Vargas, Fred « Quand sort la recluse» (2017)

Vargas, Fred « Quand sort la recluse» (2017)

Auteur : Médiéviste et titulaire d’un doctorat d’histoire, Fred Vargas est chercheuse en Histoire et Archéologie au CNRS. Primés à plusieurs reprises, adaptés au cinéma (Pars vite et reviens tard) et à la télévision, traduits dans plus de quarante langues, ses romans policiers sont des best-sellers en France comme en Allemagne et en Italie. Son dernier opus, Quand sort la recluse, a été publié en 2017 chez Flammarion.

Première femme à remporter le Nobel hispanophone depuis Margaret Atwood en 2008. près s’être placée en tête du classement des écrivains francophones les plus lus en 2017, la voilà couronnée du prestigieux prix Princesse des Asturies de littérature pour l’ensemble de son œuvre.

Les enquêtes du Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg (12ème)

Jean-Baptiste Adamsberg : « L’homme aux cercles bleus » – 1991 / « L’homme à l’envers » – 1999 / « Les quatre fleuves » – 2000 / »Pars vite et reviens tard » – 2001 / « Sous les vents de Neptune » – 2004 / « Dans les bois éternels » – 2006 / « Un lieu incertain » – 2008 / « L’armée furieuse » – 2011 / « Temps glaciaires » – 2015 /   Quand sort la recluse – 2017

– Genre : Policiers, thrillers – Flammarion 10.05.2017 – 480 pages  / J’ai lu 6.6.2018 – 480 pages

Résumé : «- Trois morts, c’est exact, dit Danglard. Mais cela regarde les médecins, les épidémiologistes, les zoologues. Nous, en aucun cas. Ce n’est pas de notre compétence.
– Ce qu’il serait bon de vérifier, dit Adamsberg. J’ai donc rendez-vous demain au Muséum d’Histoire naturelle.
– Je ne veux pas y croire, je ne veux pas y croire. Revenez-nous, commissaire. Bon sang mais dans quelles brumes avez-vous perdu la vue?
– Je vois très bien dans les brumes, dit Adamsberg un peu sèchement, en posant ses deux mains à plat sur la table. Je vais donc être net. Je crois que ces trois hommes ont été assassinés.
– Assassinés, répéta le commandant Danglard. Par l’araignée recluse?»

 

Mon avis :

Quand j’ai lu le titre, avant de lire le résumé, j’ai immédiatement pensé au livre de Carole Martinez, « Du domaine des Murmures » (2011) qui parlait d’une recluse… Mais pas de l’araignée…

Duel au sommet entre Adamsberg et Danglard.  Ambiance lourde au sein de la Brigade scindée en deux camps… Ceux qui se joignent à Adamsberg pour enquêter officieusement et les autres…

Une fois de plus Adamsberg fonctionne par intuitions, ce qui le conduit à se pencher sur une enquête qui n’est pas du tout de sa juridiction… Et une fois de plus on est accompagnés par des animaux.  Il n’y a pas seulement le Chat de la photocopieuse, il y a aussi la couvée de merles… et les araignées…

Et toujours cette faculté de jouer avec les mots, l’intelligence de Danglard, les personnages si bien décrits qui sont soit imbuvables soit si attachants. Le souci d’Adamsberg pour les autres, son humanité, son attachement aux régions et à son pote de toujours…  Et j’ai bien aimé l’incursion de son personnage médiéviste…

Excellent cru !

Extraits :

la Brigade tenait plus d’un large navire à voiles, parfois cinglant vent arrière ou bien rôdant sur place, voilure affalée, que d’un puissant hors-bord dégageant des torrents d’écume.

C’est chez l’enfant qu’existe le désir de posséder, de ne rien perdre, jusqu’aux plus petits bouts de ficelle. Et cette passion peut le propulser jusqu’à la violence. Mais vers huit ans, elle s’estompe et s’en va. Disons que le territoire de la sécurité s’est formé. Mais pas chez tous.

C’était un calme. Mais son visage et son corps exprimaient une densité quasi granitique contre laquelle on userait dents et griffes en pure perte. En même temps que la rapidité de son esprit s’adaptait à chaque mouvement de la route, sans jamais paraître s’en étonner ou être pris au dépourvu.

On dit que ces gars ont la tête dure, à cause de la montagne. Comme les Bretons, à cause de la mer. Une seule petite erreur et la montagne vous lâche, et la mer vous attrape. Ce sont des éléments trop grands pour l’homme, alors il faut s’endurcir le crâne, quelque chose comme cela je suppose.

Mieux vaut que vous le sachiez, on entre dans les terres du piratage.
— Les mers du piratage. Les pirates, donc les mers.
— Si vous voulez. Les mers du piratage.

il fallait prendre garde aux eaux silencieuses du commissaire, prendre garde à ce qu’elles ne vous encerclent puis ne vous absorbent avec lui.

Son esprit vagabond l’empêchait de suivre trop longtemps la trajectoire, beaucoup trop nette, de la colère.

Étocs. Ces rochers immergés sur lesquels s’éventrent les bateaux.

Les bêtes à venin, qu’il s’agisse de serpents, de scorpions ou d’araignées, étaient tenues pour des ennemis jurés de l’homme. Les croiser était signe de mort. Mais si un homme parvenait à les vaincre, il « retournait le sort ». Il devenait plus fort que le venin, plus fort que la mort, invincible.

« Notre temps », commissaire ? Mais quel temps ? Civilisé ? Rationnel ? Apaisé ? Notre temps, c’est notre préhistoire, c’est notre Moyen Âge. L’homme n’a pas changé d’un pouce. Et surtout pas dans ses pensées primaires.

Comme tant d’autres, Adamsberg aimait les voyages en train, qui vous faisaient l’offrande d’une parenthèse, voire d’une excursion fugitive hors du monde. Les pensées s’y mouvaient mollement, fuyant les écueils.

Tant qu’à tout perdre, autant détruire, et celui par qui venait son malheur

Les secousses de la marche, de la déambulation, mettent en mouvement les micro-bulles gazeuses qui se promènent dans le cerveau. Elles bougent, se croisent, se cognent. Et quand on cherche des pensées, c’est une des choses à faire.

C’est pendant le sommeil que l’inconscient fera le boulot.

Je ne sais pas comment on dit « décapiter » pour la verge.

quand on doit se choisir un autre nom, on conserve toujours une trace, un vestige de son ancien nom, ou de son ancien état.

Dis-moi, comment s’appelle cette manière de parler qui consiste à emmerder l’autre en le questionnant sans cesse pour lui faire cracher ce qu’il ne sait pas mais qu’il sait ?
— La maïeutique.
— Et qui a inventé ce truc ?
— Socrate.

Il est des lieux, comme cela, qui accompagnent un voyage. Le voyage s’achève et ce lieu s’en va avec lui.
— Le navire emporte son ancre.

 

(livre choisi pour le « challenge j’ai lu 2018 » ) : Un livre écrit par une femme qui utilise un pseudonyme masculin

One Reply to “Vargas, Fred « Quand sort la recluse» (2017)”

  1. Pour ma part, un grain de déception pour l’histoire que je trouve un peu tirée par les cheveux …
    Trop de coïncidences un peu invraisemblables… L’intérêt de ce roman pour moi, est une incursion furtive de Marc (un des évangélistes) qui intervient ici ainsi que la brêche menaçante qui s’ouvre dans l’équipe d’ordinaire très soudée d’Adamsberg…
    Mais j’attends la suite avec impatience !!!

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