Hénaff, Sophie «Poulets grillés» (2015)

Hénaff, Sophie «Poulets grillés» (2015)

 

Série Anne Capestan n°1

Résumé : Le 36 quai des Orfèvres s’offre un nouveau patron. Faire briller les statistiques en placardisant tous ceux qu’on ne peut pas virer et qui encombrent les services : tel est le but de la manœuvre.

Nommée à la tête de ce ramassis d’alcoolos, de porte-poisse, d’homos, d’écrivains et autres crétins, Anne Capestan, étoile déchue de la Judiciaire, a bien compris que sa mission était de se taire. Mais voilà, elle déteste obéir et puis… il ne faut jamais vendre la peau des poulets grillés avant de les avoir plumés !

Un polar original, nerveux, et désopilant.
2015 Prix Polar en Séries – Mention Série récurrente
2015 Prix Arsène Lupin

 

Mon avis : Ah j’ai adoré…Une bonne tranche de rigolade avec ce petit polar atypique et savoureux. Cela sort de l’ordinaire.. Une belle brochette de branquignols, des flics à la dérive, brefs des « poulets grillés » mais qui vont se tenir les coudes, croire en eux, relever le défi, se prendre au jeu, et jouer le tout pour le tout. Sympa, amusant, intelligent, quel vent d’air frais et quel beau moment de lecture. Derrière les façades il y a des fêlures… et les liens qui vont se tisser entre cet assemblage de personnages totalement incompatibles va tout doucement leur permettre de sortir la tête hors de l’eau. Intelligent et sensible. Mis sur la touche, ^c’est sûr. Finis, c’est nettement moins sûr. Et puis, ouvrir des « cold case » peut donner du fil à retordre. Je vous laisse en bonne compagnie … A voir si la Capestan va se fracasser… La constitution de cette équipe ne fait furieusement penser à l’équipe de l’inspecteur Lojacono que je commente dans les enquêtes écrites par Maurizio de Giovanni et qui déroulent à Naples

Extraits :

Mais des traces de vide ponctuaient ce décor chaleureux, comme des plaques de verglas sur une pelouse de printemps.

Son profil de chef indien semblait abriter une âme à mille réincarnations.

Dans le doute, et pour esquiver le problème, elle décida de ne pas tendre la sienne, mais afficha un sourire chargé d’intentions pacifiques, son émail brandi comme un drapeau blanc de parlementaires.

En fait de chat noir, il entrait dans la catégorie puma. Dense et trapu.

ses cheveux flambaient de roux, ses lèvres brillaient de rouge, sa veste chatoyait de bleu. Aucun camaïeu de beige ou de gris n’aurait risqué un fil dans le dressing de cette éclatante capitaine.

Je t’aime. Et c’est mon programme pour les cinquante ans à venir, ajouta-t-il.

Ce type était un bloc de flegme, parfois fissuré d’un sursaut d’arrogance.

Elle n’avait plus qu’un clavier comme collègue, un écran pour bavarder.

Tous ses contacts étaient chargés de sens, d’utilité. Elle ne fréquentait plus anodin. Le matin, elle ne voyait personne ; l’après-midi, elle ne voyait personne et elle savait que le soir, après être allée chercher le pain, elle rentrerait et il n’y aurait personne. Des semaines de sept dimanches. À quoi bon réussir sans quelqu’un auprès de qui se vanter ? Sa vie ressemblait de plus en plus à une affiche contre l’isolement.

L’élève modèle qui dévisse, la douceur Kalachnikov.

Ce type ne savait pas grand-chose, mais il l’emballait avec soin pour se gonfler d’importance.

Y a du corgi, le chien de la reine d’Angleterre, un peu de teckel, du bâtard, du corniaud, du clébard. Ce n’est plus un croisement, c’est un échangeur d’autoroute,

Son corps perclus de manque s’était transformé en camisole. Il aurait voulu l’arracher et s’en aller, comme on fuit la capitale pour gagner la campagne. Il aurait aimé quitter son histoire, l’espace d’un week-end.

Elle guettait l’instant où l’émotionnel se mettrait à parler. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là qu’on obtenait des pistes dignes de ce nom.

Écoutez, je conçois qu’enfermée dans votre trou à rats vous éprouviez le besoin de vous occuper, et la remise en cause des prédécesseurs est la distraction favorite des médiocres.

Elle découvrait avec plaisir qu’une chance restait à saisir quelque part.

Il n’alla pas jusqu’à sourire, mais l’alignement des sourcils reprit de la hauteur.

Que dis-je, une fuite, c’est Aqualand !

Elle dominait par ailleurs plus facilement sa peur que sa colère, tout en sachant que les deux baignaient dans le même bassin

L’océan avait pris sa position de sommeil, lisse et silencieux.

Elle avait la tête comme une boule à neige, ses réflexions flottaient, voletaient dans tous les sens. Il fallait attendre que les flocons reposent pour y voir clair.

Elle aimait vivre dans le confort d’un intérieur conçu pour elle seule, veillée par le silence affectueux d’un chat.

On la sentait attentive à son équilibre. Malgré l’alcool, les jambes étaient toujours plantées, elle avait à cœur de rester terrienne.

Son capital d’indifférence s’était épuisé en quelques mois. Elle avait vidé ses réserves de sang-froid, il ne restait plus que le chaud, prêt à entrer en ébullition au moindre prétexte.

Comme des corbeaux qui toquent au carreau, des doutes se présentèrent, d’abord timides, puis insistants.

Il y eut un frémissement dans la pièce, puis la brigade s’écarta en silence, surjouant la haie d’horreur pour laisser passer le chat noir.

En sa présence, les flics évoluaient tels des arachnophobes dans un panier de mygales.

Les fous jouent avec la mort, mais pas avec la poisse. La poisse vous promet le pire : la maladie, la ruine, l’accident, pour vous, vos proches, à petit feu et sans gloire. La poisse gangrène là où on ne l’attend pas.

 

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