Sagan Françoise «Aimez-Vous Brahms..» (1959)

Sagan Françoise «Aimez-Vous Brahms..» (1959)

Autrice : Françoise Sagan est le pseudonyme de Françoise Quoirez, femme de lettres française née le 21 juin 1935 à Cajarc (Lot).  » Elle devient célèbre dès son premier roman, Bonjour tristesse, publié en 1954, alors qu’elle n’a que dix-huit ans. En 1954, à la sortie de son premier roman, Bonjour tristesse, on entendait pour la première fois la voix sèche et rapide d’un  » charmant petit monstre  » de dix-huit ans, qui allait faire scandale et devenir très vite l’un des monstres sacrés de la littérature française. Elle est connue pour la « petite musique » de ses récits romantiques mettant en scène une bourgeoisie riche et désabusée, mais aussi pour défrayer régulièrement la chronique mondaine et judiciaire. Françoise Sagan a publié de son vivant une quarantaine de textes, romans, pièces de théâtre, nouvelles et scénarios. Elle est morte le 24 septembre 2004 à Honfleur (Calvados), à l’âge de soixante-neuf ans.
Romans : Bonjour tristesse, Paris, Julliard, 1954 – Un certain sourire, 1956 – Dans un mois, dans un an, 1957 – Aimez-vous Brahms…, 1959 – Les Merveilleux Nuages, 1961 – La Chamade, 1965 – Le Garde du cœur, 1968 – Un peu de soleil dans l’eau froide, 1969 – Des bleus à l’âme, 1972 – Un profil perdu, 1974 – Le Lit défait, 1977 – Le Chien couchant, 1980 – La Femme fardée, 1981 – Un orage immobile, 1983 – De guerre lasse, 1985 – Un sang d’aquarelle, 1987 – La Laisse, 1989 – Les Faux-Fuyants, 991 – Un chagrin de passage, 1993 – Le Miroir égaré, 1996 – Les Quatre Coins du cœur, 2019.

Julliard – 1959 – 189 pages/ – Pocket – 18.07.2007 – 123 pages
Adaptation cinématographique : 1961 : Aimez-vous Brahms…, d’Anatole Litvak, avec Ingrid Bergman, Yves Montand et Anthony Perkins.

Résumé :

 » Paule contemplait son visage dans la glace et en détaillait les défaites accumulées en trente-neuf ans, une par une, non point avec l’affolement, l’acrimonie coutumiers en ce cas, mais avec une tranquillité à peine attentive. Comme si la peau tiède, que ses deux doigts tendaient parfois pour souligner une ride, pour faire ressortir une ombre, eût été à quelqu’un d’autre, à une autre Paule passionnément préoccupée de sa beauté et passant difficilement du rang de jeune femme au rang de femme jeune : une femme qu’elle reconnaissait à peine.

Mon avis : Paule, c’est l’amour fou pour son compagnon en union libre, Roger. Elle lui pardonne tout, même si elle souffre… Simon, c’est l’amour fou pour Paule même si il sait au fond de lui qu’elle est aimantée à Roger. C’est l’histoire d’une femme de presque 40 ans qui se sent vieillir et se retrouve bien seule. Elle est fragile, elle a mal, et malgré la liberté que le couple a décidé de s’accorder, Paule est incapable de vivre sa vie, de se montrer infidèle.  C’est facile de décider qu’un est un couple libre, mais l’accepter et le vivre bien, c’est une autre histoire. on est ensemble mais on est libres… J’ai comme des doutes…
Paule aime Roger qui l’aime aussi – elle le sait – mais pas comme elle le souhaiterait : il la trompe, la laisse seule, privilégie son indépendance et sa liberté à leur relation, car il sait qu’elle sera toujours là à l’attendre… Alors oui, c’est le contrat, mais elle le vit très mal, elle en souffre alors que Roger, lui, est parfaitement heureux comme ça…
Le couple résiste, jusqu’au jour … où un petit jeune de 25 ans, Simon, tombe éperdument amoureux de Paule. Pour lui, la différence d’âge ne compte pas, seul compte l’amour qu’il a pour elle et ce qu’il peut faire pour lui prouver, lui rendre la vie belle et la rendre heureuse.
Mais cela aussi Paule le vit mal :  elle est en porte-à-faux … Simon  a beau tout faire, elle n’arrive pas à se sortir Roger de la tête… d’une certaine manière elle se sent coupable mais elle l’utilise, en sachant parfaitement qu’elle sera incapable de lui rendre son amour…
J’ai retrouvé avec un plaisir infini la plume de Françoise Sagan et sa mélancolie, sa sensibilité, ses doutes, ses interrogations … et le personnage de Paule, avec sa fragilité … comme elle est émouvante … avec cette difficulté face à l’amour… sa solitude, ses questionnements, ses avancées et ses reculades…
Et même si le livre a été écrit il y a 60 ans, même si les différences d’âge passent mieux maintenant, le temps qui passe est toujours un sujet d’actualité et la solitude dans le couple existe encore…

Extraits :

Elle s’était mise devant ce miroir pour tuer le temps et – cette idée la fit sourire – elle découvrait que c’était lui qui la tuait à petit feu, doucement, s’attaquant à une apparence qu’elle savait avoir été aimée.

Mais dès qu’il passait la porte, dès qu’il respirait sur le trottoir la violente odeur de son indépendance, elle le perdait à nouveau.

Elle haïssait ces dimanches de femme seule : les livres lus au lit, le plus tard possible, un cinéma encombré, peut-être un cocktail avec quelqu’un ou un dîner et, enfin, au retour, ce lit défait, cette impression de n’avoir pas vécu une seconde depuis le matin.

Peut-être y avait-il effectivement un moment où on ne devait plus attaquer sa vie, mais s’en défendre, comme d’une vieille amie indiscrète.

Elle se perdait, elle perdait sa propre trace, elle ne s’y retrouverait jamais.

« J’ai tellement confiance en toi », tellement confiance que je peux te tromper, te laisser seule, et qu’il n’est pas possible que le contraire arrive. C’est sublime. »

C’était l’envers de sa tristesse que cette cruauté, l’absurde besoin d’une vengeance qu’il ne méritait pas.

je ne pouvais absolument pas vivre sans vous. J’agissais dans le vide. Je ne m’ennuyais même pas, j’étais privé de moi-même.

je n’avais jamais vécu avant toi et sûrement je ne vivrai plus après.

Pour la première fois, elle goûtait cet affreux plaisir d’aimer qui l’on va faire souffrir, inéluctablement.

Maintenant, elle ne cherchait plus à prendre, elle ne cherchait qu’à garder. Garder un métier et un homme, les mêmes depuis longtemps et dont, à trente-neuf ans, elle n’était pas encore sûre.

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