Aubert, Charles «Bleu Calypso» (RLH 2019)

Aubert, Charles «Bleu Calypso» (RLH 2019)

Auteur : Charles Aubert est diplômé de la Faculté de droit et de science politique d’Aix-Marseille (1985-1991). Responsable des assurances professionnelles à Generali France (1993-2006), il était directeur commercial d’une société d’assurances, de 2006 à 2012.À la faveur d’un plan social, il décide de quitter la ville et s’installe au sud de Montpellier, avec femme et enfants. Il choisit une cabane au bord de l’étang des Moures. En 2012, il crée le Canotage, atelier de fabrication de bracelets pour montres. Comme ses personnages, Charles Aubert s’est retiré dans une partie secrète de l’étang des Moures où ne vont jamais les touristes, entre sel et mer, pas très loin de Sète, un peu en-dessous de Montpellier. Après « Bleu Calypso », « Rouge Tango » est sorti en 2020.

Statkine & Cie – 07.01.2019 – 320 pages / Pocket 09.01.2020 – 336 pages)

Résumé : « Elle a attendu la fin de ma phrase pour esquisser un mouvement un peu théâtral, un geste inhabituel, une sorte de révérence irrévérencieuse. J’ai supposé que c’était destiné à m’inviter à la laisser entrer. Je me suis effacé sans trop comprendre et elle s’est engouffrée dans ma cabane comme une bourrasque de vent. »
Écrit à l’ombre du paradis simple et sauvage d’un Sud où l’auteur a lui-même planté sa cabane, ce polar doux se déroule dans une partie secrète de l’étang des Moures où ne vont jamais les touristes, entre sel et mer, pas très loin de Sète, un peu en-dessous de Montpellier.
Niels s’est retiré là pour refaire sa vie, au calme, loin de la ville qui s’essouffle. Il fabrique des leurres pour la pêche et les vend sur internet. Un matin, il découvre par hasard un cadavre. Tout l’accuse, tout bascule.

Mon avis : Immédiatement après avoir refermé « Rouge Tango » le deuxième roman de cet auteur que j’avais adoré, j’ai attaqué le premier. Même si ce n’est pas très important de lire le deuxième avant le premier du point de vue de l’enquête, je dois dire que faire plus ample connaissance avec les personnages est un plus indéniable. Beaucoup d’humour dans ce polar qualifié de « soft ». Une histoire qui tombe sur ce pauvre gars qui s’est retiré au milieu de nulle part pour y être tranquille et se trouve entraîné dans une course contre la montre et contre un tueur ; lui qui rêvait de solitude et de petite vie tranquille, il se retrouve encerclé par des cadavres, suspecté de meurtre, forcé d’enquêter par les hasards de la vie, ou plutôt par la persuasion d’une jeune journaliste, fille de son voisin et pour ainsi dire seul ami dont il se sent plus ou moins responsable. C’est frais, enlevé, rythmé, l’intrigue est sympa aussi et le suspense présent.  J’ai beaucoup aimé, et je me suis laissée prendre par le leurre bien construit par son fabricant. Le poisson est ferré… j’attends la troisième enquête…

Extraits :

On aurait dit que son visage était passé dans une machine à laver tellement il était plissé.

Tout le monde a des velléités d’exode urbain, mais, en définitive, il n’y en a pas beaucoup qui ont le courage de tout quitter.
Ce n’était pas faux, mais je n’avais pas eu l’impression de tout quitter. Plutôt celle de tout rejoindre. Je veux parler de la nature, le ciel immense, la mer et les loups dans les courants.

Le lendemain du jour où elle a pris l’avion, j’ai commencé à ressentir des difficultés à me lever le matin. Ensuite, tout s’est enchaîné, avec cette impression de faire de l’apnée dans le tambour d’une machine à laver. Le programme essorage a duré plus d’une année.

Je me suis calé dans le fond du fauteuil du mieux que j’ai pu, comme si je prenais place sur le siège d’une fusée interstellaire.

C’était pour moi un sas de décontamination dans lequel je me devais de passer. Un sas entre ma vie d’avant et la nouvelle vie que j’avais choisie. Une façon de mettre un point final à tout ça. Je ne savais pas à l’époque qu’on ne guérit jamais de son passé.

Quand j’ai refermé la porte derrière elle, les alarmes se sont arrêtées de sonner d’un seul coup à l’intérieur de ma tête et je me suis laissé glisser dans le silence de la cabane comme dans un duvet de plumes.

En définitive, mener une enquête, ça ressemblait pas mal à une partie de pêche. On balance un leurre et on fait en sorte que ça morde. Rien d’insurmontable.

vous concéderez qu’en matière de représentation de la féminité, Malkovitch, c’est pas exactement la Vénus de Botticelli.
Après un court silence pendant lequel je n’ai pas pu m’empêcher d’imaginer Malkovitch sortant des eaux, nu, debout dans une coquille Saint-Jacques géante, elle a repris.

Sète tire son nom du latin cetus qui veut dire cétacé. Les marins, arrivant du large, apercevaient au loin la silhouette du mont Saint-Clair se détacher sur l’horizon. Ils pensaient qu’il s’agissait d’une grosse baleine échouée.

— Qu’est-ce que ça veut dire Yolo ?
— C’est dans leur langage à eux. L’acronyme de You Only Live Once.

J’ai toujours eu du mal avec les personnes qui restent indifférentes aux merveilles de la nature, les blasés, les spécialistes de l’ironie facile.

Il était rangé, attaché à ses certitudes et à sa sécurité, elle était ivre de liberté. Le mariage d’une feuille de papier avec une bourrasque de vent.

 Je ne sais plus qui a écrit que l’humour est la politesse du désespoir,

la vie d’un enquêteur est un combat sans espoir contre les forces du mal.
— On peut dire ça de la vie en général, non ?

J’avais des choses à fixer, un besoin d’immobilité peut-être, pour compenser cette avalanche de faits plus sordides les uns que les autres. Ne dit-on pas que l’art est un refuge efficace contre la réalité ?

— Je croyais que les grands cuisiniers étaient plutôt des intuitifs.
— Ce n’est pas faux. Quand tu crées une nouvelle recette, tu laisses libre cours à ta créativité, mais il y a toujours une logique pour accompagner sa réalisation.

Il a ouvert le coffre, m’a lancé une de ces couvertures de survie en papier doré et argenté qui font ressembler les rescapés à des tablettes de chocolat aux noisettes.

Image : Etang de Thau

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