Kerr, Philip « Les Ombres de Katyn » (2015)

Kerr, Philip « Les Ombres de Katyn » (2015)

Kerr, Philip « Les Ombres de Katyn » (2015)

L’Auteur : Philip Ballantyne Kerr est un auteur écossais, né le 22 février 1956 à Edimbourg (Ecosse). Il a fait ses études de droit à l’université de Birmingham. Il a ensuite travaillé dans la publicité et comme journaliste free-lance, avant de remporter un succès mondial avec sa trilogie située dans le Berlin de la fin des années trente et de l’immédiat après-guerre (Un été de cristal, La Pâle Figure, Un requiem allemand), avec le détective privé Bernie Gunther, également présent dans The One From the Other (2006). Alors qu’il avait annoncé la fin de Gunther après la publication de la trilogie, il lui consacre de nouvelles aventures depuis 2006.

Lien vers la série Bernhard Gunther (Bernie)

Editions Du masque – 04.03.2015 – 476 pages/ Livre de poche 09.03.2016 – 672 pages – Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Philippe Bonnet.

Tome 9 : A Man Without Breath (2013) Les Ombres de Katyn (en français 2015) – se déroule en 1943

Résumé :  Mars 1943. Le Reich vient de perdre Stalingrad et le moral est au plus bas. Pour Joseph Goebbels, il faut absolument redonner du panache à l’armée allemande et porter un coup aux Alliés. Or sur le territoire soviétique, près de la frontière biélorusse, à Smolensk, ville occupée par les Allemands depuis 1941, la rumeur enfle. Des milliers de soldats polonais auraient été assassinés et enterrés dans des fosses communes.
Dans la forêt de Katyn, aux abords de la ville, des loups auraient d’ailleurs déterré des fragments de corps. Qui est responsable de ce massacre ? L’Armée rouge sans doute. Pour Goebbels, c’est l’occasion rêvée pour discréditer les Russes et affaiblir les Alliés. Il a l’idée d’envoyer sur place une autorité neutre, le Bureau des crimes de guerre, réputé antinazi, pour enquêter objectivement sur cette triste affaire.
Le capitaine Bernie Gunther, qui y officie est la personne idéale pour accomplir cette délicate mission. Gunther se retrouve dans la forêt de Katyn avec une équipe pour exhumer les quatre mille corps des officiers polonais et découvrir la vérité, quelle qu’elle soit.

Mon avis : Mais c’est qu’il va finir par me faire aimer la guerre ! Chaque roman est meilleur que le précédent. Moi qui ne suis en général pas trop interessée par les romans historiques ayant pour toile de fond les deux guerres mondiales (alors que j’adore les romans historiques antérieurs au XXème siècle) j’ai toujours un immense plaisir à suivre Bernie. Et c’est à mon avis celui qui m’a le plus tenu en haleine.
Goebbels est cette fois le nazi « de service » qui agit dans l’ombre de Bernie. C’est lui qui l’envoie en première ligne, à Smolensk où des ossements humains ont été déterrés par des loups.
Une fois encore, Bernie va enquêter sur des meurtres qui se perpétuent en temps réel et des secrets d’Histoire. Trahisons, meurtres, malversations, espionnage… la panoplie complète.
Au cœur du roman, le massacre de Katyn. Et toute la communauté internationale est sur place : les représentants de la Croix-Rouge, les experts légistes. Les crimes perpétrés non seulement par les allemands mais aussi par les espagnols, dignes des grandes heures de l’Inquisition. Les russes ne sont pas en reste. Et pour pimenter le tout, une médecin légiste, fort jolie, qui ne laisse pas Bernie indifférent.
Et pendant ce temps, un complot de nobles allemands qui vise à éliminer Hitler.
Mêlant la grande Histoire et les crimes inventés, avec comme toujours un fond historique extrêmement bien documenté, un humour qui n’appartient qu’à lui, Bernie nous fait vibrer et trembler. Heureusement que ce n’est pas le dernier tome des aventures de notre officier allemand antinazi préféré car cela nous assure qu’il sera encore là dans le tome 10 !
Excellent.

Extraits :

Dans les tranchées, pendant la Grande Guerre, si vous pouviez entendre les obus exploser ailleurs, cela signifiait habituellement que vous étiez hors de danger, dans la mesure où, de l’avis général, vous n’entendiez pas celui qui vous tuait.

Ils serraient leurs mitraillettes et leurs fusils, grommelaient des imprécations à l’adresse des femmes les plus proches de la porte et semblaient horrifiés de constater qu’on ne leur prêtait aucune attention ou même qu’on les maudissait sans ambages en retour. Ce n’était pas censé se passer ainsi ; si vous aviez une arme, les gens devaient faire ce que vous leur disiez. C’était la page un de « comment être un nazi ».

« D’après mon expérience, caporal, le meilleur travail de police est celui qui n’a l’air de rien et qui est toujours vite oublié. »

Il va sans dire que la Suisse est tout aussi antisémite que nous et ne ferait rien sinon pour de l’argent.

Il n’y a rien d’aussi décevant que de découvrir que nos amis et nos voisins ne sont pas plus malhonnêtes que nous.

Vous savez combien les Suisses sont généreux. Ils font tout ce délicieux chocolat blanc rien que pour enrober le mensonge qu’ils sont bons et pacifiques. Ce qu’ils ne sont pas, bien sûr. Ils ne l’ont jamais été.

Être buté et prouver aux autres qu’ils ont tort, voilà en quoi consiste le boulot de détective.

Âgés d’une soixantaine d’années, ils étaient aussi méfiants et austères qu’une vieille photo sépia.

des Zeps, des volontaires Zeppelin, comme on surnommait les Russes qui travaillaient pour nous sans être des prisonniers de guerre ; en l’occurrence, des Hiwis.

Les Stolypinkas étaient des wagons-prisons, appelés ainsi d’après le nom du Premier ministre russe qui les a introduits sous les tsars. Pour déporter les criminels en Sibérie.

— Croyez-moi, chacun a ses limites s’agissant de la Gestapo.
— Ce ne serait pas une conduite digne d’un officier et d’un gentilhomme.
— Bien sûr que non. Raison pour laquelle la Gestapo n’emploie pas d’officiers et de gentilshommes. Elle emploie des brutes sadiques capables de briser n’importe quel individu aussi facilement qu’un de vos bâtons au mercure.

De plus, quelle meilleure compagnie pour un imbécile qu’un autre imbécile ?
— C’est ce que nous sommes ? Des imbéciles ?
— Certainement. Mais nous, au moins, on le sait. Et dans l’Allemagne d’aujourd’hui, ça équivaut à de la sagesse. »

Ce sont toujours les femmes qui reconstruisent les civilisations que les hommes se sont appliqués à détruire.

Nous faisons semblant de vivre car mourir dépasse de loin la dose de réalité que nous sommes capables d’assumer.

— Comme je vous l’ai expliqué, il y a des moments où il est tout à fait lucide. C’est comme si une fenêtre s’ouvrait dans son esprit et qu’un flot d’air frais et de lumière s’y déversait.

C’est le problème avec les nazis purs et durs : la stupidité, l’ignorance et les préjugés les empêchent d’avoir une vue d’ensemble. Mais, même sans ça, il est peut-être impossible de traiter avec eux.

Il y avait une décision importante à prendre sur-le-champ et absolument pas de temps pour y réfléchir. Il en va ainsi pour un tas de crimes. Ce n’est pas que vous ayez l’intention d’en commettre un, c’est juste que vous êtes à court de solutions valables.

Je souris ; je barbotais dans les faux-fuyants comme un canard dans l’eau, tout en me demandant jusqu’à quel point mes ailes et mes pattes palmées pouvaient rendre cette eau trouble avant que je m’envole à tire-d’aile loin du théâtre de mon crime.

— Apparemment, vous êtes en train d’apprendre comment devenir un flic dans l’Allemagne moderne. Mieux vaut ne jamais poser de question à moins de connaître déjà la réponse.

Bon Dieu, je vous jure que ces fascistes espagnols donneraient aux nazis l’air de modèles de raison et de tolérance.

— À t’entendre, être détective a presque quelque chose de religieux.
— Si prier aidait à résoudre les crimes, il y aurait plus de chrétiens qu’il n’y a de lions pour les dévorer.
— Alors, de mystique. »

Tolstoï dit que chaque famille malheureuse est malheureuse à sa façon. Mais c’est tout simplement faux. Quelle que soit la famille, les tracas ont toujours la même origine : la politique, l’argent, le sexe.

Le seul but de la médecine légale est la recherche de la vérité, et, au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, c’est devenu une denrée extrêmement rare en Allemagne de nos jours. Surtout dans la profession médicale, où ce qui est vrai et juste compte fort peu par rapport à ce qui est allemand. Théories et opinions n’ont pas leur place près d’une table de dissection ; pas plus que la politique ou les idées tordues sur la biologie et les races. La médecine légale ne nécessite que la réunion paisible de preuves scientifiques réelles et la construction d’hypothèses raisonnables fondées sur une observation honnête, ce qui signifie que c’est à peu près l’unique facette de la pratique médicale qui n’ait pas été détournée par les nazis et les fascistes comme lui. »

Berruguete – dont le modèle, soit dit en passant, était la Sainte Inquisition, et qui a jadis écrit un article prônant la castration des criminels – a reçu la permission du général Franco de pathologiser les idées de gauche. Naturellement, les militaires étaient ravis que l’on fasse appel à la science pour justifier leur opinion que les républicains étaient tous des bêtes.

Je continuai à boire, m’efforçant d’attraper au lasso une pensée vagabonde me trottant dans la tête comme un cheval sans cavalier.

Infos : Dans son documentaire « Les bourreaux de Staline. Katyn,1940 », Cédric Tourbe revient sur l’une des principales énigmes de la Seconde Guerre mondiale – qui ne sera résolue qu’à la fin de la Guerre froide – le massacre de plusieurs milliers d’officiers polonais dans une forêt du nord-ouest de la Russie   ( https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-de-lhistoire/1940-lenigme-du-massacre-de-katyn )

 

 

One Reply to “Kerr, Philip « Les Ombres de Katyn » (2015)”

  1. Petit commentaire post-lecture en mars 2017:
    « Entre histoire et polar noir, encore et toujours pour notre détective berlinois.
    Passionnant, prenant et instructif.
    Encore une enquête difficile pour mon Berlinois préféré, dans un monde sans pitié.
    Sombre page d’Histoire aussi que celle de Katyn, ou des milliers de Polonais furent massacrés par les Soviétiques de Staline.“

    Ah, ce cher Bernie… Ah, Philip Kerr…
    Quand je pense que je n’ai plus que 2 tomes à découvrir…
    – Greeks Bearing Gifts (2018) –> L’offrande grecque (Seuil 2019)
    – Metropolis (2019) –> Metropolis (Seuil 2019)

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