Vargas, Fred « Temps glaciaires » (2015)

Vargas, Fred « Temps glaciaires » (2015)

Auteur : Médiéviste et titulaire d’un doctorat d’histoire, Fred Vargas est chercheuse en Histoire et Archéologie au CNRS. Primés à plusieurs reprises, adaptés au cinéma (Pars vite et reviens tard) et à la télévision, traduits dans plus de quarante langues, ses romans policiers sont des best-sellers en France comme en Allemagne et en Italie. Son dernier opus, Quand sort la recluse, a été publié en 2017 chez Flammarion.

Les enquêtes du Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg (11ème)

Jean-Baptiste Adamsberg : « L’homme aux cercles bleus » – 1991 / « L’homme à l’envers » – 1999 / « Les quatre fleuves » – 2000 / »Pars vite et reviens tard » – 2001 / « Sous les vents de Neptune » – 2004 / « Dans les bois éternels » – 2006 / « Un lieu incertain » – 2008 / « L’armée furieuse » – 2011 / « Temps glaciaires » – 2015 /  » Quand sort la recluse – 2017

Résumé : « Adamsberg attrapa son téléphone, écarta une pile de dossiers et posa les pieds sur sa table, s’inclinant dans son fauteuil. Il avait à peine fermé l’œil cette nuit, une de ses sœurs ayant contracté une pneumonie, dieu sait comment. — La femme du 33 bis ? demanda-t-il. Veines ouvertes dans la baignoire ? Pourquoi tu m’emmerdes avec ça à 9 heures du matin, Bourlin ? D’après les rapports internes, il s’agit d’un suicide avéré. Tu as des doutes ? Adamsberg aimait bien le commissaire Bourlin. Grand mangeur grand fumeur grand buveur, en éruption perpétuelle, vivant à plein régime en rasant les gouffres, dur comme pierre et bouclé comme un jeune agneau, c’était un résistant à respecter, qui serait encore à son poste à cent ans. — Le juge Vermillon, le nouveau magistrat zélé, est sur moi comme une tique, dit Bourlin. Tu sais ce que ça fait, les tiques ? »

Mon avis : Grand écart entre l’Islande et la Révolution française. J’ai retrouvé avec plaisir la fine équipe (pas assez de Violette à mon gout) . Le mode de fonctionnement si particulier d’Adamsberg se marie à la perfection aux brumes d’un ilot rocheux perdu au large de l’Islande. Et j’ai adoré voir l’équipe plongée dans la vie de Robespierre, Danton, Desmoulins et autres… Les monstres se suivent et les folklores se visitent … après l’Armée furieuse et sa « mesnie », c’est au tour de «l’afturganga» ; pour ce qui est des époques, après le Moyen-Age, on vit la Commune de Paris et la Terreur de l’intérieur.
Je me suis régalée. Et j’ai adoré l’arrivée du nouvel ami d’Adamsberg, Marc, que je vous laisse découvrir.

Extraits :

S’il y avait réellement un fond de l’air, comment appelait-on l’autre partie ? Le dessus de l’air ?

Elle avait commencé un puzzle immense, une œuvre de Corot. Elle espérait bien finir le ciel avant son départ. Le ciel, c’est ce qu’il y a de plus difficile. À faire comme à atteindre, je la cite encore.

Son influence était sournoise comme une inondation, et il devait, c’est exact, y prendre garde. Se tenir loin des berges glissantes de son fleuve.

— Comment veux-tu qu’on s’éloigne de quelque chose quand on ne sait pas où on est ?

Elle portait sur son bras le gros chat blanc de la brigade qui, amorphe, reposait sur elle comme un linge propre plié en deux, détendu et confiant, ses pattes ballottant d’un côté et de l’autre.

Et en protection, continua Adamsberg, car on ne sait jamais en effet, cinq avec moi sur les arrières. C’est-à-dire vous seule, Retancourt.

Consigne surprenante de la part d’Adamsberg, qui avait tout de l’éponge dérivante et rien d’un coquillage « collé », plaqué obstinément sur son rocher.

La mémoire du commandant Danglard, confirma Adamsberg, est un abîme surnaturel où mieux vaut ne pas mettre les pieds.

Le rire est une défense contre ce qui impressionne.

Château souffrait et sa douleur se diffusait comme un parfum toxique dans la petite pièce, touchant chacun des hommes.

Depuis deux jours, il vivait au XVIIIe siècle, auquel il prenait goût peu à peu. Non, il ne prenait pas goût, il s’habituait, voilà tout.

On va de tous côtés, on dérape comme des billes sur du verglas. On a perdu le chemin. Ou plutôt, on ne l’a jamais trouvé.

C’est que c’est bien une pensée à toi. C’est dommage, quand t’y réfléchis, que les pensées n’aient pas de nom. On les appellerait, et elles viendraient se coucher à nos pieds ventre à terre.

Parce qu’une tornade qu’on sent approcher à pas de loup effraie bien plus qu’une trombe qui vous submerge brutalement.

Et à la brigade, chacun savait ce que ce brouillage signifiait. Errance, vapeurs, pelletage de nuages en trois mots.

Un enfant abandonné se voit attribuer trois prénoms, dont le dernier sert de nom de famille.

Adamsberg tenait de sa mère une prudence excessive quant à l’expression des sentiments qui, disait-elle, s’usent comme un savon et tournent en débandade si on en parle trop.

C’est juste une cuite éclair. Il est tombé dans la bouteille de porto, il faut qu’il sèche, c’est tout.

L’alcool sucré monte au cerveau avec la célérité d’un acrobate sur un fil.

Je n’ai jamais cru que l’alcool accouchait de la vérité. Des douleurs, sans aucun doute.
— En ce cas pourquoi l’avez-vous poussé à boire ?
— Pour qu’il lève les freins et dévale aussi loin que possible sur la route. Ce qui ne veut pas dire qu’il a été jusqu’au bout. Même abruti, même les barrières fracassées, inconscient veille sur ses biens les plus précieux

On ne se vouvoie pas sous la Révolution. Nous sommes égaux

Je dis que quiconque tremble en ce moment est coupable ; car jamais l’innocence ne redoute la surveillance publique.

Si tu annules, ça va s’infecter. Et tu pleureras. Quand le bagage est fait, l’homme ne se retourne pas.

C’est que l’Islande, c’est noir et blanc, vous voyez ? Roche volcanique et neige et glace. Alors les couleurs, ça va bien avec. Tout va avec le noir, c’est ce que disent les Français. Mais attendez de voir le bleu du ciel. Jamais vous avez vu un bleu pareil, jamais.

Comme s’il avait guillotiné, non pas des hommes, mais des concepts : le vice, la trahison, l’hypocrisie, la vanité, le mensonge, l’argent, le sexe.

Détail inutile dans son mensonge, donc détail véridique.

S’ennuyer comment ?
— C’est sans doute une des seules choses valables que je t’aie données. Même quand tu ne fais rien, tu ne t’ennuies pas.

Ralentis, rien ne presse, ralentis. Mais cette vitesse, si rare chez lui, convenait au défilement disparate de ses pensées, des phrases et des images. Comme si la vitesse allait les lisser toutes ensemble, comme on bat des œufs.

 

 

 

 

 

One Reply to “Vargas, Fred « Temps glaciaires » (2015)”

  1. Je vais m’y coller . J’ai adoré son dernier . Il faut que je lise les temps glaciaires .. Le thème me plait

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