Inaba, Mayumi « 20 ans avec mon chat » (2014)

Inaba, Mayumi « 20 ans avec mon chat » (2014)

Autrice : née le 8 mars 1950 à Saya (ville fusionnée en 2005 pour former la ville de Aisai) et décédée le 30 août 2014 (à 64 ans), est une poétesse et femme de lettres japonaise. Elle remporte le prix Tanizaki en 2011 pour La Péninsule aux 24 saisons.

Ses œuvres traduites en français : 1999 : 20 ans avec mon chat (2014 – 2011) : La Péninsule aux 24 saisons (2018) 1992 : La Valse sans fin (2019) – traductrice : Élisabeth Suetsugu (éditions Philippe Picquier)

Editions Philippe Picquier – 07.01.2016 – 195 pages

Résumé : Tout a commencé avec la rencontre d’un chaton égaré. Une boule de poils vaporeuse accrochée de toutes ses griffes au grillage d’un collège près de Tôkyô. Une chatte friande de sardines et de bonite aigre-douce, qui va s’introduire dans la vie de l’auteur pour très longtemps. Mî va partager avec elle quatre-vingts saisons, la rendre sensible à l’odeur du vent, aux signes de la nature, à la température de la lumière, et accompagner chacune des transformations de sa vie.
Car ce roman étoilé de poèmes est aussi celui d’une femme habitée par le désir d’écrire et qui, les yeux posés sur Mî blottie à ses côtés, va se transformer en écrivain.

Mon avis : J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce petit roman poétique qui parle de la relation fusionnelle entre une femme et un chat qu’elle va recueillir tout bébé et qui va partager, ou devrais-je dire diriger sa vie pendant vingt ans. La chatte en question va passer avant tout dans sa vie, et elle va vivre et respirer pour et en fonction de sa chatte. Dans une ville, Tokyo, on ne peut pas louer un appart quand on a un chien ou chat, elle va choisir ses logements en fonction de la chatte, qui passera avant sa vie et son mari et l’accompagner dans la vie et la mort. La rencontre avec cette boule de poils va transformer sa vie et lui permettre de faire ce qu’elle a toujours voulu faire : écrire.
Si vous ne voulez pas avoir les larmes aux yeux, ne le lisez pas. Mais moi je le recommande à toutes celles et ceux qui ont une fois connu une relation fusionnelle avec un animal.

Extraits :

Le sable s’infiltrait entre les tatamis, dans les rainures des fenêtres, sans pitié, et les tissus jaunissaient en un clin d’œil. J’avais beau essuyer, essuyer encore, me battre chaque semaine avec le vent où se mêlaient des grains de sable, c’était peine perdue, si bien que pour lui résister, j’avais décidé d’habiller la maison de jaune ou d’orange, tapis, rideaux, coussins étaient couleur d’agrume. Si la même couleur couvrait tout, la poussière ne se verrait plus. Grâce à cette décoration pop, mon intérieur était plein de gaieté et j’avais l’impression de pénétrer dans un champ rempli de pavots.

Une maison est une chose mystérieuse. Les voix sont à l’intérieur. On sent une présence. Chaque pièce a son odeur, de même que l’air qui emplit l’espace entoure ses occupants et les réconforte. Sans doute les sentiments de ceux qui l’avaient fait construire imprégnaient-ils jusqu’au moindre recoin.

Quant à moi, sans rien comprendre à la nature des chats, je trouvais bien mystérieux ces êtres humains qui passent leur vie à se laisser mener par le bout du nez par cet animal qu’on désigne sous le nom de chat.

« Est-ce que c’est vraiment un chat ? Ne serait-ce pas plutôt une nouvelle espèce d’animal nommée couardise avec une tête de chat ? » avait-on envie de dire, tant elle se défiait du monde qui l’entourait, tant elle était sur le qui-vive.

je regardais sans me lasser le chat endormi, roulé en boule, comme si la queue et la tête étaient nouées.

Ce que je voulais faire ? Ecrire. Pour cela, il me fallait acheter du temps. Et pour acheter du temps, il me fallait gagner de l’argent…

L’intimité s’est installée sans une parole, et le temps a rendu ce lien indissoluble.

Quoi, il n’y aurait dans cette ville magnifiquement vivante qu’est Tôkyô aucun endroit où les hommes et les chats puissent vivre ensemble ? Quelle misère ! Hérissée de colère et vibrante d’indignation, je parcourais la ville en tous sens, la tristesse au cœur.

Nora signifie en japonais chat errant, chat libre qui n’a pas de maison, souvent chat de gouttière.

« On ne meurt pas d’être né, ni d’avoir vécu, ni de vieillesse. On meurt de quelque chose… Tous les hommes sont mortels : mais pour chaque homme sa mort est un accident », affirme Simone de Beauvoir. En est-il de même pour les animaux ?

La lumière traversait la fenêtre. C’était l’éclat du soleil qui se montrait du côté de la mer. Ce soleil de la capitale, je l’avais vu nombre de fois. Mais il avait une couleur différente. Je le percevais d’une façon radicalement autre. C’était le premier matin muet que je découvrais, car de nulle part ne me parvenait la voix féline. J’ai regardé la lumière distraitement. Pourrais-je ou non m’y accoutumer, c’était le premier soleil d’un matin où Mî était absente.

« La nuit s’est brisée pour ne pas se refermer
Quelque part traversant la nuit un coq a chanté
Les arbres aux mille écus les azalées les acacias
Les plantes que tu aimais autrefois les arbres
Posent leur ombre au-dessus de toi »

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