Portes, Jean-Christophe «L’Affaire de l’Homme à l’Escarpin» (2016)

Portes, Jean-Christophe «L’Affaire de l’Homme à l’Escarpin» (2016)

Auteur : Français, Né à : Rueil-Malmaison, le 21/03/1966 – Jean-Christophe Portes est journaliste et réalisateur. Il a fait des études à l’Ecole Nationale de Arts Décoratifs. Auteur d’une trentaine de documentaires d’investigation, de société ou d’histoire, il travaille pour les principales chaînes de télévision françaises

Romans : Série Victor Dauterive : L’Affaire des corps sans tête (2015) – L’Affaire de l’Homme à l’Escarpin (2016) – La Disparue de Saint-Maur (2017) / L’espion des Tuileries (2018) – Autres : Les Enfants du dernier salut (2017), Les experts du crime, Jean-Christophe Portes (2018) – Minuit dans le jardin du manoir (2019) –

Les enquêtes de Victor Dauterive dans la France révolutionnaire : tome 2

Présentation de la série )

City éditions – 9.11.2016 – 429 pages / 23. 05.2018 City poche 476 pages –

Résumé : Paris, 1791. Un jeune homme est découvert assassiné dans un quartier populaire. Il est nu, à l’exception d’une paire d’escarpins vernis et cela ressemble à un vol qui a mal tourné. Mais quand on apprend que le jeune homme fréquentait les milieux homosexuels et qu’il travaillait pour un journal politique, l’affaire prend une tout autre tournure.

Le gendarme Victor Dauterive découvre que cet assassinat est lié aux intrigues se jouant au plus haut niveau du pouvoir. Depuis la fuite à Varennes, Louis XVI a été suspendu de ses fonctions et, dans l’ombre, le parti du duc d’Orléans fait tout pour s’emparer du pouvoir.

Dans les bas-fonds de la capitale, entre aristocrates et révolutionnaires, Dauterive ne sait plus à qui se fier. La corruption, l’avidité et les trahisons sont monnaie courante et le danger est à chaque coin de rue. Surtout quand on s’approche un peu trop près de la vérité…

Mon avis : En pleine canicule de 2019, j’ai plongé dans la canicule de 1791.. C’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé Dauterive et que j’ai fait la connaissance de Joseph, un enfant des rues qui je l’espère nous permettra d’en apprendre davantage dans les prochains tomes sur cette facette de la misère des enfants abandonnées à cette période de l’histoire. Tout comme dans le premier tome de la série, on en apprend beaucoup sur cette période et on est entrainés dans la rue à leur suite, car le décor est si bien rendu qu’on se fond dans le paysage. Comme tout le monde, le rôle du marquis De La Fayette et des Orléanistes n’était connu mais je suis tombée des nues en apprenant l’implication de Choderlos de Laclos dans l’histoire de France ! Outre l’intrigue, le problème de l’homosexualité est également évoqué dans le roman, de même que l’esclavage. Extrêmement bien documenté.

Dauterive a beau être le personnage principal de la série, il n’éclate encore pas au grand jour et manque encore singulièrement de charisme et de flamboyance. En retrait, il manque encore singulièrement de consistance. Espérons qu’il va vite grandir ! Cela lui permet de passer relativement inaperçu mais je voudrais qu’il s’épaississe ! Tous lui volent la vedette… même Olympe de Gouges et pourtant c’est tout juste si elle apparait dans l’aventure. D’ailleurs la présence des femmes est réduite à la portion congrue… Les vedettes sont sans conteste Garat l’Américain, Rotondo, Joseph, Piedeboeuf, mais pas Dauterive…  

Pour ce qui est de l’intrigue, je vous laisse vous attacher aux pas des partisans du Duc d’Orleans et à ceux des partisans du Roi ; je peux vous certifier que vous allez frémir et trembler en essayant de vous sortir vivant de cette enquête…

Extraits :

En regardant les fines bulles du champagne remonter par torsades, du fond du verre, il se disait que son existence leur ressemblait, vaine et sans objet, tourbillonnant dans l’or pour éclater à l’air.

« Vous dites bougre, insista-t-il. Vous entendez qu’il préférait les hommes aux femmes ? »

Bien que n’en fréquentant aucun, il connaissait fort bien ces salons ou sociétés, qui faisaient fureur depuis Louis XV. Tous étaient présidés par des femmes, mais seuls les hommes y participaient. C’était, pour quiconque rêvait d’une carrière d’artiste ou d’écrivain, l’un des plus sûrs moyens d’exister aux yeux du monde.

J’aime mieux une Monarchie avec une assemblée représentative populaire, et des citoyens libres et respectés, qu’une République menée par un dictateur.

Ne laissez point de fausses idoles dévorer votre vie. Et avant que de vouloir changer le monde, essayez de vous réformer vous-même. Connais-toi toi-même, disaient Socrate et Aristote. Connaissez-vous vous-même. Soyez vous-même.

Victor se rendit brusquement compte qu’une époque se terminait sous ses yeux. Longtemps, il garderait en tête l’image de ces hommes prêts à s’entre-tuer. La concorde de l’été 89, la fête de la Fédération, tout cela était bel et bien mort. Deux France émergeaient face à face, surgies de ce chaos qu’avait engendré la fuite de Louis, deux France que rien ne pourrait désormais réconcilier. Il faudrait qu’un parti triomphe et que l’autre disparaisse, rien d’autre n’était possible.

Chez d’Ormesson tout était grand, la taille, les mains, la générosité et le talent aussi.

Parmi les assemblées politiques ou les sociétés populaires, le club des Jacobins, rue Saint-Honoré, était sans conteste le plus réputé. Organisé sur le modèle des sociétés maçonniques, il correspondait avec pas moins de cinq cents filiales en province. La Société des Amis de la Constitution – c’était le premier nom du club – avait pris, on ne sait comment, un extraordinaire prestige et comptait dans ses rangs deux cents députés, tous des patriotes et siégeant tous au côté gauche de l’Assemblée ou dans son centre.

Situé à la périphérie de la ville, au-delà du village de Gros-Caillou, le Champ-de-Mars avait été aménagé une vingtaine d’années plus tôt, lorsque l’École militaire voulue par Louis XV avait été achevée. Comme son nom l’indiquait, l’esplanade était à l’origine destinée aux manœuvres militaires, mais il n’y en avait plus depuis que l’école avait été abandonnée.

Ce n’était pas seulement à cause de la chaleur, c’était aussi cette attente interminable, comme si le jour refusait à commencer, et que les horloges ralentissaient leur course dans une sorte de supplice inédit.

Être esclave, c’est ne pas avoir de nom, ne pas avoir de famille et ne pas avoir de sentiments. C’est être réveillé à coups de fouet, à l’heure où le soleil se lève. C’est avoir faim et peur dès cet instant, jusqu’à ce que les derniers rayons du soleil touchent la mer. C’est ne connaître de la vie que ses peines, un labeur qui n’en finit jamais, c’est voir nos filles et nos femmes prises par les maîtres, nos enfants mourir sous le labeur. C’est être une bête, moins qu’une bête même.

Cette violence n’était pas feinte, elle était profonde et sincère, un simple reflet de toutes celles qu’il avait subies lui-même.

Site de Jean Christophe Portes 

Lire aussi : la chronique sur la série sur le blog Le Club du roman historique 

Lire aussi : la chronique sur le livre de Benoîte Groult « Ainsi soit Olympe de Gouges » (2013)

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