Guez, Olivier «La disparition de Josef Mengele» RL2017

Auteur : Basé à Paris depuis 2009, après avoir vécu Berlin, Londres, Bruxelles et Managua, il travaille régulièrement pour plusieurs grands médias internationnaux dont le New York Times, Le Monde, Frankfurter Allgemeine Zeitung, Le Figaro Magazine, L’Express, Le Point, Politique Internationale, Der Freitag, Der Tages Anzeiger, Das Magazin et Il Foglio.
Il a par ailleurs collaboré à Foreign Policy édition française, L’Arche, Transfuges, L’Histoire, Books, Le Meilleur des Mondes, Cicero, die Jüdische Allgemeine en Allemagne, Le Temps en Suisse, Gazeta Wyborcza en Pologne.
Entre 2000 et 2005, il fut reporter au service service Economie Internationale de la Tribune. Enquêtes et reportages sur l’Europe centrale, l’Amérique latine, le Moyen-Orient, l’Union européenne, la géopolitique du pétrole.
Précédemment, il a travaillé à Bruxelles pour Libération et effectué des reportages en Amérique latine, en Europe et au Moyen-Orient.
Auteur de plusieurs essais (La Grande Alliance. De la Tchétchénie à l’Irak, un nouvel ordre mondial 2003 – L’Impossible Retour. Une histoire des Juifs en Allemagne depuis 1945 2007 – La Chute du mur 2009 – American Spleen. Un voyage d’Olivier Guez au cœur du déclin américain 2012 – Éloge de l’esquive 2014 ) et de deux romans : « Les Révolutions de Jacques Koskas », éditions Belfond, 2014, 331 p. et La Disparition de Josef Mengele, éditions Grasset et Fasquelle, 2017, 240 p.

 

Résumé : Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d’opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l’argent et l’ambition. Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

Mon avis : Ce livre complète des livres j’ai déjà chroniqués : le 5ème tome des enquêtes de la Série Bernhard Gunther (Bernie) de Kerr, Philip « Une douce flamme » (2010) et le livre de Vuillard, Eric « L’ordre du jour » (2017). Un livre sur celui qui représente le mal absolu. Cet homme inhumain avait-il une part d’humanité ? Le portrait par l’auteur Mengele révèle un être plein de contradictions (mains de travailleur manuel et ongles impeccables – être délicat mais capable des pires choses). Mengele est un nazi asservi à Hitler, obéissant aux ordres, ambitieux, dénué de compassion et qui ne s’intéresse qu’à lui. A la fin de la guerre, il va tenter de se créer une nouvelle identité , une nouvelle vie mais il ne connaitra jamais de repos, traqué par le Mossad en premier lieu puis par le célebre chasseur de nazis, Simon Wiesenthal qui contribuera a créer le mythe du meurtrier insaisissable. Si il n’a pas été rattrapé par un procès, il est loin d’avoir vécu la vie idyllique à laquelle il aspirait, toujours aux aguets et terrorisé par la perspective d’être reconnu et/ou trahi..
Le point de départ de la disparition sera le labyrinthe portègne (des habitants de Buenos-Aires). Lors de la fuite de Mengele on croisera/évoquera d’autres nazis (Eichmann, Herbert Cukurs,  « le bourreau de Riga »..) .. et on va parcourir d’autres pays d’Amérique du Sud qui ont été des refuges pour les criminels nazis (Argentine avec entre autres un petit tour aussi par une partie de la Patagonie qui est devenue un vrai petit coin allemand ( Bariloche, lacs Nahuel Huapi et Moreno )Paraguay, Brésil …) On y découvre L’Argentine de Perón, qui pense que « L’Allemagne et l’Italie défaites, l’Argentine va prendre leur relève et Perón réussir là où Mussolini et Hitler ont échoué : les Soviétiques et les Américains ne tarderont pas à s’anéantir à coups de bombes atomiques. » jusqu’à l’accession au pouvoir d’Aramburu.
Un roman (une biographie ?) de la fin de Mengele, passionnante, extrêmement documentée. Un style fluide qui nous fait pénétrer le cerveau du médecin chef d’Auschwitz, connu sous le nom de « Lange de la mort ». Vie sinistre, personnage sinistre qui n’aura jamais ni regrets ni remords, n’aura de pitié que pour lui et trouvera toujours son action totalement justifiée par sa loyauté à la nation allemande et au Fuhrer..
Le plus incroyable est le soutien de sa famille, par peur des représailles et du qu’en dira-t-on..
Un livre à lire, extrêmement instructif qui donne froid dans le dos.

Extraits :

Ne jamais s’abandonner à un sentiment humain. La pitié est une faiblesse

Gardien de la pureté de la race et alchimiste de l’homme nouveau : une formidable carrière universitaire et la reconnaissance du Reich victorieux le guettaient après guerre.

À son entrée dans la SS, en 1938, il a refusé de se faire tatouer son numéro de matricule sous l’aisselle ou sur la poitrine comme l’exigeait le règlement

Longtemps, l’ingénieur de la race aryenne s’est demandé quelle était l’origine de son mystérieux nom. Mengele, cela sonne comme une sorte de gâteau de Noël ou d’arachnide velue.

À Buenos Aires voisinent palais et taudis, le théâtre Colón et les bordels de La Boca.

Seul le péronisme surpassera l’individualisme et le collectivisme. C’est un catéchisme simple et populaire qui offre un compromis inédit entre le corps et l’âme, le monastère et le supermarché.

en Argentine, terre de fuyards grande comme l’Inde, le passé n’existe pas

Le volcan Hitler hypnotise les masses : l’Histoire devient théâtre, la volonté triomphe, et comme dans Tempête sur le mont Blanc et L’Ivresse blanche, les films avec Leni Riefenstahl que Perón découvre à l’occasion de son pèlerinage allemand, le courage et la mort fraternisent. La lave hitlérienne détruira tout sur son passage.

Perón ouvre les portes de son pays à des milliers et des milliers de nazis, de fascistes et de collabos ; des soldats, des ingénieurs, des scientifiques, des techniciens et des médecins ; des criminels de guerre invités à doter l’Argentine de barrages, de missiles et de centrales nucléaires, à la transformer en superpuissance.

À la fin des années 1940, Buenos Aires est devenue la capitale des rebuts de l’ordre noir déchu.

« Le châtiment correspond à la faute : être privé de tout plaisir de vivre, être porté au plus haut degré de dégoût de la vie. » KIERKEGAARD

Quel pays en ce bas monde punit ses plus zélés serviteurs et ses meilleurs patriotes ? L’Allemagne d’Adenauer, c’est un ogre qui dévore ses enfants. Nous y passerons tous, les uns après les autres, pauvres de nous…

S’il méprisait les Argentins, il honnit les Brésiliens, métis d’Indiens, d’Africains et d’Européens, peuple antéchrist pour un théoricien fanatique de la race, et regrette l’abolition de l’esclavage.

Le métissage est une malédiction, la cause du déclin de toute culture.

Mengele, maniaque, éprouve un dégoût pathologique pour la saleté

Il avait eu le courage d’éliminer la maladie en éliminant les malades, le système l’y encourageait, ses lois l’autorisaient, le meurtre était une entreprise d’État.

En travaillant main dans la main à Auschwitz, industries, banques et organismes gouvernementaux en ont tiré des profits exorbitants ; lui qui ne s’est pas enrichi d’un pfennig doit payer seul l’addition

« J’ai obéi aux ordres parce que j’aimais l’Allemagne et que telle était la politique de son Führer. De notre Führer : légalement et moralement, je devais remplir ma mission.

la conscience est une instance malade, inventée par des êtres morbides afin d’entraver l’action et de paralyser l’acteur

Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s’étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s’éclipse et des hommes reviennent propager le mal.

 

INFO : Hanté par la mort et les camps nazis, Tinguely a composé son Mengele – danse macabre voir : https://www.myswitzerland.com/fr-ch/mengele-totentanz.html

https://www.youtube.com/watch?v=DKdTF77RoxU

 

 

 

 

Higashino, Keigo « – La Lumière de la nuit » (2015)

Auteur : Keigo Higashino né le 4 février 1958 à Osaka sur l’île d’Honshū, est un écrivain japonais, auteur de romans policiers.

Il est l’auteur d’une série qui met en scène le Physicien Yukawa : Le Dévouement du suspect X (2011) , Un café maison (2012), L’Équation de plein été (2014).

Et de plusieurs autres romans : La Maison où je suis mort autrefois (2010)La Prophétie de l’abeille (2013) – La Lumière de la nuit (2015)La Fleur de l’illusion

(Actes Sud Actes Noir (2015) 672 pages / Babel noir (01.2017) 752 pages)

Résumé : Un prêteur sur gages est retrouvé assassiné dans un immeuble en construction d’Osaka. Le policier Sasagaki établit que la dernière personne à l’avoir vu est une femme vivant seule avec sa fille Yukiho. Celle-ci a une dizaine d’années, tout comme Ryoji, le fils de la victime, et fréquente la même école. Pour le reste, l’enquête est dans l’impasse. L’année suivante, un ami de cette femme meurt dans d’étranges circonstances, puis c’est elle-même qui disparaît. La police conclut à l’accident dans un cas, au suicide dans l’autre.
Le temps passe. Rien ne semble arrêter l’ascension sociale de Yukiho. Ryoji, lui, vit en marge de la société et s’enrichit avec des combines. Quand Sasagaki – hanté par l’échec de l’enquête sur le décès du prêteur sur gages – rouvre le dossier, la mort frappe à nouveau.
Higashino livre avec La Lumière de la nuit un roman d’une ampleur et d’une ambition inégalées, dans lequel la précision millimétrique de l’écriture s’enrichit d’une imposante fresque sociologique du Japon

 

Mon avis : Une fois de plus j’ai beaucoup aimé ce roman de cet auteur japonais. Une vraie fresque sur la vie au Japon et des personnages bien complexes. Comme toujours il tisse sa trame, il décrit des personnages, fait des allers-retours, et j’ai presque fini par me perdre complètement.
L’enquête commencée par l’inspecteur Sasagaki va durer des années, car il n’aime pas laisser les meurtres impunis. On va côtoyer bon nombre de personnages, sur une période de vingt ans… alors laissez-vous emporter mais attention : Le seul bémol : tous ces noms japonais… je finis par tous les mélanger … et cela ne simplifie pas le choses et donc parfois un peu difficile de s’y retrouver. Mais cet auteur est le maitre de la construction des énigmes… De fait le plus important ce n’est pas l’auteur du crime (j’ai vite eu une idée de qui cela pouvait être) mais les interactions entre les personnages et la description du Japon du point de vue historique et sociétal. Et maintenant que j’ai lu tous les livres traduits de cet auteur. Plus qu’à attendre le nouvel opus…

 

Extraits :

Une des règles de base dans une enquête est de trouver une explication à chaque incohérence, c’est tout.

L’idéal en matière de témoin, c’est qu’il s’agisse de personnes extérieures.

Elle lui avait fait penser à une fleur sauvage qui oscille dans le vent au bord du chemin, une petite fleur discrète dont il avait oublié le nom.

Dans la vie, les gens qui montrent leurs faiblesses sont perdants.

Le père contemplait les ordinateurs et les périphériques avec le regard qu’il aurait eu pour un paysage étranger.

j’ai l’impression que la seule lumière que je connaisse est celle de la nuit.
— La lumière de la nuit ?

Peut-être est-ce parce que j’ai envie de changer.
— C’est nécessaire ?
— Je le pense parfois. J’ai l’impression de flotter au gré du vent et je ne trouve pas cela bien.

Pour moi, les vêtements et les parures ne servent pas à cacher une personne mais à la mettre en valeur, et j’ai besoin de comprendre mes clients pour les conseiller.

Quelqu’un qui a une bonne éducation rendra élégant tout ce qu’il porte. L’inverse est aussi vrai

Quand j’étais enfant, j’en ai eu quatre, non pas des chats de race mais des chats que j’avais trouvés dans la rue. Je me suis aperçu que selon le moment où je les avais recueillis, leur comportement avec les humains n’était pas du tout le même. Un chat adopté quand il n’est encore qu’un chaton, qui a bénéficié tout petit de la protection de son maître, se méfiera très peu des êtres humains. Il sera doux et affectueux car il leur fait confiance. Mais un chat qu’on a ramené chez soi quand il était déjà adulte ne se libérera jamais complètement de sa méfiance. Il vivra chez celui qui le nourrit en restant toujours sur ses gardes, comme s’il se disait qu’il ne peut pas vous faire entièrement confiance.

Vous êtes bien informé.
— Dans ce quartier, pas une chatte n’est grosse sans que je le sache.

Il avait comparé la relation qu’elle avait avec cet inconnu à celle qui existe entre une crevette et un gobie. Ce qui voulait dire qu’ils existaient en symbiose.

il y a le jour, quand le soleil brille, puis la nuit, quand il n’est plus là. La vie, c’est pareil, il y a le jour et la nuit. Sauf que l’alternance n’est pas du tout aussi régulière. Dans la vie, certaines personnes vivent en permanence sous le soleil. D’autres n’ont d’autre choix que de vivre en permanence dans la nuit la plus noire. Ce dont les gens ont peur, c’est que le soleil disparaisse. Oui, que ce soleil bénéfique disparaisse.

McCoy, Sarah «Un parfum d’encre et de liberté» (2016)

Auteur : Fille de militaire, Sarah McCoy a déménagé toute son enfance au gré des affectations de son père. Elle a ainsi vécu en Allemagne, où elle a souvent séjourné depuis. Résidant actuellement à El Paso au Texas, elle y donne des cours d’écriture à l’université tout en se consacrant à la rédaction de ses romans.

« Un goût de cannelle et d’espoir » (Les Escales, 2014) est son premier ouvrage publié en France. En 2016 a paru « Un parfum d’encre et de liberté » (Michel Lafon). Ils sont aussi disponibles en poche chez Pocket. En 2017 elle publie « Le souffle des feuilles et des promesses » (Michel Lafon).

Résumé : 1859. La jeune et impétueuse Sarah apprend qu’elle ne pourra jamais avoir d’enfant. Mais comment trouver un sens à sa vie dans ce monde régi par les hommes ? Comment trouver sa place quand on est la fille de John Brown, célèbre abolitionniste qui aide des esclaves à fuir ?
« 2014 »Eden et son mari emménagent dans la banlieue de Washington dans l’espoir de sauver leur mariage et fonder enfin une famille. En explorant sa nouvelle demeure, la jeune femme découvre une tête de poupée ancienne. Que signifient les mystérieuses lignes qui la recouvrent ?
Plus de cent cinquante ans séparent Eden de Sarah, mais sur la grande carte du monde et de l’Histoire, les destins de ces deux femmes se rejoignent en plus d’un point.
Un voyage exaltant, à la redécouverte du courage, de la famille, de l’amour et de l’héritage.

Mon avis : Deux héroïnes principales, Sarah en 1859 et Eden en 2014 : leur point commun : elles ne pourront pas avoir d’enfant. Le lien… une histoire de poupée… Mais je vous laisse le découvrir. Comme dans le précédent roman « Un goût de cannelle et d’espoir », la romancière va nous raconter en parallèle la vie de ces deux femmes dont les destins se ressemblent et se rejoignent. Sarah est Sarah Brown, fille du célèbre abolitionniste John Brown ( mais ici c’est une héroïne de roman) et nous baignions ici dans l’Histoire avec un grand H et le livre est bien documenté . On vit avec elle et toutes les personnes qui se sont engagées dans le combat pour aider les esclaves ou les noirs non esclaves à fuir et à gagner le droit de vivre libres. J’ai beaucoup aimé ce personnage et la suivre dans sa lutte/vie fut palpitant et émouvant. Sa relation avec Freddy est juste magnifique et poignante… Et la jeune Alice est aussi un personnage qui m’a beaucoup touché. Tous les personnages secondaires ont une vie propre et cela donne du corps au roman.

J’ai moins aimé Eden, qui ne m’a pas touché au cœur, même si elle est devenue plus sympathique à la fin. Par contre j’ai bien aimé le personnage de la fillette Cléo et la relation avec Criquet, le petit chien. Les deux femmes nous offrent une jolie leçon de vie : mettons le bonheur d’aimer et d’être aimés au-dessus de tout. Même si mon vrai coup de cœur fut pour le précédent j’ai beaucoup aimé celui-ci. Romantisme et Histoire… Lecture agréable ; j’aime ces écrivains qui donnent vie aux objets et aux maisons.. J’ai aussi beaucoup aimé les rapports avec la nature, la peinture. Une fois encore un roman qui met en valeur des femmes.

( Je pense que Marie devrait aimer cette romancière)

Extraits :

C’est une vieille bâtisse magnifique ! protesta la femme en posant sa main nue sur la rampe de l’escalier.

Sa voix et son contact réchauffèrent les os de la maison, qui frémit sous sa caresse.

L’atmosphère autour d’eux se craquela.

La maison percevait les palpitations de son cœur, tels les sabots des chevaux qui autrefois galopaient jusqu’à son seuil. Les colombes dans le grenier enfouirent leurs têtes sous leurs ailes.

Seuls les murs en étaient témoins, incapables de raconter son histoire à sa place.

Petit à petit, le lieu apparut sur la feuille blanche tel un mirage. Elle ne s’était jamais imaginée artiste avant cela. Elle n’avait jamais eu l’occasion ou l’envie d’essayer. À présent, le dessin lui venait aussi aisément qu’un sourire et lui procurait deux fois plus de plaisir.

La douleur était trop vive, sa compassion lui faisait le même effet que de l’alcool à brûler sur une plaie ouverte. Elle ne la supportait pas, même si cela aurait pu favoriser la cicatrisation.

Elle se comportait en adolescente, plus encore que pendant son adolescence même : des éclats incontrôlés, des coups. Irrationnelle, hystérique… Les choses devaient être faites à sa façon, sinon rien. Elle détestait cela. Elle se détestait, et pourtant elle n’arrivait pas à empêcher son cœur de s’emballer.

À son agence de communication, elle pouvait convaincre un buisson d’acheter une robe verte ; mais quand il s’agissait d’émotions sincères, elle était perdue.

Elle n’aimait pas l’idée d’être une roue. Tourner sur soi-même sans jamais aller nulle part.

Elle avait investi du temps dans ses enfants. Et d’une certaine façon, c’était de l’amour.

– Un arc-en-ciel, c’est beau, mais si on essaye de l’attraper, on comprend vite qu’c’est que d’la buée dans les mains.

Les secrets unissent les gens bien plus que les liens du sang, l’amour ou la foi.

« Si la vie t’offre des citrons, au moins t’as des citrons ! »

On dit que Dieu a envoyé à Adam et Ève des perce-neige pour les consoler après les avoir chassés du Paradis. Elles symbolisent l’espoir et le réconfort,

Les histoires de fantômes ne sont que des mystères irrésolus.

Mais la vengeance ressemble à une plante grimpante de Virginie : impossible à déraciner.

Voir cette réalité se jouer sous ses yeux lui fit l’effet d’une pierre qui se libérait de la digue de son cœur. La rivière menaçait de déborder.

Le meilleur moyen de transmettre un message est une question aussi subjective que le meilleur moyen de manger un œuf, je suppose. Mais sur un point, nous ne pouvons que nous entendre : le message doit passer.

L’art, c’est un conte de fées pour les yeux.

Une recette n’est rien de plus qu’une formule à suivre. Ce qui compte, c’est comment toi, tu la fais. Le produit fini ne sera pas exactement le même pour tout le monde, et pas toujours pareil à chaque fois,

L’âge est pareil à une plante grimpante qui étend peu à peu ses feuilles dans toutes les directions.

Dans la clandestinité, la retenue était tout aussi importante que l’action.

Les fantômes n’existent pas. C’est juste de mauvais souvenirs qu’on ferait mieux d’enterrer dans le passé.

Ce que les légendes et l’histoire ont en commun, c’est que tout le monde court vers son avenir, quel qu’il puisse être.

Elle s’était laissée dévorer par le chagrin, avait passé bien trop de temps à s’apitoyer sur son sort. Cela avait assez duré. Comme dans l’histoire de Jonas et de la baleine, il était temps de sortir du ventre de la bête.

Leurs doigts s’entrelacèrent, et ils continuèrent leur route main dans la main, comme ils le faisaient à l’époque où ils flirtaient. Un geste d’adolescents amoureux, pas de gens de leur âge. Mais elle aimait ça, la sécurité de leurs paumes jointes.

La peur est un amant trompeur, et elle en avait assez de partager son lit avec.

Les mots sur sa langue sonnaient plus lourd que des balles de plomb, mais ils ne frappèrent pas de la même façon.

Mais mon cœur s’est glacé, plus dur à présent que les pierres des rivières. Il pèse comme un poids mort dans ma poitrine. Plus aucune chaleur, plus de rythme.

 Sa voix s’éteignit telle une flamme qu’on souffle, et elle pleura en silence dans le noir.

On ne peut pas forcer la vie à faire ce qu’on veut quand on le veut. On ne peut pas changer le passé, ni contrôler l’avenir. On peut juste vivre le présent le mieux possible. Et avec un peu de chance, il nous sourit.

– Aucune peinture ne peut vous rassasier. Ce n’est pas réel, juste l’empreinte d’un instant. Un souvenir pour quand ce ne sera plus la saison des pêches.

 

Infos :

John Brown : https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Brown

Sarah Brown : (en anglais) : http://www.saratogahistory.com/History/sarah_brown.htm

Photo : John Brown (daguerrotype )

McCoy, Sarah «Un goût de cannelle et d’espoir» (2014)

Auteur : Fille de militaire, Sarah McCoy a déménagé toute son enfance au gré des affectations de son père. Elle a ainsi vécu en Allemagne, où elle a souvent séjourné depuis. Résidant actuellement à El Paso au Texas, elle y donne des cours d’écriture à l’université tout en se consacrant à la rédaction de ses romans.

« Un goût de cannelle et d’espoir » (Les Escales, 2014) est son premier ouvrage publié en France. En 2016 a paru « Un parfum d’encre et de liberté » (Michel Lafon). Ils sont aussi disponibles en poche chez Pocket. En 2017 elle publie « Le souffle des feuilles et des promesses » (Michel Lafon).

 

Résumé : Une boulangerie allemande prise dans les tourments de l’histoire., une famille déchirée par les horreurs de la guerre, l’innocence confrontée à un choix terrible… Bouleversant d’émotion, un roman porteur d’une magnifique leçon de vie et de tolérance. Garmisch, 1944. Elsie Schmidt, seize ans, traverse la guerre à l’abri dans la boulangerie de ses parents et sous la protection d’un officier nazi qui la courtise. Mais, quand un petit garçon juif frappe à sa porte, la suppliant de le cacher, la jeune fille doit choisir son camp… Soixante ans plus tard. A El Paso, près de la frontière mexicaine, la journaliste Reba Adams réalise un reportage sur la boulangerie tenue par Elsie. Peu à peu, elle comprend que la vieille dame a beaucoup plus à révéler qu’elle ne veut bien le dire. Comment la jeune Allemande est-elle arrivée au Texas ? Quels drames elle et les siens ont-ils traversés ? Qui a pu être sauvé ?

« Un dilemme passionnant, un roman déchirant à dévorer d’une traite. »ELLE

« Un bijou de roman, aussi beau que déchirant, écrit juste comme je les aime : le passé qui revient hanter le présent, des héroïnes attachantes, une fin lumineuse pleine d’espoir. »Tatiana de Rosnay

 Mon avis : Le vrai page-turner féminin… Sur fond de guerre en Allemagne. Les habitants font ce qu’il faut pour survivre, certains croient en Hitler et en la grandeur de l’Allemagne ou font semblant d’y croire, d’autres font selon leur cœur et leur conscience, en secret et dans la peur.
Au XXIème siècle, ce ne sont pas les juifs qui sont chassés quand ils tentent de quitter l’Allemagne mais les chicanos quand ils essaient de venir en Amérique pour avoir une vie meilleure..
Un roman feministe ; les femmes ont la vedette . Il y a les fortes et les faibles, la solidarité, la peur d’aimer, de se lancer et la question : carrière ou amour ? Le poids des non-dits, des secrets, des mensonges… et pour être heureux.. il faut s’accepter tel qu’on est et accepter les autres tels qu’ils sont.
Jolie histoire avec des personnages attachants sur fond de pâtisserie… A la fin les recettes : je retiens celle du crumble épicé… qui doit être dans mes compétences…

 Extraits:

Tant que le monde tournera, les hommes continueront à se réveiller affamés le matin.

Elle ne reconnut pas les battements de son cœur, comme si quelqu’un d’autre s’était introduit en elle pour marteler cérémonieusement, alors que le reste de son corps gisait inerte et froid.

C’est une ville frontalière, ça, c’est sûr, un endroit de transit, de passage, mais certains y restent pour de bon. Coincés entre là où ils étaient et là où ils se rendaient. Et après quelques années, on ne se souvient plus de sa destination, de toute façon. Alors, on s’installe.

Ce n’est pas parce que vous êtes née quelque part que vous êtes chez vous,

C’était comme se rappeler le goût d’un fruit qu’on aurait vu seulement en peinture, mais jamais mangé.

Ça faisait du bien de faire comme si le monde était merveilleux ; avaler les peurs, engloutir les souvenirs, baisser la garde et profiter, ne serait-ce que l’espace de quelques heures.

La tristesse l’avait frappée de plein fouet ce soir-là, la rongeant de l’intérieur.

Le mensonge semblait pourtant la voie la plus simple vers la réinvention

Elle avait espéré qu’en parlant d’amour elle échapperait à ses démons. Comme ce ne fut pas le cas, elle se mit à se demander si l’amour suffisait.

Les gens se languissent souvent de choses qui n’existent pas, des choses qui ont été, mais ne sont plus.

Dans l’obscurité, la vapeur de la bouilloire s’éleva tel un fantôme en colère.

Être nazi est un positionnement politique, pas une ethnie. Le fait que je sois allemande ne fait pas de moi une nazie.

Il avait compris qu’on pouvait influencer son prochain par le discours bien plus que par n’importe quelle autre force.

Plus il vieillissait, plus il avait l’impression que tout le monde rajeunissait autour de lui.

Il voyait la vie en noir et blanc, et elle avait toujours trouvé cela rassurant. Qu’il parte explorer les différentes teintes de gris la dérangeait.

— Ce n’est qu’une tempête, l’avait-il rassurée.
— Oui, mais ça me rappelle qu’elles peuvent encore éclater.

  Baisse la tête, fais ce que tu as à faire, ne pose pas de questions et tu seras récompensé au bout du compte

les marques sur nos vies sont comme des notes de musique sur une page : elles chantent une chanson.

la vérité peut être une chose incroyablement difficile à saisir. Elle est embrouillée par le temps et l’humanité, et par la façon dont chacun vit sa propre expérience.

Elle en avait assez de faire semblant de croire ce qu’elle ne croyait pas et d’être ce qu’elle n’était pas.

Sors la tête de l’eau. Souviens-toi de ce que je t’ai dit : lève la tête, ma belle, ou tu vas rater l’arc-en-ciel !

on ne peut pas forcer quelqu’un à voir notre vérité

c’est ma tête qui mentait à mon cœur

Nous portons tous nos propres secrets. Certains sont plus à leur place enterrés avec nous dans la tombe. Ils ne font aucun bien aux vivants.

Elle avait appris que le passé était une mosaïque floue faite de bon et de mauvais. Il fallait admettre sa part dans les deux et s’en souvenir. Si on essayait d’oublier, de fuir ses peurs, ses regrets et ses fautes, ils finissaient par vous retrouver et vous consumer

Sansal, Boualem « Petit éloge de la mémoire »

« Petit éloge de la mémoire. Quatre mille et une années de nostalgie »

Collection Folio 2 € (n° 4486), Gallimard – Parution : 04-01-2007

Série : « Petit éloge » : voir page sur le blog

Résumé : « C’est le plus lointain, celui que j’aime à explorer, qui me donne le plus de frissons. Écoutez-moi raconter mon pays, l’Égypte, la mère du monde. Remplissez bien votre clepsydre, le voyage compte quatre mille et une années et il n’y a pas de halte.

Jadis, en ces temps fort lointains, avant la Malédiction, j’ai vécu en Égypte au temps de Pharaon. J’y suis né et c’est là que je suis mort, bien avancé en âge… »

Mon avis : J’ai découvert Boualem Sansal en lisant «2084. La fin du monde» comme beaucoup de personnes je pense mais je suis un peu passée à coté de l’engouement général… . Comme j’aime cette série « Petite éloge », j’ai continué ma découverte de l’auteur. Et puis, quand on me parle d’Egypte… je lis… Sa nostalgie est segmentée en trois périodes de l’histoire : L’Egypte, la Numidie, l’Algérie. Trop factuel, trop de références, qui s’enchainent en toute logique certes mais sont trop livre d’histoire/géo ; Alors oui, le thème est passionnant ; le passé et le coté historique très instructifs ; je comprends le chemin pour nous amener à sa conclusion mais un peu indigeste quand même. A part ça, très bien écrit et nombre de phrases/citations parlantes. Une fois encore, pas convaincue. Intéressée mais pas accrochée.

Lire aussi ce commentaire : http://la-plume-francophone.over-blog.com/article-24146958.html

Extraits :

la nostalgie, le mal du pays comme on dit, est une richesse, un formidable gisement. Le tout est de savoir où est son pays, ce qu’il a été, ce qu’il est devenu, comment et pourquoi on s’en est éloigné, et par quel fil on s’y rattache encore. C’est tout le problème. Cela fait que souvent la nostalgie mène à l’errance, à l’apathie, à la colère, au renoncement. Au mieux, on s’invente un mythe et l’on s’y réfugie comme dans une prison.

La nostalgie est comme la spéléologie, une démarche risquée, on entre en soi, on avance pas à pas dans les profondeurs de son âme, de sa mémoire, de son histoire, avec toujours l’espoir d’atteindre le fond et de pouvoir retrouver le chemin du retour.

l’Égypte, la mère du monde. Remplissez bien votre clepsydre, le voyage compte quatre mille et une années et il n’y a pas de halte.

je faisais l’apprentissage de la nostalgie et découvrais combien elle aide à passer les jours, à se reposer de ses peines, à échanger des rêves, à se construire un avenir commun.

le temps est avant tout une illusion et la mémoire une sensation fugitive.

Ainsi vont les choses, on palabre pour s’aider à passer les jours, à se reposer de ses peines, puis on échange des rêves et des amabilités et l’on se construit un avenir commun.

Pourquoi, comment, je ne le sais pas, l’histoire donne peut-être la direction mais la géographie a le dernier mot.

Si le Nil, l’Euphrate, le Gange furent sacralisés, c’est bien que la civilisation sur leurs rives a atteint des cimes et donné le vertige aux hommes.

L’histoire a deux portes, la monumentale par laquelle s’invitent les conquérants et les bâtisseurs d’empires, et une petite, dérobée et branlante, par laquelle disparaissent les perdants et les oisifs.

La légende commence où s’arrête l’histoire.

Comme le roulement de tonnerre survient après l’éclair, le mal arrive après le choc et parfois si longtemps après qu’on y voit un nouveau coup des dieux.

C’est par le rêve et l’imagination que l’on peut sonder le passé lointain et c’est bien ainsi, nos lointains descendants oublieront nos misères et nos mesquineries et nous verront avec des yeux pleins d’enthousiasme.

C’est la nostalgie que j’ai de ce temps qui m’a permis de combler les trous et de mettre de la vie là où tout me semblait mort et de la lumière là où nos oublis avaient installé l’obscurité.

Lire l’histoire ne suffit pas, il faut chercher en soi et imaginer.

Les dieux qui font et défont le monde, les héros qui font et défont les empires, comptent moins que les résistants dans le cœur des hommes. Ceux-là sont au plus près de notre nostalgie, ils disent le combat éternel pour la liberté.

Les princes et les notables se rendaient à Rome ou à Athènes comme aujourd’hui nos raïs et nos vizirs vont à Paris ou à Genève se soigner, faire des affaires, leur marché, visiter des proches, mener grande vie.

Les Berbères ne sont jamais plus imprévisibles que lorsqu’ils se montrent infiniment patients.

Je le disais, la nostalgie ouvre parfois sur des gouffres insondables, des contradictions mortelles.

Nous connûmes les premiers schismes et pareillement nous fûmes sommés de choisir. Des conciles se tinrent dans la précipitation, on condamnait, on consacrait, sans parvenir à la paix. Tous voulaient la paix, leur paix, et c’était le problème.

Il n’y a pas mieux que les poètes pour voir clair quand règnent l’obscurité et le désordre. Mais qui comprend les poètes sinon les poètes eux-mêmes et les rebelles ?

« L’Algérie est terre, l’Algérie est soleil, l’Algérie est mère, cruelle et adulée, souffrante et passionnelle, caillouteuse et nourricière. Plus que dans nos zones tempérées, s’y vérifient l’imbrication du bien et du mal, la dialectique inextricable de l’amour et de la haine, la fusion des contraires qui se partagent l’humanité », dira Camus deux mille ans plus tard.

La Numidie entrait dans une ère nouvelle, elle était le Maghreb, le couchant, l’occident de l’Arabie, et peu à peu les Berbères perdirent ce qui faisait d’eux des Berbères, ils s’arabisèrent et se proclamèrent Arabes. Le zèle poussa certains à se croire plus authentiques que les vrais, ils détruisirent tout ce qui pouvait rappeler leurs origines et leurs croyances passées. Il en est ainsi, le reniement de ce qu’on a été est le premier acte de foi.

Les  peuples devraient toujours pouvoir suivre leur voie, en elle est leur génie et leur substance vitale. C’est triste de les voir dérailler parce que quelque part un étranger, un mage, un roi, un empereur, un calife, un président, l’a décidé.

Les civilisations doivent-elles toujours s’affronter, faut-il que l’une disparaisse pour que l’autre s’épanouisse sur ses cendres ? Il en a été ainsi depuis les origines mais on aimerait maintenant que ça cesse.

Les usages étaient formés, les sillons tracés, les rêves bornés, il suffisait de régler son sablier et de suivre le cours lancinant des choses. La baraka pourvoyait au reste et le mektoub passait le tout aux pertes et profits de l’histoire.

On ne sait pas toujours où mène la nostalgie, il suffit de rien, un air qui passe, un mot, une idée, et on part là plutôt que là.

ma nostalgie se nourrit d’événements précis, de choses concrètes, de chiffres honnêtes, l’imagination à partir de la fumée je m’en méfie.

nous avions perdu la force de marcher vers le futur, ce lieu unique, qui n’est ni du nord ni du sud, ni de l’est ni de l’ouest, ni chrétien ni musulman ni athée ni païen, où Dieu et la vérité des vérités attendent l’humanité depuis le commencement des temps.

Eux n’avaient pas de rêves, la réalité leur appartenait.

Ce qui reste lorsque tout est passé, c’est bien la pierre.

la nostalgie même parcellaire aide à passer les jours, à se reposer de ses peines, à échanger des rêves, à imaginer un avenir meilleur.

Si longue soit l’absence, le présent nous attend, il nous requiert. Le présent c’est aussi de l’histoire, ma foi, de l’histoire en marche.

Photo : Abou-Simbel

Lenormand, Frédéric «Crimes et condiments» (2014)

« Série Voltaire mène l’enquête »

Tome 4 : Crimes et condiments (2014)

Résumé : Prenez un philosophe bien à point, faites-le mariner, lardez quelques victimes, laissez mijoter les suspects, assaisonnez de quelques scandales, pimentez l’intrigue, salez les rebondissements, saupoudrez de dialogues croustillants, enrobez dans un style onctueux et servez chaud.
En pleine révolution culinaire, Voltaire enquête sur les traces d’un assassin qui sème derrière lui tartes au cyanure et ragoûts à l’arsenic. L’aide de la brillante marquise du Châtelet, experte en recherches scientifiques, et de l’abbé Linant, fin gourmet, ne sera pas de trop pour rendre l’appétit aux gastronomes !
Après La baronne meurt à cinq heures, prix Historia, prix Arsène-Lupin et prix de Montmorillon, Meurtre dans le boudoir et Le diable s’habille en Voltaire, Frédéric Lenormand nous offre une nouvelle aventure truffée d’humour, savoureusement rehaussée de précisions historiques, nappée de bons mots ; un délice, un régal, une friandise.

Mon avis : A savourer sans modération… Voltaire a frappé à nouveau… Toujours autant d’humour, de citations historiques, de culture, de bons mots. J’ai aimé me plonger avec Voltaire dans les cuisines du XVIIIème. Comme dans les trois précédents, on ne lit pas cette série pour les enquêtes mais pour en apprendre sur l’époque en souriant et en s’amusant. Et si au lycée on pensait que Voltaire était rébarbatif, austère… le portrait tracé lui rend son originalité, sa loufoquerie et sa verve…
Alors à table ! Faites juste en sorte de ne pas dresser les plats « en cygne » si vous souhaitez qu’on reste amis… Et si vous sortez du livre le ventre plein, vous en ressortirez aussi l’esprit léger et en ayant appris des tas de choses… en sautant d’anecdote en anecdote..

Extraits :

Pour rien au monde il n’eût risqué de voir se répandre dans Paris le bruit que le gouverneur de la Bastille ne savait pas recevoir.

un esprit plein d’acuité trouve de la satisfaction dans les plus délicates coïncidences.

— Qu’est-ce qui vous retient à Paris ? demanda Émilie.
— Trente-cinq mille livres.
— Bigre ! Vous avez une grande bibliothèque !
— Trente-cinq mille livres monnaie.

Hérault contempla le luxe dont s’entourait l’ermite, les épais velours qui encadraient son lit pour le préserver des courants d’air, les coussins rembourrés où il enfouissait son postérieur pour réfléchir aux injustices de l’univers, les buffets en bois de rose où il rangeait ses manuscrits… C’était un tonneau très bien meublé.

Voltaire n’en avait cure, il n’était pas venu louanger des auteurs vivants, mais prendre la place d’un auteur mort.
— Je ne m’intéresse pas au succès de mes confrères, je me contente d’aller à leur enterrement.

Nous savons, cher ami, que vous vous entendez fort bien à traiter la volaille, qu’elle soit poule, grue, bécasse ou dinde.

Celui-ci avait trop peu de morale pour se passer d’intelligence, mais trop peu d’intelligence pour se passer de morale, et ces deux manques s’aggravaient l’un et l’autre.

Cet oiseau avait été roué, pendu, décapité, brûlé, tourments réservés aux pires criminels. Il avait l’impression qu’on lui donnait à manger Cartouche, Ravaillac et la Brinvilliers dans une même assiette.

Voltaire avait trop de clairvoyance pour ne pas admettre la faiblesse de ses tragédies, mais trop d’amour-propre pour se laisser fustiger en public.
— Je ne réussis pas tous les travaux que j’entreprends, on ne peut être toujours parfaitement égal à soi-même que dans la médiocrité ; l’excellence réclame des échecs.

Si le ridicule tuait, les bibliothèques ne déborderaient pas tant, cher ami.

— On nous demande d’être toujours plus intelligents, mais cela ne nous rend pas plus heureux.
— Alors laissons le bonheur aux imbéciles, dit Voltaire.

— Mieux vaut être prétentieux que ne prétendre à rien.

Ces interrogations lui donnaient des maux de tête, c’était plus fort que la réfutation des principes de Pascal, ce mauvais coucheur qui pensait mal et qui, en plus, le faisait avec brio

Richelieu confondait la juste envie de « faire quelque chose de sa vie » avec celle d’y mettre fin sur un champ de bataille ! Voltaire sentit ses vrais cheveux se raidir sous les faux.

C’est fait maison ?
— Oui, c’est fait maison dans la maison de quelqu’un d’autre.

Une longue carrière administrative lui avait appris à dissimuler toute perspicacité sous un air de niaiserie.

Vous n’êtes pas facile à vivre !
— À qui le dites-vous ! dit Voltaire. Je vis avec moi tous les jours, et depuis plus longtemps que vous !

Son mari, l’œil plus perspicace qu’intelligent, avait une sorte de franchise dans la sournoiserie, tant sa malice se voyait : peut-on reprocher au furet de croquer le mulot quand il arbore la fourrure, les crocs et l’odeur du carnassier qu’il est ?

Je suis homme de lettres, auteur et écrivain. L’homme de lettres a de la culture, l’écrivain, du style, et l’auteur produit des livres.

Les gens n’entendent pas que les écrivains veuillent s’enrichir, plaida Voltaire. Dans l’expression « se nourrir de sa plume », ils croient que l’on mange la plume.

— Je suis certaine que vous vous sentez mieux maintenant, dit-elle.
— Oh, sans comparaison. C’est le jour et l’ennui.

Tout le monde aime le sucre, il est à la cuisine ce qu’est à la religion la promesse d’une vie éternelle : un mensonge agréable qui dissimule l’amertume du reste.

Voltaire admira sa duplicité. Elle savait cacher son bien, travestir la réalité, tourner la loi à son avantage, mentir effrontément aux magistrats, duper la police… Il fut frappé de voir à quel point cette femme avait appris des philosophes.

Il était victime d’un terrible malentendu. La campagne, oui, mais aménagée par Le Nôtre, avec un tapis de buis taillés et une fontaine où se mirait une gentilhommière à pilastres et fronton. Il ne se sentait pas une vocation de philosophe des labours.

On avait beau dire que l’attaque était la meilleure défense, parfois c’était la fuite.

 

Info : Richelieu : Louis François Armand de Vignerot du Plessis, duc de Richelieu et de Fronsac, prince de Mortagne, marquis du Pont-Courlay, comte de Cosnac, baron de Barbezieux, de Cozes et de Saujon, pair du royaume

Info : La cuisine au XVIIIème siècle :   http://www.cuisinealafrancaise.com/fr/articles/22-au-xviiie-siecle

Info – Faute de français : Si l’on «remédie à quelque chose», en revanche on «pallie quelque chose». Ce dernier verbe est transitif direct, ce qui signifie qu’il est inutile de le faire suivre de la préposition « à ».

 

Lien vers : présentation de la série « Voltaire mène l’enquête »

D’Aillon Jean – Les aventures de Louis Fronsac

D’Aillon Jean – Les aventures de Louis Fronsac

Louis Fronsac, ancien notaire anobli par Louis XIII, marquis de Vivonne, conduit des enquêtes criminelles au XVII eme siècle. Louis Fronsac, notaire à Paris, met ses talents d’enquêteur au service de Richelieu (duc de… Fronsac) puis de Mazarin. Aidé de son ami Gaston de Tilly, commissaire, et de soldats chevronnés tels que Gaufredi et Bauer, il va déjouer plusieurs complots et acquérir par ses mérites ses titres de noblesse.

Présentation des livres : Romans et nouvelles où apparaissent les Fronsac (dans l’ordre chronologique)
1. Les Ferrets de la Reine (2007, J.C. Lattès)
Résumé : 1624. Tandis que se négocient âprement les conditions du mariage entre le prince de Galles et Henriette, la soeur du roi Louis XIII, le jeune Louis Fronsac, âgé de douze ans, entre en sixième au collège de Clermont. Louis va se lier d’amitié avec un enfant noble et découvrir une redoutable conspiration ourdie au sein même de l’école. Cet ami est un jeune orphelin, pensionnaire comme lui, nommé Gaston de Tilly. Conduit par des jésuites hostiles à l’alliance anglaise, le complot vise à détruire la confiance entre la France et l’Angleterre, au risque de blesser Anne d’Autriche. Entre tavernes louches, pièces secrètes du collège et repaire de bandits, les deux adolescents mènent leur première enquête, cherchant par tous les moyens à prévenir la reine des dangers qui la guettent.
Mon avis : (pas encore lu)

2. Les collèges fantômes (Parution septembre 2017)
Résumé : Autour de Sainte-Geneviève, les vieux collèges du moyen âge se pressent les uns contre les autres, mais beaucoup sont désormais à l’abandon car la bourgeoisie et la noblesse choisissent désormais l’établissement des Jésuites – le collège de Clermont – pour l’éducation de leurs enfants.
En 1626 le recteur de Clermont a l’opportunité d’acheter un collège mitoyen abandonné : celui du Mans. Le jeune Louis Fronsac et son ami Gaston de Tilly décident alors d’explorer le vieux bâtiment.
Mais l’établissement n’est pas déserté, ni son voisin, le collège de Marmoutier, pourtant vide d’élèves. Qui sont ces gentilshommes qui entreposent mousquets et cuirasses ? Qui sont ces truands qui entassent des muids de vin dans les salles ? Les enfants trop curieux vont devenir des proies pour des individus impitoyables, tandis que se prépare dans l’ombre une effroyable conspiration contre le cardinal de Richelieu.
Mon avis : (pas encore lu)

3. Le Funeste testament
Résumé : Singulière affaire dont doit s’occuper Louis Fronsac en mai 1638. En ouvrant le testament d’un riche voiturier sur eau qui vient d’être assassiné, sa fille découvre qu’il a laissé sa fortune à sa belle-mère, contrairement à la coutume de Paris.
Au même moment, Gaston de Tilly, revenu de Hollande où il était cornette dans la compagnie de M. de Turenne, occupe une charge de commissaire des quais au bureau de l’Hôtel de ville de Paris quand M. Fronsac obtient pour lui un office de commissaire examinateur au Grand-Châtelet.
Rapidement, Louis va se retrouver face à des ennemis implacables et puissants, dont certains siègent aussi au Châtelet.
Cette nouvelle lève le voile sur une partie de la vie de Louis Fronsac et de Gaston de Tilly, entre les années passées au collège de Clermont et le Mystère de la chambre bleue.
Mon avis : (pas encore lu)

4. Le Mystère de la Chambre Bleue (1999, Le Masque)
Résumé : (1641-1642) : – En juin 1642, une copie du traité d’alliance passé entre le marquis de Cinq-Mars et l’Espagne arrive mystérieusement sur le bureau du cardinal de Richelieu. Dans le Paris de Louis XIII certains s’interrogent sur le rôle qu’aurait pu jouer la marquise de Rambouillet, surnommée Arthénice, durant les trois conspirations de 1641 : celle du duc de Vendôme, celle du duc de Soissons et celle du marquis de Cinq-mars.
Le perspicace notaire Louis Fronsac, ami du poète Vincent Voiture et du commissaire-enquêteur Gaston de Tilly, recherche la vérité sur la mystérieuse chambre bleue d’Arthénice. Enquête pour laquelle il risque sa vie, mais heureusement il est protégé par Giulio Mazarini…
Mon avis : Le premier de la série que je lis. J’aime beaucoup. Bien documenté, il dépeint l’époque et l’ambiance. Présentation des personnages de la série.

5. La Conjuration des importants (2000, Le Masque)
Résumé : (1643) : Décembre 1642. Qui a tué le commissaire de police du quartier Saint-Avoye dans une pièce entièrement close ? C’est ce que va tenter de découvrir le héros de ce roman, un jeune et brillant notaire, Louis Fronsac. Comme son meilleur ami travaille pour la police, les deux hommes ne devraient pas tarder à boucler leur enquête. Mais c’est compter sans la présence de la troublante Anne Daquin qui poursuit le jeune Fronsac de ses assiduités alors que son mari meurt empoisonné quasiment dans les bras du notaire.
Mon avis : Ah oui . j’adore. le souci du détail, la qualité des descriptions, de l’action…

6. La Conjecture de Fermat (2006, J.C. Lattès)
Résumé : (1644) : En ce mois d’octobre1643, alors que se négocie la fin de la guerre de Trente Ans, Mazarin soupçonne la présence d’un espion au bureau du Chiffre. À Louis Fronsac de le découvrir, et vite ! Et de trouver l’homme qui lui garantira un nouveau code secret inviolable. Mais sur le chemin du marquis, s’avance la Belle Gueuse, prête à tout… Amie ou ennemie ?
Mon avis : Alors là! C’est une découverte! J’ai l’impression de lire un Alexandre Dumas … presque… je vais me jeter sur les autres!!! C’est ma première rencontre avec les personnages. Je regrette de ne pas avoir commencé par le 1er, qui explique comment le petit notaire est devenu enquêteur.

7. L’Homme aux rubans noirs (2010, Éditions JC Lattès) regroupe cinq récits : Avec L’Homme aux rubans noirs, Jean d’Aillon nous entraîne au côté de son célèbre héros Louis Fronsac lors de cinq enquêtes sous la Régence d’Anne d’Autriche. D’un atelier d’alchimiste à la cour des miracles, des coulisses du théâtre du Marais au coeur secret du Pont-Neuf, le notaire Louis Fronsac percera d’étonnants mystères dans une ville qui gronde contre Mazarin. Sous la plume savante et précise de Jean d’Aillon, on découvre la belle Roxanne de Cyrano sous un jour nouveau et les tours de passe-passe d’un descendant de Nicolas Flamel ou encore les inspirations d’un jeune dramaturge qui deviendra Molière.
La Lettre volée (Action située en avril 1644)
Résumé : 1644, alors que la France gronde contre le Mazarin, pourquoi Paul de Gondi, coadjuteur de Paris est-il autant terrifié par le vol d’une lettre qu’il conservait dans sa chambre du Petit Archevêché?
Mon avis : (pas encore lu)

L’Héritier de Nicolas Flamel (Action située de mai à juillet 1644)
Résumé : Qui est vraiment Nicolas Perrier, cet orfèvre de la rue de Montmorency qui raconte volontiers être le descendant de l’alchimiste Nicolas Flamel et capable, comme son ancêtre, de transformer l’or en plomb ? Quel mystère entoure son épouse ? Gaston de Tilly va-t-il perdre sa charge pour s’être intéressé d’un peu trop près aux finances du royaume ?
Mon avis : (pas encore lu)

L’Enfançon de Saint-Landry (Action située en janvier 1646)
Résumé : Qu’est devenue la petite-fille de Mathieu Molé, le président du Parlement de Paris, enlevée à sa mère, novice à Saint-Antoine-des-Champs, pour être abandonnée devant l’église Saint-Landry ? Le nourrisson a-t-il été acheté par des saltimbanques ou par des mendiants de la cour des Miracles ? Louis Fronsac risquera sa vie pour découvrir la vérité.
Mon avis : (pas encore lu)

Le Maléfice qui tourmentait M. d’Emery (Action située en mars – avril 1646)
Résumé : Qui a battu effroyablement Michel Particelli d’Emery, le contrôleur général des Finances qui redoute d’être envoûté par quelque sorcier ? Pour aider Françoise de Chémerault, l’ancienne espionne de Richelieu surnommée la Belle Gueuse, Louis Fronsac va enquêter sur Mme de Vervins, la terrible fesseuse, qui soigne les envoutements à coup de fouet. Mais derrière ces débauches, n’y a-t-il pas un plus redoutable adorateur de Satan ?
Mon avis : (pas encore lu)

La Confrérie de l’Index (Action située en novembre 1647)
Résumé : Qui est cette mystérieuse confrérie de l’index qui poursuit de sa férocité les libres penseurs et principalement Savinien Cyrano de Bergerac, accusé d’avoir assassiné le comédien du théâtre du Marais, Philidor ? Louis Fronsac ira de surprise en surprise en découvrant où elle se réunit et qui en est le chef.
Mon avis : (pas encore lu)
8. L’Exécuteur de la haute justice (2004, Le Masque)
Résumé : (1645): Nous sommes en 1645 après la Conjuration des Importants. La cour de France se déchire à nouveau et un jeune homme de quinze ans arrive inopinément des Pays-Bas. Il serait le fils du duc de Rohan et pourrait devenir le chef de file des huguenots de France. Mais le duc d’Enghien laisse entendre qu’il est un imposteur…
L’ancien notaire, Louis Fronsac, désormais chevalier de Saint Louis, sera chargé de découvrir la vérité. Aidé de son ami de toujours, Gaston de Tilly, ils mèneront l’enquête autour de la Bastille et dans la rue de la Pute y Musse et recevront l’aide d’un certain Jean-Baptiste Poquelin qui vient d’installer son Illustre Théâtre au jeu de paume de la Croix-Noire.
Mon avis : Cette fois encore j’ai été happée par les aventures du petit notaire ; la vie de l’époque, les intrigues de cour et de la politique. J’ai découvert le monde des prisons, des juges, des tourmenteurs, des bourreaux… Paris d’avant et ses notes qui font référence au Paris de maintenant. Les dessous de l’histoire, car le contexte historique foisonne toujours autant de détails sur la vie quotidienne, les historiettes politiques, les alliances et mésalliances.. Et plus j’avance dans la série, plus je m’attache aux personnages. Je les retrouve avec plaisir. Gaufredi devient de plus en plus mystérieux… que cache son histoire? On a le plaisir de faire connaissance avec le monde des arts de l’époque (les théâtreux, les auteurs…)
Quelques infos :
– Bourreau : Personne chargée d’exécuter les jugements criminels. Il faut distinguer l’exécuteur des hautes œuvres chargé de la mise à mort sur un échafaud (en hauteur) et l’exécuteur des basses œuvres sans mise à mort au niveau du sol. La femme du bourreau est la bourrelle…
– Tourmenteur Juré : Bourreau chargé de soumettre un accusé à la Question.
– La Ville d’Alès (Alais à l’époque) : Alès était une cité sur la voie Régordane entre Le Puy et Saint-Gilles. En 1629, Louis XIII assiégea la ville, alors haut-lieu de la résistance protestante, qui capitula après neuf jours. Le dimanche 17 juin 1629 au matin, Alès se rend, les quelque 2300 hommes présents en ses murs ne purent rien devant l’armée du roi. Louis XIII fait son entrée à la tête de ses troupes par la porte de la Roque, accompagné par Richelieu en habit militaire. Les huguenots furent autorisés par le roi à partir pour Anduze avec la promesse expresse de ne plus porter les armes contre le roi. Le 28 juin 1629, Richelieu accorda aux protestants la paix d’Alès ou l’Édit de grâce. Cet édit qui leur retirait les places fortes mais leur confirmait les garanties religieuses de l’édit de Nantes a été signé par Richelieu au camp de Lédignan. On dit que Louis XIII logea à l’auberge du Coq Hardi, dans la Grand’Rue. Cette rue, aujourd’hui disparue comme tout le quartier, se situait au bas de l’actuelle rue Jules-Cazot. On peut voir le blason au restaurant du Coq Hardi, rue Mandajors. (Source Wikipedia)

9. L’énigme du clos Mazarin (1997, Le Masque)
Résumé : (1647): En 1646, Jules Mazarin, président du conseil royal, signe des lettres de patentes qui permettent à son frère Michel d’augmenter la surface de la ville d’Aix. Au même moment, le comte d’Alais, gouverneur de Provence, avertit le ministre que de fausses lettres de provision, toutes signées par le cardinal et permettant d’accéder à des charges de conseiller au parlement d’Aix, sont mises en vente. Qui peut bien chercher à céder de tels documents et à semer le trouble dans la ville ? Mazarin charge le marquis de Vivonne de mener l’enquête. Aidés de Gaston de Tilly, procureur du roi et du perspicace Louis Fronsac, les trois hommes finiront par découvrir la vérité après avoir frôlé la mort plus d’une fois, dans une ville d’Aix sale, obscure et encore enserrée dans ses remparts moyenâgeux.
Mon avis : C’est mon préféré pour l’instant! L’intrigue, les personnages… et la visite d’Aix … La description des voyages fait froid dans le dos… Paris-Aix ! 15 jours d’aventures, d’auberges, de rencontres avec des gens plus ou moins recommandables… Une documentation toujours aussi fouillée qui nous explique le contexte politique et la vie sous Mazarin. Et en refermant le livre, l’envie de visiter l’Aix en Provence d’aujourd’hui avec le livre à la main pour replonger dans le passé et parcourir les lieux maintenant avec le regard de Fronsac et ses amis…

10. Le Secret de l’enclos du Temple (2011, Flammarion)
Résumé : 1647. La France souffre, les cabales se multiplient, le pouvoir se fissure. Poussé par la bourgeoisie écrasée d’impôts, le parlement de Paris tente d’imposer à Mazarin une constitution
limitant le pouvoir royal. Le cardinal se cabre. Et le pays l’imite. Quand débute ce qui va dégénérer en sanglante guerre civile, le confite de Bussy fait une découverte étonnante : sa maison de l’enclos du Temple cache un message chiffré écrit par le dernier grand maître des templiers. Réputé pour son
habileté, Louis Fronsac va tenter de résoudre cette énigme. Quelqu’un agit-il dans l’ombre pour multiplier les émeutes, faire régner la peur et s’approprier le trésor de l’Ordre ?
Mon avis : Parfois l’impression d’être un peu « engluée » dans le récit de la période et recherchant le fil du roman et des aventures de Fronsac et Tilly.. Mais toujours du plaisir à me promener dans cette période et de réviser avec un fil conducteur et des notes qui relient au présent.

11. La Malédiction de la Galigaï (2012, Flammarion)
Résumé : 1617 : Concino Concini, maréchal d’Ancre et favori, organise le vol de la recette des tailles de Normandie. Peu après, il est assassiné sur le pont dormant du Louvre. Son épouse, Léonora Galigaï, sera exécutée pour sorcellerie quelques mois plus tard. Avant sa mort, elle maudira ceux qui ont trahi son mari.
1649 : Tandis que se termine la fronde des parlementaires parisiens, Gaston de Tilly, procureur à la prévôté de l’Hôtel du roi, découvre que son père, lieutenant de prévôt, a été assassiné trente ans plus tôt par les voleurs des tailles de Normandie. S’apprêtant à les châtier, il sera emprisonné, puis délivré grâce à l’habileté de son ami Louis Fronsac qui découvre qu’un nouveau vol se prépare. Tout indique que le commanditaire est, cette fois, un proche du prince de Condé, lequel vient de sauver la royauté.
Condé est-il complice de ce brigandage alors que le duc de Beaufort s’associe une nouvelle fois au roi de la cour des Miracles ? Le coadjuteur Paul de Gondi participe-t-il à cette infâme entreprise ? Par delà le temps, la malédiction de la Galigaï va-t-elle se réaliser ?
Mon avis : (pas encore lu)

12. L’Enlèvement de Louis XIV (2011, Le Masque)
Résumé : Dans ce recueil composé de deux longues nouvelles, Louis Fronsac est confronté au secret le mieux gardé du Grand Siècle. En 1659 à Aix, Forbin-Maynier, président du Parlement de Provence et fidèle soutien du roi et de Mazarin, est chargé de retrouver un neveu du cardinal de Retz, un père chartreux qui a mystérieusement disparu. Au cours de l’enquête, il sera mêlé aux obscurs complots qui mettent le royaume en péril. Un an plus tard, venu à Aix pour tenter de mettre un peu d’ordre dans les troubles qui agitent la province, le jeune roi Louis XIV est enlevé par une froide nuit de janvier dans son hôtel de Châteaurenard. Serait-ce l’oeuvre de Gaspard Glandevès-Niozelles, le chef des séditieux marseillais, ou de François de Gallaup, ancien capitaine de la garde du prince de Condé condamné à mort et en fuite ? A moins que ce ne soit Mademoiselle de Montpensier, cousine du roi qui n’a pas hésité à tirer sur lui durant la Fronde… Louis Fronsac n’aura que quelques heures pour retrouver le souverain qui est peut-être la victime d’une terrible affaire de sorcellerie…

Le Disparu des Chartreux (Février – mars 1659)
Résumé : 1659 : Louis Fronsac demande à M. de Forbin-Maynier, président du parlement de Provence et fidèle soutien du roi et du cardinal Mazarin, de rechercher un neveu du cardinal de Retz, père chartreux, qui a quitté son couvent. Une requête qui contrarie l’homme fort de la Provence, car le petit peuple gronde contre lui à cause des impôts qui l’étouffent. De plus, son neveu, chargé de cette enquête, disparaît à son tour, ainsi que son secrétaire, alors que circulent en ville des centaines de faux écus au soleil. Un complot se prépare-t-il contre le maître de la Provence ? Qui en sont les instigateurs ? Ses anciens compagnons frondeurs, proches du prince de Condé ? Le jeune Gaspard de Glandevès-Niozelles, nouveau maître de Marseille ? L’archevêque janséniste d’Aix, monseigneur Grimaldi ? À moins que Forbin n’ait réveillé de plus anciennes haines, celles contre son ancêtre, le boucher des Vaudois ?
Mon avis : (pas encore lu)

L’Enlèvement de Louis XIV (Janvier 1661)
Résumé : Le secret le mieux gardé du grand siècle !
1660 : Le jeune roi Louis XIV vient en Provence pour réduire les troubles qui agitent la province. Il loge à Aix, dans l’hôtel de Châteaurenard quand il est enlevé par une froide nuit d’hiver.
Qui sont les ravisseurs ? Le chef des séditieux marseillais Gaspard de Glandevès-Niozelle ? L’ancien capitaine des gardes du prince de Condé François de Gallaup, condamné à mort et en fuite ? Le duc de Beaufort qui a déjà tenté de tuer le cardinal Mazarin ? Mademoiselle de Montpensier, la cousine du roi, qui n’a pas hésité à tirer sur lui durant la Fronde ? Ou plus simplement les amis du prince de Condé qui vient justement à Aix demander son pardon ?
Louis Fronsac n’a que quelques heures pour retrouver le roi. Mais n’est-il pas déjà trop tard si Sa Majesté est mêlée à une affaire de sorcellerie ?
Mon avis : (pas encore lu)
13. La vie de Louis Fronsac et autres nouvelles (C’est sous la plume d’Aurore La Forêt, la belle-fille de Louis Fronsac que J. d’Aillon raconte la vie de celui qui fut notaire au Châtelet, puis chevalier de Saint-Michel, marquis de Vivonne et enfin chevalier de Saint-Louis. ©Electre 2017)
Résumé : Qui était Louis Fronsac ? Ce notaire et chevalier de Saint-Michel, marquis de Vivonne et enfin chevalier de Saint-Louis ? Un émissaire au service du chapelain de la reine, Anne d’Autriche, chargé de retrouver un banquier disparu? Un enquêteur plongeant dans un passé oublié, pour appréhender les derniers survivants d’une bande qui avait terrorisé Paris? Ces trois nouvelles apportent un éclairage romanesque à l’authentique histoire d’un homme aux mille facettes.

Le Bourgeois disparu (dans : Dimension de Capes et d’Esprits, Rivière Blanche, J’ai lu, juin 2013) (Action située en juin 1661.)
Résumé : Après la mort du cardinal Mazarin, Louis Fronsac est approché par le chapelain de la reine, Anne d’Autriche, pour retrouver un banquier disparu. Selon certains, celui-ci serait dans un cachot de la Bastille, ce que les plus hautes autorités du royaume réfutent. Au fil de son enquête, Fronsac découvrira une effroyable machination.
Mon avis : (pas encore lu)

Le Forgeron et le galérien (Dans La Vie de Louis Fronsac, J’ai lu, 2013). – mars 1663.
Résumé : Le forgeron de Luzarches a été assassiné et tout accuse sa fille. A la demande de Jean de Champlâtreux, fils de Mathieu Molé, le garde des Sceaux, Louis Fronsac reprend l’enquête conduite par le lieutenant du bailli de Senlis.
Mon avis : (pas encore lu)

14. Le Grand Arcane des rois de France (La vérité sur l’aiguille creuse) (2015, Flammarion)
Résumé : 1663. Une voleuse au talent de faussaire du nom d’Anne Lupin. Des Anglais espions qui veulent s’emparer d’un trésor caché. Le marquis de Louvois et Jean-Baptiste Colbert qui jouent des coudes et complotent pour s’attirer les faveurs de Louis XIV. Au milieu de ces intrigues, plongés dans une aventure où mort et trahison rôdent, Gaston de Tilly et Louis Fronsac enquêtent. Leur dessein ? Découvrir le Grand Arcane des rois de France, ce secret que les souverains se transmettent depuis mille ans.
Les échauffourées, les cabales, les chevauchées et les combats se succèdent. Fronsac et son ami parviendront-ils à percer le mystère alors que les dragons de Louvois, les hommes de main de Colbert et les truands de lady Carlisle sont à leurs trousses ?
Mon avis : (pas encore lu)

15. Le Grand incendie
Résumé :
Mon avis : (pas encore lu)

16. Le Dernier secret de Richelieu (1998, Le Masque) : Louis Fronsac, âgé, mène une dernière enquête qui l’amène à découvrir qui est l’Homme au masque de fer. Évènements survenus de septembre 1669 à mai 1670.
Résumé : (1669): Nous sommes en 1669 et un mystérieux prisonnier est conduit à la forteresse de Pignerol. Pourquoi tous ceux qui s’intéressent à lui disparaissent-t-ils comme par enchantement ? Pendant ce temps, le jeune roi se transforme en monarque absolu et la France connaît un régime des plus sévères. Le jeune notaire, Louis Fronsac est une fois de plus au cœur de l’affaire et il se pourrait bien qu’il nous révèle enfin la vérité sur le Masque de fer…
Mon avis : Suite des aventures du petit notaire. On traverse la France avec lui et on visite le Marseille de l’époque. J’aime toujours autant.

17. Menaces sur le roi (nouvelle).
Résumé : Quelques semaines après l’épilogue du « Dernier secret de Richelieu », Louis XIV est contraint de faire appel à la perspicacité de Louis Fronsac. Mais ce dernier, qui a pris à son service les trois Corses Verazzano, Aragna et Cougourde, se méfie du jeune roi de France. Pourquoi celui-ci lui demande-t-il d’enquêter sur un sordide parricide ? Quelle pression fait sur Sa Majesté le terrible condottiere Charles IV, duc de Lorraine ? Quel secret dissimule Olympe Mancini, duchesse de Soissons et ancienne maîtresse du roi ? Que savent Alexandre Bontemps, le premier valet de chambre de Sa Majesté, et Cateau la Borgnesse, la première maîtresse de Louis XIV ? Louis Fronsac découvrira-t-il la vérité auprès de la dame Monvoisin, une devineresse que d’autres appellent La Voisin ?
Mon avis : (pas encore lu)

18. Le Captif au masque de fer (J.C. Lattès)
Résumé : La fin du règne de Louis XIV est une sombre période pour la France. Après la révocation de l’édit de Nantes, le pays est entraîné dans d’interminables guerres. Roque la Garde, jeune protestant, enseigne au régiment du Lyonnais, est chassé de l’armée pour avoir refusé la conversion. Il devient bandit de grand chemin et prend le nom de Trois-Sueurs, celui qui donne les trois sueurs à ceux qui lui résistent… Entre crime et corruption à la cour et grande truanderie des bas-fonds de la capitale, Trois-Sueurs doit enquêter sur le secret du captif au masque de fer. Un soldat du roi devenu bandit au grand coeur confronté au plus grand mystère de l’histoire de France.
Mon avis : (pas encore lu)

Hors-série : La Vie de Louis Fronsac par Aurore La Forêt est préfacée par Jean d’Aillon (2005 ; Le Masque, coll. « Labyrinthes » hors-série, 2007 ; J’ai lu 2013).
Résumé :
Mon avis : (pas encore lu)

Image : Portrait d’homme, dit l’homme aux rubans noirs (Sébastien Bourdon 1616 – 1671) – Le Musée Fabre de Montpellier

Vuillard, Eric «L’ordre du jour» (2017)

L’auteur : Éric Vuillard, né en 1968 à Lyon, est écrivain et cinéaste. Il a réalisé deux films, L’homme qui marche et Mateo Falcone. Il est l’auteur de Conquistadors (Léo Scheer, 2009, Babel n°1330), récompensé par le Grand prix littéraire du Web – mention spéciale du jury 2009 et le prix Ignatius J. Reilly 2010. Il a reçu le prix Franz-Hessel 2012 et le prix Valery-Larbaud 2013 pour deux récits publiés chez Actes Sud, La bataille d’Occident et Congo ainsi que le prix Joseph-Kessel 2015 pour Tristesse de la terre et le prix Alexandre Viallate pour 14 juillet.

Actes Sud – 160 pages

Résumé : L’Allemagne nazie a sa légende. On y voit une armée rapide, moderne, dont le triomphe parait inexorable. Mais si au fondement de ses premiers exploits se découvraient plutôt des marchandages, de vulgaires combinaisons d’intérêts ? Et si les glorieuses images de la Wehrmacht entrant triomphalement en Autriche dissimulaient un immense embouteillage de panzers ? Une simple panne ! Une démonstration magistrale et grinçante des coulisses de l’Anschluss par l’auteur de Tristesse de la terre et de 14 juillet.

« Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d’épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée ; mais bientôt, il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président, et, dans quelques années, il n’y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants. » E.V.

Mon avis : 1933- 1938, avant l’Anschluss. Une page d’histoire pas jolie jolie que nous raconte Eric Vuillard. Le livre commence avec la rencontre entre Herman Goering et Adolf Hitler et vingt-quatre dirigeants des plus importantes entreprises allemandes qui vont financer sans moufter la campagne nazie… Il nous raconte la prise du pouvoir par les nazis, la période qui précède la guerre, et la manière dont Hitler a manœuvré et manipulé les gens. Et au final on se rend compte que tout aurait pu être autrement si les grands industrielles (entre autres) n’avaient pas cédé aux manœuvres d’Hitler… La rencontre entre Chamberlain – Ribbentrop est pour moi le clou du roman ! Hallucinant d’apprendre que Ribbentrop était le locataire de Chamberlain ! Description de l’entrée de Hitler en Autriche avec les véhicules allemands tombant en rade, ferveur des autrichiens, rappels des entretiens Goering/ Ribbentrop …

Un livre court, qui éclaire un pan de l’histoire. Un roman historique ? Moi je vois plus cela comme un essai, un récit sur une période spécifique. En effet l’intrigue se suffit à elle-même et c’est de la grande Histoire sans petite pour l’accompagner…

Extraits :

La littérature permet tout, dit-on. Je pourrais donc les faire tourner à l’infini dans l’escalier de Penrose, jamais ils ne pourraient plus descendre ni monter, ils feraient toujours en même temps l’un et l’autre. Et en réalité, c’est un peu l’effet que nous font les livres. Le temps des mots, compact ou liquide, impénétrable ou touffu, dense, étiré, granuleux, pétrifie les mouvements, méduse. Nos personnages sont dans le palais pour toujours, comme dans un château ensorcelé.

Mais les entreprises ne meurent pas comme les hommes. Ce sont des corps mystiques qui ne périssent jamais.

Une entreprise est une personne dont tout le sang remonte à la tête. On appelle cela une personne morale.

La corruption est un poste incompressible du budget des grandes entreprises, cela porte plusieurs noms, lobbying, étrennes, financement des partis.

Et les vingt-quatre bonshommes présents au palais du président du Reichstag, ce 20 février, ne sont rien d’autre que leurs mandataires, le clergé de la grande industrie ; ce sont les prêtres de Ptah. Et ils se tiennent là impassibles, comme vingt-quatre machines à calculer aux portes de l’Enfer.

Les manœuvres les plus brutales nous laissent sans voix. On n’ose rien dire. Un être trop poli, trop timide, tout au fond de nous, répond à notre place ; il dit le contraire de ce qu’il faudrait dire.

Enfin, dans un élan désespéré, s’accrochant à sa bonne foi comme à une pauvre bouée de sauvetage…

Pourtant, tout a l’air calme. Les fauteuils sont revêtus d’une tapisserie vulgaire, les coussins sont trop mous, les boiseries régulières, les abat-jour cernés par de petits pompons.

À toute vitesse, dans le plus grand désarroi, il fouille les poches des siècles. Mais sa mémoire est vide, le monde est vide…

une norme constitutionnelle, monsieur, vous barre la route aussi puissamment qu’un tronc d’arbre ou un barrage de police !

Le fait accompli n’est-il pas le plus solide des droits ?

Les plus grandes catastrophes s’annoncent souvent à petits pas.

 

Info :

L’escalier de Penrose : un objet impossible prenant la forme d’un escalier. Il a été conçu en 1958 par le généticien britannique Lionel Penrose, en se basant sur le triangle de Penrose créé par son fils, le mathématicien et physicien Roger Penrose. L’escalier de Penrose est une représentation en deux dimensions d’un escalier faisant quatre virages à angle droit, revenant ainsi à son point de départ ; selon la perception commune, les marches forment une boucle, constituant une perpétuelle montée (ou descente, selon le sens de rotation) ; en d’autres termes, il semble n’y avoir ni point le plus haut, ni point le plus bas. (Wikipedia)

 

Image : 15 mars 1938

Giacometti – Ravenne « L’Empire du Graal » (2016)

Giacometti – Ravenne « L’Empire du Graal »  (2016)

11ème enquête du Commissaire Antoine Marcas :  Voir sujet global : « Série Commissaire Antoine Marcas »

Résumé : Oubliez tout ce que vous savez sur le Graal.

Palais pontifical de Castel Gandolfo. Sur ordre du pape, les cinq cardinaux les plus influents du Vatican prennent connaissance d’un rapport explosif rédigé par Titanium, le leader mondial des algorithmes. Le compte à rebours de l’extinction de l’Église catholique a commencé.
Paris, Hôtel des ventes de Drouot. En remontant une filière de financement du terrorisme, Antoine Marcas, le commissaire franc-maçon, assiste à la mise aux enchères d’un sarcophage du Moyen Âge. Un sarcophage unique au monde, car il contient selon le commissaire-priseur, les restes d’un… vampire.
C’est le début de la plus étrange aventure d’Antoine Marcas.
Une enquête périlleuse qui va le mener, en France et en Angleterre, sur la piste de la relique la plus précieuse de la chrétienté.
Le Graal. Une enquête aux frontières de la raison qui ressuscite Perceval, le roi Arthur et la geste légendaire des chevaliers de la Table ronde.

Mon avis : Et c’est parti pour un, non deux voyages… La quête du Graal de Marcas et une plongée dans la quête de Perceval ! Bienvenue en forêt de Brocéliande… J’ai adoré. Si le monde continue comme maintenant, la foi catholique sera prochainement réduite à une peau de chagrin et l’Islam gouvernera le monde. Mais jusqu’où l’Eglise est-elle prête à aller pour triompher ? Entre thriller ésotérique, guerre de religions, fable et légende… Amour entre père et fils, entre mari et femme, fidélité chevaleresque, un petit zeste d’Indiana Jones … du glauque, de la quête, du merveilleux, du rêve et du cauchemar… et aussi beaucoup d’informations historiques, des précisions sur les apports des maçons dans la culture actuelle (la manière de marcher des tailleurs de pierre – les chiffres le 3, le 5, le 7) et petits détails intéressants, un cours sur l’héraldique …Une fois encore sous le charme des aventures du Commissaire Marcas. La chasse au Graal est ouverte…. Et une belle révision de Chrétien de Troyes en prime…Mais je pense que certains vont trouver la légende arthurienne un peu trop présente..

Extraits :

Il m’a parlé d’ours polaires assis sur la banquise. Avec le réchauffement climatique, ces plantigrades voient leur territoire se réduire d’année en année, plaque de glace après plaque de glace, et finissent par couler dans l’océan. Ce rapport lui inspirait la même crainte, ce serait l’équivalent d’un réchauffement climatique pour l’Église.
Albertini devint livide.
— Soyez précis.
— C’est pourtant limpide. L’Église est un ours, assis sur une vaste banquise, une banquise durcie par la foi de plus d’un milliard de fidèles.

La pluie et le vent torturaient son parapluie avec un sadisme inhabituel en cette période de l’année.

ses parents lui avaient inoculé le virus d’une merveilleuse maladie. Une fièvre qui donnait à celui qui en était frappé la faculté de remonter le temps. La maladie de l’histoire.

N’écoute jamais les adultes. Il faut toujours croire aux contes de fées.

Sa vie affective était devenue plus désertique que le Sahara et le Gobi réunis. Comme le chevalier du conte…

Elle lui lança un regard aussi acéré que le gros couteau de boucher avec lequel elle s’apprêtait à découper la chair tendre et rosée.

Les hommes veulent du merveilleux.

l’Église est empoisonnée par le rationalisme et que l’antidote consiste à injecter du merveilleux à haute dose. En l’occurrence le Graal.

Eh bien Star Wars, c’est la Force, l’Église catholique, c’est la Foi. À la différence que vous, ça fait deux mille ans que vous projetez le même film. Malheureusement pour vous, vous avez zappé les effets spéciaux.

Chrétien de Troyes publie son Conte du Graal autour de 1190, or à cette époque l’Occident subit de graves revers en Terre sainte. À la tête de ses armées, Saladin prend Jérusalem et la plupart des places fortes de la région. Les chrétiens sont expulsés, massacrés ou envoyés en esclavage. Il ne reste plus que quelques bastions comme Tyr et Antioche. Face à la catastrophe, le pape Grégoire VIII lance la troisième croisade. Le Graal est une magnifique parabole d’une nouvelle quête, celle de la reconquête de la Terre sainte. Ce n’est pas un hasard si les écrivains continuateurs de Chrétien de Troyes vont tous axer la quête du Graal dans une optique de plus en plus chrétienne.

je place la science au firmament, non pas comme une idole, mais comme une manifestation de l’esprit de Dieu.

on ne faisait plus rêver en parlant de l’odeur de vieux cuir des reliures et du plaisir sensuel à tourner les pages de papier.

Une uchronie, c’est quand tu modifies le sens des événements, que tu imagines un autre destin à l’Histoire. Que se serait-il passé si César avait échappé au poignard de Brutus ? Si Napoléon l’avait emporté à Waterloo ?

Un monde sans couleur est un monde sans âme. Un esprit sans couleur est un esprit sans vie.

la tradition ésotérique française. Une tradition souvent dédaignée au pays de Descartes et de Voltaire, mais fondatrice, car elle plongeait ses racines dans un incroyable terreau imaginaire, historique et culturel. Où se retrouvaient dans une chaîne séculaire aussi bien l’alchimiste Nicolas Flamel, les fées de Brocéliande, le dernier grand maître des Templiers, Jacques de Molay, ou les énigmatiques Cathares hérétiques de Montségur. La substantifique moelle de ses best-sellers mondiaux se nourrissait, sans état d’âme, de ce fabuleux patrimoine légendaire.

Quelle est cette couleur qui baigne notre cerveau, fruit de millions d’années d’évolution ? Il fut un temps où nous avions un arc-en-ciel en tête : nous avions foi en l’avenir, dans le progrès. Nous rêvions d’utopie, d’un monde plus juste, plus beau. Eh bien, en ce troisième millénaire, cette couleur a viré au gris. Un gris sans âme, sans rêve, sans espoir. Et ce gris se densifie jusqu’à devenir noir. Un noir de peur, de méfiance, d’intolérance propagées par les journaux, la télévision, la radio et les réseaux sociaux. Les politiques ne nous apportent aucune espérance. L’insécurité, le chômage et le terrorisme ont tout gangrené. Nos cerveaux ont pris la couleur de la nuit.

Le bleu des nuits célestes, l’orange des aubes d’été, le vert naissant des printemps, l’or jaune du soleil, le rouge des passions. Des teintes éclatantes pour colorer à nouveau le cerveau des hommes. C’est ce que j’essaye de faire humblement dans mes romans. Je ne suis qu’un modeste peintre qui redonne de l’éclat à l’imaginaire des hommes. Tel est mon but, réveiller en vous le sens du merveilleux… ou du conte de fées. Appelez ça comme vous voudrez.

Ré-enchanter le monde, voilà l’enjeu de ce troisième millénaire. Sinon, nous laisserons à nos enfants un monde en gris et en noir.

Pour cette église du polar, le genre repose sur deux piliers d’airain. Le style, l’écriture si tu préfères, et la dénonciation de l’injustice sociale. Or, je n’ai ni la prétention d’avoir une plume dorée à l’or fin, ni le désir, et encore moins le talent, d’imiter les grands du genre, un Manchette, un Ellroy, un Burke ou un Pouy. Le polar marque le quotidien au fer rouillé du réel, alors que le thriller ésotérique le sublime. Je ne suis pas non plus Umberto Eco… Moi, je succombe avec délices aux sortilèges de l’ésotérisme ! Je ne suis qu’un modeste romancier qui veut faire rêver ses lecteurs. Mais ce rêve n’entre pas dans les canons de l’orthodoxie…

Best-seller ! Chut… malheureux ! Tu abordes un autre tabou. Tu prononces le mot honni. Dans les cénacles élitistes littéraires, plus tu as de lecteurs plus tu deviens suspect. Très… français comme vision. Mon Dieu, cachez ces chiffres de vente ! Haro sur ces engeances littéraires souillées de marketing, véritables insultes à la pureté originelle du livre !

Il fut un temps où les vampires et les morts-vivants étaient tout aussi réels pour nos ancêtres que la pluie ou le soleil.

Le vampire, le mort-vivant, qu’il soit d’origine démoniaque ou issu du corps d’un mortel, a traversé et influencé toutes les civilisations. Qu’importe son nom ou ses incarnations. Incubes et succubes chez les Mésopotamiens, Lamia et Empusa pour les Grecs, Stryges dans la Rome impériale, Aluka pour les juifs, Dhampires en Bohême, Nosferat ou Strigoïs en Roumanie, toutes ces créatures ont toujours infesté les campagnes à la tombée de la nuit pour puiser leur vie dans le sang.

Ainsi, en Irlande, il fallait éviter de croiser le Dearg-Dul au coin d’une forêt sombre, les soirs de pleine lune. Les Écossais, eux, craignaient la Baobhan Sith, une fée à l’allure envoûtante qui hurlait à la mort dans la lande. Et parfois même, les vivants buvaient le sang des défunts afin de s’approprier leur force et leur courage, comme certaines tribus vikings du Danemark.

Le symbole de l’homme qui marche pourrait indiquer cette progression. Il sort de la tombe de l’ignorance pour aller vers la lumière. Vers le Graal.

— « La souffrance a ses limites, pas la peur. » Arthur Koestler

Tout est symbole. Si le langage parle à l’esprit, le symbole, lui, parle à l’âme. Là où les mots renvoient à des choses ou à des concepts, par le biais de la raison, le symbole, lui, fait appel à l’émotion ; il fait vibrer en chacun des sensations inconnues, des souvenirs oubliés et il en dévoile les correspondances profondes et véritables

— Mais c’est la vérité.
— La vérité de la raison, oui. Mais celle de l’imaginaire est tout autre.

Une pénombre diffuse colorait en sombre toute la partie inférieure de la construction.

L’héraldique, les hiéroglyphes de la féodalité, comme le disait votre bon vieux Victor Hugo.

Un blason se décrypte en fonction de quatre éléments fondamentaux. La couleur, la partition, les pièces et les meubles. La combinaison de ces quatre éléments explique l’extraordinaire variété des armoiries.

Ici, commençait un château obscur et merveilleux où seuls les chevaliers archivistes et paléographes pouvaient chevaucher entre les murailles de papier.

Mille vies n’auraient pas suffi pour dévorer les quatre-vingt-cinq kilomètres de linéaires entreposés dans ce royaume souterrain. Un royaume peuplé de fantômes parcheminés.

(Les archives) : C’est le cœur nucléaire des origines du christianisme – et, comme dans les centrales atomiques, il faut se protéger de sa radioactivité.

Vous lisez le français ?
— Oui, n’est-ce pas la langue de la diplomatie vaticane ?

À Brocéliande, continua l’écrivain, Morgane fut recueillie par Merlin qui lui apprit les secrets de la magie, puis lui confia la tâche de mettre à l’épreuve les chevaliers qui se lançaient dans la quête du Graal.

— C’est la Grande Ourse, reconnaissable entre toutes : elle a la forme d’une casserole.
— Exact. Ursa Major. C’est fascinant.
— Je ne vois pas en quoi, répliqua Antoine, c’est la constellation la plus banale de la voûte étoilée.
— Pour toi, mais dans la tradition celtique, elle est connue sous un autre nom bien plus mystérieux : Karr Arzhur, le Chariot d’Arthur. Parce que le nom d’Arthur vient du mot « ours », Arzhen breton ou Arth en gallois… Voilà pourquoi le plantigrade orne son blason et que le surnom d’Arthur est le roi des ours.

De tous les feux qui enflamment l’esprit, l’imagination est le plus puissant, déclara Theobald, surtout quand on fait souffler le vent dans le bon sens. Déjà nos spécialistes travaillent à préparer l’opinion, à l’orienter… croyez-moi, aujourd’hui, entre les algorithmes et le Big Data, jamais la science n’a été aussi proche de Dieu.

L’imaginaire ! Les hommes en ont aussi sûrement besoin que l’air, l’eau ou la foi. L’Église a commis une faute impardonnable en abandonnant l’imaginaire des hommes à l’industrie du divertissement culturel. Et aux autres religions. Nous devons à nouveau offrir du rêve à nos fidèles.

Était-il possible que l’on puisse abuser les hommes jusqu’à leur faire croire tout et son contraire ? Ou alors la science de manipulation avait-elle atteint un tel point qu’elle servait les intérêts de Dieu ?

Fort est celui qui assume ses faiblesses, faible est celui qui les nie.

Chacun est parti affronter la Quête, son arme favorite à la main. Qui, son courage légendaire, qui, sa volonté de fer, qui, son intelligence hors pair. Et pourtant, tous ont échoué. Parce que tous ont cru que le Graal était une conquête, alors qu’il est un destin. Et un destin ne se conquiert pas, il se mérite.

Le miracle est dans l’œil de celui qui le vit

Si ce que nous savons nous élève, c’est ce que nous ignorons qui nous révèle.

… l’adversaire intérieur. C’était bien l’homme qui le nourrissait par ses frayeurs irrépressibles, qui lui donnait corps par ses peurs incontrôlées.

Il est plus facile de tuer un démon que vaincre sa peur du démon

Pour l’enfant de Cornouailles, où chaque arbre a une âme et chaque pierre sa légende, le merveilleux était aussi quotidien que la rosée du matin. Toutefois, il avait appris à se méfier de ses propres impulsions. L’intelligence du cœur n’est pas innée. À chaque intuition, il fallait une pierre d’angle.

L’art des signes n’a rien à voir avec la magie. C’est une haute science : là où les hommes aveuglés par eux-mêmes ne voient que passer le hasard, celui qui connaît l’alphabet du destin peut lire dans le grand livre de la vie.

Son caractère était pareil à un paysage qui se dévoilait progressivement : peu à peu surgissaient des parcelles inattendues.

l’important n’est pas de connaître son avenir, l’important c’est d’y participer en pleine confiance.

Savez-vous qu’en latin gauche se dit sinister ?
— Comme sinistre ?
— Exactement, dans la science des signes visibles, tout ce qui va vers la gauche est mauvais présage.

le visage figé par une douleur devenue muette d’être trop vive. Il ne sentait plus ni son corps ni sa vie. La souffrance ne brise pas la volonté, non, elle la broie, l’émiette au vent et il n’en reste que cendres.

La logique est une folle boussole dans les champs magnétiques du merveilleux.

Infos :

Mythologie :

Asmodée, gardien des trésors enfouis : Le nom Asmodée viendrait de l’altération du nom d’un démon avestique, Aešma-daeva, littéralement démon de la colère qui pourrait aussi signifier en hébreu « celui qui fait périr ». Il est mentionné dans le livre de Tobit, III.8, chassé du corps de Sara par l’archange Raphaël. Traduit en latin par Asmodeus, sa signification est « Le souffle ardent de Dieu ». ( voir sur wikipédia)

Visite de Paris :
– La rue Henry-de-Jouvenel est la plus courte de Paris. Elle ne compte que trois numéros dont le premier a été donné à ce long mur de pierres, gravé en lettres noires, « Bateau ivre » de Rimbaud.
– la rue Férou. C’est là qu’Alexandre Dumas, dans Les Trois Mousquetaires, place la demeure d’Athos.
– Galerie Vivienne : L’escalier monumental du numéro 13 conduit à l’ancienne demeure de Vidocq après sa disgrâce

Les chiffres : le 3, le 5, le 7 …
En symbolique, le cinq représente l’être humain – les cinq sens, les cinq doigts de la main qui servent à saisir la matière. C’est aussi l’homme de Vitruve de Léonard de Vinci, celui qui a les bras et les jambes écartés dans un pentagone. Et en hébreu, la signification du chiffre 5 est : « saisissement ».Voltaire : — Ce chantre des Lumières, franc-maçon sur le tard, grand pourfendeur de l’Église toute sa vie, termine sa lettre « en baisant humblement les pieds » du Saint-Père.

 

Vargas, Fred « Temps glaciaires » (2015)

Auteur : Médiéviste et titulaire d’un doctorat d’histoire, Fred Vargas est chercheuse en Histoire et Archéologie au CNRS. Primés à plusieurs reprises, adaptés au cinéma (Pars vite et reviens tard) et à la télévision, traduits dans plus de quarante langues, ses romans policiers sont des best-sellers en France comme en Allemagne et en Italie. Son dernier opus, Quand sort la recluse, a été publié en 2017 chez Flammarion.

Les enquêtes du Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg (11ème)

Jean-Baptiste Adamsberg : « L’homme aux cercles bleus » – 1991 / « L’homme à l’envers » – 1999 / « Les quatre fleuves » – 2000 / »Pars vite et reviens tard » – 2001 / « Sous les vents de Neptune » – 2004 / « Dans les bois éternels » – 2006 / « Un lieu incertain » – 2008 / « L’armée furieuse » – 2011 / « Temps glaciaires » – 2015 /  » Quand sort la recluse – 2017

Résumé : « Adamsberg attrapa son téléphone, écarta une pile de dossiers et posa les pieds sur sa table, s’inclinant dans son fauteuil. Il avait à peine fermé l’œil cette nuit, une de ses sœurs ayant contracté une pneumonie, dieu sait comment. — La femme du 33 bis ? demanda-t-il. Veines ouvertes dans la baignoire ? Pourquoi tu m’emmerdes avec ça à 9 heures du matin, Bourlin ? D’après les rapports internes, il s’agit d’un suicide avéré. Tu as des doutes ? Adamsberg aimait bien le commissaire Bourlin. Grand mangeur grand fumeur grand buveur, en éruption perpétuelle, vivant à plein régime en rasant les gouffres, dur comme pierre et bouclé comme un jeune agneau, c’était un résistant à respecter, qui serait encore à son poste à cent ans. — Le juge Vermillon, le nouveau magistrat zélé, est sur moi comme une tique, dit Bourlin. Tu sais ce que ça fait, les tiques ? »

Mon avis : Grand écart entre l’Islande et la Révolution française. J’ai retrouvé avec plaisir la fine équipe (pas assez de Violette à mon gout) . Le mode de fonctionnement si particulier d’Adamsberg se marie à la perfection aux brumes d’un ilot rocheux perdu au large de l’Islande. Et j’ai adoré voir l’équipe plongée dans la vie de Robespierre, Danton, Desmoulins et autres… Les monstres se suivent et les folklores se visitent … après l’Armée furieuse et sa « mesnie », c’est au tour de «l’afturganga» ; pour ce qui est des époques, après le Moyen-Age, on vit la Commune de Paris et la Terreur de l’intérieur.
Je me suis régalée. Et j’ai adoré l’arrivée du nouvel ami d’Adamsberg, Marc, que je vous laisse découvrir.

Extraits :

S’il y avait réellement un fond de l’air, comment appelait-on l’autre partie ? Le dessus de l’air ?

Elle avait commencé un puzzle immense, une œuvre de Corot. Elle espérait bien finir le ciel avant son départ. Le ciel, c’est ce qu’il y a de plus difficile. À faire comme à atteindre, je la cite encore.

Son influence était sournoise comme une inondation, et il devait, c’est exact, y prendre garde. Se tenir loin des berges glissantes de son fleuve.

— Comment veux-tu qu’on s’éloigne de quelque chose quand on ne sait pas où on est ?

Elle portait sur son bras le gros chat blanc de la brigade qui, amorphe, reposait sur elle comme un linge propre plié en deux, détendu et confiant, ses pattes ballottant d’un côté et de l’autre.

Et en protection, continua Adamsberg, car on ne sait jamais en effet, cinq avec moi sur les arrières. C’est-à-dire vous seule, Retancourt.

Consigne surprenante de la part d’Adamsberg, qui avait tout de l’éponge dérivante et rien d’un coquillage « collé », plaqué obstinément sur son rocher.

La mémoire du commandant Danglard, confirma Adamsberg, est un abîme surnaturel où mieux vaut ne pas mettre les pieds.

Le rire est une défense contre ce qui impressionne.

Château souffrait et sa douleur se diffusait comme un parfum toxique dans la petite pièce, touchant chacun des hommes.

Depuis deux jours, il vivait au XVIIIe siècle, auquel il prenait goût peu à peu. Non, il ne prenait pas goût, il s’habituait, voilà tout.

On va de tous côtés, on dérape comme des billes sur du verglas. On a perdu le chemin. Ou plutôt, on ne l’a jamais trouvé.

C’est que c’est bien une pensée à toi. C’est dommage, quand t’y réfléchis, que les pensées n’aient pas de nom. On les appellerait, et elles viendraient se coucher à nos pieds ventre à terre.

Parce qu’une tornade qu’on sent approcher à pas de loup effraie bien plus qu’une trombe qui vous submerge brutalement.

Et à la brigade, chacun savait ce que ce brouillage signifiait. Errance, vapeurs, pelletage de nuages en trois mots.

Un enfant abandonné se voit attribuer trois prénoms, dont le dernier sert de nom de famille.

Adamsberg tenait de sa mère une prudence excessive quant à l’expression des sentiments qui, disait-elle, s’usent comme un savon et tournent en débandade si on en parle trop.

C’est juste une cuite éclair. Il est tombé dans la bouteille de porto, il faut qu’il sèche, c’est tout.

L’alcool sucré monte au cerveau avec la célérité d’un acrobate sur un fil.

Je n’ai jamais cru que l’alcool accouchait de la vérité. Des douleurs, sans aucun doute.
— En ce cas pourquoi l’avez-vous poussé à boire ?
— Pour qu’il lève les freins et dévale aussi loin que possible sur la route. Ce qui ne veut pas dire qu’il a été jusqu’au bout. Même abruti, même les barrières fracassées, inconscient veille sur ses biens les plus précieux

On ne se vouvoie pas sous la Révolution. Nous sommes égaux

Je dis que quiconque tremble en ce moment est coupable ; car jamais l’innocence ne redoute la surveillance publique.

Si tu annules, ça va s’infecter. Et tu pleureras. Quand le bagage est fait, l’homme ne se retourne pas.

C’est que l’Islande, c’est noir et blanc, vous voyez ? Roche volcanique et neige et glace. Alors les couleurs, ça va bien avec. Tout va avec le noir, c’est ce que disent les Français. Mais attendez de voir le bleu du ciel. Jamais vous avez vu un bleu pareil, jamais.

Comme s’il avait guillotiné, non pas des hommes, mais des concepts : le vice, la trahison, l’hypocrisie, la vanité, le mensonge, l’argent, le sexe.

Détail inutile dans son mensonge, donc détail véridique.

S’ennuyer comment ?
— C’est sans doute une des seules choses valables que je t’aie données. Même quand tu ne fais rien, tu ne t’ennuies pas.

Ralentis, rien ne presse, ralentis. Mais cette vitesse, si rare chez lui, convenait au défilement disparate de ses pensées, des phrases et des images. Comme si la vitesse allait les lisser toutes ensemble, comme on bat des œufs.

 

 

 

 

 

Sansom, C.J. «Lamentation» (2016)

Auteur : Né en 1952 à Édimbourg, Sansom a suivi ses études à l’université de Birmingham, où il a obtenu un Bachelor of Arts (Licence) et un Ph.D. (Doctorat) en Histoire. Après de multiples emplois, il a décidé de se « recycler » en tant qu’avocat-conseil. Il a quitté son travail afin de devenir écrivain à temps plein.

Les Larmes du diable a gagné le prix Ellis Peters du roman historique décerné par la Crime Writers’ Association en 2005 et il fut finaliste du même prix pour ses romans Dissolution et Prophétie.

La plupart de ses livres se déroulent au XVIe siècle et son personnage principal est l’avocat Matthew Shardlake, qui travaille pour lord Thomas Cromwell dans les deux premiers romans de la série, puis pour l’Archevèque Thomas Cranmer dans les deux suivants et enfin pour la reine Catherine Parr dans le dernier. Il a également écrit « Un hiver à Madrid » qui est un thriller d’espionnage qui se déroule en Espagne en 1940 et « Dominion » ( Et si les nazis avait conquis l’Angleterre ? Et si la Seconde Guerre mondiale avait pris fin en 1940 ? Soudain, l’Histoire prend un tout autre tournant…)

Série « Matthew Shardlake »

Tome 5 « Lamentation »

Mêlant histoire et suspense, une nouvelle enquête de Matthew Shardlake, l’avocat bossu, humaniste et brillant, chargé de sauver la reine d’une terrifiante chasse aux hérétiques. Mais quand les amis Protestants sont plus dangereux que les ennemis Catholiques, à qui peut-on se fier ? Et si par sa loyauté, Shardlake s’était frayé une voie royale vers le bûcher ? Un sixième tome qui clôt le règne d’Henri VIII, sur fond de tensions religieuses, de machinations et de passions.

Sombres machinations, passions dévastatrices et tensions religieuses au cœur de l’Angleterre tourmentée des Tudor ; une nouvelle enquête de Matthew Shardlake, le talentueux avocat bossu, confronté au plus grand des défis : sauver la reine.

Rien ne va plus au royaume des Tudor : alors qu’il s’apprête à pousser son dernier soupir, le tyrannique Henri VIII tente un ultime rapprochement avec le catholicisme dans l’espoir de recommander son âme à Dieu. La chasse aux hérétiques protestants est de nouveau ouverte, les bûchers ne désemplissent plus.

C’est dans ce contexte explosif que Matthew Shardlake est contacté par Catherine Parr, sixième épouse du souverain. Celle-ci est terrifiée : fervente protestante, elle a couché ses pensées dans un journal intime qui a disparu, et dont quelques feuillets ont été retrouvés chez un imprimeur… fraîchement assassiné. Et si les conseillers catholiques du roi avaient en leur possession la preuve de l’hérésie de la reine ? Que risque-t-elle si l’affaire arrive aux oreilles d’Henri VIII ?

Prêt à tout pour aider sa fidèle protectrice, Shardlake se lance dans une enquête particulièrement dangereuse. À qui se fier ? Les amis protestants seraient-ils plus dangereux que les ennemis catholiques ? Comment infiltrer le milieu des fanatiques sans risquer d’être soi-même accusé d’hérésie et de finir au bûcher ?

 

Contexte (note de l’auteur)

En 1532-1533, Henri VIII avait rejeté la suprématie du pape sur l’Église d’Angleterre, mais durant le restant de son règne il oscilla entre deux tendances : le maintien des rituels catholiques traditionnels, d’une part, et l’évolution vers des pratiques protestantes, d’autre part. Ceux qui souhaitaient garder les rituels traditionnels – certains d’entre eux auraient même souhaité faire de nouveau allégeance à Rome – étaient appelés conservateurs, traditionalistes, voire papistes. Ceux qui voulaient adopter les pratiques luthériennes, et plus tard les pratiques calvinistes, étaient appelés radicaux ou protestants. Les termes « conservateur » et « radical » n’avaient alors aucune connotation politique.

En 1546, la pierre de touche de la croyance acceptable était l’adhésion à la doctrine catholique traditionnelle de la « transsubtantiation », selon laquelle le pain et le vin consacrés au cours de la célébration par le prêtre de l’Eucharistie deviennent véritablement le corps et le sang de Jésus-Christ. Henri VIII ne s’écarta jamais de cette croyance traditionnelle. Selon l’« Acte des six articles », de 1539, nier ce dogme constituait une trahison, le coupable étant passible du bûcher. L’autre article de foi fondamental selon Henri VIII était la « suprématie royale », à savoir que Dieu avait décidé qu’en matière de doctrine les monarques, et non pas le pape, étaient les arbitres suprêmes dans leur pays.

Mon avis: C’est toujours un plaisir de retrouver Matthew Shardlake et Barak… L’Histoire et l’histoire sont une fois de plus au rendez-vous. Un gros pavé, certes, mais fascinant de bout en bout. Extrêmement bien documenté une fois encore, nous vivons les derniers mois du Roi et les magouilles pour accéder à la régence… Notre brave avocat va au-devant des pires dangers, il navigue en eaux troubles, ne sait pas trop à qui se fier… Son entourage est bien peu fiable… les ennemis sont partout. Au péril de sa vie et de ses deux employés, Barak et Nicholas, il va tenter de mener l’enquête pour voler une fois encore au secours de la Reine Catherine. Il va en parallèle travailler sur une sombre histoire d’héritage qui va opposer un frère et une sœur… Espérons qu’il va arriver vivant à la fin de l’épisode et que nous allons le retrouver pour la suite…

Extraits :

Ils avaient tous les trois fait leur ascension sous Thomas Cromwell, avant de virer vers la faction conservatrice du Conseil privé après la chute de Cromwell, pliant et se contorsionnant selon le sens du vent, hommes toujours à deux visages sous un seul bonnet.

Comme vous vous en êtes sans doute déjà rendu compte, soupira-t-il, la cour est un endroit où règnent la peur et la haine. La véritable amitié en est totalement absente. Même au sein d’une famille. Les Seymour se querellent et se donnent des coups de griffes comme des chats.

Vous connaissez la devise de la reine ?
— “Faire œuvre utile”.

On ne sait jamais, conclut-il d’un air sombre, si les fous sont toujours aussi idiots qu’ils le paraissent.

Vous savez, repris-je après quelques secondes, j’ai toujours considéré que les gens qui ont une fois inébranlable, qu’ils soient d’un bord ou de l’autre, sont les hommes les plus dangereux. Mais, tout récemment, je me suis demandé si je ne me trompais pas et si les pires n’étaient pas ceux qui, comme certains personnages très haut placés à la cour – Wriothesley ou Rich –, passent d’un bord à l’autre pour satisfaire leur ambition.

En ce qui concerne les questions de foi, répondit-il d’un ton chagrin, il vaut mieux parler avec la sagesse du serpent qu’avec l’innocence de la colombe, selon les propres paroles de Jésus-Christ.

 

Lien vers : Série « Matthew Shardlake » : http://www.cathjack.ch/wordpress/?p=1139

 

Image : Catherine Parr, sixième épouse du souverain

Kerr, Philip «La mort, entre autres» (2009)

L’Auteur : Philip Ballantyne Kerr est un auteur écossais, né le 22 février 1956 à Edimbourg (Ecosse). Il a fait ses études de droit à l’université de Birmingham. Il a ensuite travaillé dans la publicité et comme journaliste free-lance, avant de remporter un succès mondial avec sa trilogie située dans le Berlin de la fin des années trente et de l’immédiat après-guerre (Un été de cristal, La Pâle Figure, Un requiem allemand), avec le détective privé Bernie Gunther, également présent dans The One From the Other (2006). Alors qu’il avait annoncé la fin de Gunther après la publication de la trilogie, il lui consacre de nouvelles aventures depuis 2006.

4ème enquête de Bernie

Série Bernhard Gunther (Bernie)
(les trois premiers forment « la trilogie Berlinoise »)
L’Été de cristal (en français 1993) – se déroule en 1936
La Pâle Figure (en français 1994) – se déroule en 1938
Un requiem allemand (en français 1995) – se déroule en 1947-48
La Mort, entre autres (en français 2009) – se déroule en 1949
Une douce flamme (en français 2010) – se déroule en 1950
Hôtel Adlon (en français 2012) – se déroule en 1934 et 1954
Vert-de-gris (en français 2013) – se déroule en 1954
Prague fatale (en français 2014) – se déroule en 1941
Les Ombres de Katyn (en français 2015) – se déroule en 1943
La Dame de Zagreb (en français 2016) – se déroule en 1942
Les Pièges de l’exil (en français 2017) – se déroule dans les années 1950
Prussian Blue (2017 en anglais)

 

Résumé : 1949. Munich rasée par les bombardements et occupée par les Américains se reconstruit lentement. Bernie Gunther aussi : redevenu détective privé, il vit une passe difficile. Sa femme meurt, il a peu d’argent et surtout, il craint que le matricule SS dont il garde la trace sous le bras ne lui joue de sales tours. Une cliente affriolante lui demande de vérifier que son mari est bien mort, et le voici embarqué dans une aventure qui le dépasse. Tel Phil Marlowe, et en dépit de son cynisme, Gunther est une proie facile pour les femmes fatales. L’Allemagne d’après-guerre reste le miroir de toutes les facettes du Mal et le vrai problème pour Gunther est bientôt de sauver sa peau en essayant de sauver les apparences de la morale. Atmosphère suffocante, hypocrisies et manipulations, faits historiques avérés façonnés au profit de la fiction : du Philip Kerr en très grande forme.

Mon avis : Après la « Trilogie berlinoise » j’ai retrouvé avec plaisir Bernie. Moi qui ne suis pas une grande amatrice de cette période de l’Histoire (je préfère ce qui va de la Préhistoire à la Belle Epoque) j’apprécie les livres de Philip Kerr et leur contexte historique. Dans ce roman j’en ai beaucoup appris sur les brigades du Nakam, ou brigades de la Vengeance israéliennes, sur le camp de Lemberg-Janowska – où fut interné Simon Wiesenthal – et aussi sur les filières d’exfiltration des nazis. En plus (c’est comme quand j’étais petite devant un film), comme je sais qu’il y a encore plusieurs tomes des enquêtes de Bernie, je suis rassurée sur son sort, même quand il se retrouve dans des situations périlleuses… Cet auteur allie l’humour au sens des descriptions et il nous entraine dans des aventures palpitantes. Je ne vais pas tarder à enchaîner avec le suivant…

Extraits :

Il était souriant, mais ses yeux démentaient ce sourire.

Dans ce bâtiment, et entouré de tous ces uniformes noirs, il avait l’air d’un enfant de chœur essayant de se lier d’amitié avec une meute de hyènes.

La petite bouche se crispa sur un sourire qui n’était que lèvres, sans les dents, telle une cicatrice que l’on vient de recoudre.

Je n’avais guère d’autre choix que le désastre ou l’inacceptable.

Le Caire était le diamant serti sur le manche de l’éventail du delta du Nil.

 Là, la quasi-totalité des bâtiments me renvoyaient à ma propre personne – seule leur façade était encore debout, si bien que, dans son aspect général, la rue semblait à peu près intacte, alors qu’en réalité tout était endommagé en profondeur, ravagé par les incendies. Il était grand temps de procéder à quelques réparations.

Il s’exprimait à la cadence d’un canon, c’étaient des salves de mots, courtes et virulentes, comme s’il avait appris comment se comporter envers les malades aux commandes d’un Messerschmitt 109.

Elle donnait autant l’impression d’avoir besoin d’aide que Venise de pluie.

Certaines personnes fument pour se détendre. D’autres pour stimuler leur imagination ou pour se concentrer. Dans mon cas, c’était un mélange des trois.

Son visage évoquait moins Jésus que Ponce Pilate. Les sourcils épais et noirs étaient ses seuls ornements pileux. Le crâne ressemblait au dôme rotatif de l’observatoire de Gôttingen, et chaque oreille privée de lobe à l’aile du démon.

C’était le jour. La lumière se déversait par les fenêtres. Des grains de poussière flottaient au milieu d’éclatantes barres de lumière obliques, comme de minuscules personnages issus de je ne sais quel projecteur de cinéma céleste. Il ne s’agissait peut-être que d’angelots envoyés pour me conduire vers une version possible du paradis. Ou de petits filaments de mon âme, impatients d’accéder à la gloire, partis en éclaireurs sur la route des étoiles avant le reste de ma personne, tâchant de devancer la ruée.

Henkell était de la taille d’un réverbère, avec des cheveux gris-Wehrmacht et un nez en forme d’épaulette de général français. Ses yeux étaient d’un bleu laiteux, avec des iris de la taille d’une pointe de pinceau. Ils ressemblaient à deux petits tas de caviar dans leur soucoupe en porcelaine de Meissen. Son front était creusé d’une ride aussi profonde qu’une tranchée de chemin de fer, et une fossette prêtait à son menton le relief d’un insigne de Volkswagen.

Tu sais, moi, j’ai une théorie : l’amour n’est qu’une forme temporaire de maladie mentale. Une fois qu’on l’a compris, ça se traite. Ça se traite avec des médicaments.

Quelle était la réplique de Sherlock Holmes au docteur Watson ? Vous voyez, mais vous n’observez pas.

Les gens du cru sont à peu près aussi affables qu’une fourche aux dents froides.
— En réalité, ils sont tout à fait amicaux quand vous apprenez à les connaître.
— C’est drôle. Les gens vous disent la même chose quand leur chien vient de vous mordre.

Je suis allemand, et je ne peux rien y changer. Pour l’heure, c’est un peu comme d’avoir sur soi la marque de Caïn.

Je me sentais comme un tableau de grand maître de très petit format, cerné, piégé dans un énorme cadre doré – le genre de cadre qui est censé mettre en valeur l’importance de la toile. Piégé.

il y avait un vieux dicton : ce qui compte, ce n’est pas avec quoi tu tires, mais où tu vises.

Image : Janowska était un camp de travail Nazi, un camp de transit à la périphérie de Lwów (alors en Pologne, actuellement partie de l’Ukraine) créé en septembre 1941. Le camp est appelé Janowska en raison de la rue proche ulica quand la ville a été intégrée à la République socialiste soviétique d’Ukraine. Le camp est détruit en novembre 1943. Selon le Procureur Soviétique au Procès de Nuremberg, Yanov aurait été un camp d’extermination qui aurait fait 200 000 victimes.

 

Lien vers la série Bernhard Gunther (Bernie)