Penny, Louise «Au royaume des aveugles» (2019)

Penny, Louise «Au royaume des aveugles» (2019)

Voir article global sur la Série : La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

Tome 14 : Au royaume des aveugles (paru au Canada en mai 2019)

Flammarion Canada – 23.05.2019 – 448 pages

Résumé : Convoqué dans une vieille ferme abandonnée, Armand Gamache apprend qu’une parfaite inconnue l’a choisi comme exécuteur testamentaire avec Myrna Landers, la libraire de Three Pines, et Benedict Pouliot, un jeune entrepreneur. Intrigués, tous trois acceptent ce rôle et découvrent des clauses tellement insolites qu’ils doutent de la santé mentale de la défunte. À moins qu’elle ne soit, au contraire, particulièrement lucide et consciente du danger qui pèse sur ses héritiers.

Mon avis : Encore un magnifique moment passé avec Armand Gamache et sa petite tribu. Plein de suspense, de tension, de tendresse, d’humanité, d’intelligence. Des rebondissements, des émotions. Un monde à part et un joyau qui étincelle de mille feux. Les failles et les faiblesses des personnages, mais aussi leur force, leur abnégation et leur cohésion. Leurs doutes aussi. De nouveaux personnages font leur entrée et s’ils ne font encore pas partie de Three Pines, je suis certaine de les retrouver prochainement… La Sainte-Catherine Est est loin d’être un endroit idyllique dans la belle cité de Montréal… Des enquêtes parallèles qui nous font pénétrer les bas-fonds de Montréal, côtoyer les dealers, le monde de la finance.  Et nous font aussi remonter les ignominies de l’histoire et les exactions des nazis…

Un roman foisonnant, dense, complet, sans temps morts, qui une fois de plus explore l’âme humaine. Une fois encore sous le charme de Gamache. C’est je pense ma série préférée et je conseille à tous de commencer par le tome 1 et de dérouler. De fait, celui qui n’a pas lu le livre précédent, Tome 13 : Maisons de verre  pourra lire ce livre mais il lui manquera des éléments. C’est une série qui met l’accent sur la psychologie et le comportement des personnages et sur les intrigues et les enquêtes. Attention : si vous aimez le sang et les coups, passez votre chemin.

Extraits :

Pendant la dernière année de sa vie, il ne reconnaissait ni ses proches parents ni ses amis. S’il était aimable avec tous, il ne se fendait d’un large sourire qu’à la vue de quelques-uns. De ceux qu’il aimait. Il les reconnaissait d’instinct et les gardait à l’abri, non pas dans sa tête blessée, mais bien dans son cœur.
Le cœur avait meilleure mémoire que l’esprit. Mais qu’ont les gens dans leur cœur ? Telle est la question.

C’est toujours ce qui ne se voit pas qui finit par vous blesser.

Elle réussissait aussi à se mettre de la peinture partout. Sur les joues, dans les cheveux, sous les ongles. Elle était elle-même une œuvre inachevée.

la nature était décidément bien injuste : sinon, comment expliquer que la vieille poète se soit flétrie avant d’avoir mûri ?
Pourtant, elle irradiait indubitablement une certaine sagesse, à condition que votre regard pénètre les vapeurs de scotch.

Se trouver à l’extérieur quand souffle une tempête de neige est l’une des expériences les plus terrifiantes qui soient ; se trouver à l’intérieur, l’une des plus réconfortantes.

Et les testaments faisaient souvent office de dernier affront, d’ultime insulte lancée par un fantôme.

C’est par la Baronne que j’ai découvert les jardins empoisonnés. Elle en avait un. En me le faisant visiter, elle m’a appris que le gant de bergère est une digitale. Mortelle. Elle avait aussi des aconits tue-loups, du muguet de mai et des hortensias. Toutes des plantes toxiques. La Baronne cultivait aussi d’autres vivaces, bien sûr. Mais, bizarrement, les plantes vénéneuses sont parmi les plus belles.

la véritable menace ne venait pas des fleurs vénéneuses. Celles-là, on les voyait. On les connaissait. Et elles étaient jolies, au moins.
Non. Dans un jardin, c’est le liseron qui représente le vrai danger. Une plante qui pousse sous terre, fait surface et envahit tout. Étrangle les plantes saines, les unes après les autres. Les tue, lentement. Sans raison apparente, sinon que c’est dans sa nature.
Et, ensuite, elle disparaît de nouveau sous terre.
Oui, le vrai danger réside toujours dans ce qui ne se voit pas.

Il fallait éviter d’élire domicile au sein des tragédies, de la douleur. De la souffrance. De se faire un chez-soi en enfer.

— Comment faites-vous ?
— Pour me souvenir ?
— Pour oublier.

Accorder une deuxième chance était un geste marqué par la grâce ; en donner une troisième confinait à la bêtise. Au mieux.

En parlant, il forma un creuset avec sa main.
Si le mot « cavité » ne suggérait rien de particulièrement attrayant, le geste, lui, avait produit l’effet contraire. La forte main en coupe donnait l’impression de contenir quelque chose de précieux et non du vide. De l’eau pendant une sécheresse. Du vin pendant une célébration. Ou une créature au bord de l’extinction ayant besoin de protection.

L’expérience lui avait appris que les gens étaient essentiellement incapables de changer. La seule chose qui évoluait, c’était leur capacité à dissimuler leurs pensées les plus terribles. À se couvrir le visage d’un masque de civilité. Mais, derrière les sourires et les conversations polies, invisible dans l’obscurité, la pourriture grandissait. Et quand les circonstances étaient propices, ces pensées terribles se muaient en actions qui ne l’étaient pas moins.

il resta planté sur place, à la façon d’un nain de jardin. Concret, muet, laid.

En soi, l’espoir n’était pas nécessairement doux. N’était pas nécessairement bon.

La décision prise, ne pas hésiter. Une fois engagé, ne pas douter. Surtout, ne jamais regarder en arrière.

— Vous savez que la Terre est ronde, quand même.
— La Terre, peut-être, mais pas la nature humaine. Elle comporte des cavernes, des abysses et toutes sortes de pièges.

« Les meurtriers n’ont pas lu le manuel, leur répétait-il. L’argent a son importance, mais il existe d’autres types de devises. De pauvreté. Et de faillite morale et affective. De la même façon qu’un viol n’est pas une affaire de sexe, il est rare qu’un meurtre soit seulement motivé par l’argent, même quand l’argent y est pour quelque chose. C’est une question de pouvoir. De peur. De vengeance. Et de rage. Une question de sentiments et non de solde bancaire. Suivez l’argent, d’accord. Et quand vous l’aurez trouvé, il empestera l’émotion putride. »

Sur le dit et le non-dit. Les sous-entendus. Intimer pour mieux intimider. Mécanique subtile et, pour cette raison, efficace.

Rien ne valait les maux du présent pour guérir ceux du passé.

Il n’y a presque pas de limites à ce que les humains peuvent croire. Et l’espoir est encore plus vaste et puissant.

Penny, Louise : La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache

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