Suter, Martin «Allmen Et Les Dahlias» (05.2014)

Suter, Martin «Allmen Et Les Dahlias» (05.2014)

Les  enquêtes de Von Allmen. 

Résumé : Après deux enquêtes menées avec succès, le dandy détective Friedrich von Allmen est passé maître dans l’art de la recherche d’œuvres d’art volées. Toujours secondé par Carlos, son fidèle domestique guatémaltèque, c’est sur les rives d’un lac suisse qu’il est appelé pour retrouver un tableau de Fantin-Latour dérobé à Mme Gutbauer, milliardaire excentrique qui occupe tout l’étage d’un vieil hôtel de luxe. Elisant domicile sur les lieux du délit, Allmen devient partie prenante d’un habile huis clos au sein duquel Martin Suter combine à la perfection suspense, élégance et ironie.

Mon avis : Bien que je préfère de loin les romans policiers de Martin Suter à ses petits polars (moins de 200 pages), j’aime bien la subtilité des enquêtes et les personnages atypiques. C’est léger, désuet, on évolue dans un monde en voie de disparition, comme dans un autre siècle tout en étant dans ce siècle… C’est « so british »…

Extraits:

On avait dû aérer peu avant, l’air n’était pas pur pour autant, mais il était froid

Bien sûr, elle n’avait pas non plus de papiers valables, mais elle savait que sainte Marie de Compostelle était de son côté. C’est à elle qu’on avait emprunté son nom de baptême, et jusqu’à ce jour la Vierge lui avait toujours apporté son aide

Le vent avait traîné jusqu’ici des nuages gris foncé et les avait laissés sur place

Vous savez, les nonagénaires et les portiers de nuit ont un point en commun : les nuits blanches

— Tiens donc, vous êtes un romantique. — Ne le sommes-nous pas tous ? — Vous savez, quand on a vécu tant d’années…

La voix de la femme n’était pas la seule à être enfantine : ses traits aussi étaient ceux d’une petite fille. Mais en moins vivace. Et ses mains avaient cinquante années de plus que le visage qu’elle tourna alors dans sa direction

— Quand on a vécu une vie comme la mienne, on reconnaît une haleine parfumée au champagne.

Lorsqu’il quitta le salon, il sentit de nouveau cette odeur. Il sut soudain laquelle c’était : celle de l’âge.

l’aspect d’une montre était bien plus important que sa bonne marche. Et celle-ci était belle.

Il se lava le visage, se brossa les dents et se peigna. Rien dans ce monde ne pouvait être urgent au point de ne pas lui laisser le temps de faire cela.

Des nuages de pluie gris-noir avaient dévoré la brume d’altitude gris clair

— Parfois je rêve d’être en faillite, comme toi, murmura-t-il. Je serais débarrassé de cette racaille

Je croyais que vous n’aimiez pas que les gens fument, dit-il avec un sourire. Elle sourit à son tour, pour la première fois. — Seulement quand ce sont les autres.

— Mais je te préviens, je suis bi. — Tiens donc. Tout d’un coup ? — Non, depuis toujours. Mais non pratiquant.

Il avait face à lui toute la tristesse d’une pièce dont on avait à moitié déménagé le contenu. Des tiroirs ouverts, des portes d’armoire battantes, des tapis roulés et partout du matériau d’emballage, des rouleaux d’adhésif, des cartons, des sacs à linge.

Elle ne restait jamais dans le même lieu et souffrait, c’est ce qu’elle m’a raconté, d’un irrépressible besoin de courir le monde, où qu’elle se trouve. Jusqu’à ce qu’elle comprenne que ce qu’elle prenait pour de la bougeotte était simplement le mal du pays

Je me suis qualifiée de célibataire, tout à l’heure. Mais ça n’est pas vrai. Une femme de mon âge n’est pas célibataire. À mon âge, on est une femme seule. Alors on est vulnérable à cette monnaie qu’est l’amour.

Il n’y avait personne au bar, à l’exception du vieux couple, qui donnait l’impression d’avoir été oublié là après le tea time

Dehors, l’Atlantique écumait et la pluie recouvrait les fenêtres de perles scintillantes

Ce n’est pas ce que l’argent fait de nous. C’est ce que l’absence d’argent fait de nous.

Bien qu’il ait été un virtuose du sommeil, il n’y parvint pas. Petit garçon, déjà, il avait compris à quel point le sommeil est une cachette sûre pour se protéger de la vie. Et compte tenu du cours qu’avait suivi cette dernière dans son cas personnel, il était devenu son meilleur allié dans la lutte contre la réalité. Mais ce matin-là, le sommeil le laissa en plan.

 

 

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