Kessel, Joseph « Belle de jour » (1928 ) 189 pages

Kessel, Joseph « Belle de jour » (1928 ) 189 pages

Auteur: est né en Argentine le 10 février 1898. Fils de Samuel Kessel, médecin juif d’origine lituanienne (à l’époque en Russie impériale) qui vint passer son doctorat à Montpellier, puis partit exercer en Amérique du Sud, Joseph Kessel vécut en Argentine ses tous premiers mois, pour être emmené ensuite de l’autre côté de la planète, à Orenbourg, dans l’Oural, berceau de sa mère (née Lesk), où ses parents résidèrent de 1905 à 1908, avant de revenir s’installer en France. Il est élu à l’Académie française en 1962.

Romans et Ecrits :  je ne vous cite que ceux lus récemment et commentés sur le blog car il y en a tellement…  :  «Belle de jour» (1928 ) – « La vallée des rubis » (1955) –
Mais je ne peux que vous recommander de lire « Les Mains du miracle » (1960), « Les Cavaliers » (1967), « Fortune Carrée » (1932)  , « Le lion »  (1958),  ( lus mais avant la création du blog) 

Belle de jour est un roman de Joseph Kessel paru en 1928 dans l’hebdomadaire Gringoire (le 9 novembre 1928) puis en volume en 1929 chez Gallimard et en édition bibliophilique chez Lidis en 1955 avec des illustrations d’Yvette Alde.
Racontant l’histoire d’une jeune femme, Séverine, qui recherche le plaisir charnel dans l’expérience de la prostitution, le roman fit scandale à sa parution et resta entouré d’une réputation sulfureuse.
« Belle de jour » a été adapté au cinéma par Luis Buñuel en 1967.

Gallimard – 1929 – 235 pages / Folio – 20.06.1972 – 189 pages 

Résumé:
«Ce que j’ai tenté avec Belle de Jour, c’est de montrer le divorce terrible entre le cœur et la chair, entre un vrai, immense et tendre amour amour et l’exigence implacable des sens. Ce conflit, à quelques rares exceptions près, chaque homme, chaque femme qui aime longtemps, le porte en soi. Il est perçu ou non, il déchire ou il sommeille, mais il existe.»

Mon avis: ❤️❤️❤️❤️

J’avais lu ce livre il y a bien longtemps et vu le film de Buñuel.
Comme régulièrement, j’aime bien sortir un classique, un livre qui a marqué son époque. Et pour marquer son temps, on peut dire qu’en 1928, il a fait scandale! Et fait partie de la liste des  “1001 LIVRES QU’IL FAUT AVOIR LUS DANS SA VIE” 

La prostitution dans une maison de rendez-vous d’une femme issue de la bourgeoisie, qui se cache sous un joli nom de fleur « Belle de jour » et qui le fait non pas pour l’argent mais pour une raison qui lui est propre. La libération de la femme par l’assouvissement de son désir … Elle sent que pour pouvoir aimer son mari, il faut qu’elle se libère et assume sa sexualité , chose qu’elle sait ne pas pouvoir faire avec l’homme qu’elle aime. Car la belle Séverine se rend compte que leur relation sexuelle non satisfaisante finira par détruire le couple car elle ne ressent rien physiquement. L’amour  entre eux est évident mais le corps ne suit pas… C’est trop lisse, trop convenu, trop propret pour que Séverine s’épanouisse et il est hors de question d’un parler à son mari ( ou à quiconque )…La Belle parviendra-t-elle à cloisonner sa double vie? A s’épanouir charnellement et amoureusement ?  Si vous ne l’avez ni vu ni lu, je vous laisse en compagnie de la Belle de Jour pour découvrir les plaisirs et les affres de l’amour. Et suivre la démarche psychologique de la belle amoureuse pour sublimer son couple.  

Extraits de la préface: 

Il faut savoir mépriser la fausse pudeur, comme on dédaigne le faux goût. Les griefs d’ordre social ne me troublent pas. 

Ce que j’ai tenté avec Belle de Jour, c’est de montrer le divorce terrible entre le cœur et la chair, entre un vrai, immense et tendre amour et l’exigence implacable des sens. Ce conflit, à quelques rares exceptions près, chaque homme, chaque femme qui aime longtemps, le porte en soi. Il est perçu ou non, il déchire ou il sommeille, mais il existe. 

Le sujet de Belle de Jour n’est pas l’aberration sensuelle de Séverine, c’est son amour pour Pierre indépendant de cette aberration et c’est la tragédie de cet amour.

Extraits :

« Ai-je su reconnaître tant d’amour ? se demanda Séverine. Ai-je toujours pris soin de sa joie ? Tout ce qu’il a fait pour moi, je l’ai accepté comme naturel, comme dû. »

La volupté, songeaient-ils ensemble, n’est qu’une flamme fugitive. Nous avons en partage un bien plus rare et plus sûr.

Quand elle revint, sa raison lucide, presque virile, avait triomphé de l’ennemi encore inconnu qui s’était tapi au plus secret d’elle-même. Elle avait pris conscience de la bizarrerie, voisine de la démence, de son attitude. Elle n’était coupable de rien, elle le savait. Pourquoi ce besoin de s’excuser ? Cet égarement suspect ?

l’ennemie installée en elle – mais était-ce une ennemie ? – et qui doublait d’une image secrète chacune de ses pensées

Déjà il y avait communication entre le monde ordonné où elle avait toujours vécu et celui qui s’était ouvert à elle sous la poussée d’un instinct dont elle hésitait encore à mesurer le pouvoir.

Pareille à tous ses frères, à toutes ses sœurs en désirs interdits, ce ne fut point la satisfaction de ce désir qui la tenta, mais les prémices dont cette satisfaction s’entoure.

Il n’avait pas d’inquiétude véritable, mais tous ses sens exerçaient cette sorte de guet qui n’est pas loin du soupçon.

Elle devina alors que son plaisir exigeait un climat singulier, mais elle fut impuissante à l’établir. Bientôt un mouvement profond de sa sensibilité vint l’éclairer sur elle-même.

L’élégance, l’éducation, le souci de lui plaire, allaient à l’encontre de quelque chose en elle qui exigeait d’être rompu, soumis, dompté sans appel, pour que sa chair s’épanouît.

Elle pleurait sur lui, sur elle, et sur la condition humaine qui divise la chair et l’âme en deux inconciliables tronçons, misère que chacun porte en soi et ne pardonne pas à l’autre.

La frayeur portée à son extrême possède ceci de commun avec la jalousie que le moindre possible devient certitude pour celui qui en souffre.

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