Philippon, Benoît «Cabossé» (RL2016)

Philippon, Benoît «Cabossé» (RL2016)

Résumé : Quand Roy est né, il s’appelait Raymond. C’était à Clermont. Il y a quarante-deux ans. Il avait une sale tronche. Bâti comme un Minotaure, il s’est taillé son chemin dans sa chienne de vie à coups de poing : une vie de boxeur ratée et d’homme de main à peine plus glorieuse. Jusqu’au jour où il rencontre Guillemette, une luciole fêlée qui succombe à son charme, malgré son visage de « tomate écrasée»… Et jusqu’au soir où il croise Xavier, l’ex jaloux et arrogant de la belle – lequel ne s’en relèvera pas…

Roy et Guillemette prennent alors la fuite sur une route sans but. Une cavale jalonnée de révélations noires, de souvenirs amers, d’obstacles sanglants et de rencontres lumineuses.

Mon avis : recommandé par mon amie Laurence, j’ai de suite été « accrochée ». Un OLNI (Objet livresque non identifié) totalement déjanté comme il y en a peu. Une pépite brute ce livre ! Un vrai gros coup de cœur pour ce livre totalement hors normes … Premier coup de cœur de l’année…

Le Raymond, il était un peu en vrac quand il y vu le jour… Construit façon puzzle mal assemblé… et une rencontre va sublimer sa vie.. Bienvenue dans le monde des cabossés de la vie…

La rencontre du Minotaure et de la Walkyrie comme l’auteur le dit à un moment : jouissif, détonnant… Un livre surprenant… La force brute qui recouvre la poésie de l’amour… Le trésor d’humanité dans une gangue mal dégrossie. Un livre magnifique, qui te mets les larmes aux yeux. Une écriture coup de poing et caresse.. Des images humanistes.. les aléas de la vie.. Cru, violent, mais jamais vulgaire…

Les rencontres qui illuminent une vie au détour du destin … des paumés qui te tracent la route et te donnent les moyens de t’en sortir un peu… Un couple d’homos improbable, une pute avec un cœur immense dans sa camionnette , une centenaire Mamie flingueuse.. Une galerie de personnage époustouflante qui sert le parcours road-movies américain dans le Cantal d’un mec qui colore sa vie au travers des clichés du cinéma . Un voyage entre l’ombre et la lumière, la noirceur de l’âme et les étincelles…beaucoup d’étincelles.. la luciole et les lumières du cœur… La rencontre de la force et du fragile, la naissance de la confiance… l’apprentissage du lâcher prise, de l’abandon, du faire confiance…

Extraits :  ( il y a des fulgurances, des émotions à chaque page… j’ai fait un petit choix mais ce serait génial de lire vos extraits à vous dans les commentaires )

Il parle pas beaucoup. Des fois, il parle pas du tout. Mais on comprend chaque mot qu’il dit pas.

[…] tu vois pas le platane, tu finis en miettes de thon dans un reste de boîte de conserve concassée que t’appelais autrefois ta caisse.

On est fait de 95 % d’eau, il paraît, alors si tu les pleures, c’est quoi les 5 % qui restent ? Les os ? L’âme ? Les regrets ?

À l’ère du tout numérique, une cabine téléphonique perdue au milieu de nulle part, c’était romanesque. Mieux, c’était cinématographique.

Tu sais, une femme dans les années 50, c’était un peu comme les homosexuels aujourd’hui. On les tolérait tout juste, on leur donnait des droits au compte-gouttes.

Ce gamin était un écorché. Il cicatrisait pas. Volontairement. Il gardait la chair à vif. Pour pas oublier qu’il avait mal. Et se rappeler. De pas pardonner. Et de pas se pardonner à lui-même.

Brûlure au troisième degré. Il a pas mis d’écran total, il aurait dû. Cette meuf a un sourire à vous cramer l’épiderme et vous brûler le cœur. Putain, qu’est-ce qu’il est chaud, ce sourire !

La route. Les pointillés au sol. Comme une ponctuation. Les trois petits points ne closent pas la phrase, ils la laissent en suspension. Ils signifient qu’à la fin de cette phrase il y a une suite. Mais on sait pas encore laquelle.

Trois petits points disent sans dire. Ils laissent planer le doute. Ou la suggestion. On voudrait révéler plus mais on ne préfère pas. On voudrait en savoir plus mais on préfère deviner. L’histoire est pas finie, même si elle en a l’air. Tout est encore possible même si tout semble verrouillé. Mais justement, c’est pas un point final, pas un point d’exclamation, ni même d’interrogation. Ces trois petits points lient le présent à l’avenir. Comme une corde fragile. Une perspective qui s’enfonce dans la brume.

 

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