Suter, Martin « Le temps, le temps » 2013

Suter, Martin « Le temps, le temps » 2013

Résumé : Peter Taler peine à continuer à vivre : depuis que son épouse Laura a été tuée au bas de leur immeuble, le chagrin et le désir de vengeance l’assaillent. Il est toutefois décidé à mener sa propre enquête. Les indices sont faibles. Seule demeure une infime impression du jour tragique : quelque chose, dans son panorama quotidien, n’est plus pareil… Son voisin Knupp ne cesse de l’observer par la fenêtre et semble s’adonner à de mystérieuses activités. Les deux hommes font peu à peu connaissance, jusqu’au jour où Knupp parvient à enrôler Taler dans son projet fou : celui de mettre le temps en échec et, avec lui, la disparition de sa femme. Au sommet de son art, Martin Suter échafaude un roman presque hitchcockien qui mêle intrigue policière et éléments fantastiques, humour et mélancolie. Dans cet univers où il suffit de revenir au décor antérieur pour abolir les effets du temps, où toute réalité devient trompe-l’œil, le lecteur est tenu en haleine jusqu’au retournement final insoupçonné.

Mon avis : polar du style « Depuis la lecture de « Small World » je suis cet auteur suisse avec beaucoup d’intérêt. Une fois encore j’ai beaucoup aimé le thème choisi. Le temps qui passe … ou pas et le drame du deuil. On commence comme dans un film du style « Fenêtre sur cour »… Un homme qui a perdu sa femme qui a été assassinée il y a une année regarde par la fenêtre ; dès la première phrase du roman, il annonce la couleur : « quelque chose n’était pas pareil, mais il ne savait pas quoi » ; et bien on va chercher… On va faire un retour vers le futur, et tout mettre en œuvre pour retrouver le passé. Deux hommes qui ont perdu leur femme et qui vivent le présent à travers elles et en leur compagnie même si elles ne sont plus là… ; l’un dont le but est de retrouver son assassin et l’autre qui veut remonter le temps pour changer l’avenir. Deux hommes que tout oppose et qui vont finir par s’unir. Un roman psychologique, un brin fantastique et absurde, sur l’obsession, sur l’immortalité, sur le passé, le manque, l’absence, la mémoire, sur le déni du deuil. Je regrette que la fin ne soit pas à la hauteur du livre.. C’est dommage mais finalement ce n’est pas bien grave, car l’important c’est l’histoire que nous raconte Suter et pas vraiment son dénouement.

Extraits :

Le temps ne passe pas, mais tout le reste passe. La nature. La matière. L’humanité. Mais pas le temps. Le temps n’existe pas

La transformation crée l’illusion du temps. La répétition est sa mort. Un jour où tout serait identique à la veille serait la preuve qu’en réalité c’est le temps qui ne se manifeste pas

— Voyez-vous le présent ? Non, vous ne le voyez pas. Il est toujours déjà passé. Même si vous divisez les secondes par deux, par dix, par cent, par mille. Même si vous en faites des millionièmes, des milliardièmes – ça sera toujours passé.

Pouvoir se taire ensemble, avait un jour remarqué Laura, témoignait d’une plus grande harmonie que parler ensemble.

même plus d’un an après, il ne voulait pas revenir aux choses quotidiennes. Il voulait donner tort à tous ceux qui disaient que la vie continue.

Le livre était usé par les lectures successives. Quelqu’un avait corné de nombreuses pages. D’autres étaient intégralement griffonnées, les lignes de beaucoup de paragraphes étaient soulignées, les marges grouillaient de notes, de petites étoiles, de renvois et de points d’exclamation.

« Nous pouvons prendre la matière dans nos mains, cela prouve qu’elle existe. Nous ne pouvons certes pas saisir la pesanteur ou la lumière du soleil, mais elles existent tout de même parce qu’elles agissent sur la matière. La pesanteur fait tomber les choses par terre, les rayons du soleil nous réchauffent la peau. »

… l’impression, en feuilletant ce livre usé, de se trouver à la fenêtre et de voir sans être vu. Il observait secrètement ce lecteur inconnu que cette lecture avait tellement bouleversé.

Ce que nous considérons comme le temps, écrivait-il, n’est que la méthode permettant de mesurer le changement

Elle accomplissait son travail avec un manque de concentration angoissant. Elle était capable de lui raconter sa vie, de téléphoner, de boire un café ou de feuilleter des magazines tout en saisissant des factures ou enregistrer des paiements sans commettre la moindre erreur, comme s’il s’agissait de mots croisés pour débutants

Mais la vérité, c’est que plus on devient vieux, moins le temps a d’importance. Même si l’on ne croit pas à son inexistence. Et de l’insignifiance à l’inexistence, il n’y a qu’un tout petit pas.

Lorsqu’il sortit dans la nuit étoilée, peu avant minuit, il eut l’impression de quitter le passé pour entrer dans le présent

Les choses qui l’entouraient avaient perdu leur évidence. Toutes portaient leur histoire comme des étiquettes, toutes lui imposaient les souvenirs auxquels elles s’attachaient.

La fonction du temps, c’est de séparer, tu comprends ? Il nous sépare de nos ancêtres et de nos descendants, il nous sépare de nous lorsque nous étions enfants, adolescents, adultes, vieillards, défunts. Il est au service de l’ordre. Il nous offre l’avant, le maintenant et l’après. Si le temps n’existait pas, tout serait empilé en un tas.

On faisait moins longtemps attendre des gens debout que des gens assis.

 

Voir article sur Martin Suter « Auteur coup de cœur »

3 Replies to “Suter, Martin « Le temps, le temps » 2013”

  1. Ah le temps…Dans ton avis, beaucoup de choses me parlent, cette notion du temps qui passe mais que l’on ne peut pas vraiment « découper » mais qui sépare quand même !
    Ce livre m’a l’air bien intéressant 😉 Merci de ces extraits et bisous

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