D’Andrea, Luca «Au cœur de la folie » (RL2018)

D’Andrea, Luca «Au cœur de la folie » (RL2018)

Auteur : Né en 1979 à Bolzano, dans le Tyrol du Sud (région du Trentin-Haut-Adige) , où il vit encore, Luca D’Andrea est romancier et scénariste. « L’essence du mal » , son premier roman, lui a valu d’être comparé à Stephen King et Jo Nesbo. « Au cœur de la folie » (« Lissy ») est paru en 2018.

Denoël – 11.10.2018 – 448 pages – Prix Giorgio Scerbanenco 2017

Résumé : Italie, hiver 1974. A bord d’une Mercedes crème, Marlene fuit à travers le Sud-Tyrol. Elle laisse derrière elle son mari, Herr Wegener, et emporte les saphirs qui lui avaient été confiés par la puissante mafia locale. Alors que, devenu fou, il retourne la région pour la retrouver, Marlene prend un mauvais virage et perd connaissance dans l’accident. Simon Keller, un Bau’r, un homme des montagnes, la recueille et la soigne.
Marlene se remet petit à petit dans un chalet isolé, hors de portée de poursuivants pourtant infatigables, et fait un jour la connaissance de Lissy, le grand amour de Simon Keller. Entre huis clos des sommets et traque mafieuse en Italie, « Au coeur de la folie » nous entraîne dans une spirale de frayeur, à la suite de personnages d’une noirceur fascinante.

Mon avis :

Comme dans son précédent roman, l’action commence par un accident. Cette fois ci ce n’est pas un accident d’hélicoptère mais un accident de voiture.

Je dois dire que j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire. Si l’auteur fait une mise en place détaillée et nous présente bien ses personnages, au point qu’on a l’impression de les connaitre, ce qui ne me déplait pas (bien au contraire) je dois tout de même dire que c’est lent… et qu’il ne se passe pas grand-chose… Il faut attendre près du quant du livre avant de faire la connaissance de Lissy, la petite et douce Lissy, la mystérieuse Lissy… Rien qu’à savoir qu’elle est qualifiée de douce vous file des frissons d’angoisse… Autant j’avais été emballée par le précédent autant j’ai trouvé celui-ci poussif et par moments à la limite de la crédibilité. Bien sûr il y a eu des bons moments mais globalement c’est une déception alors que j’avais adoré le précédent. Mais je pense qu’il devrait plaire à d’autres personnes. Je l’ai peut-être lu au mauvais moment.

En tous cas, le sentiment de malaise et le suspense sont présents tout au long du récit et j’ai voulu aller jusqu’au bout, même si peut-être ce qui a manqué est le manque d’empathie et même de sympathie pour les personnages.

La montagne nous apprend l’essentiel. Mort et montagne sont proches l’une de l’autre.

Le roman est une « chasse à la femme » – (et à des saphirs) Marlène avait tout prévu pour sa fuite… sauf l’imprévisible… ce qui est un minimum quand on trahit un homme qui inspire la terreur dans toute la région. Elle fuit, avec pour tout bagage un livre qui ne l’a jamais quitté : les contes de Grimm…Nous allons croiser et fréquenter une série de personnages extrêmement bien campés et tous sont capables d’atrocités même si au premier abord cela pourrait être de braves gens. Il y a Marlène, la femme, Herr Wegener, le maffieux, L’homme de confiance, le Bau’r Simon Keller (un paysan déconcertant qui vit dans une cabane isolée, cultivateur d’herbes entre autres choses). Moins de personnages que dans le premier roman, et des personnages plus noirs et… Lissy.
L’auteur nous dit dans une interview que nous avons tous rencontré Lissy : Lissy c’est le moment ou la rationalité et l’irrationalité se rencontrent. Tous ceux qui rencontrent Lissy entrevoient les choses différemment, changent suite à cette rencontre. Tout être humain est cruel, tout être humain est cruel. Lissy est l’image de la beauté de la cruauté. L’amour est cruel, et il est beau.

Nous sommes en 1974, une année difficile, avec des attentats terroristes, une année difficile sur le plan économique (crash pétrolier, chômage) : c’est une époque propice à la violence.

 

Extraits :

La bourse en velours était pleine de saphirs. Du carbone pressé qui, selon une étrange blague de la physique, avait appris à briller comme une étoile.

Les ordres, pour un type comme Moritz, coupaient la tête aux points d’interrogation. Ils marquaient la frontière entre ce qui était autorisé et ce qui était interdit.

Si Clyde avait eu besoin de s’enfuir au beau milieu d’une fusillade, il n’aurait pas appelé un taxi : c’est Bonnie qui aurait appuyé sur l’accélérateur en esquivant les balles.

Sa mère ne disait jamais rien. Elle ne savait que pleurer et prier. Prier et pleurer. Rien d’autre.

L’école n’est jamais la priorité, quand on a le ventre vide et les pieds toujours glacés.

Kobold. Comme ces créatures cruelles qui vivent dans le métal et dans la terre. Avec des yeux bleus qui transforment la lumière en une distillation de haine et de terreur.

Le Bau’r était paysan, mais aussi Kräutermandl, chasseur, bûcheron, cuisinier, menuisier, médecin, parfois athlète et même prêtre. Surtout prêtre. Sans foi, là-haut, on mourait de solitude et de silence. La foi emplissait de réponses les espaces blancs des hivers interminables.

Pour lui, le monde se divisait en deux catégories : ceux qui possédaient des chaussures et ceux qui se baladaient pieds nus.

Il y a le sourire pour le facteur, celui pour un inconnu dans le bus. Il y a le sourire de « Mon chéri, comment vas-tu aujourd’hui ? ». Et puis il y a ce sourire. Toutes les femmes le connaissent.

Grammaire de montagne : cacher un compliment derrière une question.

Le wehen était le vent qui ramassait la neige, la transformait en glace et l’utilisait comme arme tranchante. Ce n’était pas un hasard si wehen était employé comme synonyme de « travail avant l’accouchement ».

Donner une deuxième chance, c’était comme se tirer une balle dans le pied

— Il a l’habitude de la violence.
— Pas la violence. Vous vous souvenez ? Une coupure nette. C’est de la mort, qu’il a l’habitude.
— Violence et mort ne sont pas la même chose ?

Une arme était innocente. Le coupable était celui qui appuyait sur la détente.
L’arme observait le monde, les yeux emplis de miséricorde.
L’arme était l’endroit où se séparaient les trajectoires irrévocables.
Arme il devint.

 

Infos : les kobold   https://fr.wikipedia.org/wiki/Kobold

Standartenführer : Standartenführer (abréviation Staf) était un grade paramilitaire du parti nazi

Image : Conte de Grimm _ Hansel et Gretel : Gretel pousse la sorcière dans le four. Illustration de Theodor Hosemann (1807-1875).

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