Aubenas, Florence « L’inconnu de la poste » (2021)

Aubenas, Florence « L’inconnu de la poste » (2021)

Autrice : Florence Aubenas est une journaliste et écrivaine française, née le 06.02.1961 à Bruxelles.
Grand reporter au Monde après avoir travaillé dans plusieurs autres journaux : « Le Matin de Paris », « Le Nouvel Économiste », « Libération », « Le Nouvel Observateur ». Elle a été retenue en otage pendant plusieurs mois en Irak en 2005.

Elle est l’auteure de nombreux essais et enquêtes, dont La Méprise : l’affaire d’Outreau, En France et Le Quai de Ouistreham, disponibles chez Points. «L’inconnu de la poste» (2021) fait partie de la liste des meilleurs livres de 2021.

Editions de l’Olivier – 05.02.2021 – 236 pages / Points -récit – 04.03.2022 – 234 pages

Résumé :

Le village, c’est Montréal-la-Cluse. La victime, c’est Catherine Burgod, tuée de vingt-huit coups de couteau dans le bureau de poste où elle travaillait. Ce livre est donc l’histoire d’un crime. Il a fallu sept ans à Florence Aubenas pour en reconstituer tous les épisodes — tous, sauf un. Le résultat est saisissant. Au-delà du fait divers et de l’enquête policière, L’Inconnu de la poste est le portrait d’une France que l’on aurait tort de dire ordinaire.
Car si le hasard semble gouverner la vie des protagonistes de ce récit, Florence Aubenas offre à chacun d’entre eux la dignité d’un destin.

 

Mon avis :
C’est un livre qui nous présente un fait divers, l’assassinat d’une postière – Catherine Burgod –  dans un village de montagne – Montréal-la-Cluse ( proche de Nantua) . L’autrice va nous présenter l’enquête sur ce crime et nous fait faire la connaissance des personnes qui ont côtoyé la victime et des personnes qui ont été suspectées de l’avoir assassinée.
L’autrice nous raconte aussi l’histoire de ce village, de cette Vallée du plastique, autrefois florissante mais qui subit de plein fouet la crise financière de 2008 et nous peint le tableau de la société, et elle excelle dans la description des êtres démunis, des inégalités sociales, des vies des oubliés et des en marge de la société.
Catherine – la postière – a déjà fait plusieurs tentatives de suicide ; mais là elle est enceinte et elle a été assassinée à coups de couteau. Un vol a été commis mais il n’y a pas de traces… Alors on enquête, on se focalise sur les gens qui n’habitent pas loin et l’on s’acharne sur un homme, un acteur, Gérald Thomassin, César du meilleur espoir masculin pour Le Petit Criminel en 1991. Enfant de la Ddass, atypique, il est cependant connu pour ne pas être violent envers les autres ; certes il a un caractère ingérable et on ne sait pas à quoi s’attendre, mais il se détruit lui-même ; il a tenté maintes fois de se suicider d’ailleurs…
Les dégâts de l’alcool, de la drogue, de la célébrité, de l’enfance malheureuse… Thomassin est certes un inadapté, mais est-il pour autant un criminel.
C’est aussi une analyse des enquêtes de Police, de la Justice. Le dossier ? c’est Dupont-Moretti qui va en hériter… Le dénouement de l’affaire ? Suspense…
Un livre témoignage mais qui se lit comme un roman… Sauf que, malheureusement pour Thomassin, c’est sa vie et non le scénario d’un film…

J’ai trouvé passionnant. J’avais entendu parler de cette affaire, mais l’autrice nous brosse le portrait de personnages et d’un contexte social qui rend le drame tellement vivant !!! Superbe lecture.
Un conseil : lisez le livre et renseignez-vous sur l’affaire ensuite…

 

Extraits :

Elles refont le monde, évidemment. Leur monde à elles : « Nos vies, nos hommes, nos galères. » On donne son avis sur tout, on regarde des conneries sur Internet, on passe les histoires en revue, la sienne et celles des autres. La poste de poupée est leur royaume.
Quand quelqu’un entre dans le bureau, un vrai client s’entend, la bande de copines essaie de se faire plus discrète. Les locaux sont si petits qu’on les aperçoit quand même derrière la porte entrouverte.

Dans le monde du cinéma, l’acteur a la réputation de se volatiliser sitôt la dernière scène tournée. Il ne participe pas au traditionnel repas de fin de tournage, n’assure jamais la promotion de ses films. Les appels se perdent dans le vide, pistes effacées, localisation impossible. Il n’est plus nulle part. Ça peut durer des mois avant qu’il réapparaisse.

Tout ce qu’il a passé tant d’années à enfouir va être exposé au grand jour, son intimité étalée, ses secrets éventrés, les plus importants comme les plus dérisoires. Famille, amitiés ou réputation seront pulvérisées, sans épargner la douleur, ni les sentiments. Une instruction judiciaire ressemble à une dévastation.

Chacun se fait des films et laisse travailler son imagination selon ce qu’il se figure ». Peu à peu, dans cette paisible communauté villageoise, la méfiance entre voisins s’est installée, les anciens se sont remis à raconter la guerre, « le seul épisode comparable », dit l’un.

Le cinéma est un ogre qui dévore ses enfants, un milieu où plein de gens se foutent en l’air.

Les jours défilent sans qu’on les compte. « Quand tu es à la rue, tu vis au fur et à mesure. Au bout d’un moment, la rue a pris toute la place, tu ne penses plus qu’à elle. C’est comme le cinéma

Le dossier s’est transformé en un chaudron infernal où bouillonnent une multitude de pistes, d’expertises, les vérifications aux bornes d’autoroute, dans les centres pour migrants d’Hauteville ou ceux pour les sans-abri, les hôpitaux, les services psychiatriques, les associations de désintoxication, les déjà condamnés de la région et ceux qui pourraient l’être.

La justice ne reconnaît jamais qu’elle laisse mourir une affaire. Elle pratique plutôt une manière de coma artificiel, consistant à réduire progressivement le nombre d’enquêteurs.

« C’est comme l’alcool, le premier verre dégoûte, le second un peu moins. Ensuite, on n’en a jamais assez. »

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