Michaelides, Alex «Dans son silence » (2019)

Michaelides, Alex «Dans son silence » (2019)

Auteur : Alex Michaelides est né à Chypre en 1977 d’une mère anglaise et d’un père chypriote-grec. Il a étudié la littérature anglaise à Cambridge. Il a aussi étudié la psychanalyse, et a travaillé deux ans dans une clinique psychiatrique pour jeunes. Il est également scénariste. « Dans son silence« , son premier roman, est sur le point de devenir un phénomène dans le monde entier.

Calmann-Lévy Noir – 06.02. 2019 – 378 pages – titre original « the silent patient »

Résumé : Alice, jeune peintre britannique en vogue, vit dans une superbe maison près de Londres avec Gabriel, photographe de mode. Quand elle est retrouvée chez elle, hagarde et recouverte de sang devant son mari défiguré par des coups de couteau fatals, la presse s’enflamme. Aussitôt arrêtée, Alice ne prononce plus jamais le moindre mot, même au tribunal. Elle est jugée mentalement irresponsable et envoyée dans une clinique psychiatrique.

Six ans plus tard, le docteur Theo Faber, ambitieux psychiatre, n’a qu’une obsession : parvenir à faire reparler Alice. Quand une place se libère dans la clinique où elle est internée, il réussit à s’y faire embaucher, et entame avec elle une série de face-à-face glaçants dans l’espoir de lui extirper un mot. Et alors qu’il commence à perdre espoir, Alice s’anime soudain. Mais sa réaction est tout sauf ce à quoi il s’attendait…

Dans la veine de Mensonges sur le divan d’Irvin Yalom, un redoutable mélange de suspense et de psychanalyse qui ravira tous les lecteurs avides d’histoires prenantes.

Mon avis : Un thriller psycho-psychiatrique comme dirait mon amie Séverine de « IlEstBienCeLivre »

Addictif en diable. Je l’ai commencé et je ne l’ai plus lâché ! Au début tout semble logique et relativement prévisible… Jusqu’au moment où… Le dernier tiers du livre est juste époustouflant.

Deux personnages principaux : Alicia, une femme dont la vie semblait parfaite, peintre de talent, mariée avec un photographe reconnu dont la vie bascule un soir. Elle tire à cinq reprises sur son conjoint et ne prononce plus un mot.

Et Théo Faber, un psychothérapeute criminel totalement obsédé par son cas qui va franchir toutes les limites pour communiquer avec sa patiente. De fait au lieu de se limiter à son rôle de soignant, il va jouer les détectives et s’employer à passer derrière la barrière du silence en tentant de la faire s’exprimer par d’autres moyens et la faire sortir de sa bulle.

On suit en parallèle la vie et l’évolution des deux personnages, leur rencontre, leur cheminement actuel, mais on plonge également dans leur passé, on revit leurs expériences et on va vite comprendre à quel point l’enfance influence le comportement une fois arrivés à l’âge adulte. J’ai été très intéressée par la description du milieu psychiatrique /psychologique et les motivations qui peuvent pousser à choisir cette orientation professionnelle et la façon dont les liens peuvent se créer entre patient et thérapeute, les méthodes de traitement, les façons d’appréhender la souffrance. L’expérience dans le milieu psychiatrique de l’auteur est évidemment un très gros plus et le fait qu’il soit scénariste nous offre une approche en images du livre ( il semble d’ailleurs qu’une adaptation cinématographique de ce huis-clos soit prévue) .

Au début tout semble relativement logique et prévisible… Jusqu’au moment où… Le dernier tiers du livre est juste époustouflant.

*Un petit conseil : Relisez (lisez) Alceste d’Euripide.

Extraits :

On se focalise sur le mot, la plus infime partie en réalité, la partie émergée de l’iceberg. Je n’ai jamais été très à l’aise avec les mots, je pense toujours en images, je m’exprime avec des images […]

 Je suis devenu psychothérapeute parce que j’étais perturbé. C’est la vérité, mais j’ai fourni une autre explication lorsqu’on m’a posé la question le jour de l’entretien.

D’une certaine manière, tenter de capturer des flocons éphémères équivalait à tenter de saisir le bonheur ; une prise laissant aussitôt place au néant.

Elle considérait que nous sommes constitués de différentes parties, certaines bonnes, d’autres mauvaises, et qu’un esprit sain peut tolérer cette ambivalence et jongler avec le bon et le mauvais en même temps. La maladie mentale correspond précisément à l’absence de cette faculté : nous finissons par perdre le contact avec les parties inacceptables de nous-mêmes.

La rage meurtrière, la rage homicide ne naît pas dans l’instant. Elle tire son origine dans la contrée antérieure aux souvenirs, le pays de la petite enfance, dans la maltraitance et les abus subis à un très jeune âge, bombe à retardement qui finit par exploser, souvent sur la mauvaise cible.

« Les émotions non exprimées ne meurent jamais. Elles sont enterrées vivantes et libérées plus tard de façon plus laide. » Sigmund Freud

Je suppose que je redoute de m’abandonner à l’inconnu. J’aime savoir où je vais. C’est pour cela que je réalise toujours tant de croquis, pour essayer de maîtriser mon tableau jusqu’au bout, et pas étonnant si rien ne prend vie : je ne réagis pas vraiment à la réalité qui se présente à moi. Il me faut ouvrir les yeux et regarder – et avoir conscience de la vie telle qu’elle se passe, et pas simplement comme je la voudrais.

Pour être un bon thérapeute, il faut être réceptif aux sensations de ses patients. Il ne faut pas les conserver, ce ne sont pas les nôtres, elles ne nous appartiennent pas.

La colère est un mode de communication puissant.

Je planais grâce à l’effet de l’amour, sans besoin de convoquer la bonne humeur de façon artificielle.

Son silence agissait comme un miroir, vous renvoyait votre image.

Et souvent, celle-ci n’était pas belle à voir.

Elle n’était pas l’amour de ma vie, elle était ma vie.

Cette nuit-là, mes larmes étaient gelées. Un réservoir de glace.

Elle aimait mentir et tromper ; c’était comparable au jeu d’acteur, mais dans la vie réelle.

Du fait que l’on confond souvent amour et feu d’artifice, passion et dysfonctionnement. Mais le véritable amour est très calme, très tranquille. Il est ennuyeux, comparé au tumulte de la passion. L’amour est profond, calme, et constant.

Il est parfois difficile de comprendre pourquoi les réponses aux questions du présent se situent dans le passé.

Au cœur de toute forme d’art réside un mystère.

Dieu merci, j’ai ce journal dans lequel écrire. Il me garde saine d’esprit. Car je n’ai personne à qui parler.

Le monde extérieur m’a paru gigantesque – un espace vide autour de moi, le ciel immense au-dessus.

 « Le but de la thérapie n’est pas de corriger le passé, mais de permettre au patient de faire face à son histoire, et d’en faire le deuil. » Alice Miller

les effets émotionnels des blessures psychiques sur les enfants, et la manière dont elles se manifestent plus tard à l’âge adulte.

La douleur est trop grande, trop immense pour être ressentie, alors elle est réprimée, ravalée, enterrée. Avec le temps, vous vous éloignez des origines du traumatisme, vous dissociez les sources de sa cause, et vous oubliez.

Mais nous avons vite découvert que la distance géographique importe peu dans le monde du psychisme. Il y a certaines choses qu’on ne laisse pas facilement derrière soi.

La faculté de se rappeler exactement les échanges survenus durant les cinquante minutes précédentes est d’une importance primordiale pour un thérapeute. Autrement, on oublie de nombreux détails et l’immédiateté des émotions est perdue.

Elle est coupable, et elle refuse toujours d’endosser cette culpabilité. Alors elle se dédouble, elle dissocie, elle fantasme.

Elle est attaquée, mais par son propre psychisme, pas par le monde extérieur.

11 Replies to “Michaelides, Alex «Dans son silence » (2019)”

  1. Habituellement, je fuis tout roman ou autre lecture qui parle d’une profession que j’abhorre, les psychiatres.
    Au même titre que les avocats, les garagistes, les hommes d’églises ou les hommes politiques, ces personnes n’ont pour moi aucune éthique, aucune valeurs. Capables de tout et de son contraire, au gré de leur besoins, je les ai malheureusement fréquentés par la force des choses et les péripéties de la vie ….
    Ici, le jeune psychiatre Théo tente de réussir là ou tous ont échoués, pour sortir Alicia, la meurtrière, de son mutisme volontaire. Plusieurs thèmes sont abordés en plus de l’aspect psychiatrique de l’intrigue. Maladies mentales, vie de couple, enfance difficile…
    Et parfois je me suis reconnu dans certaines situations ou réflexions des protagonistes d’ou mon enthousiasme, presque une fascination morbide pour ce thriller qui devient exceptionnel dans ses 4 derniers chapitres et au retournement fracassant.
    En un mot : MANIPULATION…
    …des protagonistes entre eux mais aussi de l’auteur avec ses lecteurs …
    Bien écrit et documenté, si le style est sobre et direct, il ne nuit pas a ce savoureux coup de poing cérébrale.

    1. Dans la série thriller psycho-psychiatrique si tu n’as pas encore lu «Désordre» de Penny Hancock, (2013) – je l’ai également commenté si jamais…

  2. Et bien moi aussi j’ai été scotchée par la dernière partie du livre !!! Je m’attendais à plusieurs dénouements possible mais certainement pas à celui livré par l’auteur !
    Sinon pas grand chose à ajouter à vos deux commentaires car comme GeePee, je ne raffole pas des romans psychologiques mais ici la psychologie se mêle à une intrigue policière où Théo joue un rôle assez prédominent et très intéressant 😉

  3. Le résumé me semble superflu car il a déjà été fait et bien fait.
    Je dois être une lectrice difficile car contrairement à la majorité, je n’ai pas été du tout « scotchée » par la fin. Cela devient systématique depuis quelque temps que l’auteur nous offre un « twist » final, je pense à La fille du train, La femme derrière le fenêtre…Du coup pendant la lecture je me demande ce que l’auteur nous réserve, quelques fois on le voit venir avec ses gros sabots, quelques fois non. Agatha Christie dans Le meurtre de Roger Ackroyd avait bien mystifié ses lecteurs et l’effet de surprise pour moi avait été total.
    Et je ne comparerai surtout pas ce « petit » roman à Mensonge sur le divan que je place cent coudées au-dessus.
    Je m’éloigne du sujet mais je suis un peu énervée par ce procédé systématique qui devient une facilité. Bon, j’arrête de grogner, il y a de bons passages dans ce roman mais vite lu, vite oublié.

  4. Merci, Catherine, pour ce conseil de lecture. Tu m’as donné envie de le lire. Tiens, je vais même lâcher mon bouquin en cours (bof, bof) pour le commencer tout de suite !!

  5. Lecture très agréable, fluide et guidée par l’envie de connaitre la suite. Le lecteur est vraiment bien pris dans les filets. D’autant plus qu’au fil des pages, l’histoire se complexifie et que chacun des personnages se révèle moins simple qu’au premier abord.
    Pas de difficultés avec les aspects psy (ce que je craignais) ; cela semble sérieux, ni style magazine, ni style pseudo expert.
    Subsiste tout de même une petite amertume, l’impression de m’être fait rouler dans la farine par l’auteur. Parce que le dénouement n’est possible que grâce à une ruse : certains chapitres sont discrètement antérieurs de 6 ans au présent de la narration, et cela change beaucoup les perspectives.

  6. Mensonges sur le divan de Irvin Yalom excellent en effet … mais mieux encore Nietzsche a pleuré et le cas Schopenhauer, romans psycho philosophiques de haute volée !

    1. Je n’ai jamais lu de livres de Irvin Yalom. Comme You1247 et toi semblez d’accord, je vais m’en procurer pour remédier à cela. Merci d’être passée par mon petit blog!

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