Jonasson, Jonas «L’analphabète qui savait compter» (2013)

Auteur : Jonas Jonasson (né le 6 juillet 1961 à Växjö) est un écrivain et journaliste suédois.

Son premier roman « Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » (paru en français en 2011) a été vendu à plus de 700 000 exemplaires en Suède. L’Analphabète qui savait compter (2013) a suivi. En 2016 il publie « L’assassin qui rêvait d’une place au paradis »

Résumé :

« Statistiquement, la probabilité qu’une analphabète née dans les années 1960 à Soweto grandisse et se retrouve un jour enfermée dans un camion de pommes de terre en compagnie du roi de Suède et de son Premier ministre est d’une sur quarante-cinq milliards six cent soixante-six millions deux cent douze mille huit cent dix.

Selon les calculs de ladite analphabète. »

Tout semblait vouer Nombeko Mayeki, petite fille noire née dans le plus grand ghetto d’Afrique du Sud, à mener une existence de dur labeur et à mourir jeune dans l’indifférence générale. Tout sauf le destin. Et sa prodigieuse faculté à manier les nombres. Ainsi, Nombeko, l’analphabète qui sait compter, se retrouve propulsée loin de son pays et de la misère, dans les hautes sphères de la politique internationale.

Lors de son incroyable périple à travers le monde, notre héroïne rencontre des personnages hauts en couleur, parmi lesquels deux frères physiquement identiques et pourtant très différents, une jeune fille en colère et un potier paranoïaque. Elle se met à dos les services secrets les plus redoutés au monde et se retrouve enfermée dans un camion de pommes de terre. A ce moment-là, l’humanité entière est menacée de destruction.

Dans sa nouvelle comédie explosive, Jonas Jonasson s’attaque, avec l’humour déjanté qu’on lui connaît, aux préjugés, et démolit pour de bon le mythe selon lequel les rois ne tordent pas le cou aux poules.

Mon avis :

Après un début prometteur, j’ai trouvé que cela commençait à s’enliser et j’ai ramé pour arriver au bout. Trop d’invraisemblances tuent le déjanté. Mais faire une petite incursion à Soweto m’a permis de rendre un petit hommage à Madiba au moment où tout le monde  se trouvait là-bas. Il reprend les recettes du premier, la brochette de personnage est tout aussi improbable que dans le premier opus. Mais je n’ai pas retrouvé la fluidité du récit, j’ai mis longtemps à le lire, comme embourbée en Suède une fois que j’ai décollé d’Afrique du Sud… Totalement « abracadabrantesque » comme le précédent, l’auteur dénonce avec ironie les incapables au pouvoir, l’apartheid, le racisme, les partis politiques extrémistes, évoque les droits de l’homme, les aventures se succèdent à un rythme trépidant.. mais il a manqué un petit quelque chose pour que je rentre dans l’histoire…

Extraits :

Le lendemain, la police étoffa son argument avec des hélicoptères et des blindés. Avant que la fumée ne se fût dissipée, cent vies humaines supplémentaires s’étaient éteintes. Les services municipaux de Johannesburg purent donc revoir le budget scolarité de Soweto à la baisse du fait d’un effectif réduit.

Henrietta voulait des enfants, de préférence autant que possible. Sur le fond, Ingmar trouvait que c’était une bonne idée, pour la principale raison qu’il appréciait le processus de fabrication

la différence entre la bêtise et le génie, c’est que le génie a ses limites

Les trois Chinoises savaient pas mal de choses, notamment que les pyramides d’Egypte se trouvent en Egypte, comment empoisonner les chiens et ce à quoi il faut prendre garde quand on vole un portefeuille dans une veste, mais leurs connaissances n’allaient guère au-delà.

 

 

 

 

Fulda, Anne «Emmanuel Macron, un jeune homme si parfait» (2017)

Auteur : Anne Fulda est grand reporter et responsable de la rubrique Portraits au Figaro. Elle a publié Un président très entouré (Grasset) et François Baroin, le faux discret (JC Lattès).

 

Résumé : Anne Fulda brosse un portrait intime et inédit de ce don Juan atypique pour lequel l’esprit de conquête s’apparente à un besoin de plaire et de convaincre, quitte à rêver sa vie.

Depuis qu’il est enfant, Emmanuel Macron – ce candidat aux allures de Petit Prince virtuel – a toujours été désigné et reconnu comme le meilleur.

Il a trouvé dans le regard des autres, et plus spécifiquement de ses aînés, l’admiration, l’encouragement, la bienveillance. Il y a eu, longtemps, le regard de sa grand-mère, fondateur et essentiel, avec laquelle il a entretenu des liens exclusifs, presque passionnels, qui ont même influé sur sa relation avec François Hollande. Il y a eu le regard de ses professeurs, puis de tous ses « parrains », qui, tout au long de sa carrière, l’ont toujours épaulé et qu’il a souvent subjugués par son intelligence et son empathie. Il y a bien sûr le regard de Brigitte, son épouse, avec qui il forme un couple dont la singularité ne tient pas à leur différence d’âge mais au fait qu’elle est l’unique femme qu’il aime depuis qu’il a seize ans. Et il y a maintenant le regard des Français, qu’il entend séduire avec la même détermination, en bousculant les convenances et en leur déclarant qu’il les aime…

Mon avis :

Chevalier des temps moderne, la fleur au fusil, il part à la conquête de l’impossible : Brigitte, puis la France… La presse en a fait un héros des temps modernes, en lui créant une vie qui n’est pas tout à fait la sienne… Personnage hors-norme, héros de roman, solaire, positif, déterminé, atypique…

Deux femmes : Sa grand-mère, Manette, et son épouse Brigitte. Des amours exclusives, inébranlables, totales. Un seul Ami. Les autres personnes de sa vie semblent être plus ou moins de la déco, interchangeables. Bien sûr il a eu des parents aimants mais la fusionalité (oups ?) de ses rapports avec les deux femmes de sa vie laisse peu de place aux autres. Quant à se demander si le jeune Emmanuel n’a pas été étouffé par l’amour d’une mère qui avait eu un premier enfant mort-né et a de ce fait privilégié un rapport différent avec une personne le protégeant différemment (c’est mon idée ??) ? Origine pyrénéenne, une arrière-grand-mère illettrée, une grand-mère enseignante, des parents médecins… Manette et Brigitte lui ont donné les armes pour poursuivre son chemin… quel que soit le chemin… Elles ont créé une sorte de cape d’invincibilité, un bouclier d’amour autour de lui. Les deux femmes sont semble-t-il des professeurs qui captent l’intérêt des jeunes et les poussent vers le haut… Leurs forces conjuguées ont donné à Macron l’invincibilité. S’il est convaincu de son bon droit, il fonce ; les critiques et les regards en coin : il s’en moque. Il avance. J’ai ressenti un homme qui roule pour lui-même, qui séduit et se sert (il ne trahit pas car il ne promet rien) ; de fait, les gens sentent qu’ils risquent bien de se faire doubler, mais ils donnent quand même, en connaissance de cause. Un homme que beaucoup font l’erreur de sous-estimer ; et ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Un homme qui ne dément pas, ne confirme ni n’affirme ; si les autres tirent des conclusions erronées, ce n’est pas lui qui va les détromper si cela peut lui servir. Un homme qui est passé de l’enfance à l’âge adulte, qui a besoin de fréquenter des personnes qui peuvent lui apprendre et lui apporter quelque chose et qui ne voit pas l’intérêt de bavardouiller et d’affronter pour le plaisir avec des gens de son âge… D’ailleurs les confrontations ne l’intéressent pas. Il a un but, il trace sa route pour y arriver, et ce qui lui importe c’est d’arriver au bout. S’il croit en une chose, il y va et il est au-dessus de la mélée. Mesquinerie et étroitesse d’esprit sont des choses qu’il semble ne pas supporter. Il veut, il construit, il conquiert. Comme un alpiniste qui veut gravir un sommet : un objectif , une route tracée et il ne musarde pas en chemin. Ce qu’il veut : plaire, séduire, convaincre mais séduire intellectuellement ( pour le reste il a Brigitte et n’a pas envie d’une autre femme) … et faire comprendre ses points de vue. Un homme qui admet dificilement l’echec. Il semble aimer être entouré, mais à distance… On a l’impression qu’il n’a pas de temps pour des futilités, des intermèdes. Un homme qui aime les valeurs sures, tant en littérature qu’en chansons… Il faut qu’il puisse s’appuyer sur des rocs, du solide, du beau. Ce qui ne veut pas dire qu’il boude ses plaisirs : il aime la bonne chère, est joyeux et ouvert.

Il donne l’impression d’avoir du temps pour tout le monde, il est disponible, charismatique ; il est empathique, et a la faculté de faire ressentir à son interlocuteur qu’il est une personne importante ; de plus il semble avoir la manière de faire avec les personnes plus âgées : est-ce du fait de sa relation si particulière avec sa grand-mère ?

Il m’a donné envie de lire : « Journal de deuil » de Roland Barthes

 

Extraits :

Il est comme une construction en trompe l’œil, un édifice bâti sur des bases mouvantes, une histoire personnelle mise au service d’une ambition évidente. Quitte à être un peu retouchée.

Macron a aussi un rapport au temps étonnant. Il ne semble jamais pris de court. Jamais pressé. Toujours prêt à donner son temps, comme une preuve d’amour, d’attention. Un élément de séduction parmi d’autres.

« Les gens sont durs dans la finance, mais on y respecte quelques règles, alors qu’en politique aucun coup n’est interdit. »

Emmanuel n’a besoin de personne. C’est une éponge. Il reçoit, il absorbe, mais s’il en est arrivé là, il ne le doit qu’à lui et à sa grand-mère », juge Brigitte Macron

Attirée par ce qui brille, Brigitte Macron ? Ce serait trop simple. Peut-être plutôt par ce qui vit. Crépite

Il y a cette enfance qu’il dit avoir passée dans les livres, « un peu hors du monde », vivant « largement par les textes et par les mots ».

« impossible d’établir un lien entre le réel et la transcendance sans passer par l’écriture ».

Il voit dans chaque être humain une promesse.

Il pense vraiment que le grand sens du progrès est lié à la culture. La culture c’est être plus grand que soi. C’est l’inverse de la dépression.

la littérature lui offrant des modèles de héros qui ont rêvé leur vie comme lui aimerait rêver la sienne !

Emmanuel est quelqu’un qui faisait les choses sérieusement sans se prendre au sérieux

En Marche : C’est une allusion à une phrase de Saint-Exupéry dans Vol de nuit : “Dans la vie, il n’y a pas de solution. Il y a des forces en marche : il faut les créer et les solutions suivent.” »

C’est aussi une référence à la sculpture de Giacometti, « L’homme qui marche »

 

 

Barde-Cabuçon, Olivier «Le moine et le singe-roi» (2017)

6ème enquête du Commissaire aux morts étranges

Résumé : Dans les jardins si carrés de Versailles, tout va de travers. Au milieu de l’enchevêtrement d’allées et de statues moralisatrices du labyrinthe qui orne le plus beau jardin du monde, un horrible meurtre est commis. Un précurseur de Jack l’Éventreur sévit-il sous les fenêtres de Louis XV, le Singe-roi ? Stupéfaite, la cour semble attendre la prochaine victime comme un poulet son égorgeur. Parmi les suspects, rien de moins que le premier chirurgien du roi, un peintre de la cour et la tenancière d’une maison d’un genre très particulier où les relations habituelles entre hommes et femmes sont inversées. Gangréné, Versailles semble devenu le royaume de la transgression des interdits. Dans cette nouvelle enquête du commissaire aux morts étranges, jamais encore les rapports de force n’avaient été aussi exacerbés et l’autorité autant remise en question. Faut-il se soumettre, se démettre ou se révolter ? Le chevalier de Volnay sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur, tandis que, tout excité, le moine semble considérer les jardins de Versailles comme un nouveau terrain de jeu. La tension est extrême, les deux enquêteurs abordent la plus périlleuse et la plus fascinante de leurs missions alors que, dans les jardins, le danger rôde partout et surgit souvent de là où on l’attend le moins.

Mon avis : C’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé le Chevalier de Volnay, le moine, Hélène, L’Ecureuil, l’inamovible Sartine … et Versailles. Il faut dire qu’avec Volnay, je suis comblée : entre Versailles et Venise mon cœur balance et le sien aussi. Volnay s’humanise, l’humour caustique, les jeux de mots, l’ironie sont l’apanage de son père. Les maisons où ces Messieurs se rendent pour pimenter leur vie sont très intéressantes ; je les ai découvertes dans cet opus. Comme je venais de voir l’excellente série télévisée « Versailles », je visualisais les jardins où se déroule l’action. De plus le roman est une brillante illustration de l’étiquette qui régente la vie versaillaise. Vous avez lu les précédents ? vous allez adorer ! Vous ne les avez pas lus ? Mais qu’attendez-vous ? Enquête et rebondissements, nouveaux personnages, intelligence des femmes mise à l’honneur… mais que demander de plus ?

Extraits: ( j’ai fait le tri car l’écriture est savoureuse)

Si être un homme de terrain signifiait se tenir assis à son bureau du matin au soir à lire des rapports, sans nul doute, Sartine était bien un homme de terrain !

Versailles… le projet d’un roi ambitionnant d’éclairer, voire d’aveugler le monde, par sa lumière et sa puissance.

Mais vous êtes comme une perspective, toujours en fuite… Je ne saurais par quel bout vous prendre !

— Je n’apprécie pas le fouet, madame, mais j’accepte d’être cinglé par votre ironie.

Depuis Louis XIV, Versailles servait de luxueux camp de rétention à la noblesse turbulente de France.

— Personne ne l’a introduite à la cour ?
— Tout dépend du sens que vous attribuez à ce verbe…

Je suis un voyageur qui a perdu la trace de sa route. Le vent m’emmènera où il le juge mais je resterai toujours maître de mes choix.

Pousser la porte d’une librairie ne constituait pas un acte anodin dans la société. Peu de gens savaient lire. Et encore moins lisaient des livres, se contentant de l’étude de leurs comptes ou de la lecture des gazettes.

Ce n’est pas au vieux lama qu’on apprend à cracher !

un vieux pays malade de ses dirigeants, gangrené par la corruption et d’une petite minorité arc-boutée sur ses privilèges.

la conversation ronronnait, de futilité en futilité, empruntant la route de l’insignifiance pour arriver à l’océan de l’oubli.

Certaines femmes sont comme des orages, magnifiques à observer de loin mais dangereuses de près !

Vous retrouverez un jour mon souvenir dans un coin de votre mémoire comme on retrouve une feuille séchée dans un livre que l’on n’a pas relu depuis très longtemps. Alors, seulement, vous vous souviendrez de moi.

article global sur la série du « commissaire aux morts étranges »

Raufast, Pierre «La baleine thébaïde» (2017)

Auteur : Pierre Raufast est né à Marseille en 1973. –  Il est ingénieur diplômé de l’Ecole des Mines de Nancy. Il vit et travaille à Clermont-Ferrand. Après «La fractale des raviolis» il publie en 2015 «La variante chilienne» et en 2017 «La baleine thébaïde» (qui figure parmi les trois finalistes du Prix du Public du Salon de Genève 2017)

(Alma Editions)

Résumé : Fraîchement diplômé, Richeville, jeune homme timide et idéaliste embarque au nord de l’Alaska, sur un bateau. Objectif : retrouver la fameuse « baleine 52 », qui chante à une fréquence unique au monde. Mais l’équipage affrété par le sinistre Samaritano Institute a d’autres desseins.

Au menu : l’inquiétant Dr Alvarez, un hacker moscovite, une start-up californienne, une jolie libraire et des cétacés solitaires, mutants ou électroniques qui entraînent Richeville dans un tourbillon d’aventures extraordinaires.

Pierre Raufast, le roi de l’ingénierie littéraire, poursuit dans son troisième roman sa veine épique. Mêlant la science et la fantaisie, le roman d’éducation et d’aventures, il démontre avec brio sa capacité inépuisable d’imagination et son talent jubilatoire. Nous sommes ici en présence d’un délire imaginatif qui n’a d’égal qu’une arborescence narrative travaillée au nanomètre près. De sorte que, ahuri, le lecteur ne voit pas qu’il a affaire à un véritable programmeur.

 

Mon Avis :

Déjà le titre… La baleine thébaïde… ; thébaïde, nom féminin, (du latin Thebais, -idis) : en Égypte, région de déserts où se retirèrent nombre d’ascètes chrétiens) ; Littéraire. Lieu isolé, propre à la méditation. Que vient faire une baleine au milieu du désert ? Un rapport avec le désert du Wadi al-Hitan ? Visiblement pas … vu qu’on appareille en direction de l’Alaska… Mais côté solitude et isolement… il y a de l’idée… tant la solitude intellectuelle que la solitude physique…

Une fois de plus on tire sur un fil et l’histoire se déroule… d’anecdote en anecdote, de petite histoire en petite histoire, d’information en information… Style poupées russes qui s’ouvrent les unes après les autres … ici on met les pieds dans les scandales bien cachés de la recherche, on plonge dans les manipulations génétiques… on en apprend sur plein de sujets… même l’acier qui compose les sabres japonais .. Vous connaissez le Maraging et le Tamahagane ? On revisite les sciences, on se demande si le progrès est toujours un avantage, s’il ne fait pas aussi régresser selon les cas… Et on finit par chercher si les sujets dont il parle sont réels ou imaginaire .. On va côtoyer des petits génies de l’informatique, des hackers, une libraire, des baleines et des crabes… Toujours de l’humour, de la tendresse, des pirouettes, beaucoup de culture. Jubilatoire !!!!!!!

Et il y a les petits clins d’œil pour les lecteurs des livres précédents : les rat-taupes, la variante chilienne, Rambarane le village de la pluie, les raviolis (meurtriers), Un homme aux yeux vairons qui ramasse un caillou,

Et les faits avérés : La baleine 52, la conférence d’Asilomar organisée en 1974 par Paul Berg (futur prix Nobel de chimie en 1980), le lapin Nabaztag,

Alors au final : 3ème livre de cet auteur et 3ème coup de cœur… Mais des trois, ma préférence va au précédent «La variante chilienne», qui m’a davantage cueilli « poétiquement »

Extraits :

j’ai autant la fibre commerciale qu’une sardine a la passion de l’alpinisme

Il n’est écrit nulle part qu’un homme a besoin d’avoir une enfance heureuse pour réussir sa vie.

la vérité est parfois aussi tourbeuse qu’un whisky

« Maraging », du nom de l’acier dont on forge les plus belles lames d’épée.

« Tamahagane », l’acier suprême qui compose les katanas japonais.

six secondes. C’est le laps de temps à partir duquel un silence est anormal. Trop long, trop lourd, trop porteur de sens.

Élevés dans le culte de la performance et de la compétition, ils se détestaient. Chacun voulait réussir plus que l’autre

Il faut toujours laisser planer le doute pour se ménager des portes de sortie et se défausser d’une quelconque responsabilité.

Notre aptitude à nous déplacer pieds nus sur un terrain hostile n’a plus été un facteur sélectif de l’évolution depuis l’invention de la chaussure. Encore un gène atavique trahi par les progrès de la science.

On pouvait techniquement le faire alors ils l’ont testé.

Voyager, c’est aussi cela : constater que le monde est plein de mystères et que l’homme n’a pas réponse à tout.

Selon lui, c’est dans les domaines prohibés qu’il faut concentrer les recherches. La compétition y est moindre et les autorités sont incapables de réguler des activités qui légalement n’existent pas.

Exigeant mais reconnaissant, telle était sa devise.

LA baleine mutante qui chantait à une fréquence particulière à cause de son spermaceti mutant et particulièrement farceur

mathématiques, matière où je me débrouillais. Il faut dire qu’il n’y a pas grand-chose à apprendre par cœur dans cette discipline : juste réfléchir pendant les devoirs surveillés. Les choses sont logiques et s’emboîtent bien dans ma tête, c’est comme ça.

Les professeurs ne m’ont jamais rien reproché, ils devaient penser que mon orgueil suffirait à me faire changer et ils avaient raison.

Je n’avais jamais touché à un ordinateur de ma vie mais j’ai tout de suite accroché. On lui donne des ordres, il obéit. On lui donne des ordres plus complexes et il obéit encore plus vite.

Nos professeurs ne nous ont jamais explicitement appris comment pirater des ordinateurs distants, mais ils nous ont donné tous les outils pour le faire. C’était le pied : le matin « théorie », la nuit « attaque en vrai ».

l’informatique n’a jamais développé la masse musculaire, ni les mathématiques l’art du combat de rue.

La rage des impuissants est la pire : elle annonce de grandes conneries

On est taillés comme des sardines blafardes

La rancœur monte, cette haine des mal-aimés. Celle qui fait mal.

La mauvaise conscience est le pire ami de la solitude.

— La liberté, ça m’angoisse. J’aimerais ne pas avoir le choix, suivre le mouvement.

Souviens-toi de tes cours de marketing. Les gens achètent un concept, une valeur : pas un produit.

Ils achètent un symbole écologique, un bout de conscience : cela n’a pas de prix.

Les people ont tous le même fantasme : jouir librement d’une journée, incognito parmi la plèbe.

Au nom de l’intérêt général, la meute abandonne le loup blessé aux chacals.

Décidément, il est comme Pinocchio ou Jonas, les histoires de baleines ne lui apportent que des ennuis.

Le monde des start-up ne brille que par ses réussites.

Laisser le temps les envelopper délicatement et tisser leur histoire à la façon d’un cocon de soie.

 

Infos :

la baleine 52 : http://baleinesendirect.org/52-la-plus-solitaire-des-baleines-la-mysterieuse-interroge-inspire-et-suscite-de-nouveaux-commentaires-scientifiques/

Samarito Institute (créé en 1973 par le Dr Antonio Alvarez Antunes) : http://samaritano-research.com/

Sadko : (russe : Садко) est un héros de byline (légende) russe, ressortant du cycle de Novgorod. : Sadko jouait des gousli (peut-être le plus ancien type d’instrument à plusieurs cordes pincées de Russie et d’Ukraine. Il en existe deux formes principales apparentées soit aux cithares, soit aux lyres sur les rives d’un lac. Le roi des mers apprécie sa musique, lui offre son aide. Sadko est chargé de parier avec les marchands de l’endroit qu’il pourra capturer un mystérieux poisson dans le lac. Lorsque Sadko parvient à s’en emparer (grâce au concours du roi des mers), les marchands doivent s’acquitter d’une forte somme, qui fait de Sadko un riche marchand.

Armé de sa nouvelle fortune, Sadko part commercer de par les mers. Mais il manque d’égards envers le roi de la Mer et rompt par là son serment. Le roi des mers arrête les navires de Sadko. Celui-ci tente bien avec ses marins d’apaiser l’ire royale, mais en vain ; l’équipage doit se jeter à la mer. Le riche marchand se met alors à jouer de sa cithare pour le roi de la mer. Dans son royaume subaquatique, ce dernier lui offre une nouvelle épouse. Sadko se couche à ses côtés : lorsqu’il se réveille, il se retrouve sur le rivage avec sa femme.

Photo : prise en Patagonie

Stedman, M.L. «Une vie entre deux océans» (2013)

Auteur : M. L. Stedman est née en Australie et vit désormais à Londres. Une vie entre deux océans est son premier roman, plébiscité dans le monde entier.

Paru chez Stock en 2013 et au livre de poche en 2014 ( Un film en a été tiré mais j’ai tellement aimé le livre que je ne vais pas regarder le film)

Résumé : Libéré de l’horreur des tranchées où il a combattu, Tom Sherbourne, de retour en Australie, devient gardien de phare sur l’île de Janus, une île sur les Lights, sauvage et reculée. À l’abri du tumulte du monde, il coule des jours heureux avec sa femme Isabel ; un bonheur peu à peu contrarié par l’impossibilité d’avoir un enfant.

Jusqu’à ce jour d’avril où un dinghy vient s’abîmer sur le rivage, abritant à son bord le cadavre d’un homme et un bébé sain et sauf. Isabel demande à Tom d’ignorer le règlement, de ne pas signaler « l’incident » et de garder avec eux l’enfant. Une décision aux conséquences dévastatrices…

Un premier roman plébiscité dans le monde entier qui interroge les liens du cœur et du sang.

Mon avis : une lecture qui touche au cœur.. Sur la détresse de perdre un enfant, sur l’amour maternel, sur les liens du sang… Un premier roman qui se déroule en dehors du monde… sur une île avec un gardien de phare. Simple et complexe, un livre dominé par les éléments et la nature… La rencontre entre deux océans, entre un homme et une femme entre le bien et le mal, entre la solitude et l’attachement, entre le devoir et le mensonge, entre la culpabilité et le sacrifice… Le contraste aussi entre la vie rude et belle dans l’île et la vie à terre. La vie va basculer plusieurs fois, au gré des éléments, des rencontres. Sauvagerie des humains, éléments déchainés, violence et douceur, amour et trahison : un livre magnifique. Un amour finira par triompher… mais lequel ? Un gros coup de cœur qui m’a fait penser à bien des égards au livre d’Emily Brontë « Les Hauts de Hurlevent »…

Extraits :

elle était la plus haute d’une chaîne de montagnes sous-marines qui s’étaient élevées du fond de l’océan comme des dents sur une mâchoire déchiquetée, prêtes à dévorer tout navire égaré en quête de refuge

Les nouvelles du monde extérieur arrivaient comme la pluie tombe des arbres, quelques bribes par-ci, quelques rumeurs par-là.

Elle avait le visage aussi dur que le fer dont se servaient les lads pour clouer les fers aux sabots des chevaux, et le cœur à l’avenant.

Londres… Eh bien ! je dois dire que j’ai trouvé ça plutôt sinistre, pendant mes permissions. C’est gris, lugubre et froid comme un cadavre.

Quelquefois, c’est mieux de laisser le passé à sa place.
– Mais la famille ne fait jamais partie du passé. Vous l’emportez partout avec vous, où que vous alliez.
– C’est bien dommage. »

Il y avait chez lui une part de mystère – comme s’il se réfugiait loin derrière son sourire

« Tu sais que le mot “janvier” vient de Janus ? Ce mois tient son nom du même dieu que cette île. Il a deux visages, dos à dos. Un gars plutôt moche.
– C’est le dieu de quoi ?
– Des seuils. Il regarde toujours des deux côtés, il est écartelé entre deux façons de voir les choses. Janvier regarde en avant vers la nouvelle année, mais aussi en arrière vers celle qui vient de s’écouler. Il voit le passé et l’avenir. Tout comme l’île donne sur deux océans, vers le pôle Sud et vers l’équateur.

Le simple fait de penser au travail qui l’attendait lui demandait plus d’énergie qu’elle pourrait en mobiliser pour l’accomplir.

Je pourrais écrire un livre sur les choses qui finissent par se retrouver dans un piano, même si je suis incapable de dire comment elles arrivent là.

Et au-delà de tout cela, bourdonnait encore la sombre douleur du vide.

Le simple fait que le bébé n’exige rien de lui éveillait en son for intérieur une sorte de respect, qui ne semblait pas motivé par quelque chose que la raison pourrait appréhender.

Une fois installé sur un phare en pleine mer, vous pouvez vivre l’histoire que vous choisissez de vous raconter et personne ne vous dira que cela n’a aucun sens, ni les mouettes, ni les prismes, ni le vent.

Mais si un parent perdait un enfant, il n’y avait pas de mot spécifique pour ce chagrin-là. Ils étaient encore un père ou une mère, même s’ils n’avaient plus de fils ou de fille.

La ville tire un voile sur certains événements. C’est une petite communauté où chacun sait que la promesse d’oubli est parfois aussi importante que celle du souvenir.

Les océans n’ont pas de limites. Ils ne connaissent ni début ni fin. Le vent ne s’arrête jamais. Il lui arrive de disparaître, mais uniquement pour reprendre des forces ailleurs, et il revient se jeter contre l’île, comme pour signifier quelque chose …

La question n’est pas de savoir ce que tu as dans le crâne, mais dans tes entrailles.

le bien et le mal, ça peut être comme deux foutus serpents : si emmêlés qu’on ne peut les différencier que lorsqu’on les a tués tous les deux et alors il est trop tard.

le meilleur moyen de rendre un gars cinglé, c’est de lui faire revivre sa guerre jusqu’à ce qu’il comprenne

Raccroche-toi au présent. Arrange ce qui peut être arrangé aujourd’hui, et laisse filer les choses du passé. Laisse le reste aux anges, au diable ou à qui en a la charge

À mesure qu’elle apprenait à maîtriser le langage, elle devenait capable de sonder le monde autour d’elle, tissant son histoire personnelle.

Dans l’eau, elle sait faire la différence entre l’aileron d’un gentil dauphin, qui monte et qui descend, de celui d’un requin, qui reste au-dessus de la surface quand il fend l’eau.

Alors qu’elle errait parmi ces souvenirs, dont elle tirait du réconfort comme un nectar d’une fleur mourante, elle avait conscience de l’ombre qui planait derrière elle, et qu’elle aurait été incapable de regarder. Cette ombre la visitait dans ses rêves, aussi floue que terrifiante

Il suffit de pardonner une fois. Tandis que la rancune, il faut l’entretenir à longueur de journée, et recommencer tous les jours.

Les années rongent le sens des choses jusqu’à ce que ne reste plus qu’un passé blanc comme l’os, dépourvu de tout sentiment et de tout sens.

Je ne vais pas te dire au revoir, au cas où Dieu m’entende et pense que je suis prête à partir.

Les cicatrices ne sont que des souvenirs d’un autre genre.

Bientôt, les jours se refermeront sur leurs existences, l’herbe poussera sur leurs tombes, jusqu’à ce que leur histoire se résume à quelques mots gravés sur une stèle que l’on ne vient jamais voir.

 

Vargas, Fred « Temps glaciaires » (2015)

Auteur : Médiéviste et titulaire d’un doctorat d’histoire, Fred Vargas est chercheuse en Histoire et Archéologie au CNRS. Primés à plusieurs reprises, adaptés au cinéma (Pars vite et reviens tard) et à la télévision, traduits dans plus de quarante langues, ses romans policiers sont des best-sellers en France comme en Allemagne et en Italie. Son dernier opus, Quand sort la recluse, a été publié en 2017 chez Flammarion.

Les enquêtes du Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg (11ème)

Jean-Baptiste Adamsberg : « L’homme aux cercles bleus » – 1991 / « L’homme à l’envers » – 1999 / « Les quatre fleuves » – 2000 / »Pars vite et reviens tard » – 2001 / « Sous les vents de Neptune » – 2004 / « Dans les bois éternels » – 2006 / « Un lieu incertain » – 2008 / « L’armée furieuse » – 2011 / « Temps glaciaires » – 2015 /  » Quand sort la recluse – 2017

Résumé : « Adamsberg attrapa son téléphone, écarta une pile de dossiers et posa les pieds sur sa table, s’inclinant dans son fauteuil. Il avait à peine fermé l’œil cette nuit, une de ses sœurs ayant contracté une pneumonie, dieu sait comment. — La femme du 33 bis ? demanda-t-il. Veines ouvertes dans la baignoire ? Pourquoi tu m’emmerdes avec ça à 9 heures du matin, Bourlin ? D’après les rapports internes, il s’agit d’un suicide avéré. Tu as des doutes ? Adamsberg aimait bien le commissaire Bourlin. Grand mangeur grand fumeur grand buveur, en éruption perpétuelle, vivant à plein régime en rasant les gouffres, dur comme pierre et bouclé comme un jeune agneau, c’était un résistant à respecter, qui serait encore à son poste à cent ans. — Le juge Vermillon, le nouveau magistrat zélé, est sur moi comme une tique, dit Bourlin. Tu sais ce que ça fait, les tiques ? »

Mon avis : Grand écart entre l’Islande et la Révolution française. J’ai retrouvé avec plaisir la fine équipe (pas assez de Violette à mon gout) . Le mode de fonctionnement si particulier d’Adamsberg se marie à la perfection aux brumes d’un ilot rocheux perdu au large de l’Islande. Et j’ai adoré voir l’équipe plongée dans la vie de Robespierre, Danton, Desmoulins et autres… Les monstres se suivent et les folklores se visitent … après l’Armée furieuse et sa « mesnie », c’est au tour de «l’afturganga» ; pour ce qui est des époques, après le Moyen-Age, on vit la Commune de Paris et la Terreur de l’intérieur.
Je me suis régalée. Et j’ai adoré l’arrivée du nouvel ami d’Adamsberg, Marc, que je vous laisse découvrir.

Extraits :

S’il y avait réellement un fond de l’air, comment appelait-on l’autre partie ? Le dessus de l’air ?

Elle avait commencé un puzzle immense, une œuvre de Corot. Elle espérait bien finir le ciel avant son départ. Le ciel, c’est ce qu’il y a de plus difficile. À faire comme à atteindre, je la cite encore.

Son influence était sournoise comme une inondation, et il devait, c’est exact, y prendre garde. Se tenir loin des berges glissantes de son fleuve.

— Comment veux-tu qu’on s’éloigne de quelque chose quand on ne sait pas où on est ?

Elle portait sur son bras le gros chat blanc de la brigade qui, amorphe, reposait sur elle comme un linge propre plié en deux, détendu et confiant, ses pattes ballottant d’un côté et de l’autre.

Et en protection, continua Adamsberg, car on ne sait jamais en effet, cinq avec moi sur les arrières. C’est-à-dire vous seule, Retancourt.

Consigne surprenante de la part d’Adamsberg, qui avait tout de l’éponge dérivante et rien d’un coquillage « collé », plaqué obstinément sur son rocher.

La mémoire du commandant Danglard, confirma Adamsberg, est un abîme surnaturel où mieux vaut ne pas mettre les pieds.

Le rire est une défense contre ce qui impressionne.

Château souffrait et sa douleur se diffusait comme un parfum toxique dans la petite pièce, touchant chacun des hommes.

Depuis deux jours, il vivait au XVIIIe siècle, auquel il prenait goût peu à peu. Non, il ne prenait pas goût, il s’habituait, voilà tout.

On va de tous côtés, on dérape comme des billes sur du verglas. On a perdu le chemin. Ou plutôt, on ne l’a jamais trouvé.

C’est que c’est bien une pensée à toi. C’est dommage, quand t’y réfléchis, que les pensées n’aient pas de nom. On les appellerait, et elles viendraient se coucher à nos pieds ventre à terre.

Parce qu’une tornade qu’on sent approcher à pas de loup effraie bien plus qu’une trombe qui vous submerge brutalement.

Et à la brigade, chacun savait ce que ce brouillage signifiait. Errance, vapeurs, pelletage de nuages en trois mots.

Un enfant abandonné se voit attribuer trois prénoms, dont le dernier sert de nom de famille.

Adamsberg tenait de sa mère une prudence excessive quant à l’expression des sentiments qui, disait-elle, s’usent comme un savon et tournent en débandade si on en parle trop.

C’est juste une cuite éclair. Il est tombé dans la bouteille de porto, il faut qu’il sèche, c’est tout.

L’alcool sucré monte au cerveau avec la célérité d’un acrobate sur un fil.

Je n’ai jamais cru que l’alcool accouchait de la vérité. Des douleurs, sans aucun doute.
— En ce cas pourquoi l’avez-vous poussé à boire ?
— Pour qu’il lève les freins et dévale aussi loin que possible sur la route. Ce qui ne veut pas dire qu’il a été jusqu’au bout. Même abruti, même les barrières fracassées, inconscient veille sur ses biens les plus précieux

On ne se vouvoie pas sous la Révolution. Nous sommes égaux

Je dis que quiconque tremble en ce moment est coupable ; car jamais l’innocence ne redoute la surveillance publique.

Si tu annules, ça va s’infecter. Et tu pleureras. Quand le bagage est fait, l’homme ne se retourne pas.

C’est que l’Islande, c’est noir et blanc, vous voyez ? Roche volcanique et neige et glace. Alors les couleurs, ça va bien avec. Tout va avec le noir, c’est ce que disent les Français. Mais attendez de voir le bleu du ciel. Jamais vous avez vu un bleu pareil, jamais.

Comme s’il avait guillotiné, non pas des hommes, mais des concepts : le vice, la trahison, l’hypocrisie, la vanité, le mensonge, l’argent, le sexe.

Détail inutile dans son mensonge, donc détail véridique.

S’ennuyer comment ?
— C’est sans doute une des seules choses valables que je t’aie données. Même quand tu ne fais rien, tu ne t’ennuies pas.

Ralentis, rien ne presse, ralentis. Mais cette vitesse, si rare chez lui, convenait au défilement disparate de ses pensées, des phrases et des images. Comme si la vitesse allait les lisser toutes ensemble, comme on bat des œufs.

 

 

 

 

 

Benameur, Jeanne «Les Insurrections singulières» (2011)

Auteur : Jeanne Benameur est née en Algérie en 1952 d’un père algérien et d’une mère italienne. Elle vit à La Rochelle et consacre l’essentiel de son temps à l’écriture. Elle a étudié la philosophie et l’histoire de l’art.

Elle a écrit entre autres : Laver les ombres (2008) – Les Insurrections singulières (2011) – Profanes, (2012) – Je vis sous l’œil du chien – suivi de L’Homme de longue peine, ( 2013), 48 p – Pas assez pour faire une femme – Actes Sud, coll. Babel, 2015 – Otages intimes (2015) 176 p. Prix du roman Version Fémina – L’Enfant qui ( 2017)

Actes Sud – Janvier, 2011 – 208 pages – Prix littéraire de Valognes 2011 – prix Paroles d’encre2011 – prix littéraire des Rotary clubs de langue française 2012 – le prix du Roman d’entreprise –

Résumé : Au seuil de la quarantaine, ouvrier au trajet atypique, décalé à l’usine comme parmi les siens, Antoine flotte dans sa peau et son identité, à la recherche d’une place dans le monde. Entre vertiges d’une rupture amoureuse et limites du militantisme syndical face à la mondialisation, il lui faudra se risquer au plus profond de lui-même pour découvrir une force nouvelle, reprendre les commandes de sa vie. Parcours de lutte et de rébellion, plongée au coeur de l’héritage familial, aventure politique intime et chronique d’une rédemption amoureuse, Les Insurrections singulières est un roman des corps en mouvement, un voyage initiatique qui nous entraîne jusqu’au Brésil. Dans une prose sobre et attentive, au plus près de ses personnages, Jeanne Benameur signe une ode à l’élan de vivre, une invitation à chercher sa liberté dans la communauté des hommes, à prendre son destin à bras-le-corps. Parce que les révolutions sont d’abord intérieures. Et parce que “on n’a pas l’éternité devant nous. Juste la vie”.

Mon avis : Dans le contexte de la mondialisation, des délocalisations, la parole est donnée à un ouvrier de la sidérurgie en révolte. Au début il veut crier sa rage, tout brûler… et puis le récit va changer. En prime un document très intéressant sur l’histoire de la sidérurgie française et brésilienne. Jeanne Benameur, c’est une fois encore un moment de sensibilité et d’ouverture… C’est l’exploration de la vie intime, de la solitude, du sens de la vie, de l’ouverture vers l’autre, du rapport aux autres ; c’est l’exploration des nuances… Dans le plus profond on retrouve les valeurs universelles, les mêmes que l’on soit en France ou à l’autre bout du monde… Un livre sur l’ouverture au monde…

Le monde d’Antoine s’effondre… il se retrouve seul, après que sa petite amie l’ait quitté. Son usine va être délocalisée au Brésil… Retour à la case départ, dans sa petite chambre (trop grande pour lui), chez ses parents… Lui qui ne s’est jamais senti à sa place dans la société (fils d’ouvrier chez les intellos, intello chez les ouvriers) n’a qu’une seule échappatoire : la moto…, Il se pose des questions, il doute, il fuit… mais où va le mener sa fuite, sa rage, sa recherche de soi… Il faut regarder au loin pour dépasser son présent, le rendre vivant… On peut vivre dans le passé non accepté, dans les fantasmes du futur… mais il faut vivre dans un présent qui bouge…

La rencontre avec un vieux bouquiniste lui permettra de découvrir un autre moyen d’échapper à la réalité, lui donnera des ailes et lui fera larguer les amarres. De révolution syndicale on va passer à révolution personnelle… Il faut vivre, il faut que ce qui bout à l‘intérieur se structure, naisse, prenne forme. Il faut avancer, passer le point mort et prendre son envol…

Comme dans Profanes, les mots, le silence, le toucher, le langage du corps, la perception, la quête du vivant, pour aller de l’avant, c’est casser le temps mort pour le faire revivre, relancer (ou lancer) la machine…La vie est d’abord les sens : la parole arrive après, raison pour laquelle on peut se rejoindre sans comprendre les mots de l’autre. Le vivant, c’est aussi la part de rêve, son Père s’évadait avec ses maquettes de bateaux…

Extraits :  ( oui je sais il y en a beaucoup… mais impossible de faire le tri … c’est un peu pour moi.. lisez le livre et revenez ensuite lire les extraits…)

Peur, si je restais dans cette cuisine, dans cette maison, de devenir comme la trace des doigts de mon père. Juste une empreinte. Qui disparaîtrait aussi.

Les nuages étaient lourds, épais. J’avais la sensation que la chaleur les collait contre ma peau. J’étais empaqueté de nuages.

Je me sentais comme un lieu vide. Désaffecté.

“Depuis le temps que j’en rêvais”, voilà ce qu’elle a dit. C’est drôle comme on connaît peu les rêves de ses parents.

On dit qu’“on n’est pas de bois”. Moi, quand je suis en colère, je suis d’un bois dur, terrible, inflammable, si inflammable.

Il y a des questions qu’on ne pose jamais à ses parents. On a peur de toucher là où on les sent fragiles.

Les mots et les pierres ensemble c’est ma réserve secrète. Je marche dans les mots inconnus comme dans des rues étrangères et j’aime ça.

Pour moi, le savoir, c’est juste pour vivre.

Les mots, c’est pour habiter quelque part dans ma tête.

Autant elle peut être glaciale, autant elle peut être ardente, et c’est à ce feu-là que je me suis brûlé.

Elle se faisait du cinéma. Et moi je suis entré dans son film.

Sa beauté à elle, c’est comme ma réserve secrète avec les mots. Quelque chose qui ne se voit pas, qui ne sert à rien dans la vie de tous les jours, mais qui fait vivre.

Il n’y a pas que les monnaies qui se déprécient, les hommes aussi. Sans valeur parce qu’on ne leur demande plus rien.

C’est fou une histoire qui s’accroche aux jours et aux nuits comme ça.

On peut plus leur dire de faire comme nous, à nos gosses. On n’est plus des exemples pour eux, ah non ! Alors on est quoi ?

Sa cuisine, c’était comme un tableau qu’elle aurait peint, en l’inventant, touche par touche.

Je ne sais pas ce que c’est, une route à suivre. Mais je suis sûr que la route, il n’y a que les pieds de celui qui marche qui la connaissent.

Au fond de moi, il y a un amas confus, énorme, étouffant. Et ma vie tout en dessous. Il faut que je la sorte de là-dessous si je veux sauver quelque chose.

De ces livres à moi quelque chose se communiquait. Un pouvoir. Etrange.

Du vent, oui. Du vent. Du mauvais vent. Celui qui te retient au port toute ta putain de vie et qui se lève le jour où t’es trop vieux pour monter la voile.

Les rêves c’est complexe. Ça vous envoie là où vous ne devriez jamais mettre les pieds.

C’est ça, le début d’un voyage, ta porte que tu fermes derrière toi et tu laisses tout.

Je ne sais pas pourquoi mais je sentais que ça devait marcher ensemble, ma lecture et la marée montante.

Un homme qui part de sa volonté propre.

Moi qui m’étais retrouvé dans une usine, à laminer l’acier.
A être laminé. Comme les autres.

le peintre, Alexandre Hollan, ne l’appelle pas “Nature morte” il l’appelle “Vie silencieuse” et il a bien raison n’est-ce-pas ?

J’apprenais à le connaître. A travers sa maison.

L’impression que rien n’était fini, que quelque chose pouvait s’allumer et brûler haut et fort. En moi. C’était dans les livres, dans les pages. Ça m’attendait.

La peur du lendemain elle existe pour tout le monde. Qu’ils sentent ce que c’est, l’incertitude qui empêche de respirer à fond, le nez contre le temps, si près qu’on ne sait plus si demain ce n’est pas déjà aujourd’hui !

Il n’y a que lui qui me donne le sentiment qu’on peut être accompagné et libre

Un vieux chat qui sent tout du bout de ses moustaches.

les rides se marquent toujours aux mêmes endroits partout, que les bouches s’étirent pour sourire de la même façon partout. Les tristesses, les joies, l’indifférence ou la colère, c’est pareil partout. Partout.

Entre le portugais et le brésilien c’était la même différence qu’entre marcher et danser. Les mêmes jambes. Un pas différent. Je me laissais prendre par les sonorités qui s’alanguissaient des gorges jusqu’aux lèvres.

Je sens en moi la force que donnent les rêves retenus de tous les autres, ceux qui ne partent jamais.

Faire pousser. Faire. Oui, l’affairement. Parce que si on sait quelle fleur sortira de la graine, ce n’est plus pareil, le rêve. Reste le Faire qui occupe les jours de rien, le plaisir d’offrir le bouquet à sa femme et parfois la merveille d’une rose à la couleur inattendue. C’est tout.

Le tiers-monde, le quart-monde, et bientôt quoi… plus de monde du tout… on ne peut pas continuer à diviser comme ça…

C’est bien ça, la force d’un être humain. Etre capable de savoir le rien, le connaître jusque dans sa chair et traverser, continuer à avoir des rêves.

La mort ne fait jamais de bruit. C’est la vie qui en fait. La vie, ça bouge, ça met en risque. Le désir, c’est la vie. Mais tu vois tous ces jeunes laminés à vingt-cinq ans, ils ne font pas de bruit, ils cherchent à croûter, c’est tout. Ils sont déjà morts.

Dans les livres, il y a le décalage. La place pour le désir.

J’aime que ce qui est à moi reste à moi. Toute seule.

Mais de toute façon jamais JAMAIS on ne fait partie de la vie de quelqu’un. Et encore heureux ! Ce serait la perte de notre solitude, c’est sûr, mais encore plus sûrement la perte de ce qui nous appartient vraiment, notre liberté.

On a juste la vie mais on peut la nouer à celle d’avant, à celle d’après, alors elle n’a plus de limites.

 

Infos : Alexandre Hollan, le peintre des arbres et des « vies silencieuses », Né à Budapest en 1933, Alexandre Hollan quitte son pays natal lors du soulèvement de 1956 et s’installe définitivement à Paris.

Infos : Jean Antoine Félix DISSANDES de MONLEVADE (1791-1872) : http://www.annales.org/archives/x/monlevade.html

 

Jónasson, Ragnar «Mörk» (2017)

Auteur : Islandais, né à Reykjavik , 1976. Ila découvert à 13 ans les livres d’Agatha Christie et a commencé à les traduire en islandais à 17 ans! Ses grands-parents sont originaires de Siglufjördur, la ville où se déroule Snjór, et où a grandi son père. Avocat et professeur de droit à l’Université de Reykjavik, il est aussi écrivain et le cofondateur du Festival international de romans policiers «Iceland Noir ».

C’est l’agent d’Henning Mankell qui a découvert Ragnar Jónasson et vendu les droits de ses livres dans quinze pays. Mörk a été élu « Meilleur polar de l’année 2016 » selon le SundayExpress et le Daily Express, et a reçu le Dead Good Reader Award en Angleterre.

Série Dark Iceland : 2ème tome (Sorti en mars 2017 aux Editions de la Martinière) – Après Snjór (Neige), Mörk (Frontière)

 

Résumé : Quand le crime à l’anglaise rencontre les terres gelées de l’Islande. Cluedo au pays des fjords…

À Siglufjördur, à l’approche de l’hiver, le soleil disparaît derrière les montagnes pour ne réapparaître que deux mois plus tard. Ce village perdu du nord de l’Islande plonge alors dans une obscurité totale… Le jeune policier Ari Thór veille sur la petite communauté sans histoires. Mais son collègue, l’inspecteur Herjólfur, est assassiné alors qu’il enquêtait aux abords d’une vieille maison abandonnée. L’illusion d’innocence tombe. Tous les habitants n’avaient-ils pas, au fond, une bonne raison de semer le chaos ? Elín, qui fuit un passé violent. Gunnar, maire du village, qui cache d’étranges secrets… Pour reconstituer le puzzle, il faudra aussi écouter cette voix qui murmure, enfermée derrière les cloisons d’un hôpital psychiatrique, et qui tient peut-être la clé de l’énigme.

Mon avis : J’ai enchainé sur le tome 2.

Changement de saison, il mouille… On n’a pas les deux jambes dans la gadoue mais on patauge (au propre et au figuré). Coté amourettes, ce n’est pas top… aussi glauque que l’ambiance… Bienvenue dans le monde des trahisons et des secrets.. Comme dans le premier, on évolue dans le malaise … C’est bien fait…

Dans un pays sans crimes, ou la moitié de la population est armée, le silence est maître. Et les clés des affaires non résolues, les secrets du passé, sont cachées bien profondément dans les mémoires des vieilles personnes… Vont-elles parler !? Personne ne semble bien net… que ce soient les policiers, les politiques… et tous ces gens qui vivent en vase clos, amis ou parents tous liés par l’inavouable… tous ces gens qui vivent en vase clos, amis ou parents tous complices, liés ou à la merci de secrets – qu’il vaut mieux laisser dormir, passer sous silence par gain de paix à défaut de résoudre les problèmes…

Siglufjördur se désenclave, s’ouvre au tourisme… mais est-ce une bonne chose ? et à qui appartient cette voix off, présente en permanence, cette voix qui se fait entendre depuis un asile psychiatrique !? une voix du passé, du présent ? La problématique sous-jacente est la violence larvée, souterraine, enfouie… Le moins qu’on puisse dire c’est que cette ambiance ne ressemble à aucune autre…

Extraits :

La pluie aveuglante ajoutait à l’austérité des murs couleur plomb. Ici, l’automne n’était pas une véritable saison, plutôt un état d’esprit. Il semblait s’être perdu en route, quelque part vers le nord, quand, fin septembre, début octobre, l’hiver avait promptement succédé à l’été.

l’hiver et sa pénombre qui se lovait autour du monde comme un chat géant

Certaines choses sont tellement grises et froides qu’aucune couleur sur aucune page ne pourrait leur donner vie.

il ne comprenait pas ce qu’il pouvait y avoir d’enchanteur dans le froid, la solitude et l’isolement.

Un étranger dans un endroit où les gens étaient tous liés les uns aux autres, sans qu’aucun ne se fasse réellement confiance.

Elle s’était prise à aimer la pluie et le vent, comme aujourd’hui. Ils renforçaient son sentiment d’être en vie.

Impossible de bien s’entendre avec des gens qui ne sourient pas.

Tous les hommes ont une qualité qui les rachète aux yeux du monde.

Le moment est peut-être venu de souffler la poussière sur quelques vieux secrets. Peut-être…

Le pire, c’était le silence. Le silence qui précédait chaque coup. Comme une accalmie avant la tempête.

… cela me libère de pouvoir l’écrire.

Elle s’éloigne à sa façon, se recroqueville dans sa coquille. Elle a renoncé, et ça, ça n’est pas tolérable.

Ce que je peux te dire, c’est que la violence est partout, pas seulement chez la racaille, mais aussi chez les hommes les plus respectables : les chefs de famille qui occupent des postes à responsabilité, les citoyens exemplaires à tout point de vue, sauf quand ils utilisent leurs poings contre leur femme et leurs enfants.

– Parfois, il vaut mieux laisser les chiens dormir tranquillement. Les gens doivent à tout prix faire confiance à leur police.

L’idée du rendez-vous avait été plus excitante que le dîner lui-même, avec un homme pourtant séduisant.

 

 

 

 

Jónasson, Ragnar «Snjór» (2016)

Auteur : Islandais, né à Reykjavik , 1976. Ila découvert à 13 ans les livres d’Agatha Christie et a commencé à les traduire en islandais à 17 ans! Ses grands-parents sont originaires de Siglufjördur, la ville où se déroule Snjór, et où a grandi son père. Avocat et professeur de droit à l’Université de Reykjavik, il est aussi écrivain et le cofondateur du Festival international de romans policiers «Iceland Noir ».

C’est l’agent d’Henning Mankell qui a découvert Ragnar Jónasson et vendu les droits de ses livres dans quinze pays. Mörk a été élu « Meilleur polar de l’année 2016 » selon le SundayExpress et le Daily Express, et a reçu le Dead Good Reader Award en Angleterre.

Série Dark Iceland : 1er tome « Snjór »  (Sorti en mars 2017 en poche aux éditions Points); 2ème tome « Mörk »

Donc je continue ma découverte des auteurs islandais; après Arnaldur Indridason (voir livres commentés sous « I ») et Bergsveinn Birgisson (roman), je découvre Ragnar Jónasson; et il y en a bien d’autres : Arni Thorarinsson, Yrsa S igurdardóttir (Actes Sud) , Lilja Sigurdardóttir (Métailié), Árni Þórarinsson, Jón Hallur Stefansson, Stefán Máni, Viktor Arnar Ingólfsson, Óttar Martin Nordfjord, Eiríkur Örn Norðdahl (Métailié) , Jón Kalman Stefansson (D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds) , Einar Már Guðmundsson (Gaïa), Sjón (Rivages), Andri Snær Magnason , Auður Ava Ólafsdóttir,Hallgrímur Helgason, pour ne citer qu’eux… Cela en fait quand même un certain nombre pour un si petit pays…

 

Résumé : Quand la mort vient frapper aux portes des honnêtes gens. Un village sans histoire, vraiment ? Un huis-clos à l’anglaise dans le plus grandiose des décors scandinaves. Siglufjördur, ville perdue au nord de l’Islande, où il neige sans discontinuer et où il ne se passe jamais rien. Ari Thór, qui vient de terminer l’école de police à Reykjavik, y est envoyé pour sa première affectation. Mais voilà qu’un vieil écrivain fait une chute mortelle dans un théâtre et que le corps d’une femme est retrouvé, à moitié nu, dans la neige. Pour résoudre l’enquête, Ari Thór devra démêler les mensonges et les secrets de cette petite communauté à l’apparence si tranquille.

Mon avis : Mais qu’allait-il faire dans cette congère ? Quand le jeune Ari Thór postule pour un poste à Pétaouchnock-les-Olivettes (vous m’excuserez mais le nom est imprononçable et pas plus facile à écrire) sa vie se retrouve totalement bouleversée. Faut dire qu’il s’est mis tout seul dans une situation impossible. Il accepte de se rendre au bout de nulle part, sans en parler avec sa fiancée, pour une période de deux ans… Evidemment ça met un coup de (gros) canif dans leur relation amoureuse ! Donc il débarque dans son tas de neige ou en théorie il ne se passe jamais rien… et où les étrangers (comprendre les gens qui ne sont pas du coin) sont pas trop bien vus… Le moral en prend un sale coup … L’ambiance n’est pas à la rigolade, de quoi déprimer sec ( enfin non.. pas sec.. mouillé en plus) … ce qu’il va faire… Quand le personnage local décéde brusquement, histoire de s’occuper, il va se lancer dans l’investigation, au grand dam de son supérieur qui ne veut surtout pas déranger le manteau de neige qui rend cette petite bourgade bien tranquille et feutrée… Et quand on farfouille … on finit par trouver. Alors on met les moufles, on sort la pelle pour déblayer devant sa porte et on saute à pieds joints dans la poudreuse ! Dans un huis-clos oppressant et silencieux, les ombres du passé vont se matérialiser. J’ai bien aimé et je vais enchainer sur le deuxième…

Extraits :

Il n’était pas loin de minuit mais il faisait encore clair. Les jours rallongeaient. À cette époque de l’année, chaque nouvelle journée, plus lumineuse que la veille, portait en elle l’espoir de quelque chose de meilleur

Il neigeait. Elle regarda par la fenêtre ces flocons si beaux, blancs comme des perles, qui lui procuraient un sentiment de tranquillité.

Chaque fois, il retombait dans le sommeil et dans un rêve différent du précédent. Comme une série de courts-métrages dont il était à la fois le scénariste, le réalisateur et l’acteur principal.

Ses parents lui offraient toujours un livre à Noël. La tradition islandaise de lire un nouveau livre la veille de Noël jusqu’aux petites heures du matin tenait un rôle important dans sa famille.

Il avait atteint l’âge où l’on peut écrire ses mémoires, mais qui aurait pu éprouver la moindre envie de lire le récit de sa vie ? Pas lui, en tout cas. Il préférait mettre ses promenades à profit pour se souvenir. Ses mémoires, il les écrivait en pensée.

La nouvelle s’était répandue comme la première gelée de l’hiver.

Cette petite ville paisible étouffait sous la neige. L’étreinte familière de l’hiver devenait plus étouffante que jamais.

Il éprouvait le besoin de trouver des réponses aux questions que la philosophie – qu’il venait d’abandonner – ne parvenait pas à cerner. Il est possible aussi qu’il ait choisi la voie la plus éloignée de celle de son défunt père, qui était comptable. Platon ou Dieu – tout plutôt que Mammon, la divinité de la cupidité et de l’avarice.

Pour des raisons qu’elle n’avait jamais vraiment comprises, elle ne réussissait pas à suivre le rythme de ses contemporains – ou peut-être à s’accorder à leur mélodie.

Info (source Wikipédia) : Mammon, dans le Nouveau Testament de la Bible, est la richesse matérielle ou l’avarice, souvent personnifiée en divinité, et parfois incluse dans les sept princes de l’Enfer. Mammon serait un mot d’origine araméenne, signifiant « riche ». Néanmoins son étymologie est obscure. Certains le rapprochent de l’hébreu matmon, signifiant trésor, argent. D’autres le rapprochent du phénicien mommon signifiant bénéfice. Dans le Talmud, ainsi que dans le Nouveau Testament, le mot « Mammon » signifie « possession » (matérielle), mais il est parfois personnifié. « Aucun homme ne peut servir deux maîtres : car toujours il haïra l’un et aimera l’autre. On ne peut servir à la fois Dieu et Mammon (Matthieu 6:24). »

Bussi, Michel «Maman a tort» (2015)

Auteur : Michel Bussi a commencé à écrire dans les années 1990. Alors jeune professeur de géographie à l’université de Rouen, il écrit un premier roman, situé à l’époque du Débarquement de Normandie. Ce dernier est refusé par l’ensemble des maisons d’édition. Il écrit quelques nouvelles, s’attelle à l’exercice de l’écriture de scénarios mais sans parvenir à les faire publier. Il attendra dix ans pour que l’idée d’un roman, inspiré d’un voyage à Rome au moment du pic de popularité du Da Vinci Code de Dan Brown, s’impose. Ce succès d’édition international, ainsi que la lecture d’une réédition de Maurice Leblanc pour le centenaire d’Arsène Lupin, le poussent à se lancer dans un travail d’enquêteur. De retour à Rouen, équipé de ses cartes de l’IGN, il noircit des carnets jusqu’à pouvoir proposer, en 2006, un manuscrit intitulé Code Lupin à un éditeur régional et universitaire, les éditions des Falaises. Ce premier roman sera réédité neuf fois.

Plusieurs années seront nécessaires pour que les ouvrages de Michel Bussi, qui paraissent au rythme d’un par an, tel Mourir sur Seine en 2008, ou Nymphéas Noirs en 2011, voient leurs ventes s’envoler. Après une série de récompenses locales, grâce à ses premières éditions en livre de poche, mais surtout grâce à la sortie en rayon polar de son ouvrage maître Un avion sans elle, l’auteur géographe est propulsé sur le devant de la scène.

Une des particularités de son travail est de situer la majorité de ses romans en Normandie. Son roman N’oublier jamais, sorti en mai 2014, met « plus que jamais6 » la Normandie au cœur de son intrigue, tout comme Maman a tort (qui se déroule au Havre), sorti en mai 2015. Son dernier roman cependant, Le temps est assassin, sorti en mai 2016, se déroule en Corse.

Ses romans : Code Lupin (2006) – Omaha crimes /Gravé dans le sable (20067/2014) – Mourir sur Seine (2008) – Sang famille (2009 épuisé) –Nymphéas noirs (2011) – Un avion sans ailes (2012) – Ne lâche pas ma main (2013) – N’oublier jamais (2014) – Maman a tort (2015) – Le temps est assassin (2016) –

Résumé : Mardi 2 novembre 2015. Lorsque Vasile, psychologue scolaire, se rend au commissariat du Havre pour rencontrer la commandante Marianne Augresse, il sait qu’il doit se montrer convaincant. Très convaincant. Si cette fichue affaire du spectaculaire casse de Deauville, avec ses principaux suspects en cavale et son butin introuvable, ne traînait pas autant, Marianne ne l’aurait peut-être pas écouté. Car ce qu’il raconte est invraisemblable : Malone, trois ans et demi, affirme que sa mère n’est pas sa vraie mère.  Sa mémoire, comme celle de tout enfant, est fragile, elle ne tient qu’à un fil, qu’à des bouts de souvenirs, qu’aux conversations qu’il entretient avec Gouti, sa peluche…  Vasile le croit pourtant. Et pressent le danger.  Jeudi 4 novembre 2015, tout bascule.  Le compte à rebours a commencé.  Qui est Malone ?

Mon avis : Toujours un plaisir de lire un livre de Michel Bussi car je sais qu’il va me raconter une histoire et que je vais être à la fois émue et surprise… Un vrai moment de détente, sans prise de tête, quoique.… Une histoire, un suspense, qui va jusqu’à la dernière page et une fois encore je me suis fait balader sur les fausses pistes! Tendre ! Inventif … Faut-il faire confiance à son instinct ? l’intuition est-elle bonne conseillère ? Les enfants invente-ils toujours ? Y-a-t-il du vrai dans ce qu’ils racontent et semble invraisemblable ? Rapport à la maternité, rapport enfant/Maman, petite enfance, rôle de la mère, désir d’enfant, mère de substitution dans une phase ou les pères sont très absents, en retrait. Une sorte de fable, de conte pour enfants (avec les noms qui sont au diapason Augresse, Le Chevalier, Dragonman…) ; Malone, à 3 ans et demi, vit dans un univers poétique et onirique.. mais dans ce livre, les méchants tentent de lui voler sa mémoire… Et on bascule dans le monde de l’enfant… et pas l’inverse.. bien que l’on soit sans cesse à cheval entre le monde des adultes et celui de l’innocence de l’enfant. La logique de l’enfant, qui n’a pas besoin d’être totalement rationnelle, car c’est un enfant… Il y a le passé (le souvenir) et le présent ( le contre la montre de l’enquête)

En arrière-plan la problématique des jeunes qui grandissent dans les coins ou il n’y a pas de travail…

J’en ai aussi appris sur la construction des mémoires… C’est vrai que c’est important de savoir comment cela fonctionne.. et Bussi nous donne des pistes.. Souvent il y a la problématique de l’amnésie dans les polars… et ici on se rend compte que nos premiers souvenirs sont très flous… et d’où viennent-ils ? comment restent-ils ? Le psy du roman tente de nous donner certaines bases psychologiques.

Petit à petit je les lis tous… et je me fais toujours prendre dans les univers à la Bussi…

Fan de Renaud ? Il cite: «le temps est assassin…» est extrait d’une chanson de Renaud – Mistral gagnant. –  la même chanson est le titre de son prochain roman  – Le prénom Malone est le prénom du fils de Renaud –

Extraits :

L’eau, une fois qu’elle est tombée du ciel, elle n’est plus dangereuse, parce qu’elle meurt quand elle s’écrase par terre.

Certains parents sont méfiants, hostiles, agressifs même, dès qu’ils entrent dans une cour d’école ; mais c’est seulement de la peur. Une peur qui remonte à l’enfance.

Le temps de conservation d’un souvenir, pour un enfant, augmente avec son âge. Si vous prenez un bébé de trois mois, ses souvenirs vont durer environ une semaine. Un jeu, une musique, un goût… Un bébé de six mois possédera une mémoire de trois semaines, un bébé de dix-huit mois une mémoire d’environ trois mois, à trente-six mois d’environ six mois…

La mémoire d’un enfant de moins de trois ans fonctionne de façon différente. Tous les souvenirs qui ne seront pas réactivés par la suite s’effaceront, inévitablement.

Les valeurs, les goûts, la personnalité… Tout se joue dans les premières années de notre existence. Tout est gravé à jamais ! Mais par contre, du point de vue strict de la mémoire directe des faits… rien !

le déni d’un traumatisme est une forme de protection qui ne règle rien ! Pour vivre avec un traumatisme, il faut l’affronter, le verbaliser, l’accepter. C’est la fameuse résilience popularisée par Boris Cyrulnik.

Colombine n’avait pas le choix, si elle voulait avoir son Polichinelle à elle, elle devait illico trouver le bon Pierrot.

Galets à l’infini, ferrys d’outre-Manche voguant au loin… c’était à se demander comment Nice avait pu voler au Havre le label de « promenade des Anglais », et avec lui la réputation de plus beau front de mer urbain.

Elle adorait ces instants-là, ils lui faisaient toujours penser aux paroles de la chanson de Renaud, qu’elle écoutait en boucle ensuite, pour graver à jamais ces petits moments dans sa tête. Les chansons servent à ça, se disait-elle, même les plus idiotes, à se souvenir des émotions toutes bêtes.
Et entendre ton rire s’envoler aussi haut que s’envolent les cris des oiseaux.
Ces paroles et d’autres de la même chanson, les derniers mots avant les dernières notes de piano, quand Renaud dit que le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants.

la différence fondamentale entre la réalité et la perception de cette réalité

De toute façon, ça ne sert à rien de pleurer quand les grandes personnes ne sont pas là pour vous voir.

Elle considérait l’amour comme une arnaque pour les gogos, exactement comme les tickets de la Française des Jeux qu’elle vendait aux clients. On ne gagnait jamais, ou alors des petites sommes, juste assez pour vous inciter à rejouer, à y croire, mais jamais la cagnotte qui vous mettrait à l’abri jusqu’à la tombe.

Comme dans le désert des Tartares ils ont attendu l’ennemi pendant des années, sans jamais voir arriver le moindre cosaque ou sous-marin rouge, vous vous en doutez.

 

(Comme je crois que le livre qui m’a le plus marqué pendant ma jeunesse est « Le désert des Tartares de Dino Buzzati, je ne peux que le citer 😉 )

Challandes, Pierre «La main» (2017)

Auteur : Pierre Challandes est né à Lausanne en 1943. En 1969, avec seulement 5 000 francs suisses, son épouse et lui partent à travers le Sahara et l’Afrique de l’Ouest. Pendant un an et demi ils parcourent 39 000 km en 2 CV Citroën. A leur retour, la décision est prise : se lever non pas pour travailler, mais pour le plaisir de réaliser ses passions, ses rêves et de rencontrer son prochain. En 1972, l’auteur crée un parc d’accueil pour animaux sauvages. Il y travaille bénévolement jusqu’à ce jour, exerçant divers métiers pour nourrir sa famille et les pensionnaires du parc. En 2010, libéré des travaux journaliers du parc, il profite de toutes les possibilités pour entreprendre des expéditions dans les contrées les plus reculées de notre Terre, ferments peut-être de futurs écrits.

(Editions Persée – mars 2017)

Résumé : La rencontre et le contact entre la main d’un mourant et celle d’un vivant entraînent l’un et l’autre dans un rêve où se mêlent amitié, souvenirs, réconfort, bonheur, humour, délires et philosophie, composant un véritable hymne à la vie. « La faculté de se mettre dans la peau des autres et de réfléchir à la manière dont on agirait à leur place est très utile si on veut apprendre à aimer quelqu’un », (Dalaï-lama)

Avant-propos : Les délires et les vagues souvenirs d’un mourant qui se mélangent avec humour aux rêves philosophiques et aux souvenirs d’un vivant donnent par empathie et par une amitié subite un troisième personnage qui vit toute une vie dans les quelques heures qui précèdent sa mort. C’est un rêve, dans lequel le cours du temps n’existe plus.

Mon avis : Tout d’abord merci à mon amie Geneviève de m’avoir fait découvrir ce petit livre. L’auteur, je le vois évoluer depuis 40 ans… Du temps du Manège de Genève, puis dans ses parcs animaliers, il a eu mon chat Nedjem qui vient de disparaitre en pension et j’ai toujours aimé sa douceur et sa disponibilité. Alors ce petit livre ne fait que me conforter dans l’humanité détectée dans l’homme et dans sa conception de la vie.

La vie est fleurs, nature, animaux, odeurs, sons, couleurs… Mais la vie est avant tout « tactile ». Pas besoin de mots pour se comprendre et aimer. Un regard, un contact, une caresse. Le geste qui parle et dit « je suis là, je t’accompagne ».

Alors oui le sujet est grave ; les derniers moments d’une personne atteinte d’un cancer qui mélange passé et présent, s’attarde dans ses rêves, se soucie de personnes qui ne sont plus et qui tente de se rattacher à l’existence par le faibles fils qui restent à sa disposition. Les quelques pages qui parlent de la maladie sont difficiles, surtout pour celles et ceux qui sont ou ont été confrontés à la disparition de proches. Mais ce livre est surtout un livre d’amour, de partage, de don. Qui nous montre que la présence est l’ultime preuve de réconfort et d’amour à donner à ceux qui ne peuvent plus communiquer… Une main tendue, la chaleur d’une présence, même silencieuse… Un contact qui rassure, qui donne l’amour et accompagne. On ne parle pas avec des mots mais on donne de soi. On perpétue le lien entre les êtres. La chaleur, humaine ou animale,  accompagne les moments difficiles, mêlés aux souvenirs qui se tissent avec les rêves… Pierre Challandes parle aux êtres, aux animaux, mais surtout il tend la main et offre paix et amour… Et nul doute que le jour venu d’accompagner à nouveau des êtres qui souffrent, je vais prendre délicatement la main, pour être le lien entre le vivant qui reste et la vie qui s’enfuit…Bouleversant dans sa vérité et sa simplicité… Quand les mots s’estompent, sachons garder le contact et simplement accompagner…

 

Extraits : ( j’ai peut-être mis trop de citations ; merci de me le signaler si jamais)

Le temps n’existe plus, mon existence a fondu. Le passé, le présent se sont rejoints et il n’y a plus de futur.

Illusion, mon regard est retourné à l’intérieur. Il ne voit que les images de mes souvenirs. Souvenirs, reflets, illusions ou réalité ? Je ne sais plus

Nous restons cloîtrés dans des convictions, des préjugés et des conventions qui nous ferment le cœur à ces rencontres tactiles, qui vont au-delà d’un simple geste de salutation ou de compassion. Lorsque la vieillesse ou la maladie nous rend vacillants et que le voile de la mort commence à recouvrir notre visage, comme l’enfant, nous recherchons la main secourable.

Les souvenirs sont importants. À travers ceux-ci, on peut revivre et faire revivre ceux qu’on a aimés… Dans une autre dimension…

Dans un sursaut de survie, j’ai accepté cette empathie et attrapé au vol la Main qui se tendait et qui m’a apporté un bien-être, un bonheur jusqu’alors inconnu.

« Je suis responsable de ce que je dis, mais pas de ce que tu comprends ». Il ne prenait pas de risque, il se taisait.

Mon âme n’était qu’une auberge de passage dans laquelle aucune émotion ou souvenir ne s’arrêtait. Je n’avais plus de réactions ou si minimes que je ne tenais plus rien pour mal plutôt que de protester devant rien.

Le doute nous bouscule, il est le chemin de la connaissance, de la liberté de penser, de la Liberté tout simplement. La certitude, prônée par les dogmes, nous ouvre un chemin tout droit, sans bosses ni creux, sans intersection. C’est la voie et la voix de l’ignorance, voire du fanatisme.

Pout être libre, il faut en avoir conscience. Il faut avoir la liberté d’inventer sa vie à chaque instant et de s’accepter tel que l’on est.

Les gens à chiens sont des sages, ils gagnent sur deux tableaux : non seulement ils ont la possibilité de dialoguer avec leur chien, mais ils peuvent aussi en parler !

Depuis que j’ai un chien, je ne trouve plus cela ridicule. Je lui parle sans cesse dans un langage particulier. C’est un langage du cœur pour lequel aucune langue étrangère n’a besoin d’être apprise, elle n’a pas besoin de paroles. C’est avant tout un échange tactile plein de mots d’amitié, de mots oubliés, de compliments comme je n’en fais à personne. C’est un langage du cœur, le même que celui que j’ai découvert avec la Main lorsqu’elle s’est tendue vers moi

Je ne sais si elle ajoute des jours à ma vie, mais elle ajoute de la vie aux jours qu’il me reste à vivre.

Comme avec mon chien, je peux lui parler sans parole, avec le cœur… Et lui me répond de même…

La parole n’est plus nécessaire. Ce bonheur peut être un chat qui se frotte dans vos jambes, un ronron qui résonne sous votre caresse, un regard mi-clos qui vous rassure sur la vie.

Avoir un animal, c’est pouvoir lui parler sans retenue, lui exprimer tous nos sentiments, nos douleurs, nos pensées, sans qu’il mette en doute ou s’amuse de nos paroles.

la trace de ses pattes est toujours là, gravée dans mon cœur… Ça ne se voit pas, mais ça me rend heureux.

Des souvenirs… Ils sont partout, ils nagent autour de moi, poissons rouges, bruns, noirs, multicolores… IIs gobent le soleil, ma vie… Pourvu qu’ils n’avalent pas mes rêves.

Le cancer laisse un peu d’espoir à la vie. Comme le milan, je vole, je plane au-dessus de ma condamnation ; je flotte dans mes nuages…

Peut-être que dans un couple l’important n’est pas de vouloir rendre l’autre heureux, mais d’être heureux, afin d’offrir cette joie à l’autre… Pour aimer quelqu’un, il est nécessaire de s’aimer soi-même. Alors cet amour ricoche sur l’autre…

Le jour n’a plus d’heure, le temps s’est arrêté sur mes souvenirs intemporels. Chaque moment de réveil, de lucidité semble irréel…

il recherche notre présence et, débordant d’amour, vient frotter son museau contre ma main. Il a besoin de réconfort, il a besoin de ma main, d’un contact qui le tranquillise.

Il pose sa tête dans ma main. Derrière son regard légèrement voilé, rêve-t-il aussi ? Galope-t-il, court-il après ses souvenirs ? Je le caresse. C’est chaud et réconfortant. Si tu ne sais pas quoi faire de tes mains, transforme-les en caresses et des caresses, j’en ai besoin.

Le vieillissement d’un chien ou d’un ami a toujours quelque chose de poignant. La vieillesse, la maladie arrivent tout doucement, sur la pointe des pieds. Au début on ne voit pas arriver cette déchéance, puis on ne veut pas la voir, on la refuse pour soi et pour les autres…

Une dernière caresse, la tête du chien devient lourde sur votre bras, lourde de souvenirs… Les souvenirs s’enchaînent, se mêlent, en engendrent d’autres

J’ai toujours l’empreinte de ses pattes dans mon cœur.

Je suis taiseux. C’est depuis peu que je parle… Silencieusement dans ma tête… Ce doit être lors de mon opération… L’anesthésiste a dû me piquer avec une aiguille de gramophone…

Le Parc Challandes : http://www.parc-challandes.ch/fr/

Image : Mon chat qui est parti trop tôt…

Scarpa, Tiziano «Venise est un poisson» (2010)

(Editions Christian Bourgois)

Auteur : Tiziano Scarpa est né à Venise en 1963, où il a étudié la littérature italienne contemporaine. Écrivain, poète et dramaturge, il s’est fait connaître avec la publication de L’œil de vieux, son premier roman, en 1996, suivie de celle de son recueil de nouvelles, Amore , en 1998. En 1997, il a écrit le scénario de Popcorn, une comédie diffusée sur la RAI, récompensée par le prix Italia. Il a aussi consacré des essais à Alberto Savinio et Giorgio Manganelli et publié de nombreux articles sur la littérature italienne contemporaine. En 2009, il a obtenu le prestigieux prix Strega pour son roman Stabat Mater.

Résumé : De son écriture précise et acérée, Tiziano Scarpa propose un guide personnel de Venise, sa ville natale, connue pour attiser les convoitises touristiques. Composant une véritable invitation à la découverte et à l’errance, il ne nous entraîne ni dans une banale excursion, ni dans une navigation rêveuse. Le corps urbain qu’il décortique est de pierre et de sang, avec ses pieux déchaussés enfoncés dans la vase, sur laquelle repose le poisson mirobolant à nul autre pareil. Avec Scarpa, on déambule dans l’intimité viscérale, minérale, aquatique, de la plus mirifique des cités lagunaires, dont les feux et les langueurs n’en finissent pas de brasser l’Orient et l’Occident confondus.
« Court et magnifique essai sur sa ville. La toucher, la sentir, la goûter, la décrire dans ses moindres contours et aspérités, palper et caresser le mythe, tel est le but que semble s’être assigné l’écrivain. » Bruno Corty, Le Figaro

Mon avis : Un grand merci à Laurence de m’avoir permis de découvrir et déguster ce poisson-là, péché à l’ « Aqua Alta » de Venise.
Un petit guide pas comme les autres, une promenade les sens en alerte… D’ailleurs les chapitres sont relatifs aux pieds, jambes, cœur, mains, parties du visage…. Et Venise te parle, Venise est une personne, Venise est une femme…
On en apprend davantage sur les amoureux qui se cachent sous les ports cochères, sur les bateaux et les rames, les gondoliers, les masques, l’absence de vie privée, les Casanovas fauchés (pas de signe ostentatoire comme une belle voiture dans cette ville pédestre), les oiseaux, les dispositifs anti-pipi (typiquement vénitiens), sur les jeux, la nourriture… Sur les poissons, les oiseaux de la cité (les poésies de Pascoli) .
Apprend aussi sur les sestiere ( au nombre de 6 comme le terme l’indique), l’architecture, les noms des ruelles qui sont liés à des activités, des métiers, des faits divers tandis que les places portent le nom des Saints, sur la numérotation des quartiers ( le sestier de Canareggio s’arrête à 6426)
Et au final, place aux artistes, écrivains et quelques textes sur la Sérénissime.
Je ne peux que dire aux amoureux de cette ville à nulle autre pareille de se plonger dans ce moment de flânerie qui vous fera sourire et découvrir bien des choses.
Moi qui aime l’Egypte, j’y ai aussi appris que le monastère de San Lazzaro hébergeait la momie du prince égyptien Nehmekhet…

Extraits :

Venise est un poisson. Regarde-la sur une carte géographique. Elle ressemble à une sole colossale allongée sur le fond. Comment se fait-il que cet animal prodigieux ait remonté l’Adriatique et soit venu se terrer précisément ici ?

Venise est une tortue: sa carapace de pierre est faite de roches grises de trachyte.

Apprends à errer, à vagabonder. Désoriente-toi. Musarde.

Imagine que tu sois un globule rouge qui court dans les veines : suis le battement, laisse-toi pomper par ce cœur invisible

« Se perdre est le seul endroit où il vaille vraiment la peine d’aller»

Venise est incrustée d’imaginaire. Ses pierres craquent sous une impressionnante cascade d’apparitions. Aucun lieu au monde ne serait en mesure de supporter sur ses épaules un tel tonnage visionnaire.

Découverte : les sculptures sur bois de Pianta le Jeune : http://www.e-venise.com/scuole_venise/scuola_grande_san_rocco_venise_12.htm