en une envergure de trois mètres, j’ai piqué vers la surface de la mer, j’ai attrapé un courant d’air et suis remontée. Totalement heureuse. De là-haut, on peut observer les autres espèces, ça donne une liberté énorme

Les marins anglais pensaient que les albatros étaient les âmes des marins noyés, et ils avaient probablement raison. Je les sens parfois fourmiller en moi, toutes ces vies, leurs histoires et leurs pensées.

Elle rayonne de tolérance, elle adhère à tout ce qui est humain, et elle donne l’impression que tout est possible à condition d’oser.

Maman m’a manqué aussi longtemps que je me suis souvenue de sa voix et de ses mains, ensuite elle s’est lentement effacée pour n’être que la photo dans le cadre en argent.

Je ne me faisais absolument aucune illusion à propos de ce voyage – mais il a dépassé toutes celles que j’aurais pu me faire.

Je pourrais sans doute faire la gueule un peu, moi aussi, mais je n’ai pas ça non plus en moi. Je suis réglée sur la joie de vivre, dussé-je y laisser ma peau.

Tu ne comprends donc pas que chaque fois que tu disais « chérie, parlons d’autre chose que de politique », elle entendait combien tu la trouvais idiote.

Dans le monde des humains aussi bien que dans celui des animaux, il est important de lire le langage du corps et les comportements, plutôt que les expressions orales. Les animaux sont simples et déchiffrables. Les humains dissimulent leurs sentiments dans des brumes de paroles.

Quand avions-nous franchi la ligne ténue entre trop tôt et trop tard ?

On ne devrait jamais sous-estimer le krill, tout l’écosystème est basé sur sa présence pour se repaître !

Personne ne songe à se supprimer quand il se trouve en danger de mort imminent. Il faut être au calme pour sauter le pas.

Parfois j’en ai tellement marre de sa sempiternelle bienveillance que je ne peux pas m’empêcher d’être méchant.

Deception Island, duperie et illusion.

Tout ça valait le coup. Serrer les dents sur la douleur, participer à la vie et s’ouvrir à l’inconnu.

Peut-être parce que ma tête en ce moment est comme un aéroport avec des pensées qui décollent et atterrissent. Ça va trop vite pour moi.

Mais pourquoi faudrait-il se souvenir de tout ? Moi, je choisis mes souvenirs, seulement les meilleurs, je les polis et les fais briller, j’en rajoute un peu là où c’est nécessaire et je les sors quand j’en ai besoin. Ils me procurent du plaisir tous les jours, je suis heureuse de les avoir rassemblés !

Tu es poète, ou c’est simplement ton cerveau qui est dérangé ? – C’est peut-être la même chose.

Parfois il faut savoir avaler des couleuvres, pour la paix des ménages.

Ça lui en a bouché un coin et il m’a dévisagée, comme si les chips devant lui avaient sauté pour le mordre. Ses mâchoires remuaient dans le vide.

Ushuaia, la ville la plus australe du monde. Surplombée de hautes montagnes enneigées, fondée comme colonie pénitentiaire pour les pires scélérats dont l’Argentine voulait se débarrasser. Et ils s’y sont créé une nouvelle vie, sont devenus des colons et ont bâti une ville autour de la prison au fur et à mesure qu’ils étaient libérés. Des maisons rigolotes de toutes les couleurs et formes, construites avec du bois qu’ils coupaient eux-mêmes, et un chemin de fer qu’on appelle Tren del Fin del Mundo, « le train du bout du monde ».

Tous les humains sont des icebergs. Il faut se souvenir que neuf dixièmes de nous sont invisibles sous la surface.

Ils ont un long chemin devant eux et personne ne sait s’ils vont atteindre le bout, mais ils croiseront bon nombre de jolis panoramas en route.

 

 

Photo : Bahia Bustamante (Patagonie)

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