Vann, David «Sukkwan Island» (2010)

Vann, David «Sukkwan Island» (2010)

Auteur :

David Vann est né en 1966 sur l’île Adak, en Alaska, et y a passé une partie de son enfance avant de s’installer en Californie avec sa mère et sa sœur. Il a travaillé à l’écriture d’un premier roman pendant dix ans avant de rédiger en dix-sept jours, lors d’un voyage en mer, le livre qui deviendra Sukkwan Island. Pendant douze ans, il cherche sans succès à se faire publier aux États-Unis : aucun agent n’accepte de soumettre le manuscrit, jugé trop noir, à un éditeur. Ses difficultés à faire publier son livre le conduisent vers la mer : il gagnera sa vie en naviguant pendant plusieurs années dans les Caraïbes et en Méditerranée.
Après avoir traversé les États-Unis en char à voile et parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il échoue lors de sa tentative de tour du monde en solitaire sur un trimaran qu’il a dessiné et construit lui-même. En 2005, il publie A mile down, récit de son propre naufrage dans les Caraïbes lors de son voyage de noces quelques années plus tôt. Ce livre fait partie de la liste des best-sellers du Washington Post et du Los Angeles Times. Ce premier succès lui permet de gagner partiellement sa vie grâce à sa plume et il commence à enseigner. David Vann propose alors Sukkwan Island à un concours de nouvelles qu’il remporte et, en guise de prix, voit son livre publié en 2008 aux Presses de l’Université du Massachusetts. L’ouvrage est tiré à 800 exemplaires puis réimprimé à la suite de la parution d’une excellente critique dans le New York Times. Au total, ce sont pourtant moins de 3 000 exemplaires de cette édition qui seront distribués sur le marché américain.
Publié en France en janvier 2010, « Sukkwan Island » remporte immédiatement un immense succès. Il remporte le prix Médicis étranger et s’est vendu à plus de 300 000 exemplaires. Porté par son succès français, David Vann est aujourd’hui traduit en dix-huit langues dans plus de soixante pays. Une adaptation cinématographique par une société de production française est en cours.

David Vann est l’auteur de Sukkwan Island , Désolations, Impurs, Goat Mountain, Dernier jour sur terreAquarium, L’Obscure clarté de l’air, Un poisson sur la lune (2019) . Il partage aujourd’hui son temps entre la Nouvelle-Zélande où il vit et l’Angleterre où il enseigne, tous les automnes, la littérature.

Résumé : Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin. Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable.

Avec ce roman qui nous entraîne au cœur des ténèbres de l’âme humaine, David Vann s’installe d’emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan.

Ce roman a remporté les prix Médicis étranger 2010, prix des lecteurs de L’Express, prix de la Maison du livre de Rodez, prix du Marais 2011 des lecteurs de la médiathèque L’Odyssée de Lomme. Depuis son formidable succès en France, ce roman a été traduit en dix-huit langues et est aujourd’hui disponible dans soixante pays du monde. Une adaptation cinématographique est en cours.

Mon avis : petit livre de 200 pages mais grand en émotion ! Huis clos entre un père et son fils. Le drame de l’incommunicabilité. Dès le début le fils est déstabilisé par la faiblesse et le manque de confiance en lui de son père. Un père qui n’arrive pas à assumer son rôle de père, un fils qui perd dès le début confiance en son père qui n’assure en rien (manque de préparation du projet, pleurs toutes les nuits).. Le tout dans un décor angoissant.. Alors mon enthousiasme est allé décroissant… Fascinée par la première partie, à laquelle j’ai adhéré à 100%, un peu moins emballée par la deuxième et très déçue par la fin. Mais je recommande toutefois de le lire jusqu’à la fin ! C’est pas long et les descriptions ( tant la nature que des sentiments et l’analyse psychologique) le méritent

Extraits :

Quelque part, il y a eu un mélange de culpabilité, de divorce, d’argent, d’impôts, et tout est parti en vrille.

il apercevait le bras de terre pareil à une dent scintillante qui jaillissait de l’eau agitée et un autre bras de mer menant à une île lointaine, à un rivage, à l’horizon, l’air limpide et clair, les distances impossibles à évaluer.

Il n’y a que des bouleaux et des épicéas à perte de vue. Quand je regardais par la fenêtre, j’aurais voulu voir d’autres espèces d’arbres. Je ne sais pas à quoi c’est dû, je ne me suis jamais senti chez moi toutes ces années, je ne me suis jamais senti à ma place nulle part. Quelque chose me manquait, mais j’ai le sentiment qu’être ici avec toi va tout arranger.

L’arbre s’abattit à l’opposé d’eux en s’écrasant à travers les branches et les feuilles tandis que les troncs voisins frémissaient sous le choc, l’air de badauds tremblants et sidérés attroupés autour d’un horrible spectacle, puis un étrange silence s’installa.

Il avança jusqu’à l’eau en posant un pied prudent sur les rochers humides, il entendait la pluie de toute part, comme un tissu sonore qui supplantait tous les autres bruits. C’était la seule odeur, aussi. Même lorsqu’il détectait l’arôme de la terre ou de la mer, les parfums dont il imaginait qu’ils étaient ceux des fougères, des orties et du bois pourri, ils faisaient partie intégrante de l’odeur de pluie.

Il voulait partir. Il voulait s’échapper. Mais à mesure que les heures passaient, il savait qu’il allait rester.

Affairés, l’esprit vide, ils œuvraient ensemble à rassembler leurs provisions, leur relation devenue soudain plus simple.

Observant l’ombre noire qui bougeait devant lui, il prit conscience que c’était précisément l’impression qu’il avait depuis trop longtemps ; que son père était une forme immatérielle et que s’il détournait le regard un instant, s’il l’oubliait ou ne marchait pas à sa vitesse, s’il n’avait pas la volonté de l’avoir là à ses côtés, alors son père disparaîtrait, comme si sa présence ne tenait qu’à la seule volonté de Roy

Une violente tempête s’installa le jour suivant. L’eau semblait se fracasser sur le toit et contre les murs en un rideau épais comme une rivière et non comme quelques gouttes portées par le vent tant le choc était puissant.

Ça souffle comme s’il ne devait pas y avoir de lendemain, fit son père. Comme si la pluie cherchait à effacer tous les jours du calendrier.

le sol était si détrempé qu’il avait l’impression de marcher sur des éponges

Elle était devenue une sensation, une part de son être qu’il ne pouvait suffisamment dissocier de lui-même pour y penser. Elle était un manque et un regret qui grossissaient en lui comme une tumeur

Et ses hurlements ne faisaient rien d’autre que se combler eux-mêmes, il était comme un acteur prisonnier de sa propre douleur, incapable de savoir qui il était véritablement ni quel rôle jouer.

 

 

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