Nicci French «Jeux de dupes» (1999)

Nicci French «Jeux de dupes» (1999)

Auteurs : Sous le pseudonyme de Nicci French se cache un couple de journalistes, Nicci Gerrard et Sean French. Tous deux ont étudié la littérature anglaise à Oxford à la fin des années 1970 sans jamais se rencontrer. Ensuite, chacun a mené sa carrière de son côté dans le journalisme. Nicci collabore à l’Observer pour lequel elle traite notamment des grands procès d’assises ; Sean est chroniqueur littéraire pour divers magazines. Ils se croisent enfin en 1989, et décident de partager leur vie et leur écriture. Maniant l’art de jouer avec les nerfs et le suspense cousu main, ils rencontrent le succès dès leur premier thriller psychologique, Mémoire piégée (1997), Jeu de dupes (1999). Feu de glace (2000), Dans la Peau (2001) La Chambre écarlate (2001)  Intimes suspicions (2003) Au Pays des vivants (2002) Sourire en coin (2005) Les Morsures du doute (2006) Aide-moi… (2007) Jusqu’au Dernier (2009)  Charlie n’est pas rentrée (2008) Plus Fort que le Doute (2010) Tous Complices (2011) , un travail singulier qu’ils définissent comme  » une folie à deux « .

Voir également la page sur la : Série Frieda Klein:  8 livres : Série « Frieda Klein »  (page sur la série)

Flammarion – 22.01.1999 – 359 pages / Pocket – 1.04.2010 – 438 pages

Résumé : Comment se reconstruire après un drame ? Spécialiste des traitements post traumatiques, le Dr Samantha Laschen va avoir l’occasion de confronter ses théories à la réalité. La police lui a en effet confié la garde de Finn Mackenzie, une adolescente qui a miraculeusement survécu au massacre de sa famille. Mais l’enquête piétine et les assassins courent toujours. S’ils en ont après Finn, ils n’épargneront pas non plus ceux qui lui apportent leur aide. Et d’apaisant refuge, la tranquille maison de Samantha, isolée sur la lande, pourrait bien se transformer en un piège mortel…

Mon avis : Le stress post-traumatique : tout un programme. Et qui plus est un sujet d’actualité. C’est ce qui fait tout l’intérêt de ce roman. J’ai découvert les auteurs par la série Frieda Klein que j’ai dévorée. C’est le premier roman « one shot » que je lis et je vais continuer.
Je dois toutefois dire que – des amies n’avaient avertie – ce n’est pas leur meilleur. En effet il est long, très long à démarrer. Bien sûr le portrait psychologique est très important pour ces deux auteurs de thrillers psycho-psychiatriques, mais là, il me semble qu’ils auraient pu éliminer une bonne cinquantaine de pages sans que le roman n’en souffre. Mais comme l’écriture est très fluide, ce n’est pas ce qui plombe l’avancée de la lecture.
Et quand cela démarre vraiment, c’est bon. L’angoisse est au rendez-vous, le suspense, les fausses pistes et le final est inattendu mais pas inintéressant. Il faut faire ses choix dans la vie… Et si vous aimez faire de la voila par gros temps, vous allez être trempés… Dans ce roman, il est bien difficile de se mettre à l’abri, que ce soit dedans ou dehors, à la ville ou à la campagne..

Extraits :

Le plus pénible quand on reçoit un invité – ou dans le cas présent un pseudo-invité –, c’est la tradition selon laquelle on doit faire le ménage en son honneur.

Eh bien, un médecin qui accepte de faire des visites à domicile ! Vous mériteriez qu’on vous empaille pour la postérité.

L’évitement est une stratégie de défense courante et dangereuse chez les gens qui souffrent de dépression post-traumatique, et c’est sans conteste la stratégie qu’elle avait adoptée. Mais retrouver des habitudes sûres et apaisantes peut aussi se révéler la meilleure façon pour eux de commencer le travail de guérison.

J’aurais pu faire la remarque qu’en matière de traitement des affections post-traumatiques nous en étions encore au Moyen Âge, à l’âge des superstitions, des humeurs, des coups de sang et des saignées.

Elle m’a demandé si les hommes de Cro-Magnon souffraient de désordres post-traumatiques après un combat avec un dinosaure. J’ai commencé par lui expliquer qu’il n’y avait plus de dinosaures à l’âge de pierre, mais je n’ai jamais oublié sa question. Nous savons que les hommes de Neandertal ont souffert de fractures des os. Mais leur arrivait-il de faire des cauchemars après des événements terribles, avaient-ils des réactions émotives en chaîne, mettaient-ils en place des stratégies d’évitement ?

“Sur l’échiquier, les mensonges et l’hypocrisie ne survivent pas longtemps. La combinaison créative met à nu la présomption du mensonge ; le fait sans merci, qui culmine dans l’échec et mat, contredit l’hypocrite. ”

Pour certains traumatisés, la vie est littéralement insupportable. Ce ne sont pas des êtres faibles, des lâches ou des imbéciles ; ils ont été blessés et il faut les soigner. Les médecins s’occupent de nos blessures physiques, mais il peut arriver que la blessure soit invisible. Il n’empêche qu’elle existe bel et bien.

je trouvai pourtant la cuisine un peu mieux rangée ; elle faisait davantage penser à présent à un service de soins intensifs. On entendait des bips et des bouillonnements, mais pour le reste l’activité y était réduite à quelques mouvements occasionnels, un jet de vapeur par-ci, un sifflement par-là.

Au départ, ce qui me fascinait, c’était de voir dans quelle mesure une pathologie spécifique existait avant qu’on l’ait nommée. A-t-elle été découverte, identifiée, ou inventée ?

Le matin, pourtant, est difficile. Pas autant que les nuits, bien sûr, quand le temps ressemble à un grand fleuve qui déborde sur ses berges et perd toute la puissance de son courant pour venir s’immobiliser dans des bassins d’eau stagnante. Mes patients me parlent souvent de terreurs nocturnes. Et ils parlent aussi de la terreur qu’ils éprouvent quand ils se réveillent de leurs rêves et se retrouvent précipités dans le cauchemar d’une réalité inchangée.

Je repris l’énigme comme s’il s’agissait d’un problème d’échecs. Si vous avez une tour en position favorable, vous ne vous lancez pas dans des sacrifices hasardeux. Vous simplifiez.

À la fin de la vie, ce sont les choses que l’on n’a pas faites que l’on regrette, pas celles que l’on a accomplies. Du coup, quand il me faudrait choisir entre l’action et l’inaction, je m’étais promis que je choisirais toujours d’agir. Cela avait souvent conduit à des catastrophes, et je n’étais guère optimiste.

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