Repila, Iván «Le Puits» (2014)

Repila, Iván «Le Puits» (2014)

Auteur : Ivan Repila est né à Bilbao en 1978. Il a travaillé dans la publicité en tant que graphiste, éditeur et directeur culturel. Le Puits est son premier roman.

Denoël – Littérature espagnole – 112 pages – Titre original : El niño que robó el caballo de Atila – Trad. de l’espagnol par Margot Nguyen Béraud – Préface de Zoé Valdes

Résumé : Deux frères, le Grand et le Petit, sont prisonniers au fond d’un puits de terre, au milieu d’une forêt. Ils tentent de s’échapper, sans succès. Les loups, la soif, les pluies torrentielles : ils survivent à tous les dangers. À leurs côtés, un sac de victuailles donné par la mère, mais ils ont interdiction d’y toucher. Jour après jour, le Petit s’affaiblit. S’il doit sauver son frère, le Grand doit risquer sa vie. Le Petit sortira-t-il? Le Grand survivra-t-il? Comment surtout se sont-ils retrouvés là?

Le Puits est un conte brutal à la fin cruelle et pleine d’espoir. Une fable sur l’amour fraternel, la survie et la vengeance, un roman «qui a mérité sa place au panthéon des Jules Verne, Alain-Fournier et autres Antoine de Saint-Exupéry, selon Zoé Valdés. Un roman indispensable, alors que beaucoup d’entre nous avions déjà annoncé la défaite de l’imagination contre la quotidienneté médiocre et étriquée.»

Mon avis : De ces lectures d’été qui vous arrivent entre les mains sans les avoir achetées ( les voisins, les échanges de livres ou liseuses) et que vous n’auriez jamais pensé acheter… Entre fable et fantastique…  Un livre très surprenant. Un huis-clos au fond d’un puits… comment les deux frères sont arrivés au fonds du puits ? Mystère… Et pourquoi diable laissent-ils pourrir la nourriture qu’ils trimbalent dans un sac alors qu’ils meurent de faim et n’ont rien pour survivre ?  Tout ce qu’on apprend c’est qu’ils ne peuvent pas en sortir, que le lieu est isolé et que mis à part la forêt, les loups et un être mystérieux qui se penche parfois la nuit sur le puits pour voir si les enfants sont encore vivants… c’est la nuit noire… Deux frères donc. qui ne sont même pas nommés.. il y a le grand et le petit… Et au fond du puits, la lutte pour la survie … deux êtres, deux caractères, deux manières d’appréhender la situation.  Le grand semble se porter responsable du petit et vouloir le sauver… et pourtant il semble qu’il fait tout pour l’affaiblir…. L’un semble se réfugier dans l’imagination et l’irréel, l’autre dans le réel et le physique… Entre la démarche de se laisser aller à la  folie et l’espoir de survivre la frontière est infime… Le lien entre les deux frères (condamnés à vivre ensemble – à survivre ensemble ? à mourir ensemble ? à se sacrifier pour que l’autre survive ?)  est fort. Il oscille entre amour et haine, entre affrontement et douceur, entre solidarité et affrontement…

Ce livre ne ressemble à aucune autre lecture. Je n’ai pas regretté de le lire … C’est plus près du cauchemar que du conte. Il faut bien dire. Et je conseille vivement de ne pas sauter la préface de Zoé Zaldès. Nul doute que cette ambiance étouffante me poursuivra une fois ce livre refermé. Comment vais-je sortir de ce puits à mon tour…

Extraits:

N’aie pas peur des rêves, ils ne sont pas réels. Ce sont des pensées qui se mélangent dans nos têtes, des souvenirs qu’on ne peut pas exprimer avec des mots.

Lorsqu’il se sent à court d’idées, quand son imagination se tarit, il lui raconte des histoires vraies.

Comme contaminé par une folie vieille de cent siècles, son regard est celui d’un adulte ayant avalé un enfant. De près, il devient évident que, derrière ses yeux vifs, se cache une muraille retenant un puissant tourbillon de pensées délirantes : avec des mains en forme d’escalier et la tête grande comme une forêt, il traverse le corps énorme de son frère, sensible au moindre changement.

La dernière traînée de soleil quitte le puits et décolore le monde, exacerbant leur lassitude de vivre ensemble. Comme lorsque la farce prend fin au beau milieu d’un songe et qu’on se réveille dans un mauvais film.

La faim et le désespoir ont détruit en eux toute forme de communication, avant de s’attaquer à leur raison. Tandis que le Grand répétait ses exercices, le Petit a descendu les derniers échelons de la folie, vers un sous-sol pullulant d’hallucinations.

Ils sont commandés par une bestialité intérieure.

J’ai marché pendant des années tout autour du monde, et les traces de ma pérégrination se voyaient du ciel, comme une gigantesque blessure encore à vif.

Puis j’ai voulu voir ce qui se passerait si, au lieu de piétiner chemins et forêts avec mes sabots, je marchais sur les gens. J’ai choisi un refuge où tout le monde dormait et j’ai sauté de corps en corps comme sur une marelle flasque.

 

5 Replies to “Repila, Iván «Le Puits» (2014)”

  1. Indice de lecture: deux frères? Pas si sûr… Ce nest pas ce que suggère la numérotation des chapitres… (une lecture que l’auteur m’a confirmée)

    1. Tu peux m’expliquer ? que je ne passe pas à coté de l’explication de ma lecture? (Surtout que j’ai rendu le livre et donc pas de numérotation de chapitres pour me clarifier ce que j’ai loupé )… à moins que ce soit une seule et même personne à deux étapes de la vie?

      1. Si l’on a quelques souvenirs de maths, on peut remarquer que les chapitres sont numérotés par des nombres premiers, c’est-à-dire des nombres qu’on ne peut pas diviser (en gardant des nombres entiers) : 1, 2, 3, 5, 7, 11, 13, 17… Cela suggère que les deux frères ne peuvent être séparés, voire qu’ils ne sont qu’une seule et même personne… Ce qui ne rend pas le récit forcément plus « clair »! Ivan Repila m’a confirmé cette interprétation, sans la commenter (je lui avais posé la question lors d’une séance de dédicace à la Comédie du livre de Montpellier).

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