Penny, Louise «Maisons de verre» (2018 )

Penny, Louise «Maisons de verre» (2018 )

 

Voir article global sur la Série : La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

Tome 13 : Maisons de verre

(paru au Canada – Flammarion Québec –31.7.2018) 464 pages

Résumé : Au lendemain d’Halloween, une silhouette masquée, drapée de noir, apparaît dans le parc de Three Pines. L’inconnu semble épier quelqu’un, mettant tout le village mal à l’aise. Comme les autres, Armand Gamache voudrait bien le voir disparaître, mais le fraîchement nommé directeur de la Sûreté du Québec ne dispose d’aucun motif pour l’appréhender. Quelques jours plus tard, alors que la triste figure s’est évanouie, un cadavre est trouvé dans la petite église Saint-Thomas. La dette morale qui a été payée serait-elle liée à la crise des opioïdes qui n’épargne personne, pas même ce hameau oublié aux abords de la frontière américaine ? Gamache, l’inspecteur Beauvoir et la cheffe des homicides Isabelle Lacoste s’efforcent de délier les langues. Cependant, au terme d’un procès retentissant, l’assassin ne sera pas le seul à devoir rendre des comptes. En alternant les vifs échanges d’une salle d’audience du tribunal avec les événements qui se sont déroulés à Three Pines, Louise Penny tisse un brillant jeu d’ellipses, l’œuvre d’une grande romancière.

« La tension n’a jamais été aussi élevée. Un roman méticuleusement construit qui se déploie jusqu’à un point de non-retour et vous laissera le souffle coupé. » Kirkus Review

Mon avis : Une fois encore un moment de lecture que j’aime. Gamache avec toute son intelligence, sa vision du monde et de la justice, et ses fêlures. Mais que d’humanité dans ce personnage. Derrière ce sourire amène et son air bonhomme, un caractère loyal et implacable. L’inspecteur chef Gamache a pris du galon : il est maintenant le Directeur de la Sûreté du Québec: va-t-il se montrer à la hauteur de la tâche qui l’attend ? Comment va-t-il réagir face à la corruption qui érode toute la police/justice ? Deux histoires s’entremêlent dans cet opus. Et en toile de fond une situation actuelle qui fait frémir et ne laisse personne indifférent. Je ne vais pas en dire plus pour ne pas divulgâcher… Mais c’est un tome qui m’a tenue en haleine jusqu’au bout. Entre manipulations, secrets et fausses pistes. Un roman qui va bien au-delà du meurtre et des enquêtes : une réflexion sur la loi, le pouvoir, les abus, le sacrifice, la manipulation… sur la question de « Jusqu’où est il possible d’aller ? Peut-on enfreindre les lois si c’est pour une juste cause ? « La conscience » est bien l’un des personnage clé de ce roman…

Comme c’est agréable de fréquenter dans ces pages un policier qu’on rêverait de fréquenter, d’avoir comme ami et pas un personnage brutal, dégénéré ou arrogant. Avec Gamache on explore la nature humaine dans le meilleur et surtout le pire… Three Pines est confronté à la peur, à la noirceur, à l’angoisse. Comment ce havre de paix va-t-il se sortir de cette atmosphère pesante ? Car Three Pines est un endroit tellement spécial, ou je voudrais bien habiter moi… hors du temps, entourée d’amis et d’artistes, un lieu convivial et fait de douceur et convivialité qui ne doit pas être détruit par le monde extérieur..

Extraits :

Les procès, comme les messes, étaient d’abord et avant tout des spectacles.

Le procureur de la Couronne était parvenu à donner à l’expression « loin de tout » une connotation désagréable, comme si la civilisation s’érodait à mesure qu’on s’éloignait de la grande ville.

Novembre était un mois de transition. Une sorte de purgatoire. Le souffle froid et humide entre l’agonie et la mort. Entre l’automne et le cœur de l’hiver.

Nous avons tous, ainsi qu’elle le savait très bien, un endroit où nous nous sentons non seulement à l’aise, mais aussi compétents.

Difficile de retenir la Mort, une fois que le Cavalier a quitté les écuries.

Puis il avait baissé la tête. L’avait enfouie entre ses mains. Et il l’y avait laissée pour faire écran au reste du monde.

la peur fait faire des choses terribles à des gens par ailleurs très corrects.

Si la politique est un art, je faisais de la peinture au doigt.

Quand vous vous sentirez dépassée par les événements, venez me voir. Je sais ce que c’est. Je suis passé par là.
— Et vous, à qui parlez-vous, monsieur ?
Il sourit, et les rides de son visage s’approfondirent.
— À ma femme. Je ne lui cache rien.

L’isolement ne nous aide pas à mieux faire notre travail. Il nous affaiblit, nous rend plus vulnérables.

Le problème avec l’imagination, c’est qu’on n’avait aucun mal à se représenter de telles scènes.

Un meurtre a beau reposer sur des calculs, ce n’est jamais une simple question d’arithmétique. Le tout ne correspond pas à la somme des parties.

De quoi serions-nous capables si nous avions la certitude de ne pas nous faire prendre ? Si nous avions la certitude que nos actes resteraient impunis ? Si nous nous en moquions ?

Pour anéantir le moindre doute, fermer la porte au déni.
Il n’y avait pas de manière douce de communiquer une telle information. De briser des cœurs. Procéder avec lenteur ne faisait qu’accentuer le traumatisme.

Il existe une instance supérieure aux cours de justice et c’est celle de la conscience. Elle supplante toutes les autres. (Gandhi)

Même dans la douleur, certaines personnes irradient la confiance. Ou, à tout le moins, font preuve d’une force intérieure. Cet homme semblait creux. Pâle sur tous les plans.

Les mots nous renseignent sur ce que pense une personne, mais ses intonations nous révèlent ce qu’elle ressent. Voilà ce qu’il avait coutume de dire.

Elle se rappela alors qu’elle avait affaire à une politicienne. Et que la politique était du théâtre.

Gamache se tourna du côté du brouillard. Il le jugea apaisant plutôt qu’oppressant. Enveloppant plutôt qu’étouffant.

L’université était synonyme d’éducation, certes, mais l’éducation ne se limitait pas aux salles de cours. C’était une période d’expérimentation. Où on mord dans la ville. Sans retenue, comme on se sert dans un buffet qu’on vient de découvrir. Pour un jour s’arrêter, titubant, gavé et nauséeux. Et, parfois, incapable de régler la note.

Un pied dans l’ici et maintenant, l’autre dans un monde différent.

Voilà un homme qui brandissait un livre et non un fusil, un homme qui n’avait nul besoin d’afficher son courage. Ni de sombrer dans la sauvagerie.

la terreur reposait moins sur l’acte lui-même que sur la menace. L’anticipation.
La porte close. Le vacarme dans la nuit. La silhouette sombre à peine entrevue.
L’acte terroriste entraîne l’horreur, la douleur, la rage, le chagrin, le désir de vengeance. La terreur, elle, vient du fait qu’on se demande ce qui nous attend.
Observer, attendre, s’interroger. Anticiper. Imaginer. Imaginer toujours le pire.
Les terroristes se nourrissent des menaces plus que des actes eux-mêmes. Leur arme de prédilection est la peur.

Elle arrimait ses forces à l’imagination de chacun. Ce maillage engendrait l’effroi. Et, dans les réussites les plus retentissantes, la pression augmentait d’un cran et on aboutissait à la terreur.

Ils formaient toujours un cercle serré. Un cercle ancien, sans contredit. Si les pierres de Stonehenge pouvaient bouger, elles seraient ces amis-là.

Je vais bien.
— Et même BIEN ?
Elle rit.
— Absolument.
Bête, inquiet, emmerdeur, névrosé.

Je vous ai toujours dit, fit-elle en se penchant pour que les autres ne l’entendent pas, que les mots étaient plus dangereux que les balles.

La plupart des psychopathes sont brillants. Ils n’ont pas le choix. Ils savent imiter le comportement humain. Ils font semblant de se soucier des autres, alors que, en réalité, ils ne ressentent rien, sauf peut-être de la rage et le sentiment irrépressible et quasi perpétuel que tout leur est dû. Qu’on leur a fait du tort. Pour parvenir à leurs fins, ils se servent surtout de la manipulation. La plupart d’entre eux n’ont pas besoin de recourir à la violence.

Un pied dans la tombe et l’autre sur une pelure de banane, comme on dit.

Il avait déjà croisé des tueurs stupides, mais ce n’était hélas pas la norme.

 

Penny, Louise : La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

 

2 Replies to “Penny, Louise «Maisons de verre» (2018 )”

  1. Aussitôt reçu, aussitôt lu. J’aime tellement ce petit village et ses habitants, je ne me lasse jamais de suivre l’inspecteur dans ses enquêtes,. J’ai tremblé pour la sécurité de mes amis tout au long des pages. Mais cette histoire fini avec pleins de questions pour l’avenir de nos enquêteurs. Vivement la suite.

  2. Au risque de me répéter, j’adore l’écriture de Louise Penny. Ce roman ne fait pas exception. le mystère oscille entre la fiction et les événements historiques. Les personnages sont aussi touchants que colorés. le suspense m’a tenue en haleine jusqu’au dénouement. L’ombre de la conscience plane sur Three Pines. Entre la loi et l’intérêt supérieur, que choisir? L’auteure Louise Penny explore la question dans son livre paru la semaine dernière en français, Maisons de verre.

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