Morton, Kate «Les brumes de Riverton» (2007)

Auteur : née en 1976, romancière australienne. Elle est connue pour ses romans gothiques. Elle a une maîtrise de littérature victorienne et un doctorat sur le gothique dans la littérature contemporaine.

Un étonnant premier roman d’une jeune Australienne, devenu un best-seller dans son pays, qui marque le retour de la grande saga à l’anglaise.

Résumé :  » Au mois de novembre dernier, j’ai fait un cauchemar. On était en 1924 et je me retrouvais à Riverton « . Eté 1924 : au cours d’une grande soirée donnée au château de Riverton, le poète Robert Hunter se suicide sous les yeux des sœurs Hartfort. Les deux femmes ne se reparleront plus jamais après le drame. Hiver 1999 : une jeune cinéaste prépare un film sur ce scandale des années 20. Il ne reste plus qu’un seul témoin vivant de l’époque, Grace Bradley, alors domestique au château. Mais Grace a changé de vie, tiré un trait sur Riverton et ses secrets, ou du moins le croit-elle. Car le passé lentement se réveille…

Mon avis : La pure saga romantique, le roman « féminin » mais pas dans le sens péjoratif… à la Daphné du Maurier… à la Downton Abbey… (Ce qui me fait penser que j‘ai toujours en attente le livre de Tatiana de Rosnay «Manderley for ever»)… Et bien mon côté midinette a bien aimé. Une saga romantique, au début du XXème siècle… avec des femmes de chambre, des amours illicites, la noblesse victorienne… Au moment où elle est sollicitée pour donner des informations pour aider à la véracité d’une reconstruction historique sur un tournage de film, Grace se replonge dans les souvenirs. Ils remontent à la surface, et la vue de certaines photos la fait replonger dans son passé. Il y aura les bons et les mauvais moments : la trame de sa vie va nous faire traverser un siècle. Moi j’aime ce genre de romans et l’ambiance Angleterre victorienne.

Extraits :

Les souvenirs consignés depuis une éternité dans les coins les plus reculés de ma tête ont commencé à s’insinuer par les fissures de ma mémoire.

Alors que les mites ont dévoré des pans entiers de mes souvenirs récents, je découvre que le passé lointain, lui, est clair et net. Ils ont tendance à revenir souvent me rendre visite, ces spectres du passé, et je constate avec étonnement qu’ils ne me dérangent pas outre mesure.

J’avais oublié, je crois, qu’il y avait des souvenirs lumineux au milieu de toute cette noirceur.

j’entends toujours aussi bien. C’est juste qu’avec l’âge j’ai appris à n’écouter que ce que j’ai envie d’entendre.

la société changeait à un rythme trop rapide, trop implacable pour lui, et l’ère nouvelle qui menaçait de le rattraper lui donnait le vertige. Il cherchait à se raccrocher aux coutumes et certitudes de l’ancien temps.

Le sang s’efface, comme l’esprit du temps ; il ne reste bientôt plus que des noms et des dates.

Sauf qu’évidemment ceux qui vivent dans les souvenirs des autres ne meurent jamais vraiment.

J’avais l’impression d’avoir soulevé la couverture d’un beau livre au papier brillant, de m’être laissé enchanter par l’histoire… et d’avoir dû reposer le volume trop tôt à mon goût

Dans sa vie une dame ne devrait voir son nom dans les journaux qu’en deux occasions : l’annonce de son mariage et son faire-part de décès.

la cuisine émettait fumées et sifflements, telles les nouvelles automobiles qu’on voyait traverser le village en brillant de mille feux.

Alors que dans ma jeunesse j’ai multiplié les efforts pour me conformer à l’idéal de la mode – bras squelettiques, seins inexistants, teint cadavérique –, c’est exactement mon allure d’aujourd’hui. Malheureusement, ça me va moins bien qu’à Coco Chanel…

Ce beau visage si familier, sculpté comme tous les visages par les mains efficaces de l’Histoire. Marqué par des ancêtres et un passé dont il ne sait pas grand-chose.

ces souvenirs qui deviennent tout à coup plus réels que ma vie actuelle et dans lesquels je m’évade sans préambule

je commençais à me sentir chez moi dans le passé, alors que, dans le lieu étrange et fade qu’on s’accorde à appeler le présent, je me sens dans la peau d’une visiteuse.

On a beau connaître un lieu par cœur, le simple fait de le regarder d’en haut change tout.

On ne pouvait même plus dire qu’elle versait des larmes ; ses yeux semblaient souffrir d’une fuite permanente.

Comment les étages successifs de la mémoire ont-ils pu se dissoudre et les spectres du passé revenir à la vie, le tout en si peu de temps ?

Un enfant, ça vous prend un bout de votre cœur et ça le traite ou le maltraite comme ça lui chante ; avec les petits-enfants, c’est différent. La culpabilité, la responsabilité qui pèsent sur la relation mère-fils ou mère-fille sont absentes. La voie de l’amour est libre.

Dans la vie, les tournants ne sont pas si évidents. Ils surviennent sans qu’on les remarque, sans qu’on les définisse comme tels. Il y a des occasions manquées, des désastres qu’on fête parce qu’on ne sait pas encore… Les tournants ne sont mis au jour que plus tard, par les historiens.

Pour être heureuse, elle avait besoin de constater l’insatisfaction d’autrui ; sinon, elle n’avait aucun scrupule à fabriquer de toutes pièces le malheur de quelque pauvre âme qui ne voyait rien venir. J’ai vite appris que, pour survivre, je devais rester dans mon coin et surveiller mes arrières.

Art cruel et paradoxal que la photographie, cette façon d’entraîner de force vers l’avenir ce que l’on a capturé sur l’instant, ces moments qu’on aurait dû laisser s’évaporer avec le passé, qui ne devraient survivre que dans les mémoires, les souvenirs ; des moments qu’on devrait entrevoir, sans plus, à travers la brume des événements ultérieurs. Les photos nous obligent à voir les gens tels qu’ils étaient avant que leur avenir pèse sur eux de tout son poids, avant qu’ils sachent comment ils vont finir.

En moi, la tension se relâche. Suivie par la désintégration. Un million de particules infimes chutent dans l’entonnoir du temps.

les êtres qui poussent tout seuls, comme les plantes en pleine nature, retournent tôt ou tard à l’état sauvage.

Même mes paupières me lâchent. Elles fonctionnent mal. On dirait une paire de stores vénitiens au cordon usé.

— À la place, je suis devenue archéologue. Ce qui n’est pas si différent, quand on y pense.
— Les victimes sont mortes depuis plus longtemps, voilà tout.
— Tout juste. C’est Agatha Christie qui m’en a donné l’idée, au départ. Ou plutôt un de ces personnages. Il dit à un moment à Hercule Poirot : « Vous auriez fait un bon archéologue. Vous êtes doué pour recréer le passé. »

Où s’en vont donc les souvenirs d’enfance ? Il doit y en avoir tant ! Toutes ces choses vécues qui nous apparaissent sur le moment neuves et parées de couleurs vives… Les enfants sont-ils tellement absorbés par l’instant, justement, qu’ils n’ont ni le loisir ni le désir de mémoriser ces images ?

L’évasion, l’aventure, j’aurais pu les vivre à la pointe de ma plume.

Au début, les histoires d’amour ne se préoccupent que du présent. Mais il y a toujours un moment – à la faveur d’un événement, d’un échange, d’un invisible facteur déclenchant – où passé et avenir entrent à nouveau dans le champ de conscience des amants.

— Charles Darwin ? Évidemment. Qu’est-ce que ça a à voir avec… ?
— L’adaptation, tu te souviens ? Celui qui survit est celui qui sait le mieux s’adapter. Eh bien, certains sont mieux armés que d’autres dans ce domaine.
— S’adapter à quoi ?
— À la guerre. À ne plus compter que sur ses propres capacités intellectuelles pour survivre. Aux nouvelles règles du jeu qui nous sont imposées.

 

 

Khadra, Yasmina «Dieu n’habite pas La Havane» (08.2016)

Résumé : À l’heure où le régime castriste s’essouffle, « Don Fuego » chante toujours dans les cabarets de La Havane. Jadis, sa voix magnifique électrisait les foules. Aujourd’hui, les temps ont changé et le roi de la rumba doit céder la place. Livré à lui-même, il rencontre Mayensi, une jeune fille « rousse et belle comme une flamme », dont il tombe éperdument amoureux. Mais le mystère qui entoure cette beauté fascinante menace leur improbable idylle. Chant dédié aux fabuleuses destinées contrariées par le sort, Dieu n’habite pas La Havane est aussi un voyage au pays de tous les paradoxes et de tous les rêves. Alliant la maîtrise et le souffle d’un Steinbeck contemporain, Yasmina Khadra mène une réflexion nostalgique sur la jeunesse perdue, sans cesse contrebalancée par la jubilation de chanter, de danser et de croire en des lendemains heureux.

Mon avis : Un de livres de Yasmina Khadra que j’ai préféré. Ce n’est pas peu dire quand on sait que j’aime beaucoup cet auteur. Après nous avoir fait découvrir l’Algérie et la Lybie, nous voici à Cuba, dans l’ombre de Fidel… Un roman dans la veine de « Ce que le jour doit à la nuit » tout en poésie et en nuances. Un hymne à la reconstruction des êtres, à la renaissance, à la musique et à l’amour. A la folie et à la passion … Les artistes vivent et meurent par leur art. La musique est l’identité même de Juan Del Monte Jonava plus connu sous son nom de scène «Don Fuego» ; le jour où le cabaret dans lequel il se produisait depuis des années ferme, sa vie se brise. Lui qui avait fait passer la musique avant tout se retrouve totalement démuni. Heureusement que des amis de toujours et sa famille sont là pour l’aider à remonter la pente. Il rencontrera une jeune femme dont il tombera viscéralement amoureux. Mais cet amour se révèlera hautement toxique; il en fera l’expérience tout en refusant de baisser les bras. Autour de lui des personnages hauts en couleur. Un trompettiste d’exception qui vit en compagnie de son chien, des musicos qui vivotent, des amis à la solde du régime. Dans Cuba à la dérive, Juan va tenter de se relever, en apprenant à se connaître et à appréhender le monde qui l’entoure. En quittant le devant de la scène, il va arpenter l’envers du décor, la Havane tombée en ruine mais dont le cœur bat toujours. Lui pour qui seule la musique et la notoriété comptaient va ouvrir les yeux et partir à la découverte de son moi-intérieur et de la vie qui l’entoure. Juan va-t-il baisser les bras, rater sa fin de vie ou se redresser ? la musique le sauvera-t-elle ? l’amour gagnera-t-il ? Y aura-t-il des lendemains qui chantent pour Don Fuego ? Il y a aussi de magnifiques pages sur la musique et la poésie.

J’ai eu un énorme coup de cœur pour ce livre. Alors place au rêve, à la flamboyance, à La Havane et à l’amour de la vie…

Extraits :

Le monde n’est pas obligé d’être parfait, mais il nous appartient de lui trouver un sens qui nous aidera à accéder à une part de bonheur. Il y a immanquablement une issue à n’importe quelle mauvaise passe. Il suffit d’y croire. Moi, j’y crois. Mon optimisme, je le cultive dans mon jardin potager.

« Être pauvre, ce n’est pas manquer d’argent ; être pauvre, c’est manquer de générosité. »

On est dans un pays où les décisions s’exécutent et ne se discutent pas.

Apparemment, la vie continue ; les gens et les choses demeurent ce qu’ils ont toujours été, mais moi, je me sens soudain étranger à moi-même et à ce qui m’entoure.

Certains ont supplié Yemanja, déesse de la mer, de mettre un peu de lumière dans leur nuit, d’autres ont chargé Oshún, dieu du fleuve, de les laver de leurs péchés, remuant ainsi les gènes d’une Afrique lointaine et omniprésente à la fois, aussi ancienne et éternelle que les déités nées dans la misère de la brousse et que ne surplomberont ni les astres ni les satellites tant que le malheur restera le frère jumeau de l’espoir le plus fou.

Depuis 1959 et la révolution castriste, la population a centuplé, mais la ville n’a pas bougé d’un poil, comme si une malédiction la retenait captive d’un passé aussi flamboyant que l’enfer.

Les enfants sont ainsi faits. Petits, on a envie de les dévorer. Grands, on regrette de ne pas les avoir dévorés.

C’était un jour merveilleux ; pas une fausse note ne chahutait notre ivresse.

Je suis allé sur le front de mer tuer le temps. Mais on ne tue pas le temps, on s’en accommode.

— La loi du marché n’est que la forme moderne de la loi de la jungle.

Lorsqu’on a été allaité au biberon de l’espionite, il est rare de ne pas prendre l’ombre d’un arbre pour un ennemi embusqué.

Je n’aime pas te voir chavirer dans les rues comme un saule pleureur que le vent malmène.

Mais les jours sont comme les fauves. Tu penses les avoir apprivoisés, et un beau matin, ils recouvrent leur instinct et ils se surprennent à te dévorer vivant en croyant s’amuser avec toi.

Veux-tu que je te traduise ce que racontent les marionnettes ? Figure-toi que ce ne sont pas leurs histoires qui importent, mais les ficelles qui leur font faire des choses terribles contre leur gré.

— Rêver, ce n’est pas attendre, mais chercher à atteindre son but contre vents et marées.

Si, au bout d’un mois, aucune tuile ne lui tombe sur la tête, c’est lui en personne qui secouera les toitures.

Je ne cherchais pas l’amour, encore moins un foyer ; j’avais déjà la musique, et le ciel en guise de toit. Je ne me rappelle pas comment je m’étais mis la corde au cou ni sur quelle note du solfège j’avais prononcé le oui.

en amour l’abdication est une mort insensée, que si j’avais une chance sur mille de conquérir le cœur de la belle, il me faudrait la tenter contre vents et marées.

Le trompettiste, que la nuit couve précieusement, souffle dans son instrument comme souffle l’âme dans les corps inertes pour les ramener à la vie. C’est d’une magie et d’une générosité telles qu’on n’entend plus que les soubresauts de nos cœurs battant la mesure de la partition.

Lorsque le cœur s’invente une histoire, la raison n’a pas voix au chapitre.

Comment a-t-il survécu à sa déchéance ? En l’ignorant, tout simplement… Je ne veux pas lui ressembler. Je tiens à la moindre des choses, m’intéresse au plus infime des détails, me raccroche à n’importe quel instant parce que je suis vivant – précisément. Je m’interdis de tourner le dos aux lendemains. Je veux me désaltérer dans la rosée de chaque matin, attendre chaque saison comme le Messie ; je veux aimer jusqu’au ridicule, car il n’est pire tragédie que de n’avoir personne à aimer.

Tu m’as fait renaître à la plus belle des percussions : les battements de mon cœur.

J’ai fait des étoiles mes lumières, des vents ma musique et des océans mes sources d’inspiration. C’est ainsi que je suis devenu poète.

Pourquoi nos musiciens n’adaptent-ils pas vos poèmes, maître ?
— Je suis poète, non parolier. La musique convoque le corps, la poésie interpelle l’âme.

Le poète nous inspire, le chanteur nous respire. Le poète nous éclaire, le musicien nous enflamme. C’est dans cette nuance que réside la singularité de celui qui dit et de celui qui chante.

Le rapport à la poésie est plus intime. On est dans la quête tranquille de soi. Avec la musique, on adhère aux autres, on est dans l’élan et non dans la retenue, dans le don de soi et non dans sa quête.

le malheur vient de la grossière erreur de voir le monde tel qu’on voudrait qu’il soit et non pas tel qu’il est. Prenez les choses comme elles viennent et tâchez de les apprivoiser car la seule vérité qui importe, c’est vous.

Le ciel s’est ecchymosé de nuages noirâtres dans l’après-midi

Et elle a pour moi un regard que je ne lui ai jamais vu auparavant – un regard éteint, aussi sinistré qu’une terre brûlée, d’un noir qui semble surgir de la vallée des ténèbres, froid et tranchant comme un couperet qui s’abat.

Dehors, les épreuves me narguent. Elles connaissent tous mes itinéraires, je connais tous leurs traquenards ; plutôt me perdre à jamais que m’attarder une minute de plus dans ma chambre.

Aucun endroit n’est un abri pour celui qui fuit le bruit de ses pas.

Si j’ai renoncé à tout, c’est pour ne plus être l’otage de ce qui me dépasse, et si j’ai renoncé à Dieu, c’est pour vivre ma vie à moi. Et je suis bien comme je suis.

Son sens de la repartie est son bouclier. Ses paroles, des tirs de sommation.

Le rêve le plus fou ne peut s’affranchir de ses effets secondaires. Il faut bien redescendre sur terre, marcher pieds nus dans le chardon, toucher le fond après avoir survolé les cimes.

J’ai été heureux, j’ai été vivant, j’ai été amoureux. À l’instar des étoiles filantes, j’ai eu mon heure de gloire.

Il faut mettre une croix sur ce qui est fini si l’on veut se réinventer ailleurs.

L’aventure humaine est faite de hauts et de bas pour conférer du relief à ce qui n’aura été que platitude. Si l’existence n’était qu’un chant d’été, personne ne saurait combien la neige est belle en hiver.

 

Nothomb, Amélie «Riquet à la houppe» (08/2016)

Résumé / Quatrième de couverture : « L’art a une tendance naturelle à privilégier l’extraordinaire. »

Mon Avis (étayé par l’écoute d’une interview de l’auteur) : Ah oui un Amélie comme je les aime. Et une nouvelle fois c’est ma première lecture de la Rentrée Littéraire. A l’origine de ce roman, un conte de Perrault du XVIIème siècle ; un conte intemporel, qui parle de choses horribles sur un ton léger. Ce roman traite de l’obsession de la beauté et de la laideur, de l’esprit et de l’intelligence. Mais attention, il y a intelligence et intelligence… le fameux Q.I et l’intelligence du cœur, humaine, le sens de l’autre. La malédiction du beau et celle du laid existent mais on peut s’en sortir à l’aide d’une potion magique qui a pour ingrédients : amour, humour, esprit. D’ailleurs chez Perrault l’esprit ouvre la porte au succès, aux aventures galants. C’est l’un des rares contes ou les deux protagonistes sont au même niveau, dans la même situation et où il y a deux héros dont les destins parallèles vont finir par se rejoindre.

Ce livre parle de l’importance de l’apparence dans notre société et nous montre que le très beau et le très laid sont tous deux facteurs d’exclusion. La beauté est souvent cataloguée comme bête et débile et dans le roman la jeune fille, qui parle peu et observe beaucoup est considérée comme une débile

Une fois encore la romancière affuble des personnages de prénoms pas possible ; le « Riquet » de l’histoire – moche à pleurer – a pour prénom « Déodat » qui signifie le cadeau de Dieu. La jeune fille elle s’appelle « Trémière », car elle est fille de Rose, et de Lierre et petite-fille de « Passerose » ( qui est une variété de rose grimpante).. Une filiation botanique de roses et de plantes grimpantes donc… La grand-mère est la bonne fée du conte de Perrault et elle enseigne à Trémière la magie de la beauté de l’amour et de l’éclat ; elle utilise le vecteur des bijoux pour lui montrer l’importance de la transmission des valeurs ; en effet dans la vie actuelle les bijoux se transmettent de génération en génération, comme le nom. C’est un symbole. Et pour la grand-mère pour que les bijoux gardent leur éclat, il faut les porter beaucoup et avec amour. Si on ne les aime pas ils dépérissent et perdent leur éclat, comme les êtres humains.

Et un autre grand thème : les oiseaux, la liberté… L’oiseau est l’animal le plus courant de l’univers, celui que l’on voit tous les jours, que l’on soit en ville ou en campagne, partout dans le monde ; même si on est enfermés, il est possible de le voir passer devant notre fenêtre … mais il nous demeure étranger car il est difficile de communiquer avec lui, bien qu’il représente le rêve de beaucoup d’entre nous, voler, s’évader, prendre notre envol, fuir, découvrir…

En arrière-plan de ce roman, Amélie Nothomb se permet plusieurs réflexions sur notre société de consommation ;

– la télévision, cet aspirateur à volontés … et en même temps cet objet qui peut devenir un facteur d’exclusion (si on ne la regarde pas, on n’est pas normal)

– l’utilité et la possession : notre monde est une course effrénée pour posséder des choses utiles dont on devient esclaves ; de même les personnes doivent avoir une utilité et posséder des biens pour être considérées dans la vie … et pourtant les valeurs réelles de la vie ce n’est pas ça…

– les livres : certains livres (certaines musiques) nous appellent, nous choisissent, changent notre destin, nous forment, influencent le sens de notre vie…

Au final un livre optimiste qui nous prouve qu’on peut se sortir de tout, que les parents doivent nous faire confiance et nous accompagner mais ne doivent pas aplanir toutes les difficultés et ne doivent pas nous cacher la vérité au risque de nous démunir des armes pour l’affronter

Un très joli moment de lecture que je recommande vivement ( et un petit clin d’œil aux amoureux de l’Egypte ancienne)

Extraits :

On savait déjà qu’il s’agissait d’un garçon. Énide le considéra comme un cadeau de Dieu et voulut l’appeler Déodat.
– Pourquoi pas Théodore ? C’est le même sens, dit le mari.
– Les meilleurs hommes du monde portent un prénom qui se termine en « –at », répondit-elle.

L’intelligence classique comporte rarement cette vertu qui est comparable au don des langues : ceux qui en sont pourvus savent que chaque personne est un langage spécifique et qu’il est possible de l’apprendre, à condition de l’écouter avec la plus extrême minutie du cœur et des sens. C’est aussi pour cela qu’elle relève de l’intelligence : il s’agit de comprendre et de connaître. Les intelligents qui ne développent pas cet accès à autrui deviendront, au sens étymologique du terme, des idiots : des êtres centrés sur eux-mêmes. L’époque que nous vivons regorge de ces idiots intelligents, dont la société fait regretter les braves imbéciles du temps jadis.

il jouissait de chaque couleur à l’état natif, la suavité du bleu, la richesse du rouge, la malice du vert, la puissance du jaune,

Il la revivait d’autant mieux qu’il pouvait observer la dame de ses pensées sans qu’elle le regardât : elle s’affairait, elle passait l’aspirateur, elle lisait. Il ne l’aimait jamais autant que quand elle lui offrait sa présence sans l’angoisse de son attention.

On voulait qu’il parle afin de savoir ce qui se passait dans sa tête.

Ne pas nier la douleur de sa condition, mais n’en conclure strictement rien.

Le père s’appelait Lierre, la mère s’appelait Rose. Ils nommèrent le bébé Trémière.
– Vous êtes sûrs de ce prénom ? interrogea l’infirmière.
– Oui, dit l’accouchée. Mon mari porte un nom de plante grimpante et moi celui d’une rose. Une rose qui grimpe, c’est une rose trémière.

La mère de Rose s’appelait Passerose, autre nom de la rose trémière

Et je n’ai envie de me débarrasser d’aucun de ces arbres. Ils sont tellement beaux, n’est-ce pas ? « Ils vous mangent votre lumière », me dit-on. Préférer la lumière aux arbres, cela me paraît aussi absurde que de préférer l’eau aux fleurs.

L’énigme s’approfondit : comment des gens qui possédaient un téléviseur aussi magique et qui passaient à le regarder le plus clair de leur temps pouvaient-ils demeurer bêtes et pire que bêtes, vulgaires et médiocres ?

Il osa penser qu’Axel n’était peut-être pas très malin. Et il n’exclut pas que l’omniprésence de la télévision ait joué un rôle dans cette affaire. Non que les programmes soient forcément en cause. C’était comme si l’appareil lui-même avait capturé la volonté d’Axel.

l’amitié n’apparaît pas pour combler un appétit. Elle surgit quand on rencontre l’être qui rend possible cette relation sublime.

Pourquoi inventer la figure de l’ange alors que l’oiseau existe ? La beauté, la grâce, le chant sublime, le vol, les ailes, le mystère, cette gent avait toutes les caractéristiques du messager sacré. Avec cette vertu supplémentaire qu’il n’était pas nécessaire de l’imaginer : il suffisait de la regarder. Mais regarder n’était pas le fort de l’espèce humaine.

Il fallait seulement qu’il apprenne à vivre comme les oiseaux vivent, pas avec les humains, mais parallèlement à eux, à quelques mètres d’eux.

De même que le féru de littérature ne peut se résoudre à avoir un seul livre de chevet, Déodat était incapable d’avoir un oiseau favori

Les gens ne sont pas indifférents à l’extrême beauté : ils la détestent très consciemment. Le très laid suscite parfois un peu de compassion ; le très beau irrite sans pitié. La clef du succès réside dans la vague joliesse qui ne dérange personne.

les bijoux, pour rester magnifiques, ont besoin d’être portés très souvent. Et quand je dis portés, cela signifie aimés.

si la caractéristique masculine était la vulgarité, la caractéristique féminine était l’insatisfaction.

Il s’agissait de celles qui paraissaient avoir « quelque chose », soit qu’elles l’aient vraiment, soit qu’elles en donnent les signes. Quant à la nature du « quelque chose », qu’au dix-septième siècle l’on eût appelé le je-ne-sais-quoi, bien malin qui en dira plus.

rien de tel que la médiocrité pour penser du bien de soi.

Les professeurs, intrigués par ce jeune homme d’une laideur à ce point remarquable, le surnommaient Riquet à la Huppe. Il approuva ce sobriquet dont il salua la justesse étymologique, houppe et huppe constituant les deux versions du même mot.

Pour qui aime, découvrir que l’aimée porte un prénom admirable équivaut à un adoubement.

Nous vivons dans une société où il faut que les choses servent. Or, le verbe servir a pour étymologie être l’esclave de.

Alors la huppe fasciée eut droit au deuxième adoubement le plus colossal après la divinisation : elle devint un hiéroglyphe. Bien évidemment, l’hiéroglyphe à son effigie ne signifiait pas huppe fasciée – c’eût été trop simple –, mais, en fonction des contextes de cette langue archicomplexe, « protection » ou bien l’adjectif « glouton », ou encore un terme peu aimable pour se moquer des bègues, sans doute par allusion onomatopéique à son cri que l’on notait UPUPA.

– Il y a des huppes à Paris ?
– Non, mais il y a des gens huppés que l’on peut convaincre de verser des fonds à la LPO. (Ligue de protection des oiseaux)

Aimer, ce n’est pas surestimer

Elle était anormalement peu susceptible. Elle semblait ne pas remarquer les piques et ne les relevait jamais. La vérité était qu’on l’avait tant insultée depuis son enfance qu’elle ne s’en apercevait même plus. Et l’humeur égale qu’elle manifestait face aux injures l’apparentait à une grande dame.

Les livres que l’on se sent appelé à lire sans savoir pourquoi étant souvent l’expression du destin, Trémière tomba dans une librairie au rayon « Enfants » sur Riquet à la Houppe de Perrault et sut qu’il lui fallait le lire.

On sent que Perrault éprouve de la tendresse pour cette belle comme pour Riquet. Il veut les délivrer d’une malédiction absurde pour leur donner l’absurde bonheur de l’amour qu’ils méritent tout autant que n’importe qui.

les plus grandes civilisations avaient attribué à l’oiseau une place immense quand la nôtre le reléguait aux volières. Chez les Égyptiens, les oiseaux étaient des déités, qui avaient inspiré la forme d’une quantité d’hiéroglyphes. Chez les Grecs et les Romains, l’observation de leur vol était sacrée, qui renseignait les hommes quant à leur destin. L’âge d’or des Persans voyait dans La Conférence des oiseaux la source mystique la plus sublime. La quasi-totalité des géoglyphes, ces énigmatiques œuvres d’art amérindiennes visibles des seuls dieux, représentaient des oiseaux mythologiques.

Il détestait se sentir orphelin de livres, comme si aucun bouquin n’avait voulu de lui : il demeurait persuadé que c’était les ouvrages qui adoptaient leurs lecteurs et non le contraire. Orphelin a pour étymologie Orphée, ce qui lui semblait absurde, sauf dans ce cas précis de déréliction.

Votre voix est très belle. Pour vous, faire la roue consiste à parler.

 

Image : huppe fasciée

May, Peter «Les disparus du phare» (2016)

Résumé : Rejeté par les vagues, un homme reprend connaissance sur une plage. Tétanisé par le froid, le cœur au bord des lèvres, frôlant dangereusement le collapsus. Il ignore où il se trouve et surtout qui il est ; seul affleure à sa conscience un sentiment d’horreur, insaisissable, obscur, terrifiant. Mais si les raisons de sa présence sur cette île sauvage des Hébrides balayée par les vents lui échappent, d’autres les connaissent fort bien. Alors qu’il s’accroche à toutes les informations qui lui permettraient de percer le mystère de sa propre identité, qu’il s’interroge sur l’absence d’objets personnels dans une maison qu’il semble avoir habitée depuis plus d’un an, la certitude d’une menace diffuse ne cesse de l’oppresser. Muni, pour seuls indices, d’une carte de la route du Cercueil qu’empruntaient jadis les insulaires pour enterrer leurs morts, et d’un livre sur les îles Flannan, une petite chaîne d’îlots perdus dans l’océan marquée par la disparition jamais élucidée, un siècle plus tôt, de trois gardiens de phare, il se lance dans une quête aveugle avec un sentiment d’urgence vitale. Revenant à l’île de Lewis où il a situé sa trilogie écossaise, Peter May nous emporte dans la vertigineuse recherche d’identité d’un homme sans nom et sans passé, que sa mémoire perdue conduit droit vers l’abîme.

Mon avis : Ahhh ! j’ai retrouvé l’ambiance Peter May de la « Trilogie Ecossaise ». Si vous aimez les iles sauvages, la nature. Alors foncez… Les retrouvailles avec les Hébrides, les paysages sauvages… et l’aventure passionnante et angoissante de cet homme qui recherche son passé et sa mémoire… J’ai pris le livre et je ne l’ai pas lâché. Un gros coup de cœur. Je ne vous en dis pas plus et ne vous retiens pas plus longtemps… et surtout je ne dévoile rien…

Extraits :

L’un de ces moments où la réalité de votre propre mortalité devient, peut-être pour la première fois de votre vie, quelque chose de plus que cette idée que l’on préfère ignorer pour s’en préoccuper dans un futur lointain. C’est ici et maintenant, et la mort n’est qu’à un souffle de distance.

La journée est passée dans un brouillard et le jour commence à baisser. Le mauvais temps est revenu et la pluie tambourine aux fenêtres, glissant sur les vitres comme des larmes.

Au bout du compte, le seul moyen qu’elle avait trouvé pour vivre avec avait été de se construire une carapace épaisse, résistante, qui ne laisserait plus rien passer de ce qui risquerait de la blesser à nouveau.

Utiliser de la pellicule voulait aussi dire que l’on prenait moins de photographies, ce qui les rendait d’autant plus précieuses, et c’était agréable de posséder un album avec lequel on pouvait s’asseoir et que l’on posait sur ses genoux pour le feuilleter. Des images que l’on pouvait toucher, presque comme si on touchait les gens eux-mêmes, une connexion directe avec un passé plus heureux.

elle s’embarquait pour un voyage initiatique, pour affronter les démons qu’elle avait désespérément essayé de dompter pendant ces deux dernières années.

Comme je n’ai aucun passé, je n’ai pas plus de présent. Et sans présent, pas de futur. Cette pensée a fini par insinuer le coin de la dépression au plus profond de ma conscience et je plonge dans un abîme de pur désespoir.

Il n’y a pas de réponses simples.
– Eh bien, donne-moi les compliquées dans ce cas. »

Des halos brumeux étaient suspendus aux lampadaires et elle avait à peine parcouru plus de cinquante mètres quand elle se retourna et constata que sa maison était déjà noyée dans le brouillard. Disparue comme ce passé qu’elle n’avait aucune intention de revisiter.

« On dit que chacun de nous n’est que la somme de ses souvenirs. Ce sont eux qui font de nous ce que nous sommes. Efface-les, et il ne te reste que du vide. Comme un ordinateur sans logiciel. »

Elle savait aussi que, pour des oreilles anglaises, l’accent écossais sonnait de manière menaçante.

Un étrange mélange de sensations s’empare de moi. Peur et tristesse. Non. Plus fort que la tristesse. La dépression. Et cette odeur. Toujours cette odeur. Le désinfectant. Et autre chose, aussi. Âcre et désagréable. Si la mort avait une odeur, c’est sans doute ainsi que je la décrirais.

– Parfois, quand on le revisite, le passé n’est pas à la hauteur de nos souvenirs. »

Bien souvent, une vérité embarrassante est plus facile à écarter qu’un mensonge qui rassure.

Sentir la douceur et la chaleur d’un autre être humain. Se sentir aimé et désiré, et pas seulement par un chien.

 

 

Gran, Sara « La ville des brumes » (2016)

Une enquête de Claire DeWitt

Résumé : Quand Paul Casablancas, l´ex-petit ami musicien de Claire, est retrouvé mort dans sa maison de San Francisco, la police est convaincue qu´il s´agit d´un simple cambriolage. Mais Claire sait que rien n´est jamais si simple. Avec l´aide de son nouvel assistant, Claude, elle suit les indices, trouvant un éclairage sur le destin de Paul dans ses autres affaires – notamment celle de sa soeur de sang Tracy disparue dans le New York des années 1980 et celle d´une disparition de chevaux miniatures dans le comté de Sonoma. Alors que les visions du passé lèvent le voile sur les secrets du présent, Claire commence à saisir les mots de l´énigmatique détective français Jacques Silette : « Le détective ne saura pas de quoi il est capable avant de se heurter à un mystère qui lui transperce le coeur. » Et l´amour, sous toutes ses formes, est le plus grand mystère de tous – du moins dans l´univers de la meilleure détective du monde. Avec cette nouvelle aventure addictive d´une héroïne irrésistible, Sara Gran propulse la femme détective traditionnelle au coeur du XXIe siècle, un mélange entre Alice Roy et Sid Vicious.

Mon avis : Déception. Autant j’avais bien aimé le premier autant celui-ci me laisse sur ma faim. On est à San Francisco mais l’intrigue est peu traitée. On est en fait à fond dans le concept Détective junkie comme on a très souvent le flic alcoolique.   Alors ok elle a été la petite copine du mec assassiné. so what ? et elle replonge dans son adolescence et mène l’enquête sur la disparition de sa copine d’enfance.. C’est très touffu, brouillon, on se perd, il se passe rien… Elle se disperse, touche à tout mais il n’en ressort rien… Elle en a même perdu son côté déjanté et totalement allumé, elle est juste pas à l’Ouest et en roue libre; j’ai eu du mal à la suivre car je n’ai jamais compris ou elle voulait aller… Dommage… En plus les personnages n’ont pas de consistance et sont trop nombreux. Pourtant le monde de la musique à Frisco, il y avait de quoi rendre le sujet vivant et intéressant… Je me suis ennuyée, j’ai trouvé que cela trainait en longueur, qu’il n’y avait pas de fond, si des bas-fonds…

Extraits :

D’un autre côté, une jolie fille est toujours l’objet, jamais le sujet. Les gens la considèrent comme une idiote et la traitent à l’avenant, ce qui est parfois pratique mais toujours agaçant. J’imagine qu’après trente ans, les retours sur investissement commencent à diminuer, de toute façon. Alors autant passer à autre chose et miser sur des compétences plus utiles.

Surtout, la connaissance intérieure du détective l’emporte sur toute pièce à conviction, tout indice, toute hypothèse rationnelle. Si nous ne la plaçons pas toujours et sans cesse au-dessus du reste, il ne sert à rien de continuer, ni à enquêter ni à vivre.

Elle était partie, à la dérive sur les océans de la douleur. En pleine noyade, plutôt.

Je ne pensais à rien. Il y avait un grand trou blanc là où se trouvent d’habitude les pensées normales.

Un homme blanc, quelque part entre la cinquantaine et le million d’années, qui donnait l’impression d’être la personne la moins heureuse du monde. On aurait dit qu’il avait voué sa vie au malheur.

Il portait un peignoir élimé sur un t-shirt, un pantalon de pyjama et des mules en skaï qui avaient connu des jours meilleurs, même si je crois pouvoir affirmer qu’aucun de leurs jours n’avait été franchement bon.

Vivre à San Francisco est une épreuve d’endurance. Je connaissais beaucoup de gens qui, après des années de victoire, avaient fini par perdre la bataille contre le brouillard et déménager plus à l’est ou plus au sud.

Quand on se déteste assez fort, on finit par détester la première personne qui nous rappelle nous-même. Et si ça ne s’arrange pas, on en vient à détester tous ceux qui ne voient pas à quel point on est horrible.

J’imagine que j’ai simplement envie de lui garder une certaine affection. On était tellement proches ! Comme les filles le sont à l’adolescence. Et vous savez, je suis quelqu’un d’assez en colère, mais ce n’est pas vraiment mon truc de détester les gens. Alors je sais pas… J’imagine que je me suis construit toute cette histoire comme quoi ce n’était pas entièrement sa faute.

C’est fou, cette nana qui était – qui est toujours – si belle, si intelligente, si talentueuse, avec tellement de monde à ses pieds. Et pourtant, c’était comme… vous savez, quand on a laissé une plante trop longtemps sans l’arroser et que le jour où on veut le faire, l’eau ne peut plus pénétrer ?

Je ne savais pas si elle était contente ou pas. Sa bouche formait un truc à mi-chemin entre le rictus sardonique et le demi-sourire.

Les Wandrè avaient été fabriquées en Italie par Antonio Vandrè Pioli dans les années 1950 et 1960. C’étaient des guitares étranges – formes insolites, couleurs inhabituelles, manches métalliques, ajouts électroniques mis au point par Pioli lui-même.

 

 

Viggers, Karen «La mémoire des embruns» (2015)

Auteur : Née à Melbourne, Karen Viggers est vétérinaire, spécialiste de la faune sauvage. Elle exerce dans divers milieux naturels, y compris l’Antarctique. Elle vit aujourd’hui à Canberra, où elle partage son temps entre son cabinet et l’écriture. «La Mémoire des embruns», son premier roman, a été numéro un des ventes du Livre de Poche durant l’été 2016. En 2016 elle publie «La Maison des hautes falaises» suivi en 2017 par « Le Murmure du vent»

Résumé : Mary est âgée, sa santé se dégrade. Elle décide de passer ses derniers jours à Bruny, île de Tasmanie balayée par les vents où elle a vécu ses plus belles années auprès de son mari, le gardien du phare. Les retrouvailles avec la terre aimée prennent des allures de pèlerinage. Entre souvenirs et regrets, Mary retourne sur les lieux de son ancienne vie pour tenter de réparer ses erreurs. Entourée de Tom, le seul de ses enfants à comprendre sa démarche, un homme solitaire depuis son retour d’Antarctique et le divorce qui l’a détruit, elle veut trouver la paix avant de mourir. Mais le secret qui l’a hantée durant des décennies menace d’être révélé et de mettre en péril son fragile équilibre. Une femme au crépuscule de sa vie. Un homme incapable de savourer pleinement la sienne. La Mémoire des embruns est une émouvante histoire d’amour, de perte et de non-dits sur fond de nature sauvage et mystérieuse.

« Absolument sublime, un des dix livres de l’année » Gérard Collard

Sorti au Livre de poche en mars 2016

Mon avis : Un énorme coup de cœur. De superbes descriptions d’amitié, de rapports familiaux. Un retour en arrière d’une femme qui souhaite dire adieu à l’endroit où elle fut heureuse au moment de quitter la vie, ; elle souhaite partir en communiant avec la nature et non dans un mouroir. Au gré des jours elle va revisiter sa vie à l’envers. Ce livre va mettre en lumière le parcours de cette femme et les relations qui ont jalonné sa vie. Elle nous fera part de ses sentiments et de ses doutes ; elle évoquera les relations avec sa famille. Une fille, Jan avec qui elle a du mal à communiquer, un fils qui lui est proche, Tom et un autre, Gary. Et la complicité qui l’unit à sa petite-fille. Au cours des derniers jours de sa vie, elle va lier une relation d’amitié et de confiance avec le gardien du parc national de l’ile qui la considère au début comme un fardeau et qu’elle va apprivoiser. Magnifique description de l’ile sauvage à laquelle se greffera en plus une approche de la vie des personnes qui sont détachées en Antarctique pour des saisons d’hiver ou d’été et leur rapport avec la vie. Passionnant, émouvant, beau…et une description de la faune de Tasmanie ( les oiseaux et autres animaux) qui est magique et qui montre à quel point l’auteur est spécialiste de la question.

Extraits :

une lettre, ça n’explose pas ! Pourtant, elle pourrait. À cause de ce misérable bout de papier, le peu de vie qui lui restait risquait d’éclater en mille morceaux.

Le compte à rebours avait commencé et elle avait besoin de panser de vieilles blessures négligées – la faute à la routine qui engourdit. Elle souhaitait d’abord trouver la paix et le calme intérieur, se réconcilier avec elle-même, s’accorder le droit de se délier du remords.

Si elle entreprenait ce voyage, c’était pour retrouver ses souvenirs, un exercice qui, hélas, ne vous dispensait jamais du chagrin.

Jeune, on pense que l’existence n’a pas de fin. Et, quand la vie vous rattrape au tournant, on regrette de ne pas avoir mieux utilisé son temps. Pourtant, à ne jamais perdre la perception du temps qui passe – en quête d’intensité existentielle –, on risque de passer à côté du sens de la vie.

quand on a trop d’espace et trop de temps, le danger est de se perdre soi-même.

On ressent une telle solitude lorsqu’on perd un parent alors qu’on est loin

Sa présence rassurante, leur acceptation réciproque, le fait qu’ils n’attendaient rien de plus, tout cela lui manquait. Pour en arriver là, à cette sérénité, il avait fallu une vie entière – un rude voyage sur une route peu carrossable. Mais c’était cela l’amour, sûrement, pas une brève flamme qui ne vous éclaire qu’un instant.

Travailler sur un moteur a quelque chose de rassurant. Peut-être à cause de sa composition ou du fait que l’on peut prévoir de quelle manière ses constituants vont s’imbriquer. Ou bien encore à cause de l’ingéniosité de son mécanisme et de la beauté de l’agencement qui permet à une machine de produire assez d’énergie pour mettre en rotation un arbre de transmission et en mouvement un véhicule.

Ce n’est pas seulement le concept qui me séduit, mais aussi le poids des éléments dans mes mains. L’odeur familière du cambouis. J’aime devoir trouver des solutions à des problèmes pas à pas. J’aime la géométrie des machines. Elles possèdent leur propre logique.

Ceux qui ne s’échappent pas n’en réchappent pas ! Ils sont piégés.

Elle se trémousse et retrousse ses babines pour me faire son sourire canin. Si seulement les hommes pouvaient manifester leur plaisir avec autant de franchise. Nous sommes tous tellement coincés.

J’étais semblable à un ours sortant d’hibernation – lent d’abord, puis revenant à la vie avec de plus en plus d’énergie.

La vie coulait de nouveau dans ses veines, une vraie vie. Elle était peut-être à l’article de la mort, mais elle se jura de continuer jusqu’au bout à vivre plutôt que d’être « naphtalinisée » dans une maison de retraite.

Il pouvait crier tout son soûl en s’adressant aux arbres et au ciel sans déranger personne. Crier lui faisait du bien, cela relâchait les tensions accumulées. Et il valait mieux être seul.

Que c’était donc énervant, la façon dont les noms ne cessaient de lui échapper. Ces trous de mémoire insupportables brisaient le fil de ses pensées.

C’était si facile pour elle de chercher l’évasion dans les activités de la vie quotidienne. Les tâches ménagères étaient son bâton de pèlerin. La routine, sa forteresse. Tout le reste s’était figé sous le quadrillage précis de son emploi du temps. Les années passaient, les saisons se succédaient, les enfants grandissaient.

Le règne de l’indifférence. Pour meubler le vide, elle se livrait à la rêverie et cultivait un jardin secret.

En cette saison, la lumière matinale est d’une beauté inouïe, la mer comme du verre liquide. Par temps clair, la brume déploie un voile autour des montagnes. Le soleil est un globe orange flamboyant.

Quand le corps se désintègre, on n’a plus sa place ici.

J’ai l’étrange sensation que mon esprit est un cerf-volant lâché dans le vent.

Comme chaque fois, je ne sais pas si le fait de se souvenir est une bonne ou mauvaise chose. Cela réveille chez moi un désir galvanisant de liberté.

Je n’ai pas eu le courage de vivre, par crainte de nouvelles blessures. Quand la confiance est brisée, il est difficile de la retrouver.

— L’hiver est un moment étrange. Les humains ne sont pas faits pour vivre privés de lumière.

Je ne lui décris pas la façon dont le noir s’insinue dans toutes choses, ni comment on coule dans cette noirceur, lorsqu’on est lesté de quelque chagrin.

La lenteur, c’est tellement agréable. On savoure les paysages, la vue de l’horizon. C’est pour ça qu’on est tellement accro. Le plaisir de la contemplation. Loin de toute cette agitation

J’ai appris à cueillir ces moments de bonheur au fil d’une existence ordinaire. Il s’agit de favoriser un certain état d’esprit imperméable à l’effervescence ambiante.

Après sa disparition, elle avait ressenti un vide d’autant plus atroce que sa maladie était en quelque sorte devenue une raison de vivre. Se retrouver sans lui, c’était comme marcher dans le désert.

Elle s’était cramponnée à son souvenir au lieu de l’oublier. Il y avait un prix à payer. À la fin, cela la rendit vulnérable.

C’était tout cela, un mariage. La ténacité. La capacité à faire face aux choses de la vie. L’accumulation de souvenirs communs.

— Qu’est-ce que vous faites quand vous voulez désespérément vous échapper alors que certaines personnes ont besoin de vous au point que vous ne pouvez pas partir ?

Le chaos, le grand désordre de ce paysage de roches éclatées, reflète mon état d’âme. Je m’y sens à ma place. Le vent me traverse le cerveau. L’air glacé n’a pas d’odeur.

Les souvenirs ont un pouvoir narcotique aussi puissant que le whisky. Je suis dans ma bulle.

Lorsqu’elle avait retrouvé sa voix, elle leur avait livré une version tronquée de l’histoire. Une version dépouillée des veines, des muscles, de la chair de la vérité – elle comptait l’emporter dans la tombe. Il leur faudrait se satisfaire de petits bouts.

Elle a beau avoir affirmé qu’elle ne lui appartenait pas, il n’a pas l’air d’être au courant.

sa mémoire était aussi glissante qu’une savonnette

Elle est peut-être en train de mourir à cet instant même. J’ai vraiment peur maintenant. Pas pour maman – elle ne craint pas la mort. Non, j’ai peur pour moi.

— Mais où sont mes racines, alors ? Voilà ce que je suis : un arbre sans racines. À la moindre bourrasque, je tombe.
— C’est peut-être une bonne chose, au fond.
— Que veux-tu dire ?
— En perdant ses racines, on se libère.

 

Image : Phare de Bruny, (Tasmanie)

 

Giordano, Raphaëlle «Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une» (2015)

Résumé : – Vous souffrez probablement d’une forme de routinite aiguë. – Une quoi ? – Une routinite aiguë. C’est une affection de l’âme qui touche de plus en plus de gens dans le monde, surtout en Occident. Les symptômes sont presque toujours les mêmes : baisse de motivation, morosité chronique, perte de repères et de sens, difficulté à être heureux malgré une opulence de biens matériels, désenchantement, lassitude… – Mais… Comment vous savez tout ça ? – Je suis routinologue. – Routino-quoi ? Camille, trente-huit ans et quart, a tout, semble-t-il, pour être heureuse. Alors pourquoi a-t-elle l’impression que le bonheur lui a glissé entre les doigts ? Tout ce qu’elle veut, c’est retrouver le chemin de la joie et de l’épanouissement. Quand Claude, routinologue, lui propose un accompagnement original pour l’y aider, elle n’hésite pas longtemps : elle fonce. À travers des expériences étonnantes, créatives et riches de sens, elle va, pas à pas, transformer sa vie et repartir à la conquête de ses rêves…

Mon avis : Très sympa ce petit livre, pas si anodin que ça et qui donne certaines recettes qui méritent d’être testées. Un petit guide mode d’emploi pour remettre de l’ordre en cas de pessimisme ambiant, qui permet de relativiser, de se dire qu’avec des petites méthodes simples, on va pouvoir sourire à la vie et dépoussiérer la routine de la vie. Alors on se redresse, on accroche un sourire à nos lèvres, on croit en nous et ON POSITIVE ! et surtout on croit en nous, mesdames !
Et on les note les recettes. on se photocopie même le lexique de la fin du livre 😉 et on me donne des nouvelles …

Extraits
:
Il devait avoir atteint la soixantaine comme quelqu’un qui rejoint la case « Ciel » à la marelle : à pieds joints et serein.

Une routinite aiguë. C’est une affection de l’âme qui touche de plus en plus de gens dans le monde, surtout en Occident. Les symptômes sont presque toujours les mêmes : baisse de motivation, morosité chronique, perte de repères et de sens, difficulté à être heureux malgré une opulence de biens matériels, désenchantement, lassitude…

Comment, sans être en dépression, on pouvait ressentir malgré tout une sensation de vide, un vrai vague à l’âme et traîner la désagréable impression d’avoir tout pour être heureux, mais pas la clé pour en profiter.

Vous savez, la routinite paraît un mal bénin à première vue, mais elle peut causer de véritables dégâts sur la population : entraîner des épidémies de sinistrose, des tsunamis de vague à l’âme, des vents d’humeur noire catastrophiques. Bientôt, le sourire sera en voie de disparition !

Vous n’imaginez pas le nombre d’analphabètes du bonheur ! Sans parler de l’illettrisme émotionnel !

Le travail de sape de la monotonie, de l’ordinaire. À force de ne plus se sentir obligé de paraître, on ne paraît plus du tout. Le laisser-aller gagne du terrain. Il devient même criant, sous notre nez, mais on ne s’en rend même plus compte.

Mais au fur et à mesure que j’élaguai, c’était fou, je récupérais de l’espace vital dans mon esprit ! Cette « thérapie par le vide » me faisait le plus grand bien.

J’avais envie de le secouer, de lui dire qu’il était urgent de changer des choses, que cet immobilisme m’étouffait et effritait mes sentiments pour lui aussi sûrement que la houle grignote les bords d’une falaise…

..le rapport évolutif de la santé mentale avec trois facteurs indépendants: le mariage (dont la courbe de satisfaction partait d’un point élevé et baissait avec les années), le loto (dont la courbe s’affolait au début pour rester stagnante jusqu’à la fin) et la nature (dont la courbe augmentait très nettement dès le départ et n’arrêtait plus d’augmenter).

« Tout est changement, non pour ne plus être, mais pour devenir ce qui n’est pas encore. » Épictète

Ainsi, je devais m’entraîner à être à l’affût du Beau. L’expérience se révéla surprenante ! Au lieu d’avoir les yeux rivés sur les mendiants, les passants grincheux, le bébé hurleur, je me surpris à observer la couleur du ciel, l’oiseau joli en train de faire son nid, un couple d’amoureux s’embrasser, une maman faire un câlin à son enfant, un monsieur venir en aide à une dame pour lui porter sa valise dans les escaliers, à écouter le bruissement doux du feuillage…

J’enrichissais chaque jour davantage ma collection d’images positives, un album photo imaginaire qui allait me permettre de me forger une autre image du monde…

Il ne perdait jamais une occasion de me polluer et j’appréhendais toujours un peu ses coups bas.

… m’embrassa du bout des lèvres et me demanda si ma journée s’était bien passée, sans me regarder. Je crois que si je lui avais répondu : « non, très mal, merci », il n’aurait pas fait attention…

… lasse de ces arrivées tendues, distantes, qui commençaient à devenir une habitude chez lui, mais décidée malgré tout à calmer le jeu.

… en poussant de grands soupirs exaspérés, puis s’installa sur le canapé, devant son écran autarcique.

— … En ce moment, il est totalement incapable de m’apporter ce dont j’ai besoin.
— Et de quoi avez-vous besoin ? demanda-t-il du tac au tac.
— Je ne sais pas… Besoin qu’il fasse attention à moi, qu’il soit gentil, tendre… Au lieu de ça, j’ai l’impression de voir un robot rentrer à la maison ! À part râler et se jeter sur son ordi en mode seul au monde, il ne fait rien… J’en arrive même à être jalouse de ses amis virtuels ! Pendant ce temps, le reste peut s’écrouler.

Écouter de mauvaise grâce, ce n’est pas écouter… Écouter vraiment, c’est se mettre à la place de ce que l’autre vit, être en empathie. Vous n’imaginez pas à quel point c’est rare, quelqu’un qui sait vraiment écouter !

On récolte ce que l’on sème… Le vieil adage a du bon. Semez du reproche, et vous récolterez rancœur et désenchantement. Semez de l’amour et de la reconnaissance, et vous récolterez tendresse et gratitude.

— Qui dit plus de regards, dit plus de commentaires, plus de jugements, donc, potentiellement, plus de risques d’être blessée…
— Oui, sauf qu’on ne peut vous atteindre que si vous êtes atteignable. Plus vous aurez confiance en qui vous êtes, moins vous serez susceptible d’être blessée par des atteintes extérieures.

… essayer de me reconnecter à mon enfant intérieur, cette partie de moi ludique et créative trop souvent bridée par mon moi adulte responsable et un brin rabat-joie…

Sans doute que son humour sarcastique lui avait servi de bouclier pour nous tenir à distance et ne rien laisser transparaître de sa blessure à vif. Comme on pouvait se tromper sur les gens, quand même, faute de leur prêter une véritable attention, de prendre le temps de les connaître mieux !

Avec le temps et la patience, la feuille du mûrier devient de la soie.

« Certains regardent la vase au fond de l’étang, d’autres contemplent la fleur de lotus à la surface de l’eau, il s’agit d’un choix. »

Ne plus céder à la dictature de l’urgence. Agir oui, mais sans pressions inutiles. Toute la différence entre bon stress et mauvais stress.

Aujourd’hui est un cadeau. C’est pour ça qu’on l’appelle « présent ».

Oscar Wilde disait: «La sagesse, c’est d’avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu’on les poursuit.»

 

Siegel, James «Là où vivent les peurs» (2009)

– paru sous le titre « Ultimatum » en mai 2008 aux Editions France Loisirs

Auteur : Âgé d’une trentaine d’années, James Siegel est directeur de création dans l’une des plus grosses sociétés de publicité américaines. Il vit à Long Island.

Résumé : Jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour sauver ceux que vous aimez ?

« Impossible à lâcher. Un livre plein de surprises, de rebondissements, qu’il serait criminel de divulguer » The New York Times Tout commence comme un conte de fées. Paul Breidbart est analyste de risques pour une compagnie d’assurances new-yorkaise. Il forme avec sa femme Joanna un couple uni et heureux. Seule ombre à leur bonheur : ils ne peuvent pas avoir d’enfant. Aussi décident-ils d’en adopter un dans un orphelinat colombien. Joelle, adorable petite fille d’un mois, est tout ce dont ils pouvaient rêver. Pour se terminer par le pire des cauchemars. Quelques jours plus tard, toujours à Bogotá, Paul et Joanna sont pris d’un doute terrible. De retour à leur hôtel, après l’avoir confié quelques heures aux soins d’une nourrice, leur bébé leur semble différent. Est-ce bien Joelle ? Sinon, que s’est-il passé en leur absence ? Ce n’est que le début d’un terrible chantage, et bientôt Paul, pris dans un piège infernal, va se trouver dans la pire des situations : tout risquer pour sauver la vie de ceux qu’il aime. Entre mensonges et manipulations, les coups de théâtre s’enchaînent à un rythme d’enfer dans ce roman qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page et impose d’emblée James Siegel comme l’un des très grands noms du thriller. Les droits d’adaptation de ce livre, déjà best-seller dans plus de dix pays, ont donné lieu à des enchères finalement emportées par la Paramount. Jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour sauver ceux que vous aimez ?

Avis : Il s’est invité en catimini dans mes lectures de l’été et je ne le regrette pas. Adopter un bébé, c’est le parcours du combattant… on ne croit pas si bien dire… Plongée en Colombie, dans le monde de la drogue, dans l’angoisse, dans la corruption… et aussi dans l’émotion…

Extraits :

La foule avait l’air d’une nuée de supporters de football après une défaite – bruyante, grouillante, menaçante.

 

Je suis censé tourner en rond comme un lion en cage ou quelque chose ?
— Quelque chose.
— Eh bien, je tournerais bien en rond. Mais il n’y a pas assez de place. Dis-toi que je tourne en rond mentalement.

Peut-être auraient-ils dû interpréter ça comme un signe, un présage augurant de ce qui allait arriver. Mais c’est ça le problème avec les présages : ils ne deviennent des présages qu’une fois que l’on connaît la suite des événements.

Ils avaient bientôt entamé la tournée épuisante des médecins, en quête de réponses de plus en plus insaisissables, tandis que faire l’amour se transformait lentement et douloureusement en un acte purement procréatif.

De toute évidence, une loi naturelle était à l’œuvre, qui transformait deux personnes intelligentes en idiots transis d’amour.

C’était une expérience nouvelle – aller quelque part en laissant derrière soi une partie de soi-même. Il se sentait… incomplet. Le cercle avait besoin d’être refermé.

Xena, la guerrière, était passée en mode combat. Le chat sortait ses griffes. Sauf que ce n’était pas un chat, mais plutôt un diable de Tasmanie, quelque chose de gros, de carnivore, de répugnant.

Ils passaient le temps ainsi.
À parler du passé pour éviter d’avoir à songer à l’avenir.
Leur situation avait quelque chose d’absolument irréel. Est-ce que ça leur arrivait vraiment ?

Il était de ces personnes dont le nom est toujours suivi de l’expression « soi-disant ».

Mais elle trouvait maintenant que pleurer était à la fois terrible et magnifique. Ses larmes la faisaient se sentir humaine. Savoir qu’elle était encore capable d’être émue par la tragédie d’un autre, même au beau milieu de la sienne.

pourquoi étaient-ce toujours les mêmes personnes qui disaient toujours les mêmes choses aux mêmes postes de pouvoir, pourquoi, pourquoi, pourquoi

Alors ils avaient attendu, chacun dans son cocon de douleur. Attendu un printemps qui risquait de ne jamais revenir.

Que tant qu’elles se toucheraient, elles ne pourraient être séparées.

Elle se trompait, naturellement.

C’est ça qui est bien dans mon boulot. On rencontre toutes sortes de gens qu’on ne rencontrerait normalement pas.

Il sentit une douleur, comme un coup de couteau sous le cœur. Si l’expression « avoir le cœur brisé » était impropre, si les émotions résidaient quelque part dans le cerveau et non plus bas, pourquoi était-ce précisément là que ça faisait mal ?

Ils attachèrent une extrémité de la chaîne au radiateur depuis longtemps hors service. L’autre fut passée autour de sa jambe gauche.

Ce n’était pas physiquement gênant. La douleur était psychologique. On entravait son existence même. Elle était désormais littéralement mise aux fers.

Davrichewy, Kéthévane « L’Autre Joseph » (2016)

Fin du XIXème siècle –

Résumé : « Joseph Djougachvili, dit Staline, surnommé Sosso dans les premières années de sa vie, est né en Géorgie, à Gori, en 1878. Quelques années plus tard, à quelques rues de là, naissait un autre Joseph, Davrichachvili, ou Davrichewy. » Dès les premières lignes de son nouveau livre, Kéthévane Davrichewy avertit son lecteur : la mémoire familiale en sera la matière. Mais, quand son arrière-grand-père a grandi avec Staline, l’histoire intime prend très vite une dimension vertigineuse. Avec sobriété et naturel, la romancière entre de plain-pied dans l’enfance de « l’autre Joseph » : fils du préfet de Gori, il est élevé au milieu des gamins des rues, fascinés comme lui par les légendes bibliques et les bandits caucasiens. Même s’il partage avec le petit Djougachvili des rêves d’héroïsme et de grandeur, son camarade – exalté, batailleur et arrogant – l’agace. D’autant qu’on ne cesse de souligner leur ressemblance physique, frappante en effet. Des rumeurs ne circulent-elles pas sur une liaison entre le préfet Davrichewy et la mère de Sosso ? Jusqu’à la révolution de 1905, où les ardents activistes que sont devenus les deux Joseph combattront côte à côte, leurs destins s’écrivent en parallèle. Tous deux poursuivent leur scolarité à Tiflis : Sosso au séminaire, où il s’avère un agitateur notoire ; Joseph au collège, où il prend sous sa protection un garçon romantique et malingre, Lev Rosenfeld, le futur Kamenev. Alors que Sosso est envoyé en prison, puis exilé en Sibérie, Joseph part étudier à Paris, bouillonnant d’idées révolutionnaires. Quand ils se retrouvent à Tiflis, Joseph se bat pour une Géorgie indépendante, alors que Sosso le Bolchevik a d’autres visées. La distance se creuse, nourrie par les anciennes rivalités… Comme autant de ponctuations rythmant les tumultueuses aventures des deux jeunes gens, des chapitres plus personnels interrogent le destin familial : qu’en aurait-il été des Davrichewy si, depuis sa tendre enfance, Joseph n’avait pas été obligé de prendre en compte son encombrant camarade – et supposé demi-frère ? Dans sa passionnante enquête sur son mystérieux arrière-grand-père, l’écrivain s’empare de l’histoire pour la mettre à sa vraie place : dans sa vie. Les dernières pages de son roman éclairent de manière bouleversante la dédicace à son propre père.

Finaliste du prix RTL-Lire – Prix du Roman historique/Prix des lecteurs de Levallois

Mon avis : Très beau témoignage sur son arrière-grand-père paternel, beau livre sur les origines de sa famille. Quand on a dans sa famille l’éventuel demi-frère de Staline et qu’on écrit, le sujet est tentant. Des rumeurs courent et pendant toute sa vie le doute d’être le demi-frère de Staline va peser sur sa vie. Une belle page d’histoire sur une famille déracinée, torturée, pleine de non-dits. Deux Joseph qui se ressemblent et s’affrontent, suivant des itinéraires faits de confrontations et de rencontres. Un apprentissage de la vie, de la lutte, de la vie. Et aussi une recherche de rapprochement entre un fils et son père. A la fois une part d’histoire et une histoire de relations humaines. J’aime toujours autant la plume de la romancière. A la fois un roman sur la jeunesse de Staline et une présentation de la Géorgie et des géorgiens de cette époque qui ne veulent pas tomber sous la coupe de la Russie. Deux âmes de révolutionnaires qui ne suivront pas le même parcours ; leurs destins bifurquent. Mais ce qui est beau dans ce livre c’est la quête de reconstruction de la famille et la recherche de la vérité dans les rapports familiaux et humains par-delà la vérité historique et l’histoire des personnages.

J’ai beaucoup aimé sa façon de traiter le sujet. Encore une fois j’aime ce qu’écrit cette romancière et comment elle présente ses sujets/personnages.

Extraits :

Joseph oublie l’école, comme si l’enfance se déroulait pendant ces heures de liberté.

Les pleurs des femmes fendent l’air figé, qui explose en mille expirations,

Ce dernier emploie une méthode pédagogique plus efficace, il frappe sur les doigts des élèves avec une grande règle à la moindre erreur.

Un peu plus tard, le jeune dandy se mit, selon les coutumes de Paris, à envoyer des fleurs aux jeunes filles qu’il courtisait. Ses camarades entreprirent de déraciner les lilas et les jasmins des alentours. Le quartier fut si dévasté que le jardinier en chef arma son fusil de gros sel et se mit à monter la garde.

La plupart lisent de la littérature en géorgien (leur langue est encore prédominante) et le journal quotidien qui passe de main en main. Pourtant, les légendes, les poèmes et les chants qui se transmettent de génération en génération véhiculent une culture appartenant à une civilisation différente, très ancienne, ancrée dans les esprits. Les traditions, que l’administration russe veut détruire, contribuent à maintenir en vie une âme nationale.

Il s’y trouve une piscine naturelle, un large trou profond, les enfants y sont jetés en file indienne, se débattent pour éviter la noyade et, portés par le courant, reprennent pied un peu plus loin : des leçons de natation particulières.

Sosso veut devenir moine, ou brigand, il oscille, se recueillir au sommet de la montagne, près de Dieu, ou être un héros national comme Saakadzé. Si Staline n’avait pas lu Marx, songera plus tard Joseph, il aurait pu être l’un des fameux bandits du Caucase défendant les paysans exploités par la noblesse et l’administration tsaristes. Il aurait probablement fini ses jours au bout d’une corde, le visage tourné vers le ciel immaculé des sommets caucasiens.

Le krivi est une lutte libre, survivant d’un passé moyenâgeux que les Russes tentent de faire interdire. Mais les habitants n’y renoncent pas et s’attirent les foudres du gouvernement

Je n’aime pas le symbolisme des dates, ne suis attachée ni aux anniversaires ni aux commémorations. Les célébrations ne me consolent pas, ne me font pas de bien.

 Oh citoyens aveugles, quelle erreur vous commettez, admonestait Cratès le Cynique aux Athéniens. Vous passez votre vie à amasser des richesses, mais vous négligez l’éducation de vos enfants. Malheur à vous, à vos richesses et à la destinée de votre Athènes. On ne laisse pas une jeunesse se faire, on fait la jeunesse, récite Lev, la voix tremblante.

Il nage vers le large, se laisse couler. Soudain, il se débat de toutes ses forces, il veut vivre. Il parvient à regagner le rivage.

Il n’a jamais oublié ce premier amour, c’est le seul dont il parlera.

L’allure de Sosso montre qu’il est seul, sans gîte, sans métier, sur le chemin de la vie.

Je fais toutes sortes de petits boulots. Et puis, la révolution au cœur nourrit un homme, lance Sosso.

Il a remplacé l’Évangile par le marxisme, mais il est tout aussi fanatique et sectaire.

Désormais, Sosso veut qu’on l’appelle Koba, du nom d’un poète géorgien du XIIIsiècle.

Autrefois, le silence entre eux était une forme de communication. Ce silence-là est épais et dense, telle une barrière de brume qui voile leur complicité

J’estime que ces gens sont des ronds-de-cuir, ils préfèrent la propagande à l’action, le bulletin de vote à la bombe, et tu appelles ça la lutte révolutionnaire.

Si vous, les Caucasiens, raisonne Trotski, possédiez autant de cerveau pour comprendre le marxisme que de courage pour vous battre, la révolution serait déjà faite en Russie. Bravo !

Il voudrait ressentir l’amour d’une femme, comme dans les romans.

Sont-ils des héros ou des bandits ? Toute la ville connaît les auteurs du pillage. La population les couvre, la police du tsar ne parvient à mettre la main sur aucun d’entre eux.

Les remparts se dressent dans le soleil couchant, survolés par des nuées de corbeaux. Les croix brillent dans le ciel et soudain, au loin, sonnent les cloches. Il s’arrête, regarde sa ville natale qui se dessine comme si elle était au creux de sa main. Le jardin municipal, les échoppes, son quartier, sa rue, sa maison, et plus loin les faubourgs, les champs, les torrents. Il est presque chez lui et pourtant il ne peut y courir.

le soleil descend, met le feu à l’horizon. La ville disparaît, une brume recouvre la plaine, la vallée, grimpe le long des pentes et engloutit tout.

« De mauvais rapports, c’est mieux que pas de rapports, mais cela complique la vie, et aussi la mort, et ses rituels. »

Une proche de mes parents m’a dit que nous avions eu un père pélican. Le pélican est l’oiseau qui s’ouvre le ventre pour nourrir ses enfants de sa propre chair.

J’éloignais les photos qui me tendaient une image déformée, les films d’un décalage déstabilisant. En remontant le passé, j’ai rattrapé le lien que j’avais lâché et j’ai retrouvé mon père, peu à peu. Dans mes rêves, c’est bien lui. Aussi proche que de son vivant. À mon insu. Au milieu du mystère troublant des songes. Il voulait que ça dure, il chérissait ce qu’il avait et craignait de le perdre. Il y avait en lui une part d’ombre. Derrière ses silences et sa réserve, une inquiétude sourde.

 

 

 

Wells, Rachel «Alfie, un ami pour la vie» (2016)

(tome 2 des aventures d’Alfie )

Résumé : Dans cette rue typique de Londres, les habitants et voisins se disaient à peine bonjour et vivaient chacun de leur côté. Jusqu’à l’arrivée d’Alfie, un chat errant parti de chez lui quand sa maîtresse est décédée. Et du jour au lendemain, cet adorable petit félin a changé la vie de tout le quartier. Alors, quand une nouvelle famille s’installe dans la rue, Alfie sait qu’il va avoir du travail. Pourquoi ces gens ont-ils emménagé en pleine nuit ? Ne sont-ils pas un peu trop discrets ? Et pourquoi ont-ils toujours l’air si triste ? Intrigué, Alfie mène l’enquête, avec l’aide des autres chats du quartier. Et cette famille, plus qu’aucune autre, a besoin de l’aide d’Alfie. Parviendra-t-il à éclairer d’un jour plus souriant leurs moments les plus sombres ? Ou bien est-il déjà trop tard ?… Les aventures d’Alfie, le chat qui apporte de l’espoir et rend la vie plus douce.

Mon avis : toujours aussi attachant ce petit polu. Sans prétention et adorable, le pouvoir des petits félins sur les enfants et les gens sensibles est indéniable. Et leur faculté de perception, telle que décrite dans le livre – toutes proportions gardées – ne m’étonne pas plus que ça… Bref je ne regrette pas la petite lecture « chat d’amour et d’amitié ». Bien sûr on prête beaucoup de sentiments humains à ces petits 4 pattes… mais c’est un roman et puis on aime y croire… un peu d’amour ne fait jamais de mal…

Extraits :

Quelques années auparavant, alors que je m’étais retrouvé sans domicile, un chat d’une grande sagesse m’avait appris que les maisons vides annonçaient l’arrivée de nouveaux habitants et donc de familles potentielles pour les félins dans le besoin. Depuis, elles m’attiraient irrésistiblement.

Certes, je les aime, mes humains, mais ils ne sont pas toujours très intelligents. Bien sûr que j’avais compris ! Je comprends pratiquement tout d’ailleurs.

À force de fréquenter les humains, j’ai appris que, contrairement aux chats, ils ne savent pas marcher dès la naissance. Il leur faut un certain temps pour y arriver.

Et dire qu’ils osent prétendre qu’ils sont plus intelligents que nous, les chats ! Je trouve pour ma part que c’est l’inverse et j’ai une longue liste d’arguments pour étayer mon point de vue.

‒ Quand je pense au temps que les humains passent dans les salles de sport, à l’argent que ça leur coûte, alors qu’il nous suffit de nous faire courser par un chien pour faire de l’exercice, ai-je observé.

les enfants se taisent parce qu’ils ne veulent pas inquiéter leurs parents. Ils ne comprennent pas que leur silence nous angoisse encore plus.

Une fois de plus, j’allais devoir faire travailler mes méninges et me creuser la tête. J’aurais préféré qu’on me la gratte…

Qu’il est bon parfois d’être un chat ! Je n’ai rien à faire pour qu’on me couvre de compliments.

C’est l’amour qui fait tourner le monde. Quand on regarde autour de soi, on le voit partout. Des instantanés d’amour.

Il suffisait d’un peu de soleil et de bonheur pour fatiguer un chat.

 

Image : mon chat

Wells, Rachel «Alfie le chat du bonheur» (2015)

(tome 1 des aventures d’Alfie )

Résumé : Alfie est un chat errant. Sans foyer depuis que son ancienne maîtresse est décédée, il erre de rue en rue jusqu’au moment où il arrive dans Edgar Road. Là, Alfie sait immédiatement qu’il a trouvé son nouveau quartier. Mais les habitants ne sont pas franchement d’accord : la dernière chose dont ils ont besoin c’est d’un chat qui passe de maison en maison ! Alfie est donc régulièrement chassé. Jusqu’au jour où plusieurs familles acceptent de le nourrir et de l’héberger à tour de rôle. Et quand l’adversité frappe, tous réalisent à quel point ils ont besoin du petit félin… Alfie ? Un chat qui apporte de l’espoir, de la sagesse et qui rend la vie plus douce. Les aventures d’un chat errant qui change la vie de tout un quartier.

Mon avis : Petite lecture sympa et pleine de bons sentiments. Et moi en plus quand on me met entre les mains l’histoire d’un petit chat gris… évidemment .. je fonds… Mimi tout plein donc..

Extraits :

J’avais perdu ma maîtresse, le seul être humain que j’aie vraiment connu. Ma vie était complètement chamboulée, j’avais le cœur brisé, j’étais désespéré et désormais sans domicile… Qu’est-ce qu’un chat comme moi était censé faire dans une telle situation ?

J’étais ce qu’on appelle communément un « chat d’intérieur ». Je ne ressentais pas le besoin de sortir toutes les nuits pour aller chasser, rôder dans le quartier et fréquenter d’autres chats. J’avais aussi de la compagnie, une famille. Mais j’avais tout perdu, et mon cœur de chat était brisé. Pour la première fois, j’étais complètement seul.

J’étais certain d’une chose : je ne voulais plus jamais être seul. Il fallait absolument que je trouve une paire de genoux, ou même plusieurs paires, pour m’asseoir dessus.

J’ai soudain réalisé que j’étais bel et bien un chat errant. Je n’avais pas de maison, pas de famille, pas de protection. Je faisais partie des chats malchanceux, qui devaient se débrouiller seuls, qui vivaient dans la peur, qui étaient constamment fatigués et affamés.

Les humains sont bizarres. Ils utilisent un truc pour se laver (nous avons notre douche intégrée) et ensuite ils s’enveloppent dans des serviettes et des vêtements. C’est beaucoup plus facile d’être un chat. Nous gardons notre fourrure tout le temps et nous nous lavons quand nous en avons envie. En fait, nous nous débarbouillons et nous nous peignons en même temps. Les chats sont beaucoup mieux conçus que les humains.

 

Image : mon chat 😉

Dos Santos, José Rodrigues «Codex 632 : le secret de Christophe Colomb» (2015)

L’auteur : Journaliste, reporter de guerre, présentateur vedette du journal de 20 h au Portugal, José Rodrigues dos Santos est l’un des plus grands auteurs européens de thrillers historiques, plusieurs fois primé. Cinq de ses ouvrages sont publiés en France : La Formule de Dieu (2012), traduit dans plus de 17 langues et en cours d’adaptation au cinéma, L’Ultime Secret du Christ (2013), La Clé de Salomon (2014) – suite de La Formule de Dieu –, Codex 632 (2015) et Furie divine (2016), tous parus chez HC Éditions.

Suite des aventures de Tomás Noronha (4ème enquête)

Résumé : La vie de Tomás Noronha bascule lorsqu’on lui demande de déchiffrer les notes d’un professeur d’histoire retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel alors qu’il travaillait sur la découverte du Nouveau Monde. De Lisbonne à Rio, New York ou Jérusalem, le jeune cryptologue se heurte à l’une des énigmes que les historiens n’ont toujours pas réussi à résoudre : l’identité de Christophe Colomb et la véritable histoire des Grandes Découvertes.

Pourquoi le nom de « Colomb » n’a-t-il jamais été trouvé dans les témoignages de l’époque ? Pourquoi le navigateur a-t-il embarqué sur la Santa Maria quelques heures avant l’avis d’expulsion des Juifs du Portugal ? Tomás se rend vite compte qu’un mystère en appelle un autre. Pourquoi ce jeune Génois ne parlait-il ni italien, ni génois ? Et l’Amérique était-elle vraiment inconnue avant 1492? Autant de questions auxquelles les spécialistes n’ont jamais vraiment pu répondre… Jusqu’à aujourd’hui.

NOTE DE L’AUTEUR : Tous les livres, manuscrits et documents mentionnés dans ce roman existent réellement. Y compris le Codex 632.

Mon avis : Nettement plus à ma portée et plus passionnante que les autres pour moi car on est dans l’historique plus que dans le scientifique et le religieux.

Alors que je m’apprêtais à tout connaître de la naissance du Brésil, je me retrouve à explorer la vie et la naissance de Christophe Colomb ! et c’est incroyable, passionnant, hallucinant… Une vraie enquête policière à laquelle se livre le jeune historien. Pour être historien il faut être un enquêteur hors pair ! Cela se vérifie dans ce livre.

A la différence des trois tomes qui précèdent, Tomas est marié et Papa d’une petite fille qui a de gros problèmes de santé. Il est contacté pour mener une enquête qui le conduira aux Etats Unis et en Israel mais la plupart des réponses, il les trouvera sur sol portugais. En plus de la traque de la vérité historique, un dilemme familial, un joli sujet qu’est le langage des fleurs, mais je vous laisse découvrir. C’est de loin mon préféré des quatre.

En plus on a une petite visite guidée de certains lieux à visiter si on passe par Lisbonne et les environs (ce qui ne gâche rien) : le monastère des Hiéronymites – les motifs maritimes sculptés dans la pierre font partie du style manuélin, qui s’est développé pendant le règne du roi Manuel Ier, un style unique dans le domaine de l’architecture – Quinta da Regaleira – peut-être le lieu le plus ésotérique du Portugal- Torre do Tombo (archives où sont conservés les livres les plus précieux du Portugal.

Extraits :

Les chrétiens ne laissèrent pas les Égyptiens utiliser leurs hiéroglyphes. Ils voulaient les couper de leur passé païen, leur faire oublier leurs nombreux dieux. Ce fut une mesure si drastique que la connaissance de l’ancienne forme d’écriture disparut complètement, en un clin d’œil, elle fut oubliée. L’intérêt pour les hiéroglyphes s’épuisa, et ce n’est qu’à la fin du XVIe siècle qu’il fut ravivé …

Les scribes égyptiens obéissaient à des règles flexibles. Ils utilisaient les rébus pour contracter des mots ou pour suggérer un double sens.

– Tout petit poisson espère devenir une baleine.
– Pardon ?
– C’est un proverbe suédois. Ça veut dire que je suis tout à fait prête à travailler dur.

– Un voleur trouvera le Graal plus vite qu’un sacristain.
– Pardon ?
Lena sourit en voyant son expression perplexe.
– C’est un autre proverbe suédois. Ça signifie que quand on veut, on peut.

Par exemple, il était imprudent, voire impensable, pour un homme de dire à une femme qu’il était amoureux d’elle lors de leur premier rendez-vous, mais il était acceptable de lui offrir un bouquet de gloxinias, symbole de l’amour au premier regard.

La floriographie fut intégrée à la fabrication des bijoux, à l’art préraphaélite et à la mode. La cape portée par la reine Elizabeth II lors de son couronnement était brodée de branches d’olivier et d’épis de blé pour que son règne soit un règne de paix et d’abondance.

Hos successus alit : possunt, quia posse videntur. « Le succès les nourrit ; ils peuvent parce qu’ils pensent qu’ils peuvent. » Virgile (L’Énéide)

Mais vous savez, ce n’est pas New York qui ressemble à un décor de film ; ce sont les décors de films qui ressemblent à New York, dit-il avec un clin d’œil.

Dans un message codé, les mots ont été remplacés par d’autres mots, tandis que dans un message chiffré, ce sont les lettres qui ont été remplacées. Le code est une forme complexe de chiffrement.

Un piano à queue noir gardait l’entrée du bar, telle une sentinelle solitaire et silencieuse, attendant patiemment que des doigts agiles donnent vie à ses touches d’ivoire.

Un des membres de l’équipage était le navigateur florentin Amerigo Vespucci, l’homme même qui allait accidentellement donner son nom aux Amériques.

En Suède, on dit qu’une vie sans amour est comme une année sans été, dit-elle. Vous n’êtes pas d’accord ?

Il parlait sur un ton légèrement pompeux, en détachant les syllabes, comme s’il récitait un poème et que la bonne cadence était essentielle pour exprimer l’indolence de l’endroit.
– Cette ineffable tranquillité m’inspire. Elle me donne de l’énergie, élargit mon horizon, emplit mon âme.

On ne connaît pas la nature des objets eux-mêmes, mais seulement notre perception de ces objets, ce qui est spécifique à l’humanité. Par exemple, les êtres humains ne ressentent pas le monde de la même manière que les chauves-souris : ils voient des images, tandis qu’elles détectent des ondes grâce à leur sonar. Les humains voient les couleurs, tandis que les chiens voient en noir et blanc. Aucune expérience n’est plus réelle que l’autre. Elles sont simplement différentes. Personne n’a accès à la vérité vraie, et chacun en a une idée différente.  Si on revient à la célèbre allégorie de la caverne de Platon, ce qu’affirme Emmanuel Kant, c’est que nous sommes tous dans une cave, enchaînés aux limites de notre perception. Nous ne voyons que l’ombre des choses, jamais les choses elles-mêmes. –

Vous le savez mieux que moi, j’en suis sûr, un texte historique ne parle pas du réel mais des récits du réel, et ces récits peuvent être incorrects, voire inventés. En tant que telle, la vérité des discours historiques n’est pas objective mais subjective.

Le 9 est un chiffre symbolique, et dans bien des langues européennes, il ressemble à l’adjectif « neuf ». En portugais, nove pour le chiffre et novo pour l’adjectif. En espagnol, nueve et nuevo. En anglais, nine et new. En italien, nove et nuovo. Et en allemand, neun et neu. Le chiffre 9 symbolise la transition de l’ancien au nouveau. Il y avait à l’origine neuf Templiers, les chevaliers qui ont fondé l’ordre du Temple, auquel succéda plus tard l’ordre du Christ portugais. Salomon envoya neuf maîtres chercher Hiram Abiff, l’architecte du temple. Déméter parcourut le monde en neuf jours pour retrouver sa fille Perséphone. Les neuf muses de Zeus sont nées de ses neuf nuits d’amour. Il faut neuf mois à un être humain pour naître. En tant que dernier chiffre, le 9 annonce à la fois – et dans cet ordre – la fin et le début, l’ancien et le nouveau, la mort et la renaissance, la fin d’un cycle et le commencement d’un autre ; c’est le chiffre qui referme le cercle.

« L’œil d’un étranger voit plus loin que celui d’un habitant. » Oui, encore un proverbe suédois ! Ça signifie que les étrangers visitent plus d’endroits dans un pays que les gens qui y vivent.

Dans la gematria, les neuf premières lettres sont associées aux neuf premiers chiffres, les neuf lettres suivantes sont associées aux neuf dizaines, ou multiples de dix, et les quatre restantes représentent les quatre premières centaines.

Il alla directement au glossaire, à la recherche des digitales. Il était écrit qu’elles représentaient le manque de sincérité et l’égoïsme. Il se tourna d’un mouvement brusque vers les fleurs.
Frénétiquement, gagné par la panique, il tourna maladroitement les pages du livre jusqu’au r, puis chercha une référence aux roses jaunes. Son doigt se figea sur le mot.
Infidélité.

Les croix portées par les croisés étaient rouges sur un fond blanc. Celles des Templiers étaient rouges sur un fond blanc avec des bras incurvés. Les croix de l’ordre du Christ étaient rouges sur un fond blanc. Et les caravelles portugaises arboraient également des croix rouges sur des voiles blanches. Il s’agissait des croix de l’ordre du Christ, les croix des Templiers, hissées sur les mers à la recherche du Saint-Graal.

Dans le Graal se trouve un dragon ailé, un animal mythique mentionné dans la légende des chevaliers de la Table ronde. Dans cette légende, Merlin le magicien raconte l’histoire d’un combat dans un lac souterrain entre deux dragons, un ailé et l’autre non, l’un représentant les forces du bien, l’autre les forces du mal, l’un symbolisant la lumière, l’autre l’obscurité.

Le dragon est le symbole templier de la sagesse, associé aux dieux Thot et Hermès. Le dragon dans le Saint-Graal représente la sagesse hermétique.

Alors qu’est-ce que le Saint-Graal ? C’est la connaissance. Et qu’est-ce que la connaissance, si ce n’est le pouvoir ?

Le nom de ce pays est Portugal, après tout. Il vient de Portucalem, mais il peut aussi être associé au Saint-Graal. Porto Graal : le port du Graal. C’est de ce grand port qu’ils sont partis à la recherche du nouveau Graal. Le Saint-Graal de la sagesse. Le Graal de la connaissance. La découverte d’un nouveau monde.

Image : Quinta da Regaleira – fontaine égyptienne (Sintra – Portugal)