Shafak, Elif «Soufi, mon amour» (2010)

Shafak, Elif «Soufi, mon amour» (2010)

Autrice : Elif Şafak, ou Elif Shafak, née le 25 octobre 1971 à Strasbourg de parents turcs, est une écrivaine turque. Primée et best-seller en Turquie, Elif Şafak écrit ses romans aussi bien en turc qu’en anglais. Elle mêle dans ses romans les traditions romanesques occidentale et orientale, donnant naissance à une œuvre à la fois « locale » et universelle. Féministe engagée, cosmopolite, humaniste et imprégnée par le soufisme et la culture ottomane, Elif Şafak défie ainsi par son écriture toute forme de bigoterie et de xénophobie. Elle vit et travaille à Londres.
Elle a publié en français : La Bâtarde d’Istanbul. (2007) – Bonbon Palace (2008) – Lait noir (2009) – Soufi mon amour (2010) – Crime d’honneur (2013) Prix Lorientales 2014 – Prix Relay 2013 – L’Architecte du Sultan (2015) – Trois filles d’Eve (2018) – 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange (2020)

Editions Phébus – 26.08.2010 – 405 pages / 10/18 – 18.8.2011 – 473 pages (trad. Dominique Letellier,)

Résumé : Ella Rubinstein a en apparence tout pour être heureuse : une jolie maison dans le Massachusetts, trois beaux enfants, un chien fidèle. Mais, à l’aube de ses quarante ans, elle se demande si elle n’est pas passée à côté d’elle-même. Les infidélités de son mari ne sont plus un mystère et les cours de cuisine du jeudi ne suffisent pas à exalter sa vie monotone. Décidée à reprendre une activité professionnelle, elle est engagée comme lectrice par un agent littéraire. Sa première mission : rédiger une note sur un manuscrit signé par Aziz Z Zahara. Ce roman, qui retrace la rencontre entre le poète Rûmi et le plus célèbre derviche du monde musulman, Shams de Tabriz, va être une révélation pour Ella. Au fil des pages, elle découvre le soufisme, le refus des conventions et la splendeur de l’amour. Cette histoire se révèle être le miroir de la sienne. Aziz – comme Shams l’a fait pour Rûmi sept siècles auparavant – serait-il venu la libérer ?

Mon avis : Voyage au XIIIe siècle à Konya, en Asie Mineure, découverte de l’Anatolie… Voilà ce qui attend Ella au moment où elle se plonge dans la lecture du manuscrit que lui envoie une maison d’édition pour lui demander un avis. Mais ce livre va la déstabiliser complètement, l’oblige à porter un autre regard sur sa petite vie mais surtout va lui faire plonger dans le soufisme. Ella va connaitre l’amour.
Mais Ella est uniquement le prétexte du récit et son histoire est loin d’etre la partie intéressante du roman. C’est certainement le personnage que j’ai le moins aimé. D’ailleurs la personne qui m’a le plus émue n’est pas l’un des personnages principaux, c’est une jeune prostituée « Rose du Désert ». Ce qui m’a emporté est le discours du derviche tourneur et sa rencontre avec Rûmi. Ce livre est empli de poésie, il respire l’amour et la sérénité.
Encore un livre de cette autrice que j’ai bien aimé mais ce n’est pas mon préféré car un peu trop empreint de religion et de bons sentiments pour moi…

Extraits :

Est-ce que relier les terres lointaines et les cultures étrangères n’est pas une des forces de la bonne littérature ?

De bien des manières, le XXe siècle n’est pas si différent du XIIIe siècle. Tous deux figureront dans l’Histoire comme des périodes d’affrontements religieux, d’incompréhensions culturelles, où le sentiment général d’insécurité et la peur de l’Autre furent sans précédent. À de telles époques, le besoin d’amour est plus fort que jamais.

A une époque de profond fanatisme et de heurts violents, il prôna la spiritualité universelle, ouvrant sa porte à des gens de tous horizons. Au lieu d’un jihad orienté vers l’extérieur – défini comme « la guerre contre les infidèles » et mené par de nombreux musulmans, à l’époque comme aujourd’hui -, Rûmi plaidait pour un jihad orienté vers l’intérieur, dont le but était de lutter contre son propre ego, son nafs, et de le vaincre.

Frappé par une douleur terrible, il crie et crie jusqu’à ce que sa voix se brise comme du verre et explose dans la nuit en petits éclats coupants.

Je pourchasse partout une vie qui vaut d’être vécue et un savoir qui vaut d’être connu. N’ayant de racines nulle part, je vais partout.

Peu importe qui nous sommes et où nous vivons, tout au fond, nous nous sentons tous incomplets. C’est comme avoir perdu quelque chose et éprouver la nécessité de le retrouver. Quel est ce « quelque chose » ? La plupart d’entre nous ne le découvriront jamais. Et parmi ceux qui y parviennent, plus rares encore sont ceux qui partent à sa quête.

À chacun sa voie, à chacun sa prière. Dieu ne nous juge pas sur nos paroles. Il lit plus profondément dans nos cœurs. Ce ne sont ni les cérémonies ni les rituels qui font une différence, mais la pureté de nos cœurs. »

Certains commettent l’erreur de confondre « soumission » et «faiblesse », alors que c’est tout à fait différent. La soumission est une forme d’acceptation pacifique des termes de l’univers, y compris des choses que nous sommes, sur l’instant, incapables de changer ou de comprendre.

 La plupart des problèmes du monde viennent d’erreurs linguistiques et de simples incompréhensions. Ne prenez jamais les mots dans leur sens premier. Quand vous entrez dans la zone de l’amour, le langage tel que nous le connaissons devient obsolète. Ce qui ne peut être dit avec des mots ne peut être compris qu’à travers le silence.

L’esseulement et la solitude sont deux choses différentes. Quand on est esseulé, il est facile de croire qu’on est sur la bonne voie. La solitude est meilleure pour nous, car elle signifie être seul sans se sentir esseulé.

Comme l’argile doit subir une chaleur intense pour durcir, l’amour ne peut être perfectionné que dans la douleur.

 Chaque fois que je quitte un lieu que j’aime, j’ai l’impression d’y laisser une part de moi. Que nous choisissions de voyager autant que Marco Polo ou que nous restions au même endroit du berceau à la tombe, je suppose que la vie n’est qu’une succession de naissances et de morts. Les moments naissent et d’autres meurent. Pour qu’une nouvelle expérience voie le jour, il faut que de plus anciennes s’estompent, vous ne croyez pas ?

 Chaque être humain est une œuvre en devenir qui, lentement mais inexorablement, progresse vers la perfection. Chacun de nous est une œuvre d’art incomplète qui s’efforce de s’achever.

 La seule vraie crasse est celle qui emplit nos cœurs. Les autres se lavent. Il n’y a qu’une chose qu’on ne peut laver à l’eau pure : les taches de la haine et du fanatisme qui contaminent notre âme. On peut tenter de purifier son corps par l’abstinence et le jeûne, mais seul l’amour purifiera le cœur. »

Tout l’univers est contenu dans un seul être humain : toi. Tout ce que tu vois autour de toi, y compris les choses que tu n’aimes guère, y compris les gens que tu méprises ou détestes, est présent en toi à divers degrés.

les doutes sont une bonne chose. Ils signifient qu’on est vivant et qu’on cherche.

Vous souvenez-vous de Que sera, sera ? Ça n’a jamais été ma chanson. « Advienne que pourra » ne m’a jamais convenu. Je suis incapable de suivre le courant

Je suis spirituel. C’est différent. Il ne faut pas confondre religiosité et spiritualité, et le fossé entre les deux n’a jamais été aussi profond qu’aujourd’hui. Quand je contemple le monde, je vois un dilemme qui s’aggrave. D’un côté, nous croyons à la liberté et au pouvoir de l’individu indifférent à Dieu, au gouvernement ou à la société. De bien des manières, les êtres humains sont de plus en plus égocentriques et le monde devient plus matérialiste. D’un autre côté, l’humanité dans son ensemble se tourne de plus en plus vers la spiritualité.

Je sais que vous aimez cuisiner. Savez-vous que Shams disait que le monde est un énorme chaudron et que quelque chose d’essentiel y cuit ? Nous ne savons pas encore quoi. Tout ce que nous faisons, sentons ou pensons est un ingrédient de cette mixture. Nous devons nous demander ce que nous ajoutons au chaudron. Y ajoutons-nous du ressentiment, des animosités, de la violence ? Ou y joutons-nous de l’amour et de l’harmonie ?

Quand un homme n’a pas le sentiment d’appartenir à un lieu, il peut dériver dans toutes les directions comme une feuille morte poussée par le vent.

L’Anatolie est faite d’un mélange de religions, de peuples et de cuisines. Si nous mangeons la même nourriture, si nous chantons les mêmes airs tristes, si nous avons les mêmes superstitions, si nous faisons les mêmes rêves la nuit, pourquoi ne pourrions-nous pas vivre ensemble ?

Le destin n’est pas un livre qui a été écrit une fois pour toutes.
« C’est une histoire dont la fin n’est pas décidée, qui peut prendre beaucoup de voies différentes. »

«Un érudit vit sur la trace d’une plume. Un soufi aime et vit sur des empreintes de pas!»

Un homme qui a beaucoup d’opinions mais aucune question ! Il y a quelque chose qui ne va pas.

Tout amour, toute amitié sincère est une histoire de transformation inattendue. Si nous sommes la même personne avant et après avoir aimé, cela signifie que nous n’avons pas suffisamment aimé.

Brièvement résumé, on peut dire qu’au fil du temps, la douleur se transforme en deuil, le deuil en silence et le silence en une solitude aussi vaste et pure que la mer Méditerranée.

2 Replies to “Shafak, Elif «Soufi, mon amour» (2010)”

  1. J’ai déjà lu 2 livres de cette auteure .Je vais aussi lire celui-là. Tes recommandations Catherine sont toujours bonnes en général.

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