Hiraide, Takashi – Le Chat qui venait du ciel (2006)

Hiraide, Takashi – Le Chat qui venait du ciel (2006)

Auteur : Hiraide Takashi, est un poète et écrivain japonais, vivant à Tokyo avec son épouse, la poétesse Michiyo Kawano. Né au japon à Moji-ku, Kitakyūshū (Préfecture de Fukuoka) en1950.
En 1976 parut son premier recueil de poèmes grâce auquel il devint célèbre parmi les auteurs et poètes japonais. Après avoir travaillé en tant qu’éditeur pour le magazine Bungei, il enseigne à présent à la Tama Art University depuis 1990. Ses domaines d’expression ne se limitent pas à la poésie, Hiraide écrit également des romans et des essais ; son premier roman, largement autobiographique, « Neko no kyaku » (« Le Chat qui venait du ciel ») lui a valu le prix Kiyama Shohei Award.

Editions Philippe Picquier – 05.09.2006 – 130 pages ( il existe aussi une version illustrée chez le même éditeur parue en 2017)

Résumé : Voici un roman touché par la grâce, celle d’un chat  » si petit et si frêle qu’on remarquait tout de suite ses oreilles pointues et mobiles à l’extrême « . Quand un jeune couple emménage un jour dans le pavillon d’une ancienne demeure japonaise, il ne sait pas encore que sa vie va s’en trouver transformée. Car cette demeure est entourée d’un immense et splendide jardin, et au cœur de ce jardin, il y a un chat. Sa beauté et son mystère semblent l’incarnation même de l’âme du jardin, gagné peu à peu par l’abandon, foisonnant d’oiseaux et d’insectes. Tout le charme infini de ce livre tient dans la relation que le couple va tisser avec ce chat qui se fond dans la végétation exubérante pour surgir inopinément, grimpe avec une rapidité fulgurante au sommet des pins gigantesques, frappe à la vitre pour se réconcilier après une brouille. Un charme menacé, car ce qui éveille en nous la beauté et appelle le bonheur est toujours en sursis. Hiraide Takashi, qui est avant tout poète, a insufflé une lumineuse et délicate magie à cette histoire du  » chat qui venait du ciel « , son premier roman, largement autobiographique.

Mon avis : Un très joli de moment de lecture, une réflexion sur les rapports entre les êtres humains et les chats, tout en douceur, calme, tendresse et poésie. Une réflexion sur la vieillesse, le deuil, le manque, l’apaisement aussi.

Ce livre est un moment de communion avec la nature, avec ce jardin presque à l’abandon mais habité par des animaux et insectes qui deviennent proches des humains, une vieille maison que ses propriétaires doivent quitter car ils sont trop âgés et se retrouve vouée à la démolition… Mais tant qu’elle n’est pas détruite, elle est à la disposition du jeune couple qui était locataire d’un petit pavillon dans le domaine. Et le chat qui vient de la maison voisine, silencieux, s’approprie le jardin et a ses petites habitudes, ses amitiés humaines, ses moments d’intimités qu’il offre avant de s’éclipser.

Un jour, il n’ira pas rendre visite au jeune couple et le manque va s’installer …

Un petit moment hors du temps, des instants volés et une complicité chat/humain empreinte de douceur, de liberté, de chaleur, de charme et d’élégance.

Extraits :

À y bien penser, ce n’est pas que nous n’aimions pas les chats, nous nous sentions seulement décalés par rapport à ceux qu’il est convenu de considérer comme amoureux des chats. En fait, la raison déterminante était que nous ne connaissions aucun chat dans notre environnement immédiat.

il n’a pas cherché à fuir, mais à l’instant où elle faisait mine d’approcher, il l’a esquivée avec une vivacité presque coupante. J’ai senti briller dans ce refus un éclat pâle et froid.

Aux dires d’une photographe de profession, les amoureux des chats considèrent tous que leur animal est la merveille des merveilles. Comme si leur regard s’était fermé aux autres chats, précise-t-elle. Elle aussi adore les chats, mais comme elle a conscience de ce travers, elle ne prend en photo que les chats que personne n’aime, les chats errants sans beauté.

La première fois qu’il s’est endormi chez nous, posé comme une perle sur le canapé où il dessinait une virgule, la maison tout entière a été plongée dans une joie profonde, comme en face d’une scène concevable seulement dans les rêves.

Quand j’ai perçu pour la première fois le calme profond de ces lieux, j’ai ressenti une paix mystérieuse, comme si une main familière s’était posée sur mon cœur.

Mais pour les êtres vivants, tourner à certain endroit du chemin ou se faufiler à l’intérieur par l’interstice d’une porte, n’est-ce pas un geste qui vient spontanément, un geste de la même nature que ce qui donne naissance à un ruisseau ? Jour après jour, le geste se répète, et un courant se forme. Puis, ce minuscule courant à son tour, précisément parce qu’il coule, rejoint quelque part une grande rivière… Ne pourrait-on interpréter en ce sens cette pensée fondamentale de Machiavel, non le Machiavel des traités de politique mais celui des fables et des contes ?

Ce fut notre premier hôte du jour de l’an. C’est ainsi qu’on nomme celui qui va de maison en maison pour présenter ses vœux. Curieusement, ce visiteur était entré par la fenêtre et n’avait pas prononcé les formules d’usage, mais avec ses deux pattes soigneusement posées l’une à côté de l’autre, c’était comme s’il savait la manière de saluer.

j’avais pris l’habitude de jouer avec ce petit invité qui tenait de l’explorateur, mais notre jeu était dès l’origine inscrit dans le temps.

la silhouette du chat prêt à affronter l’instant qui va suivre, tous les nerfs attentifs à saisir les moindres modifications du vent, était l’image même de celui qui, entre ciel et terre, s’apprête à s’élancer dans un interstice imaginaire.

Depuis que le chat n’y venait plus, le jardin s’était transformé en un paysage sans charme. Je fus stupéfait de constater à quel point l’œil était capable de parer de couleurs un paysage ou bien de les lui ôter.

On parle de chagrin violent, mais n’est-ce pas que l’on mêle ces deux sentiments, la tristesse et l’indignation ?

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