Ruiz Zafón, Carlos « Le prisonnier du ciel» (11/2012)

Ruiz Zafón, Carlos « Le prisonnier du ciel» (11/2012)

Résumé : Troisième ( et avant dernier) livre de la saga « Le cimetière des livres oubliés ». Des secrets de sinistre mémoire viennent hanter Daniel Sempere et son ami Fermín, les héros de L’Ombre du vent. Foisonnant de suspense et d’émotion, « Le Prisonnier du ciel » nous rapproche pas à pas de l’énigme cachée au coeur du Cimetière des Livres oubliés.

Barcelone, Noël 1957. À la librairie Sempere, un inquiétant personnage achète un exemplaire du Comte de Monte Cristo. Puis il l’offre à Fermín, accompagné d’une menaçante dédicace. La vie de Fermín vole alors en éclats. Qui est cet inconnu ? De quels abîmes du passé surgit-il ? Interrogé par Daniel, Fermín révèle ce qu’il a toujours caché. La terrible prison de Montjuïc en 1939. Une poignée d’hommes condamnés à mourir lentement dans cette antichambre de l’enfer. Parmi eux Fermín et David Martín, l’auteur de La Ville des maudits. Une évasion prodigieuse et un objet volé… Dix-huit ans plus tard, quelqu’un crie vengeance. Des mensonges enfouis refont surface, des ombres oubliées se mettent en mouvement, la peur et la haine rôdent.

Mon avis : Bien contente de retrouver les personnages des deux premiers livres et l’ambiance si particulière de la Barcelone de Zafón. On y retrouve les aventures d’Edmond Dantès à la sauce catalane.. Et le livres et l’écriture sont une fois encore au cœur même du roman. Peu à peu les intrigues se dénouent, les mystères des temps passés se dévoilent, les dettes contractées par le passé se paient… Et je suis toujours sous le charme de l’écriture. Toutefois j’ai eu l’impression que ce roman sert de lien entre les deux précédents et le prochain … un peu dommage.. alors vivement le prochain…

Extraits:

Je laissai s’écouler le reste de la matinée entre la magie de cette musique et le parfum des livres, savourant la sérénité et la satisfaction que procure le travail simple consciencieusement exécuté.

À contre-jour, sa silhouette ressemblait à un tronc d’arbre fouetté par le vent

Les gens qui ont l’âme petite tentent toujours de rapetisser les autres

Dans ces années, Noël conservait encore une certaine atmosphère de magie et de mystère. La lumière poudroyante de l’hiver, le regard et l’haleine des gens qui vivaient entre ombre et silence conféraient à cette décoration un léger parfum de vérité qui pouvait encore illusionner les enfants et ceux qui avaient appris à oublier

il passe ses journées enfermé dans l’arrière-boutique avec ce livre des morts égyptien. — C’est le livre de comptes, corrigeai-je. — C’est du pareil au même

Je ne sais plus où j’ai lu que, au fond, nous n’avons jamais été celui que nous croyons, et que nous ne faisons que nous souvenir de ce qui ne s’est jamais passé…, déclara-t-il.

— Les cicatrices ne s’effacent jamais, non ? — Elles vont, elles viennent, à mon avis

une fois toute espérance évanouie, le temps commençait à couler plus vite et l’âme finissait par s’endormir au fil des jours privés de sens.

Le fou est celui qui se prend pour quelqu’un de normal et qui croit que les autres sont des imbéciles.

Il est des époques et des lieux où n’être personne est davantage honorable qu’être quelqu’un.

Jambes, bras et autres engrenages commencèrent à fonctionner plus ou moins normalement

Pour moi, les drapeaux sont des chiffons de couleur qui sentent le renfermé, et il me suffit de voir quelqu’un se draper dedans et se remplir la bouche d’hymnes pour que ça me donne la colique. J’ai toujours pensé que pour s’attacher si fort à un troupeau, il faut avoir quelque chose du mouton.

Je soutins le regard de mon père qui, par moments, semblait vieillir un peu plus rien qu’en me voyant et en se souvenant

Elle soutint mon regard quelques instants, mais c’étaient bien les paroles qu’elle voulait entendre et, finalement, elle céda à la tentation d’y croire

Vous vous souvenez de ce que vous m’avez dit un jour ? Que le destin ne fait pas de visite à domicile et qu’il faut aller le prendre par la peau du cou ?

Pourquoi ai-je toujours l’impression que vous ne me dites jamais plus de la moitié, sinon du quart, de ce que vous avez derrière la tête ?

les villes n’ont pas de mémoire et elles ont besoin de quelqu’un comme moi, un savant qui est tout sauf distrait, pour la maintenir vivante.

Ce mois de janvier se présenta vêtu d’un ciel cristallin et d’une lumière glacée qui soufflait de la neige en poudre sur les toits de la ville

— Quelle sorte de mari est celui qui ne fait pas confiance à sa femme ? demandai-je. — Je vous donne des noms et prénoms, ou une statistique vous suffit-elle ?

Ce furent des jours d’un calme trompeur, car, sous la surface, j’avais succombé à un courant trouble et obscur qui m’entraînait lentement vers les profondeurs d’un sentiment nouveau et irrésistible : la haine.

Plus la trace de Valls était difficile à trouver, plus je refusais de lui reconnaître le droit de disparaître et d’effacer son nom de l’histoire. De mon histoire

Dehors m’attendait un lundi glacial saupoudré de flocons de neige qui flottaient dans l’air et adhéraient aux passants telles des araignées de lumière suspendues à des fils invisibles

J’ai toujours raison. C’est de naissance. Je me rendis à l’évidence et me tus, parce que j’avais proféré suffisamment de bêtises pour la journée

Une robe de mariée est comme un scaphandre : ce n’est pas le meilleur endroit pour respirer, l’agrément vient quand on la quitte

Les hommes sont ainsi, comme les géraniums. On croit qu’ils ne sont plus bons qu’à jeter, et puis ils revivent.

Les hommes sont comme les marrons qu’on vous vend dans la rue : quand on les achète, ils sont tout brûlants et ils sentent bon, puis dès qu’on les sort de leur écorce ils refroidissent tout de suite et on s’aperçoit qu’ils sont presque tous gâtés à l’intérieur.

Celui-là, à force de se regarder dans la glace, il ne va plus rien en rester

Ce qui compte, c’est que rien n’est impossible quand on a un véritable ami

Un jour vient où on se rend compte que la jeunesse est finie et que le train est passé, vous comprenez ? — Il y a toujours des trains. Toujours.

 

lien vers le sujet sur l’auteur : Ruiz Zafón, Carlos

3 Replies to “Ruiz Zafón, Carlos « Le prisonnier du ciel» (11/2012)”

  1. Comme toi, j’étais contente de retrouver les personnages de cette série mais je reste un peu sur ma faim… peut-être le quatrième roman me rassasiera-t-il ? wait and see…

  2. « Et je suis toujours sous le charme de l’écriture. Toutefois j’ai eu l’impression que ce roman sert de lien entre les deux précédents et le prochain … un peu dommage.. alors vivement le prochain… »

    Étonnant comme ta remarque me rappelle mon sentiment après la lecture du premier volume. On est sous le charme, (un peu mal à l’aise toutefois de réagir comme un ado) mais avec un certain « manque ».
    Par contre j’ai réagi différemment : pas de prochain Ruiz Zafon, il y a tellement d’autres inconnus à découvrir. Y compris à Barcelone.
    D’ailleurs curieux cette profusion d’écrivains Barcelonais ?

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