Groult, Benoîte «Ainsi soit Olympe de Gouges» (2013)

Groult, Benoîte «Ainsi soit Olympe de Gouges» (2013)

Autrice : Née en 1920, Benoîte Groult est l’auteure d’une oeuvre importante et fondatrice d’un féminisme moderne. On citera, entre autres : le Journal à quatre mains, avec sa soeur Flora Groult (aux éditions Denoël). Puis chez Grasset : Ainsi soit-elle (1975), Les trois quarts du temps (1983), Les vaisseaux du coeur (1988), La touche étoile (2006) qui fut un immense succès en librairie, et Mon évasion (2008). De 1984 à 1986, elle assure la présidence de la Commission de terminologie pour la féminisation des noms de métiers, de grades et de fonctions2, fondée par Yvette Roudy, alors ministre des droits de la femme, où travaillent grammairiens, linguistes et écrivains (arrêté de féminisation publié au Journal officiel en mars 1986). À partir de 1982, elle est membre du jury Femina. Elle publie en 1986, pour la première fois, l’intégralité de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne de 1791, rédigée par Olympe de Gouges.

Grasset – 9.1.2013 –2008 pages / Livre de Poche – 2014 – 159 pages

Résumé : Parce qu’elle a été la première en France en 1791 à formuler une « Déclaration des Droits de la Femme » qui pose dans toutes ses conséquences le principe de l’égalité des deux sexes. Parce qu’elle a osé revendiquer toutes les libertés, y compris sexuelle ; réclamer le droit au divorce et à l’union libre ; défendre les filles-mères et les enfants bâtards, comprenant que la conquête des droits civiques ne serait qu’un leurre si l’on ne s’attaquait pas en même temps au droit patriarcal.
Parce qu’elle a payé de sa vie sa fidélité à un idéal. Olympe de Gouges demeure une figure fondatrice du combat contemporain pour l’égalité des sexes. Après le beau succès du roman graphique de Catel paru l’an dernier, Benoîte Groult rend un nouvel hommage à cette pionnière.

Mon avis : Comme je suis en train de lire la série de romans policiers historiques de Jean-François Portes (Série Victor Dauterive : L’Affaire des corps sans tête (2015) – L’Affaire de l’Homme à l’Escarpin (2016) – La Disparue de Saint-Maur (2017) / L’espion des Tuileries (2018) ) et qu’il a eu l’excellente idée de faire d’Olympe de Gouges  l’une des héroïnes de sa série, j’ai saisi l’occasion pour en savoir un petit peu plus sur cette femme exceptionnelle. Je n’ai pas été déçue ! Visionnaire, soulevant bien des problèmes qui sont malheureusement parfois toujours d’actualité, cette lecture tient toutes ses promesses. Le livre est divisé en deux : Une biographie et ses textes. C’est intéressant, fluide, ses textes ne sont pas mal écrits bien que les hommes de l’époque aient eu tendance à la déprécier pour cela aussi et elle est bien la chef de fil des féministes combattantes et engagées. Que de sujets pour lesquels elle s’est battue :  l’esclavage, le droit au divorce pour les femmes, l’entrée en religion pour les filles sans dot, l’emprisonnement pour dettes, l’assistance sociale, les ateliers pour les sans-emploi, les maisons de retraite, les tribunaux populaires, l’hygiène dans les hôpitaux et les maternités, une maison de « Charité » réservée aux femmes souffrantes et bien élevées plutôt que de les envoyer pourrir dans des hôpitaux sales et surchargés,  … elle ira même jusqu’à suggérer un impôt sur le luxe…

Extraits :

Condorcet fut presque seul, lors de la Révolution, à prôner l’égalité des droits comme fondement unique de toute institution politique. « Pourquoi des êtres exposés à des grossesses et à des indispositions passagères ne pourraient-ils exercer les droits dont on n’a jamais imaginé de priver les gens qui ont la goutte tous les hivers, ou qui s’enrhument aisément ? »

Dédaignées par les biographes1 à moins qu’elles n’aient été des saintes, des reines, des favorites, des courtisanes, ou bien des héroïnes de faits divers ou d’escroqueries célèbres ; réduites à la portion congrue sinon totalement effacées dans les livres d’histoire ou les manuels scolaires, quels qu’aient pu être leur héroïsme, leur intelligence ou leur talent ; expédiées au bûcher, au bagne, à la guillotine ou à l’asile si elles se montraient par trop subversives et s’obstinaient dans leurs erreurs, toutes celles qui ont tenté de s’écarter de la place traditionnelle qui leur était assignée pour jouer un rôle public, n’en ont retiré, dans la grande majorité des cas, ni gloire ni même la reconnaissance de leurs semblables.

Parce qu’elle a été la première « féministe » à comprendre, bien avant que ces mots en -isme n’existent, que le sexisme n’était qu’une des variantes du racisme, et à s’élever à la fois contre l’oppression des femmes et contre l’esclavage des Noirs.

On l’acceptait volontiers courtisane, on trouve incongrues « ses prétentions intellectuelles ».

« Il faut que j’obtienne une indulgence plénière pour toutes mes fautes qui sont plus graves que légères : fautes de français, fautes de construction, fautes de style, fautes de savoir, fautes d’intéresser, fautes d’esprit, fautes de génie… En effet, on ne m’a rien appris. Élevée dans un pays où l’on parle mal le français, je ne connais pas les principes, je ne sais rien. Je fais trophée de mon ignorance, je dicte avec mon âme, jamais avec mon esprit. »

Pour contrebalancer le pouvoir exorbitant de la Comédie-Française, Olympe de Gouges, avec quelques auteurs de ses amis, voudrait fonder un second théâtre français, qui porterait le nom de Théâtre National.

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