Le Guellec, Gwenael «Armorican Psycho» (2019)

Le Guellec, Gwenael «Armorican Psycho» (2019)

Auteur : Né en 1982 à Brest, en Bretagne, et passionné de voyages, de photographie et de musique électronique, il réside en Ile-de-France depuis 2006. « Armorican Psycho » est son premier roman.

Les nouveaux auteurs – 11.04.2019 – 699 pages – Prix du suspense Psychologique 2019

Résumé : Au lendemain de la fête des morts, une tempête sans précédent s’empare de la pointe armoricaine, plongeant la cité du Ponant dans une pluie sans fin. Photographe amateur atteint d’achromatopsie, une crainte obsessionnelle de la lumière associée à une absence totale de vision des couleurs, Yoran Rosko vit retiré dans son appartement sur le port et ne sort que la nuit. Il est appelé pour confirmer l’identité du cadavre de l’homme qui lui avait permis de faire ses premiers pas dans le huitième art, retrouvé mort à son domicile, le corps mutilé et recouvert de sel. Sauf que ce corps s’avère être celui d’un ancien capitaine de cargo norvégien, disparu en mer en 1995…
La traque d’un tueur insaisissable à travers le prisme noir et blanc d’un photographe. Difficile de refermer la dernière page ! Yoran Rosko, photographe solitaire atteint d’une maladie rare le contraignant à vivre dans un monde dénué de couleur, enquête sur la disparition de Claude, son ami et mentor. De Brest au cercle polaire, il va se retrouver confronté au « Tueur de sels, un mystérieux tueur en série Insaisissable, aux motivations obscures.
Et si cette chasse à l’homme cachait un secret encore plus inavouable….

Mon avis : Le moins que l’on puisse dire c’est que Brest, en novembre, quand il fait froid et qu’il pleut, c‘est tout sauf accueillant, … Du coup, je me dis que le fait que Rosko soit gêné par la lumière du soleil, ne voie pas les couleurs et visionne la réalité en tonalités de gris et noir ne doit pas changer grand-chose au paysage. Lui qui de plus voue sa vie professionnelle à la photographie en noir et blanc est dans le cadre qui lui convient parfaitement. C’est davantage un roman visuel en dégradés qu’un roman qui m’a intéressé par le style de l’auteur qui n’est pas flamboyant. Tout est en nuances … jusqu’aux meurtres qui sont blancs de sel… il décrit parfaitement le coté glauque du port de Brest, des quais battus par le vent et la pluie, des ruelles désertes et peu accueillantes, et le choix entre rideaux de crachin ou de fumée. On y rajoute un tueur en série … et l’attrait de Brest est encore plus restreint… On relèvera toutefois que tout comme dans les villes et villages de pécheurs, les restes de peinture des bateaux servent à peindre les maisons, les cabanes de plage, les entrepôts pour donner un peu de couleur au monde qui nous entoure. Mais comme c’est en hiver, de nuit et sous la tempête, on ne peut pas dire qu’on en profite…  
Passer des quais de Brest à ceux d’Oslo ne change pas grand-chose : toujours aussi grisouille, venteux, pluvieux, froid et brouillardeux. Un peu plus anxiogène car Rosko est en pays inconnu. Et on va enchainer sur Bergen, « la ville de la pluie », les îles Féroé, l’océan gris miroir, l’Islande en hiver…
La piste : une vieille photo en … mais oui ! en noir et blanc. Et sur un bateau, le temps est toujours aussi épouvantable. Une mer démontée, des avaries, des marins peu accueillants. Rosko avance, seul dans la tourmente : suspense en eaux troubles. L’ambiance est à l’unisson avec la météo… on avance dans le brouillard et le suspense est là. Où va-t-on ? après le rideau de pluie, après la vague, la vérité va-t-elle transparaitre ?
J’ai bien aimé cet enquêteur solitaire, qui trace sa route avec les moyens du bord, au feeling et à l’instinct. Côté flics, ce n’est pas la gloire. Il y a le flic brestois qui enquête également en solo, le kador débarqué sur place qui se la joue… Une quête de la vérité qui va s’accélérer avec le retour à Brest de Rosko et la mise en commun des deux enquêtes des deux solistes. Il faudra remonter loin dans le passé pour trouver les motivations du coupable.
Bien aimé aussi la bande son, les petites références telles que celle du titre « Armorican Psycho », la mention de Jack Kerouac.

Extraits :

« Mai Tai » signifiait « le meilleur » en tahitien, et pour lui, c’était on ne peut plus proche de la réalité.

Auroville, la ville de l’Aurore […] Auroville avait été créée en 1968 dans ce qui était alors un désert, par celle que tout le monde appelait ici la Mère. De son vrai nom Mirra Alfassa et d’origine française, Mère avait eu pour ambition de construire une communauté humaine universelle vivant en harmonie et indépendante de toute nation.

Ils marchaient sous une pluie fine jusqu’aux cabanes, Croisic prenant l’initiative dans la discussion. Non par volonté réelle d’éclairer son interlocuteur, pensa Yoran, mais probablement davantage pour décider des questions avant d’y répondre.

Chaque Brestois avait une histoire à raconter à propos du quartier de Recouvrance, dont le pont constituait le lien privilégié avec le centre-ville. D’un côté, la vieille tour Tanguy et le jardin des Explorateurs, de l’autre, le château de Brest, régnant sur la cité du haut de ses dix-sept siècles, et l’Arbre emphatique d’Enric Ruiz Geli et ses sept plantes. L’alliance, si brestoise, entre passé regretté et avenir espéré.

il n’y avait que trois saisons dans le Tamil Nadu, celle où il faisait chaud, celle où il faisait très chaud et celle où il faisait trop chaud.

Vous êtes une balise de détresse dansant dans un raz-de-marée

Elle s’apprêtait à effectuer le chemin inverse, lorsqu’une seconde vague, la pire, celle de l’effroi, celle qui glace le sang à tout jamais, s’empara de ses derniers élans de volonté.

Ignorant l’heure qu’il était, il avait décidé de laisser le temps s’arrêter.

On aurait dit que la nuit était déjà en train de tomber. À moins que ce ne soit le jour qui fût en train de se lever. Il suivait du regard les sillons d’eau de pluie qui constellaient en continu sa baie vitrée, sans se soucier de la tempête qui balayait les bateaux de plaisance du port, comme autant de minuscules osselets en pleine « retournette ».

Les questions se bousculaient dans son esprit, bien plus que les réponses.

À l’intérieur, ça sentait le neuf. Le vieux. Le bois. La ferraille. La peinture. La rouille. La vie du port, dans toute sa splendeur.

L’ombre était celle d’un homme âgé, usé et fatigué, portant sur lui les stigmates de ce qui avait dû être une longue et pénible traversée. À moins que ce ne fût sa vie qui l’ait été.

La peur au ventre. C’était ça son moteur. Cette terreur, intérieure et pourtant tellement palpable, l’avait mené ici.

« hellig » se rattachait au sacré. C’était le terme qui permettait de qualifier les saints. En Bretagne aussi, les bateaux portant des noms de saints étaient nombreux, donc rien de fracassant.

Devant lui se déployait l’ossature du musée d’art moderne d’Oslo, tout de bois, de verre et d’acier, et dont il jugea le design à mi-chemin entre la raie manta et l’ovni.

Tu sais, la vérité n’est jamais plus insupportable que l’injustice. Jamais.

Le contexte était si critique que la SRPJ de Rennes avait dépêché un super flic à Brest. Un cow-boy que la réputation précédait. En fait, c’était un peu comme si Jack Bauer prenait la relève de Derrick.
Et ça faisait mal.

Yggdrasil, l’Arbre du Monde de la mythologie nordique

Il n’y avait rien que l’on pouvait faire pour ça ou contre ça. Les choses étaient ainsi. Au même titre qu’un caniche ne battrait jamais un lévrier à la course. Ou que l’éclat de la lune ne pouvait pas rivaliser avec celui du soleil.

Les abers étaient à la Bretagne ce que les fjords étaient à la Norvège. De longues baies aussi resserrées que profondes, berceaux de fleuves côtiers se jetant dans la mer.

8 Replies to “Le Guellec, Gwenael «Armorican Psycho» (2019)”

  1. Chère Catherine à la prochaine canicule ,je me jette sur ce livre!!!! Plus sérieusement tu me donnes bien envie de le lire,je l’ajoute à la liste!!!

    1. moi j’ai bien aimé mais d’autres de mon groupe de lecture ont moins apprécié que moi. Je pense qu’ils ne vont pas tarder à se manifester, maintenant que mon commentaire est en ligne..

  2. Abandonné à 12% de lecture… Mauvais timing pour moi, il faisait trop mauvais temps dans ce livre pour une lecture estivale. Les longueurs et le côté Guide du Routard sur Brest m’ont vite agacé.

    1. Ah? Moi c’est quand il fait froid et moche que je veux du soleil en lecture. pour me dépayser mais il y en a qui ne connaissent pas les hivers longs où il fait moche de chez moche dehors.
      Un peu de grisaille et de pluie donne un peu de fraicheur et passe mieux en pleine canicule

  3. Bonsoir Catherine,
    J’ai bien lu votre chronique de mon premier roman, « Armorican Psycho », et vous remercie pour votre lecture.
    J’ai volontairement appuyé le côté sombre, glauque et froid de Brest, qui est une ville très lumineuse, au sens propre comme pour ce qui est de ses habitants (du moins, la plupart de ceux que je connais), et où les températures sont particulièrement douces l’hiver (merci les embruns).
    Ma ligne directrice tout au long de l’écriture a été de créer une atmosphère monochrome afin que le lecteur perçoive la ville, et au-delà, le monde, avec les yeux de Yoran Rosko.
    Je suis néanmoins navré que mon style ne vous paraisse « pas flamboyant », car je pense pour ma part que c’est avant tout cet aspect qui a permis au manuscrit de se démarquer alors que l’idée d’en faire un roman publié était encore un doux rêve.
    J’ajoute que je me suis permis de partager votre chronique sur ma page Facebook. 😉
    Bien à vous.

    Gwenael

    1. Bonsoir Gwenael,
      Je vous remercie d’avoir pris la peine de vous exprimer sur mon blog. Je suis désolée si j’ai dit que votre style n’était « pas flamboyant » mais j’ai en effet été nettement plus happée par le coté « image » et « visuel » du récit que par le style. Je pense que vous aurez noté que j’ai à plusieurs reprises mentionné l’importance des nuances de gris et l’ambiance à l’unisson avec la météo. Je vous remercie d’avoir partagé sur votre page Facebook et me réjouis de lire le prochain.

  4. Alors Merci Cath pour la critique et surtout Merci a l’auteur Gwenael pour le suivi de la critique, la réponse personnelle et les explications.
    Personnellement, autant l’atmosphère m’a plut, autant la lenteur et le rythme m’ont rendu difficile le voyage … Trop amoureux de Brest l’auteur ?
    En toute sincérité, j’ai eu du mal a le terminer et je suis resté sur un sentiment mitigé.
    J’espère vraiment que le livre suivant sera plus enlevé, il y a vraiment de bonnes idées dans cet hommage au livre noir version bretonne !

  5. Salut la compagnie, ici le poulet tricolore !
    Mon sentiment sur le livre : il ressemble à une étape de montagne du tour de France. Beaucoup de longueurs, trop de lacets, de jolies vues parfois et la récompense vient avec l’arrivée. J’ai enfin apprécié l’histoire dans les dernières pages mais j’ai souffert de longueurs, de descriptions et de personnages inutiles. Je précise pour atténuer mes propos que je ne suis pas un littéraire, juste un type ordinaire qui adore lire. Il existe des chefs d’œuvre qui m’ont profondément ennuyés. Et le personnage principal, Yoran est particulièrement attachant. Vivement le livre suivant

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