Ponthus, Joseph « A la ligne – feuillets d’usine » (2019)

Ponthus, Joseph « A la ligne – feuillets d’usine » (2019)

Auteur : Joseph Ponthus est né en 1978. Après des études de littérature à Reims et de travail social à Nancy, il a exercé plus de dix ans comme éducateur spécialisé en banlieue parisienne où il a notamment dirigé et publié Nous… La Cité (Editions Zones, 2012). Il vit et travaille désormais en Bretagne. « A la ligne » est son premier roman.

La table ronde – 3.1.2019 – 272 pages – (Editions de la Table Ronde) – Grand Prix RTL/Lire 2019 – Prix Régine Deforges 2019

Résumé :  À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer.
Par la magie d’une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

Mon avis : Son passage à « La Grande Librairie » m’a donné envie de lire le livre. C’est chose faite. Et ce fut un véritable uppercut ! Ne passez pas à coté!
C’est parti pour le travail à la chaîne – pardon à la ligne – et pour tenir le coup, il faut être bien entouré ! C’est le cas de Ponthus, car il travaille en musique et en mots, avec pour compagnie Apollinaire, Cendrars, Claudel, Dumas, Perec, Rabelais, Zola et… Charles Trenet !
Mais quel OLNI (objet livresque non identifié) ! J’en suis toute retournée !
Ce livre est stupéfiant tant sur le fond que sur la forme…
Sur la forme… à la ligne… pas de ponctuation. Pas de pause : toujours dans l’urgence, il faut aller vite, ne pas se poser, toujours aller de l’avant. Un pas apres l’autre, un geste apres l’autre, pas le droit à l’erreur, cadences infernales
Sur le fond … comme il le dit on se demande si on est dans un roman de Zola ou au XXIème siècle. Les conditions du travail intérimaire, le Pôle emploi, les petits chefs : un témoignage implacable, une constatation sur la fa4on dont sont traités les maillons de la chaine. C’est dans l’agro-alimentaire mais cela pourrait etre dans un autre domaine.
Et aussi un temoignage sur la solidarité entre ces maillons : ils forment une chaine, n’en déplaise au politiquement correct qui parle de ligne (de production).
Ce livre montre aussi l’importance des connaissances, de la culture pour survivre dans des conditions dantesques, pour aider à passer le temps en pensant à quelque chose.
Et il y a beaucoup d’humour ; le récit est violent mais l’esprit de Ponthus éclaire ce monde et le fait chanter.. Et le pire, comme le dit une de ses collègues de « ligne » .. « Ces moments où c’est tellement indicible que l’on n’a même pas le temps de chanter »
Tout le monde devrait le lire ! C’est intelligent, hallucinant, instructif, et cela révèle le dessous des choses.

Extraits :

Tu ne sais pas si tu rejoins le vrai monde ou si tu le quittes
Même si nous savons qu’il n’y a pas de vrai monde

Attendre et espérer
Je me rends compte qu’il s’agit des derniers mots de Monte-Cristo
Mon bon Dumas
« Mon ami, le comte ne vient-il pas de nous dire que l’humaine sagesse était tout entière dans ces deux mots : Attendre et espérer ! »

Mais ça on ne le dit pas
Car à l’usine
C’est comme chez Brel
« Monsieur
On ne dit pas
On ne dit pas »

Nous poussons nos carcasses
Tout le monde ne fait au fond que de trimballer ses carcasses

L’usine est
Plus que tout autre chose
Un rapport au temps
Le temps qui passe
Qui ne passe pas
Éviter de trop regarder l’horloge
Rien ne change des journées précédentes

Parfois c’est rassurant comme un cocon
On fait sans faire
Vagabondant dans ses pensées
La vraie et seule liberté est intérieure
Usine tu n’auras pas mon âme

La fonction de l’analyse est d’être allongé sur un divan à devoir parler
La fonction de l’usine est d’être debout à devoir travailler et se taire

« Un argument c’est une idée plus un exemple » me répétaient sans cesse mes bons maîtres jésuites

« Saint patron des bouchers : Saint Barthélemy »
Pire qu’une boucherie
Un massacre

 

7 Replies to “Ponthus, Joseph « A la ligne – feuillets d’usine » (2019)”

  1. Tu le vends si bien que je viens tout juste de me le procurer. Il sera inéluctablement une de mes prochaines lectures, voire ma prochaine lecture.
    Merci Cathy.

  2. Moi qui a fait de la médecine du travail mon métier, il m’a fait de l’œil et il est évident que je vais le lire après ton commentaire ;=)

  3. J’en suis à une petite trentaine de pages, je me rends compte que la forme m’éloigne de l’histoire. Cette forme volontairement choisie pour y mettre un rythme, une urgence, un parallèle avec un monde sans pause, oui sûrement mais sur moi cela ne fonctionne pas. Je vais tout de même continuer un peu vu ton commentaire coup de coeur.

  4. Début un peu difficile pour moi aussi CatWoman. Le style est effectivement un peu perturbant mais il m’a suffit de persister un peu pour entrer complètement dans l’histoire et maintenant j’adhère complètement !
    Il aurait été dommage que je l’abandonne. Le début m’a demandé un peu de concentration et je ne regrette absolument pas d’avoir persévéré.

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