Ekberg, Anna «Amour entre adultes» (2019)

Ekberg, Anna «Amour entre adultes» (2019)

Auteurs : un duo : Anders Rønnow Klarlund et Jacob Weinreich (qui a déjà travaillé ensemble sous le pseudo A. J. Kazinski.)

Après « La Femme secrète » (2017), Anna Ekberg envisage dans «Amour entre adultes» (2019) les relations amoureuses sous tous leurs aspects, depuis la passion folle jusqu’à la froideur calculatrice, et nous offre un véritable chef-d’œuvre de suspens et d’acuité psychologique. 

Editions Cherche-Midi – 2.05.2019 – 443 pages.

Résumé : L’amour à mort. Caché dans l’obscurité, sous la pluie, Christian est assis au volant de sa camionnette. Il attend sa femme, Leonora. Tous deux sont mariés depuis vingt ans, ils ont un fils, tout semble leur réussir. Soudain, il voit la silhouette de Leonora qui court. Il serre le volant de toutes ses forces. Leur première rencontre, leur premier baiser, leur histoire d’amour… il essaie d’oublier.
Il ne doit pas penser qu’elle est sa femme, ni même un être humain. D’ailleurs, est-elle encore sa femme ? C’est davantage une menace, quelqu’un qui, s’il ne fait rien, va détruire sa vie. Il a pris sa décision, une décision terrible. Il n’a pas le choix. Il appuie sur l’accélérateur. Il voudrait pouvoir fermer les yeux mais c’est impossible. Une dernière image avant le choc : la queue de cheval de Leonora qui se balance en rythme dans la pluie.
Trop tard pour changer d’avis. Une scène terrifiante : un homme s’apprête à tuer sa femme. Ce qui s’est passé avant ? Ce qui va se passer après ? Personne, pas même le plus perspicace des lecteurs, ne saurait le soupçonner.

Mon avis : J’avais beaucoup aimé leur premier roman, « La Femme secrète » le roman d’une disparition. Et je ne suis pas déçue par le deuxième. Ne vous fiez pas au titre qui peut induire en erreur… C’est à la fois un roman psychologique et un suspense… Difficile de vous raconter l’histoire, et d’ailleurs je ne vais rien vous dire pour que vous angoissiez d’un bout à l’autre du roman ! Sachez qu’une femme qui a tout sacrifié pour son mari et son fils peut s’avérer être une redoutable ennemie si vous imaginez la trahir et refaire votre vie. Il vaut mieux réfléchir à deux fois avant de choisir entre le passé et l’avenir… Ce qui est au départ le banal « le mari, la femme, la maîtresse » est un récit psychologique sur les thèmes de la jalousie et de la vengeance. Les personnages sont crédibles et l’homme est déchiré entre deux femmes qui sont le jour et la nuit et qui se disputent un trophée. Un thriller extrêmement bien construit, machiavélique et qui nous conduit au bout du suspense.

Extraits :

Il croise son regard et ne sait pas trop si ce qu’il y lit lui plaît. De la pitié. Elle n’arrive pas à la cacher. Il n’est plus qu’un homme qui vit dans le passé.

Je me rappelais ma première lettre. À cette époque on s’écrivait des lettres.
— On le fait toujours. Ça s’appelle des e-mails.

L’amour est comme un organisme vivant, avait-il pensé, comme des cellules de levure ou comme une bête – tout ce qui vit sur terre demande des conditions spéciales qui doivent être remplies pour qu’il germe et s’épanouisse. Tout comme la méduse ne peut pas vivre en eau trop froide ni le saumon en eau trop chaude, l’amour prospère mieux quand il n’y a pas trop de confort. Rien que deux individus, un bon feu et un tapis sur le sol.

Elle capte le reflet de son visage dans un miroir derrière l’employé. Qu’y voit-elle ? Une femme trompée ? Quelqu’un dont on se moque ? Non, elle voit soudain quelqu’un d’autre. Quelqu’un qu’elle n’a pas vu longtemps, qu’elle a réussi à refouler toutes ces années.

S’il y a deux personnes et que chacune pense seulement au bien-être de l’autre et pas à ses propres besoins, alors l’amour peut durer. On doit abandonner ses propres besoins à son partenaire, lui laisser la charge de vous donner ce dont vous avez besoin.

D’autres filles semblables à elle se réfugiaient toujours dans la bibliothèque. Disparaissaient dans les livres, s’évadaient dans des rêves. Pour Leonora, rêver ne suffisait pas. Elle voulait partir vraiment. Et le violon était la clé du monde extérieur à Mors.

Le violoniste peut créer des tons et des rythmes, mais le timbre habite le corps du violon, le timbre vit dans le bois de l’arbre, conifère et érable, le son s’y développe avec l’âge, comme la voix humaine ; quand le vernis et le bois vieillissent lentement, le timbre devient plus doux.

Ceux qui attendent leur tour sont ceux qui se noient. C’est toujours comme ça quand le bateau prend l’eau.

Pourquoi adore-t-on répéter encore et encore ces anecdotes sans âge quand on est vieux ? C’est peut-être comme pour la Bible. On écoute toujours les mêmes radotages parce que c’est un récit fondateur. Nous n’existons que si nous sommes racontés.

Elles affluent immédiatement : les pensées, elles vivent dans le noir, habitent sous ses paupières, des bêtes dans la nuit, qui l’empêchent de dormir. Le jour, il peut les mettre de côté, mais dès qu’il ferme les yeux, elles sont là.

Devenez donneur d’organe. Oui, s’il vous plaît. Donnez-moi un nouveau cœur, le vieux est cassé.

« Un divorce n’est au fond qu’une négociation. La plus compliquée des négociations », ajoute-t-elle. « On négocie avec les sentiments. […] Avec la culpabilité. Qui est coupable. Qui a dit quoi, qui s’est le plus sacrifié. Et quand cette négociation prend fin, on passe à la suivante : la négociation financière. ».

Une vie se divise en chapitres.  […] Certaines personnes sont les personnages principaux d’un chapitre pour devenir les personnages secondaires du suivant. Ou alors elles disparaissent.

« Nous aimons les gens comme ils sont au moment où nous les rencontrons. Puis nous changeons. Certains deviennent gros, ennuyeux ou tombent malades. »

Elle le savait déjà comme violoniste, c’est totalement absurde de rivaliser avec les autres. On ne rivalise qu’avec soi-même. On est seul à connaître ses raisons.

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