Kerr, Philip « Vert-de-gris » (2013)

Kerr, Philip « Vert-de-gris » (2013)

L’Auteur : Philip Ballantyne Kerr est un auteur écossais, né le 22 février 1956 à Edimbourg (Ecosse). Il a fait ses études de droit à l’université de Birmingham. Il a ensuite travaillé dans la publicité et comme journaliste free-lance, avant de remporter un succès mondial avec sa trilogie située dans le Berlin de la fin des années trente et de l’immédiat après-guerre (Un été de cristal, La Pâle Figure, Un requiem allemand), avec le détective privé Bernie Gunther, également présent dans The One From the Other (2006). Alors qu’il avait annoncé la fin de Gunther après la publication de la trilogie, il lui consacre de nouvelles aventures depuis 2006.

7 ème enquête de Bernie

Série Bernhard Gunther (Bernie) Tome 7 : Field Grey (2010) Vert-de-gris (en français 2013) – se déroule en 1954

Résumé : 1954. Alors que Bernie Gunther tente de fuir Cuba en bateau accompagné d’une sulfureuse chica, il est arrêté par la CIA et enfermé à New York puis au Landsberg à Berlin. C’est que nous sommes en pleine Guerre froide. L’Oncle Sam place et bouge ses pions en Europe, cherche des informations sur l’Allemagne de l’Est et sur les Russes. Quel rapport avec Gunther ? Sa liberté dépendra des informations qu’il veut bien donner sur ses anciens « camarades » de la SS, notamment Erich Mielke, personnage trouble auquel Bernie Gunther a eu maintes fois affaire pendant et après la guerre, devenu chef de la toute nouvelle Stasi. Par ailleurs, les Français cherchent eux à mettre la main sur Edgar de Boudel, un collaborateur qui se cache sous l’uniforme d’un prisonnier de guerre allemand de retour de camp en URSS. Au fil des interrogatoires, Gunther raconte : son entrée dans la SS, la traque des communistes allemands dans les camps français, ses mois passés dans les terribles camps de prisonniers russes et ses faits et gestes, guidés seulement par une farouche volonté de sauver sa peau.

Vert-de-gris, le septième volet des aventures de Bernie Gunther, possède toute l’adrénaline et la vivacité d’esprit auxquelles Philip Kerr nous a habitués.

Mon avis : Je continue mon apprentissage de l’histoire de l’Allemagne en compagnie de Bernie. Ce livre est la suite du tome 6. Ce n’est pas toujours le cas, parfois les livres semblent moins reliés les uns aux autres. Nous avions quitté Bernie à Cuba et c’est là que commence ce tome 7. J’ai eu plus de peine avec cet opus qui est plus complexe et plus documentaire, si je puis dire. On plonge dans l’Histoire. On soulève le voile sur des périodes, des personnages qui vont devenir des incontournables dans la suite de l’Histoire de l’Allemagne. On baigne dans les interrogatoires, les témoignages, les magouilles mais pour cette fois, ce n’est pas une enquête de Bernie à proprement parler. Mais pour qui suit Bernie, il est important de le lire pour en connaitre davantage sur le personnage qui devient au fil des livres un témoin de son temps, que nous découvrons de l’intérieur. Parfois on finit par se demander si c’est un être fictif ou un acteur de l’Histoire qui se livre et raconte ce par quoi il est passé.

Mais surtout ne commencez pas par ce livre car il est indispensable dans la continuité mais ne donne pas une juste idée de la série. Commencez par « La trilogie » et enchainez. Encore merci à N@n de me faire entrer dans la grande Histoire par la petite porte car sans elle je ne me serait pas aventurée car ce n’est pas la période de l’Histoire qui me plait le plus… loin de là…

Extraits :

Vous regardez les gens d’une drôle de façon. Comme si vous vouliez voir en eux. Comme un spirite. Ou un policier.

Je ne suis pas de l’étoffe dont on fait les héros. Je ne l’ai jamais été. En outre, le monde ne rêve plus de héros. Ils sont passés de mode, comme les ourlets de l’année dernière. Aujourd’hui, ce qu’on veut, ce sont des combattants de la liberté et des indicateurs. Eh bien, je suis trop vieux pour les uns et trop scrupuleux pour les autres.

on naît seul, on meurt seul, et le reste du temps on ne peut compter que sur soi-même.

L’avenir peut parfois sembler un peu sombre et effrayant, mais le passé est encore pire. Surtout le mien.

L’expérience vous enseigne que payer est plus utile que prier. Le Seigneur et moi, nous ne formons plus un ménage aussi uni qu’auparavant.

Être flic, dis-je, c’est un peu comme chercher un truc intéressant à lire dans le journal. Le temps que vous le trouviez, vous en avez déjà plein les doigts.

Avoir dix ans de plus n’est jamais une bonne chose.

On peut supporter d’être enfermé n’importe où à condition d’instaurer une sorte de routine.

le meilleur moyen de tuer le temps, c’est encore de faire comme s’il n’existait pas. Les gens font beaucoup « comme si » en prison.

Parfois, il préférait l’honnêteté à une loyauté indéfectible.

Quand des suspects commencent à se couper sur de petites choses, il y a fort à parier qu’ils mentent aussi sur les grandes.

[…] pour faire un bon policier, il est nécessaire de comprendre les gens et, pour les comprendre, encore faut-il en faire partie.

C’est une de ces petites ironies de la vie que, chaque fois que vous vous dites que les choses pourraient difficilement aller plus mal, c’est en général ce qu’elles font.

— J’ai horreur des criminels qui bafouent les lois.
— Parce qu’il en existe d’une autre espèce ?
— L’espèce qui fabrique les lois.

C’est étonnant à quel point même une tasse de café américain peut avoir bon goût quand vous avez le ventre creux.

« Personne n’a envie de mourir. Mais continuer à vivre semble parfois encore pire.

À l’instar d’un scientifique ou d’un inventeur, un bon détective doit faire preuve de curiosité. Il doit échafauder des hypothèses. Et il doit toujours s’efforcer de les confronter aux faits observables.

Il sourit sans sourire – le genre d’expression que prend un serpent quand il ouvre la bouche pour avaler quelque chose tout cru.

On parle de l’antisémitisme allemand. Eh bien, d’après moi, les Français détestent tous ceux qui ne sont pas français. Allemands, Juifs, Espagnols, Polonais, Italiens, ils se montraient aussi durs envers les uns qu’envers les autres.

Être allemand, c’est précisément être une victime de l’histoire.

Les rats restent des rats, qu’ils soient gris, noirs ou bruns.

Il serait exagéré de dire que mes nouveaux vêtements me donnèrent l’impression d’être redevenu normal. Trop d’eau avait coulé sous les ponts pour que ce soit possible ; cependant, je me sentis en partie remis à neuf. Comme une vieille porte avec un coup de peinture fraîche.

Les conversations étaient souvent comme ça en Allemagne : les gens s’interrompaient au beau milieu d’une phrase en se rappelant un endroit qui avait disparu ou quelqu’un qui était mort.

il sembla que l’heure avait réellement sonné où, sortant de leurs tombes, les morts allaient ressusciter. Et, de fait, quand ils se déversèrent du train dans leur vert-de-gris délavé, ils ressemblaient à des cadavres qu’on a récemment mis en terre, tellement leur corps était maigre, leur sourire édenté, leur chevelure blanche et vieilli leur visage tanné.

 

Lien vers la série Bernhard Gunther (Bernie)

Recommandation de l’auteur dans ses notes : Quiconque souhaite en apprendre davantage sur les épouvantables conditions de détention régnant dans les camps de Gurs et du Vernet devrait lire La Lie de la terre, l’excellent livre d’Arthur Koestler, qui n’a rien perdu de sa force d’indignation.

Photo : Erich Mielke dans son uniforme de gala

One Reply to “Kerr, Philip « Vert-de-gris » (2013)”

  1. Lu il y a déjà 3 ans… je continue à énormément apprécier cette série et ce cher Bernie !
    Voici mon commentaire de 2014 😉
    « La vie du héros se dévoile largement dans ce 7e tome de la série.
    Très documenté, ce roman fait la part large à l’histoire, pendant la seconde guerre mondiale et juste après-celle-ci, soit le début de la guerre froide, le partage de Berlin, la coupure de l’Allemagne en RFA et RDA.
    C’est parfois un peu difficile de s’y retrouver… toutefois c’est passionnant, du début à la fin ! »

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