Vann, David «Désolations» (2011)

Vann, David «Désolations» (2011)

Auteur : David Vann est né le 19 octobre 1966 sur l’île Adak, en Alaska, et y a passé une partie de son enfance avant de s’installer en Californie avec sa mère et sa sœur. Il a travaillé à l’écriture d’un premier roman pendant dix ans avant de rédiger en dix-sept jours, lors d’un voyage en mer, le livre qui deviendra Sukkwan Island. Pendant douze ans, il cherche sans succès à se faire publier aux États-Unis : aucun agent n’accepte de soumettre le manuscrit, jugé trop noir, à un éditeur. Ses difficultés à faire publier son livre le conduisent vers la mer : il gagnera sa vie en naviguant pendant plusieurs années dans les Caraïbes et en Méditerranée.

Après avoir traversé les États-Unis en char à voile et parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il échoue lors de sa tentative de tour du monde en solitaire sur un trimaran qu’il a dessiné et construit lui-même. En 2005, il publie A mile down, récit de son propre naufrage dans les Caraïbes lors de son voyage de noces quelques années plus tôt. Ce livre fait partie de la liste des best-sellers du Washington Post et du Los Angeles Times. Ce premier succès lui permet de gagner partiellement sa vie grâce à sa plume et il commence à enseigner. David Vann propose alors Sukkwan Island à un concours de nouvelles qu’il remporte et, en guise de prix, voit son livre publié en 2008 aux Presses de l’Université du Massachusetts. L’ouvrage est tiré à 800 exemplaires puis réimprimé à la suite de la parution d’une excellente critique dans le New York Times. Au total, ce sont pourtant moins de 3 000 exemplaires de cette édition qui seront distribués sur le marché américain.

Publié en France en janvier 2010, Sukkwan Island remporte immédiatement un immense succès. Il remporte le prix Médicis étranger et s’est vendu à plus de 300 000 exemplaires. Porté par son succès français, David Vann est aujourd’hui traduit en dix-huit langues dans plus de soixante pays.
David Vann est l’auteur de Sukkwan Island , Désolations, ImpursGoat MountainDernier jour sur terre,  Aquarium, L’Obscure clarté de l’air (2017), Un poisson sur la lune (2019), Le Bleu au-delà (Nouvelles 2020), Komodo (2021). Il partage aujourd’hui son temps entre la Nouvelle-Zélande où il vit et l’Angleterre où il enseigne, tous les automnes, la littérature.

Gallmeister – 25.08.2011 – 302 pages – Gallmeister Totem 05.10.2017 – 293 pages – Traduit de l‘anglais par Laura Derajinski

Après Sukkwan Island , couronné par le prix Médicis 2010, le second roman de David Vann est une œuvre magistrale sur l’amour et la solitude. Désolations confirme le talent infini de son auteur pour explorer les faiblesses et les vérités de l’âme humaine.

Résumé :
Sur les rives d’un lac glaciaire au cœur de la péninsule de Kenai, en Alaska, Irene et Gary ont construit leur vie, élevé deux enfants aujourd’hui adultes. Mais après trente années d’une vie sans éclat, Gary est déterminé à bâtir sur un îlot désolé la cabane dont il a toujours rêvé. Irene se résout à l’accompagner en dépit des inexplicables maux de tête qui l’assaillent et ne lui laissent aucun répit. Entraînée malgré elle dans l’obsession de son mari, elle le voit peu à peu s’enliser dans ce projet démesuré. Leur fille Rhoda, tout à ses propres rêves de vie de famille, devient le témoin du face-à-face de ses parents, tandis que s’annonce un hiver précoce et violent qui rendra l’îlot encore plus inaccessible.

Mon avis :
Une fois encore me voici en Alaska,, au pays des saumons et du froid, des eaux tumultueuses ( comme cela avait été le cas plus tôt cette année avec le magnifique livre d’Adam Weymouth «Les rois du Yukon – Trois mille kilomètres en canoë à travers l’Alaska »
Mais avec Vann, c’est nettement plus noir.. mais cela ne devrait étonner personne… Surtout les premiers Vann…
Je vous le dis de suite, j’ai à nouveau été fascinée par l’écriture, les paysages, les personnages, les relations ambigües et difficiles décrites par l’auteur.
On retrouve les paysages de son premier roman, « Sukkwan Island » : l’Alaska.
Dans ces lointaines contrées, on va suivre quatre couples : Irene et Gary (les parents et 30 ans de mariage), leur fille Rhoda et son compagnon Jim ( sur le point de se marier) , leur fils Mark et sa copine Karen et un couple de leurs amis en visite dans la région, Carl et Monique.
Le thème du suicide :  le personnage principal de ce roman, Irene, a vécu avec le souvenir du souvenir du suicide de sa mère quand elle était petite.
Le thème des rapports de couple : les quatre couples ne vivent pas des relations tranquilles… Après 30 ans de mariage, l’insatisfaction règne en maître entre Gary – éternel insatisfait et toujours en situation d’échec – et Irene, persuadée que Gary ne l’aime plus et qu’il va la quitter et va tout faire pour ne pas le perdre. Le couple Rhoda et Jim est branlant lui aussi : elle rêve de se faire épouser et de vivre une vie de rêve et lui n’a pas envie de se marier. Ce qui est certain c’est que la communication est loin d’être le point fort des personnages de David Vann..
Une ambiance glaciale, oppressante… toujours sous pression …  Tant du point de vue des conditions climatiques, des projets qui ne se réalisent pas comme il le faudrait, les non-dits, les peurs viscérales, la peur de soi et des autres, les problèmes de santé, les mensonges, les rancœurs, les échecs à répétition.
Une atmosphère irrespirable et anxiogène dans un environnement glacé et sauvage, une étude de la solitude et de  et des comportements humains qui fait froid dans le dos… La folie destructrice de Vann a encore frappé, à la manière de son premier roman : et comme dans son précédent roman, l’isolement de deux personnes n’est pas la garantie d’un rapprochement, mais plutôt une aspiration vers le néant..
dans des décors magnifiquement décrits.

Extraits :

Après le coucher du soleil, le laps de temps avant le sommeil ressemblait à une impossible étendue menaçante, un vide infranchissable.

Il aimait l’idée de Vonnegut – plutôt celle de Max Frisch, d’ailleurs – selon laquelle nous aurions dû nous appeler Homo faber, et non Homo sapiens. Nous vivons pour bâtir. C’est ce qui nous définit.

Pourquoi ne peuvent-ils pas se contenter d’être des hommes ? Pourquoi sont-ils obligés de le devenir ?

On peut choisir ceux avec qui l’on va passer sa vie, mais on ne peut pas choisir ce qu’ils deviendront.

La douleur était devenue ingérable, ce qui voulait dire plus de sommeil, plus de pensées, plus de raison.

Les arbres tout autour ressemblaient à un public, debout à l’attendre, à l’observer. Des sentinelles de l’ombre cachées dans la nuit sans lune. Elle ne s’était jamais habituée à cet endroit, ne s’y était jamais sentie chez elle. La forêt semblait maléfique, bien qu’elle la connût parfaitement, le nom de chaque arbre, de chaque buisson, de chaque fleur. Cela fonctionnait pendant la journée, de nommer les choses, mais la nuit, la forêt redevenait une présence, un ensemble animé, sans nom.

La vie des plantes, pareille à celle des humains, pleine de luttes et de domination, de pertes et de rêves qui ne se réalisaient jamais ou se réalisaient l’espace d’un bref instant. C’était bien le pire, de posséder quelque chose et de le perdre, c’était certainement la pire chose qui fut.

Chaque jour, son unique but ne consistait plus qu’à survivre à la journée, chaque nuit d’insomnie, son unique but ne consistait plus qu’à survivre à la nuit. Réduite à sa propre existence, à une simple survie, et il y avait peut-être du bon dans tout cela, quelque chose d’honnête. Elle ressentait d’autres choses, aussi, de légères notes volant à la dérive quelque part au-dessus d’elle : la solitude, par exemple.

Il n’avait pas encore imaginé sa vie ratée, n’avait pas encore compris ce désir intense qui s’apparentait à un anéantissement total. La volonté de voir ce que le monde était capable de faire, de voir ce que l’on était capable d’endurer, de voir – enfin – de quoi l’on était fait à l’instant même où l’on était déchiqueté. Une sorte de félicité dans l’anéantissement, à l’idée d’être effacé.

Vocabulaire :
sizerin
 : Le Sizerin flammé ou Sizerin cabaret (Acanthis flammea, synonyme : Carduelis flammea) est une espèce de passereaux appartenant à la famille des Fringillidae. Il est essentiellement granivore et insectivore. Il est originaire de la toundra septentrionale, d’Asie et d’Amérique du Nord.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.