Ferrante, Elena «L’amie prodigieuse» – «Le nouveau nom» (2016)

Ferrante, Elena «L’amie prodigieuse» – «Le nouveau nom» (2016)

Autrice : (née, selon ses propres dires, en 1943 à Naples) est une écrivaine italienne. L’auteur derrière le pseudonyme tient absolument à rester dans l’ombre et refuse par conséquent la publicité et les apparitions télévisées, acceptant seulement en de rares occasions les interviews écrites. Lors de celles-ci, elle a reconnu être une femme, mère de famille, et que son œuvre était d’inspiration autobiographique. En particulier, dans La frantumaglia, l’auteur révèle à ses lecteurs des aspects de la personnalité d’Elena Ferrante en lui donnant notamment une origine (mère couturière s’exprimant en napolitain) une date (1943) et un lieu de naissance (Naples).

La série : « L’amie prodigieuse » est suivi du « Nouveau nom » puis de « Celle qui fuit et celle qui reste », et se conclut avec « L’enfant perdue ». Les deux premiers tomes de la saga culte d’Elena Ferrante viennent d’être adaptés en série télévisée par Saverio Costanzo.

En plus de la série « L’amie prodigieuse » elle a écrit aussi d’autres romans  : « L’Amour harcelant » (1995), « Les Jours de mon abandon » (2004) , « Poupée volée » (2009)

Page sur la Série : Ferrante, Elena « L’amie prodigieuse » – Série  (tétralogie)

Gallimard – 7.1.2016 – 554 pages / Folio – 3.1.2017 – 640 pages – Elsa Damien (Traduction)

Tome 2 : « Le nouveau nom» (Storia del nuovo cognome)

Résumé : Naples, années soixante. Le soir de son mariage, Lila comprend que son mari Stefano l’a trahie en s’associant aux frères Solara, les camorristes qui règnent sur le quartier et qu’elle déteste depuis son plus jeune âge. Pour Lila Cerullo, née pauvre et devenue riche en épousant l’épicier, c’est le début d’une période trouble : elle méprise son époux, refuse qu’il la touche, mais est obligée de céder.
Elle travaille désormais dans la nouvelle boutique de sa belle-famille, tandis que Stefano inaugure un magasin de chaussures de la marque Cerullo en partenariat avec les Solara. De son côté, son amie Elena Greco, la narratrice, poursuit ses études au lycée et est éperdument amoureuse de Nino Sarratore, qu’elle connaît depuis l’enfance et qui fréquente à présent l’université. Quand l’été arrive, les deux amies partent pour Ischia avec la mère et la belle-soeur de Lila, car l’air de la mer doit l’aider à prendre des forces afin de donner un fils à Stefano.
La famille Sarratore est également en vacances à Ischia et bientôt Lila et Elena revoient Nino. Le nouveau nom est la suite de L’amie prodigieuse, qui évoque l’enfance et l’adolescence de Lila et Elena. Avec force et justesse, Elena Ferrante y poursuit sa reconstitution d’un monde, Naples et l’Italie, et d’une époque, des années cinquante à nos jours, donnant naissance à une saga romanesque au souffle unique.

Mon avis :

(J’ai commencé à le lire en français et je l’ai fini en italien. Je vous mets donc les extraits dans les deux langues vu que j’ai les deux versions sous la main)

Le jour du mariage de Lila est de fait le jour de la fin de son mariage. Son mari la trahit et comme elle est entière, elle ne pardonnera jamais. Quant à Lenù, elle se rend compte que même si Antonio est son petit ami officiel, Nino est toujours celui qui compte dans son cœur.
Dans ce deuxième tome nous assistons à la découverte de l’amour pour Lila et à sa descente aux enfers. La vie de femme mariée (trop jeune) de cette adolescente commente de manière abominable ; le cauchemar est au rendez-vous :  trahison et viol. La question de la transmission des gènes est au cœur du roman. Les fils sont systématiquement comparés aux pères, dans toutes les familles.
Pour ce qui est de Lenù, elle se retrouve d’une certaine manière abandonnée ; elle se retrouve seule, elle perd son modèle et une partie d’elle-même. Lors de vacances d’été qu’elles passeront ensemble, Lila va découvrir la passion dévorante et Lenù le désespoir. Elle se réfugie dans ses études mais même celles-ci ont perdu leur attrait ; elle va s’accrocher. Elle passe le bac, quitte Naples pour faire des études supérieures à Pise. Toujours en retrait, elle subit de plein fouet la dictature des classes sociales. « On ne naît pas noble, on le devient », disait Pétrarque … cela ne semble pas être évident pour la pauvre Lenù qui a bien du mal à assumer ses origines…
Mais même si leurs vies semblent se séparer, le lien qui les unit est viscéral et leurs vies se croisent et se recroisent. Toutes deux découvrent l’amour mais je ne peux pas vous raconter car il faut vivre avec elles ce qu’elles ressentent. J’ai toujours autant aimé cette plongée dans l’Italie des années 60… et Lila a toute mon admiration… mais je crois que j’ai préféré le premier..

 

Extraits :

Possibile che i genitori non muoiano mai, che ogni figlio se li covi dentro inevitabilmente? Dunque da me davvero sarebbe sbucata mia madre, la sua andatura zoppa, come un destino?
Était-il possible que les parents ne meurent jamais et que chaque enfant les couve en soi, de manière inéluctable ?

Fece una smorfia di disagio, diventò seria. Attaccò a parlare del marito con una sorta di accettazione repulsiva.
Non era ostilità, non era bisogno di rivalsa, non era nemmeno disgusto, ma un tranquillo disprezzo, una disistima che investiva tutta la persona di Stefano come acqua infetta nella terra.
Elle eut une moue de malaise et devint sérieuse. Elle se mit à parler de son mari avec une espèce d’acceptation pleine de répulsion. Ce n’était pas de l’hostilité, elle ne voulait pas de revanche, ce n’était même pas du dégoût, il s’agissait plutôt d’un mépris paisible, d’une perte totale d’estime qui touchait toute la personne de Stefano, comme l’eau polluée souille toute la terre.

Ma la condizione di moglie l’aveva chiusa in una sorta di recipiente di vetro, come un veliero che naviga a vele spiegate in uno spazio inaccessibile, addirittura senza mare.
Mais sa condition d’épouse l’avait enfermée dans une sorte de récipient de verre, comme un voilier naviguant toutes voiles dehors dans un espace inaccessible où il n’y avait même pas la mer.

Ma ha una forza dentro che non riesco a piegare. È una forza cattiva che rende inutili le buone maniere, tutto. Un veleno.
Mais elle a en elle une force que je n’arrive pas à plier. C’est une force maléfique qui rend inutiles les bonnes manières, qui rend tout inutile. C’est un poison.

La sentii veramente nemica e capace di tutto. Sapeva rendere incandescente la nervatura della brava gente, accendeva nei petti il fuoco della distruzione.
 Je la vis vraiment comme une ennemie capable de tout. Elle savait chauffer à blanc les nerfs des braves gens et jeter un feu destructeur dans les cœurs.

«Cos’è successo quando ti ho fatta? Un incidente, un singhiozzo, una convulsione, è mancata la luce, s’è fulminata una lampadina, è caduta la bacinella con l’acqua dal comò? Certo qualcosa ci dev’essere stato, se sei nata così insopportabile, così diversa dalle altre»
« Mais qu’est-ce qui s’est passé quand tu es venue au monde ? Un accident, un hoquet, une convulsion, ou bien la lumière s’est éteinte, une ampoule a éclaté, la bassine d’eau est tombée de la commode ? Il a bien dû se passer un truc pour que tu naisses comme ça, tellement insupportable et différente des autres ! »

Restavo indietro, in attesa.
Lei invece si prendeva le cose, le voleva davvero, se ne appassionava, giocava al tutto o niente, e non temeva il disprezzo, lo scherno, gli sputi, le mazzate.
Je demeurais en retrait, en attente. Alors qu’elle, elle s’emparait des choses, elle les voulait vraiment, se passionnait, jouait le tout pour le tout sans crainte des railleries, du mépris, des crachats et des coups.

Descriveva minutamente una sensazione di morte imminente: calo di energia, sonnolenza, una forte pressione al centro dellatesta, come se tra cervello e ossa del cranio ci fosse una bolla d’aria in continua espansione, l’impressione che tutto si muovesse in fretta per andarsene, che la velocità di ogni movimento di persone e cose fosse eccessiva e la urtasse, la ferisse, le causasse dolori fisici nella pancia come dentro gli occhi. Diceva che tutto questo si accompagnava a un ottundimento dei sensi, come se l’avessero avvolta nell’ovatta e le sue ferite non le venissero dal mondo reale ma da un’intercapedine tra il suo corpo e la massa di cotone idrofilo dentro cui si sentiva imballata. Ammetteva d’altra parte che la morte imminente le pareva così assodata da toglierle il rispetto per qualsiasi cosa, innanzitutto per se stessa, come se niente più contasse e tutto meritasse di essere guastato.
Elle décrivait avec minutie son sentiment de mort imminente : baisse d’énergie, somnolence, une forte pression au milieu de la tête, comme si elle avait entre le cerveau et les os du crâne une bulle d’air en expansion perpétuelle, et la sensation que tout bougeait très vite comme pour fuir, que les gens et les choses se mouvaient rapidement et ne faisaient que la heurter, la blesser et lui causer des douleurs physiques au ventre et à l’intérieur des yeux. Elle expliquait que cela s’accompagnait d’un engourdissement des sens, comme si elle était enveloppée dans de la ouate et que ses blessures ne lui venaient pas du monde réel mais d’un interstice entre son corps et la masse de coton hydrophile dans laquelle elle se sentait emprisonnée. Par ailleurs, elle admettait que l’imminence de sa mort lui paraissait tellement certaine que cela lui ôtait tout respect pour les choses, et en premier lieu pour elle-même, comme si plus rien ne comptait et que tout pouvait être détruit.

 

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