O’Faolain, Nuala «L’histoire de Chicago May» (2006)

O’Faolain, Nuala «L’histoire de Chicago May» (2006)

Autrice : née le 1er mars 1940 à Dublin (Irlande) et morte dans la même ville le 9 mai 20081, est une écrivaine irlandaise. Pendant quelques années, Nuala allie petits boulots et université où elle suit des études de lettres à Dublin puis à Oxford, où elle obtient un diplôme de littérature médiévale. Elle commence une carrière de journaliste et de productrice à la radio et à la télévision et devient chroniqueuse à l’Irish Times. Parallèlement, elle commence à boire beaucoup d’alcool.
Dans les années 1970, elle vit à Londres et milite pour le féminisme et contre la cassure politique entre l’Irlande et la Grande-Bretagne.
À partir de 1986, elle commence à rédiger des chroniques dans le journal Irish Times ce qui lui donne le goût de l’écriture. Lorsqu’un éditeur lui propose de publier ses articles, elle rédige pour le livre une vaste préface autobiographique de quelque 400 pages dans laquelle elle cherche l’origine de son mal à travers l’Irlande. L’ouvrage est publié en 2002 sous le titre On s’est déjà vu quelque part ? et est un succès populaire ; il est vendu aux États-Unis à plus de 300 000 exemplaires. Ce roman fait d’elle un écrivain à part entière. Aujourd’hui encore ses récits sont d’inspiration biographique ou autobiographique. Elle y dévoile la mutation profonde tant politique que religieuse ou sociale de son pays et la cassure entre la Grande-Bretagne et l’Irlande. Elle parle avec brio de l’histoire de toute une génération : celle des Irlandaises du baby-boom, nées dans une Irlande vivant au XIXe siècle, et foncièrement proche d’une Angleterre développée et étrangère, seul horizon possible aux ambitieux. Nuala O’Faolain est morte d’un cancer foudroyant.  (Source wikipedia)
Productrice pour la télévision irlandaise, elle a réalisé une série intitulée Plain Tales dans laquelle des femmes âgées regardaient la caméra et racontaient l’histoire de leur vie, sans interruption.

Ecrits : On s’est déjà vu quelque part ? – Chimères – J’y suis presque – L’Histoire de Chicago May (Prix Femina étranger 2006) – Best Love Rosie – Ce regard en arrière et autres récits journalistiques

Edition Sabine Wespieser – 21/08/2006 – 443 pages / 10/18 – 07/05/2008 – 392 pages – Le Livre de poche 26/02/2020 – 456 pages

Résumé : Nuala O’Faolain s’empare du destin d’une jeune Irlandaise pauvre qui, en 1890, s’est enfuie de chez elle pour devenir une criminelle célèbre en Amérique sous le nom de « Chicago May ». Quand May Duignan débarque aux Etats-Unis en provenance de son Irlande natale, elle n’a pour tout bagage que son intrépidité, sa frimousse ravageuse et une bourse contenant les économies volées à ses parents. C’est le début d’une longue vie de crimes et d’aventures. Du Nebraska à New York, de Londres à Paris, celle que l’on appelle désormais Chicago May sera tour à tour prostituée, arnaqueuse, danseuse de revue et braqueuse de banque. Ses aventures la conduisirent du Nebraska, où elle côtoya les frères Dalton, à Philadelphie, où elle mourut en 1929, en passant par Chicago, New York, Le Caire, Londres et Paris, où elle fut jugée pour le braquage de l’agence American Express. Elle vécut sur un grand pied, fit de la prison, et écrivit même, dans le genre convenu des mémoires de criminels, l’aventure de sa vie.  L’amour, le crime et un destin exceptionnel de femme au tournant du XXe siècle : tous les ingrédients du romanesque sont réunis. Tour à tour braqueuse, prostituée, arnaqueuse, voleuse et danseuse de revue musicale, May avait une beauté magnétique qui tournait la tête des hommes. Elle connaîtra la fortune et la déchéance, les palaces et la prison, mais jamais elle n’abdiquera face aux événements. Fascinée par ce destin hors du commun, Nuala O’Faolain témoigne de sa quête pour comprendre et raconter cette femme et son temps. Partant de ce matériau, Nuala O’Faolain mène une enquête trépidante, tentant de saisir les motivations de cette énigmatique cœur d’Irlande, elle aussi exilée aux Etats-Unis. Car cette héroïne romanesque et sentimentale a payé au prix fort l’indépendance qu’elle a conquise contre les normes sociales. Ici l’écrivain nourrit de sa propre expérience une émouvante réflexion sur la quête d’une femme qui a décidé de sortir des sentiers battus, choisissant l’aventure et assumant la solitude.

Mon avis :

L’idée est bonne, de partir sur les traces de Chicago May, quelque soit le nom de cette femme (May Duignan, May Churchill Sharpe, Mme James Montague Sharp, May Churchill, May Wilson, Diamond May, May Avery …), qui émigre d’Irlande à la fin du XIXème siècle, célibataire, comme la majorité des émigrantes de l’époque.  Nuala O’Faolain, Irlandaise elle-aussi va faire la biographie de Chicago May en se fondant sur une autobiographie écrite par la rebelle, vers la fin de sa vie. Son principal handicap : être née fille et après la grande famine. Ce roman va aussi nous en apprendre beaucoup sur les conditions de vie à cette époque, en Irlande rurale , en Angleterre et aux Etats-Unis (en particulier à Chicago), non seulement du point de vue de la condition féminine mais encore de la manière dont les pauvres étaient traités, l’évolution de la prostitution, les conditions carcérales (la description du bagne de l’Ile du Diable rendue célèbre par son prisonnier le Capitaine Dreyfus) , la justice…
A seize ans, elle va s’enfuir vers les Amériques, en emportant au passage les économies familiales. Après avoir laissé son pays derrière elle, après une traversée que je vous laisse découvrir, elle va aller de partenaire en partenaire, d’arnaque en arnaque, de mariage en mariage, de pays en pays (Egypte, Brésil, France, Angleterre…), de prison en prison aussi, dans plusieurs pays (France, Angleterre, Amérique).
May est une femme belle mais aussi une femme forte, qui jamais ne se considère comme une victime mais comme une personne qui fait des choix de vie et assume. Elle assumera d’ailleurs son statut de prostituée de légende et se révèlera au théâtre comme actrice.
Le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle choisira mal ses amours, ses maris… Elle voulait être quelqu’un, mais les moyens choisis pour y arriver sont loin d’être les bons… Elle qui ne supporte pas d’être une potiche, ne supporte pas de rester à la maison sans gagner sa vie, d’être dépendante de quelqu’un. Elle aimait être reconnue et célèbre dans son monde à elle, elle revendiquait son origine, elle tenait plus que tout à son indépendance, elle s’accrochait à la vie, à son aspect physique qui lui avait donné ce qu’elle avait pu avoir
Fille, née dans une Irlande super coincée, dévote et catholique, il est certain qu’elle détonne et est mise au ban de son village. D’ailleurs sa tentative d’y retourner se soldera par un fiasco car elle sera perçue comme le mal en personne.

La vie de May est une plongée dans la solitude, dans la survie, dans la communauté des voleurs et de la prostitution, dans un monde où les rapports sociaux sont difficiles,  la confiance est exception et la trahison  pour sauver sa peau est la règle.

Et je termine en citant May :  « Je n’ai jamais eu envie de mourir, même en prison. Ce n’était pas que j’avais peur de mourir mais j’étais heureuse de vivre. »

Au final un livre que je recommande pour son côté historique et social. Mais impossible de ressentir de la sympathie pour cette femme, qui d’ailleurs n’en voulait pas au fond d’elle-même je pense. L’autrice n’a rien fait pour enjoliver le tableau (et je l’en remercie) mais c’est triste que ce parcours d’exception soit en fin de compte seulement descriptif.

Extraits :

Quiconque a émigré se rappellera que l’espace entre les pays est plein d’émotion.

J’avais oublié que les autobiographies de criminels ne sont qu’intrigue sans sujet. Son livre existait parce que May était une criminelle, et les criminels agissent ; ils ne réfléchissent pas à leurs actions. Cela me confronta au caractère assommant du picaresque et me rappela combien il est peu satisfaisant, de nos jours, de lire une somme d’expériences motivées par les événements et non par les personnages.

Elle le choisit, écrit-elle, « plutôt que d’avoir des aventures » ; mais un partenaire est plus une nécessité qu’un choix pour une jeune femme jetée dans un monde d’hommes.

Mais elle parle comme si elle était un homme. Or elle était une femme. Elle n’allait pas se servir de fusils et de chevaux rapides pour tirer « bénéfices du crime », mais plutôt de sa personne.

Mais l’intimité même de l’Irlande rurale rendait sa population experte dans l’art de la dissimulation.

May est une femme qui attente à la pudeur et, en tant que telle, elle est désormais bannie de toute communauté hormis l’impitoyable communauté de la pègre.

Même si May eut le désir abstrait de s’abriter dans les rôles de mère ou de fille, l’Amérique était tout de même autrement plus attrayante pour une jeune femme que la silencieuse Irlande où la Vierge Marie surveillait les paysages balayés par la pluie et où les péchés de chair n’étaient jamais pardonnés.

Mais aussi vient un temps où l’émigrant cesse d’être un émigrant et où la deuxième patrie devient la patrie.

L’idée qu’on s’occupe d’elle a dû lui sembler presque surréaliste. Mais qu’elle s’occupe d’un autre, c’était différent.

Et le théâtre est, d’un côté, le lieu d’un savoir- faire ancien et, de l’autre, celui des projecteurs et du plaisir.

Pourquoi la femme mariée était-elle enlevée à ses sœurs travailleuses pour être livrée à l’oisiveté ?

Mais les romans de Jane Austen relient les événements d’une vie à un personnage. Ils font plus que raconter une histoire. Ils font ce que Henry James dit que les romans font : ils nous aident à connaître.

« mais sans fortune il est difficile d’être honnête si vous n’avez pas des goûts modestes. Je déteste le travail manuel, sans compter qu’on peut à peine en vivre.

Je considère que revenir dans un endroit que vous avez quitté depuis longtemps, où vous savez, dans votre cœur, que vous n’êtes plus le bienvenu, est une dernière tentative d’appartenance. Et qu’après, vous êtes complètement perdu.

Elle est aussi seule que si elle vivait sous une tente au milieu d’une île – une île qui semble attrayante mais qui est desséchée et bridée par la chaleur, et où les requins rôdent le long des rivages rocheux.

En ces temps qui ont précédé la Première Guerre mondiale, alors que les bureaucraties nationales et internationales n’avaient pas encore perfectionné leurs systèmes, les gens pouvaient prendre le nom qu’il leur plaisait.

L’Angleterre a conquis et occupé l’Irlande au XVIIe siècle, installé de nouveaux venus sur ses bonnes terres, qui devinrent la classe des propriétaires terriens anglo-irlandais, et a poursuivi cette implantation par la discrimination contre les Irlandais d’origine dans tous les domaines – religieux, scolaire, commercial et politique. Le ressentiment que les Irlandais éprouvent envers l’Angleterre est, par conséquent, très profond, et la condescendance de l’Angleterre vis-à-vis des Irlandais est tout aussi opiniâtre.

Avant ça, elle n’avait jamais réfléchi au mystère de l’injustice aléatoire de la vie. Auparavant, elle ne s’était jamais souciée des rêves que les vieillards avaient pu avoir. Elle n’avait jamais proposé une origine sociale au crime.

Les accès de colère maintiennent l’esprit vif, mais la colère ne peut accélérer le passage du temps. C’était le temps, son ennemi. Des heures et des heures chaque jour et chaque semaine et chaque mois qu’elle ne pouvait pas remplir menaçaient sa santé mentale.

Les femmes pauvres et peu instruites trouvent rarement une place dans la lutte pour l’indépendance.

[…] ça change une personne quand le chaos des souvenirs est rendu cohérent. Le voyage à travers la vie peut continuer à ne pas sembler déterminé mais du moins ressemble-t-il à un parcours.

C’était une femme intéressée par ce qu’elle pouvait toucher sur-le-champ. Elle n’éprouvait aucun intérêt pour ce qu’elle pourrait toucher un jour.

Vocabulaire :
trumeau : (du vieux bas francique *thrum, « bout, extrémité ») est :
la partie d’un mur, d’une cloison comprise entre deux baies, deux portes-fenêtres, pilier qui supporte en son milieu le linteau d’un portail ou d’une fenêtre (voir meneau) ;
par extension, le panneau de menuiserie ornant la partie supérieure d’une glace de cheminée ;
toute partie de menuiserie servant à revêtir l’espace qui se trouve entre deux fenêtres, soit qu’il y ait ou non une glace ; on donne aussi ce nom à tous les parquets de glace ;

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