Penny Louise « Défense de tuer »

Penny Louise « Défense de tuer »

La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

Tome 4 : Défense de tuer

Résumé : Au plus fort de l’été, le Manoir Bellechasse, un hôtel luxueux des Cantons-de-l’Est, accueille les membres d’une riche famille anglo-canadienne réunis pour rendre hommage à leur défunt patriarche. L’inspecteur-chef Armand Gamache, venu célébrer avec sa femme leur trente-cinquième anniversaire de mariage, constate rapidement le troublant comportement de cette famille aux apparences parfaites. Sous la surface trop lisse bouillonne une inavouable rancune longtemps refoulée. Dans les esprits comme dans le ciel, l’atmosphère s’alourdit. Bientôt une tempête s’abat, laissant derrière elle un cadavre étrangement mis en scène. Mais qui aurait l’audace de commettre un homicide sous les yeux de l’inspecteur ?

Avec cette quatrième enquête de l’inspecteur-chef Armand Gamache, Louise Penny fait une nouvelle fois preuve d’une ingéniosité subtile et d’une véritable compréhension du psychisme humain. Instaurant un huis-clos tout aussi charmant que déstabilisant, elle laisse ses personnages évoluer jusqu’à ce que leur nature véritable se dévoile dans toute sa laideur. Plus que jamais elle s’impose comme un véritable maître du mystère.

Mon avis : Toujours aussi « british » dans une ambiance canadienne. Nous sommes en été. Et revoici notre inspecteur Gamache, si humain, si tendre et attentif au centre de l’enquête. En effet il séjourne à l’hôtel quand un meurtre est commis. Sa femme est donc un peu plus présente, avant de s’exiler pas loin, à « Three Pines »…

On nage en plein mystère, dans une ambiance de suspicion et de haine larvée.. et on se pose des questions ; non seulement qui, mais aussi pourquoi et comment.. Dans un coin de paradis (enfin pas de l’avis de tout le monde) ou internet ne passe pas, une enquête un peu « à l’ancienne », fondée sur psychologie et réflexion.. Une belle étude de l’amour et de la haine, de la dissimulation et de la rancœur, des non-dits qui pourrissent toute une existence (enfin plusieurs) Et toujours cette jolie langue et ses mots québécois qui font mon bonheur..

(la débarbouillette c’est une lavette .. )

 

Extraits :

Après avoir travaillé des dizaines d’années comme facteur, il savait qu’il distribuait davantage que des lettres. Il savait qu’il avait lâché des bombes au cours de ses tournées. Il avait apporté de très bonnes nouvelles : des avis de naissance, des gains de loterie, le décès d’une vieille tante riche. Mais c’était un homme bon, d’une grande sensibilité, et il savait qu’il était aussi porteur de mauvaises nouvelles

Il s’arrêta, se retourna et s’éloigna à grands pas du bistro pour se diriger vers une boîte aux lettres rouillée devant une maison en brique donnant sur le parc. Lorsqu’il ouvrit la boîte aux lettres, celle-ci hurla. Il la comprenait. Après avoir poussé la lettre à l’intérieur, il referma rapidement la porte hurlante. Il fut surpris que la boîte métallique cabossée ne s’étouffe pas et ne recrache pas cette chose immonde. Avec le temps, il en était venu à voir ses lettres comme des êtres vivants et les boîtes comme des espèces d’animaux de compagnie

Il avait appris ça de sa mère. Elle lui avait enseigné que de l’ordre naissait la liberté. L’ordre libérait l’esprit pour autre chose

Il collectionne des conversations, des événements, et les utilise des années plus tard contre vous. Recycler, riposter, refouler. Rien ne se perd

Il franchissait ce point et découvrait les monstres cachés au plus profond de personnes raisonnables, aimables, rieuses. Il pénétrait là où même ces personnes craignaient de s’avancer

La première génération amasse l’argent, la deuxième l’apprécie, ayant été témoin des sacrifices consentis, et la troisième le dilapide. Nous sommes la troisième génération.

le meurtre était fondamentalement humain. Une personne était assassinée, une personne assassinait. Ce n’était ni le hasard ni un événement qui déclenchait le geste fatal. C’était une émotion. Une émotion autrefois saine et humaine était devenue répugnante, boursouflée, puis avait été enterrée. Mais pas définitivement. Elle restait tapie, souvent durant des décennies, se maintenant en vie et grossissant, sinistre, tourmentée, pleine de rancune. Jusqu’au jour où elle se libérait enfin de la contrainte humaine. Aucun sens moral, aucune peur, aucune convention sociale ne pouvait alors la retenir. C’était le chaos. Et un homme devenait un meurtrier

« Tout le monde mérite une deuxième chance. Mais pas une troisième.

Vous est-il déjà arrivé, en marchant dans une rue, de sentir quelque chose et de vous trouver soudainement à un autre endroit ? C’est comme si l’odeur vous transportait ailleurs.

C’était un adulte, pas un enfant dans des vêtements d’adulte, comme tant de gens qu’elle connaissait. Il démontrait de la maturité

Elle n’était pas allée au-delà du pourquoi. N’avait pas pensé au qui

Le véritable sens se trouvait dans les pauses. Jamais dans les mots, mais dans les hésitations

Ce n’était pas une balle, ni une lame, ni un coup de poing au visage qui tuait les gens. Ce qui tuait les gens, c’était un sentiment. Enfoui trop longtemps

Mais il savait que ce signe de ponctuation cachait quelque chose. Quelque chose d’important. Comme bien souvent, le message n’était pas dans les mots, mais dans la façon de les présenter.

La folie, c’est perdre contact avec la réalité, c’est créer son propre monde et s’y enfermer. — C’est juste, sauf que, parfois, c’est la façon d’agir la plus saine qui soit. La seule façon de survivre. Les personnes maltraitées – surtout les enfants – le font

Votre corps peut se trouver dans le plus enchanteur des endroits, mais si votre esprit est anéanti, cela importe peu

Elle sentait son cœur galoper dans sa poitrine et ses mains trembler, comme chaque fois qu’elle était enragée. Et, bien sûr, son cerveau ne fonctionnait pas. Il s’était enfui avec son cœur – les lâches – en la laissant sans défense et sans cervelle

Un meurtre n’était pas le fruit de la haine, il représentait plutôt un effroyable acte de libération. On le perpétrait pour être enfin débarrassé du poids qui vous accablait.

L’affliction était semblable à une dague pointue s’enfonçant à l’intérieur de soi. Elle était composée d’une peine nouvelle et d’un vieux chagrin. Tous les deux fondus, forgés et, parfois, polis

ce n’est pas la vérité au sujet des autres qui vous libère, mais la vérité sur vous-même

Blesser commence à devenir une habitude, chez vous. Faire souffrir les autres ne diminuera pas votre propre douleur, vous savez. Au contraire.

Elle m’a enseigné que la vie continue, et qu’un choix s’offrait à moi. Je pouvais pleurer ce que j’avais perdu ou apprécier ce qui me restait

L’enfant avait commencé à ressentir quelque chose de nouveau. De l’amertume. Au fil des ans, elle avait creusé un trou là où aurait dû se trouver son cœur. Elle avait fini par lui ronger tout l’intérieur, si bien qu’il n’y avait plus que noirceur là-dedans. Et un hurlement, un écho du passé qui se répercutait. Et s’amplifiait avec chaque répétition

 

(photo : Manoir Howey – North Hatley -Canada)

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