De Giovanni Maurizio «Et l’obscurité fut» (2016)

Les enquêtes de l’inspecteur Lojacono (tome3)

Résumé : À l’image de Naples, écrasée par la chaleur d’un mois de mai estival, le commissariat de Pizzofalcone baigne lui aussi dans une atmosphère étouffante. En effet, l’équipe se débat avec un cas difficile : l’unique petit-fils d’un riche entrepreneur napolitain, aussi respecté que détesté, a été enlevé.
La demande de rançon ne se fait pas attendre, toutefois, entre la mère révoltée contre l’autorité paternelle, le beau-père « artiste endetté » ou la secrétaire diffamée du patriarche, tout le monde semble avoir de bonnes raisons de vouloir toucher le magot.
L’enquête, menée par Romano et Aragona, progresse à tâtons, tandis que Lojacono et Di Nardo sont chargés d’une « simple » histoire de vol dans un appartement.
À première vue, aucun lien ne semble exister entre les deux affaires.
Mais à l’instar des ruelles napolitaines, chaque découverte en fait resurgir une nouvelle…

Mon avis : Et nous revoilà avec notre fine équipe (qui n’est pas sans rappeler celle de la Capestan de Sophie Hénaff). Nos policiers désespérés dévoilent quelque peu leur histoire, leurs cotés sombres et leurs espérances. Les équipes se forment ; on en apprend de plus en plus sur les personnages. Mais je dois dire que je préfère l’ambiance des deux précédents, une ville noire et hivernale. Heureusement, bien que l’action se passe au mois de mai, la noirceur se reflète dans la nuit, les appartements obscurs, les rideaux tirés. La solitude et les secrets. Naples est toujours un des personnages ; l’importance de la police de proximité, de la connaissance du quartier et de la ville pour comprendre les situations, obtenir des infos et résoudre les énigmes… Très bon moment napolitain. Et beaucoup de solitude, chez tous les personnages.

Extraits :

Il y a des nuits.
Des nuits traîtresses, qui s’approchent, tout sourire, comme si leurs intentions étaient pacifiques, alors qu’elles apportent la guerre et la douleur.
Des nuits qui vous enchantent de leur joie feinte, vous séduisent doucement en vous étreignant, puis vous poignardent au cœur à l’improviste, meurtrières obscures, absurdes.

Des nuits suspendues entre un jour et l’autre, inconscientes de ce qui les précède et de ce qui les suivra.
Des nuits capables d’abattre les souvenirs et de construire de nouveaux rêves, aux saveurs bâtardes, qui se parent cependant de nouveaux sens.
Ces nuits-là vous font croire que vous pourrez réconcilier passé et futur, et transformer ce poids qui vous écrase en moteur.

On pouvait lutter contre presque tout, la méchanceté, la stupidité, l’ignorance, et il arrivait même qu’on l’emporte. Mais contre la nature, on ne pouvait pas grand-chose.

Il était au courant de toutes les normalités anormales et étrangetés habituelles qui caractérisaient ce quartier : rien ne pouvait le surprendre, parce qu’il connaissait sa respiration comme celle d’un animal familier et bien-aimé…

Pour avoir peur au point de désirer mourir, il faut du courage. Beaucoup de courage.

Peut-être qu’on ne veut plus vivre, à certains moments, mais pas au point de désirer la mort. Toute la différence est là.

L’obscurité est toujours pleine de bruits. L’obscurité ne reste jamais muette.

Tu es un héros parmi les héros, Batman. Parce que tu as le superpouvoir le plus puissant au monde : le courage.

Ces incapables. Ils n’arriveraient même pas à retrouver leur nez dans le brouillard.

il était quotidiennement confronté à cette épidémie qui faisait rage dans les grandes villes : la solitude. Aucun lieu, répétait-il toujours, ne ressemblait davantage à un désert que les métropoles occidentales, où des femmes et des hommes invisibles traînent leur existence comme les bêtes âgées ou malades, exilées du troupeau. Des proies faciles pour les grands carnivores.

Les lumières de la ville paraissaient des joyaux posés sur un fond de velours noir.

On les reconnaît tout de suite, les héros : ce sont ceux qui sont forts, ceux qui sont capables de broyer le mal dans leur poing et de le jeter.
Ceux qui n’ont pas peur.

Certes, il y avait des pommes véreuses comme elle dans le tas, mais ils étaient authentiques.

D’ailleurs, si j’étais toi, j’appliquerais la règle suivante : moins on parle, moins on dit de conneries.

Cet être doux, affectueux et expansif avait alors regardé autour de lui : un désert. Il avait perdu sa famille et n’avait pas su en fonder une autre. L’homme propose, le destin dispose.

Et il avait trop de souvenirs, désormais si délavés qu’il craignait de les avoir créés exprès pour remplir un vide immense.

La nuit de mai enveloppait la rue comme un parfum exotique, et il lui sembla presque que la douceur de l’air embrumait son regard.
Mais il s’agissait d’un voile de larmes et de mélancolie.

Noir.
Au sommet de la nuit, il y a le noir.
Il ne dure pas très longtemps, heureusement. Peut-être cinq minutes, tout au plus, le temps de quelques respirations et d’un frisson de terreur, quand on se penche sur l’abîme.
Il ne dure pas longtemps, mais il peut laisser sa marque, s’il se prolonge un tant soit peu, s’il parvient à glisser ses doigts à travers la solitude.
Le noir.

Noir.
Le moment de la nuit où les espoirs disparaissent, chassés par la douleur de ce qui se produira.
Le moment de la nuit où le repos se brise en mille fragments de nostalgie, pour se recomposer tel un suaire, dans l’attente fragile de l’aube.
Le noir.

Tout le monde déplorait cet état de chantier permanent, mais il lui plaisait. Elle voyait la ville comme un énorme animal débordant de vitalité, qui changeait sans cesse de peau et se renouvelait avant de devenir trop vieux.

Toujours joyeuse. Et elle riait. Pas parce qu’elle était bête, au contraire. Parce que c’était une femme qui avait souffert, lutté, pleuré. Certains sourires sont comme des diplômes, avant de les exhiber, il faut les mériter.

l’odeur de la mort pesait comme des relents de cuisine.

Ledig, Agnès «On regrettera plus tard» (2016)

Auteur : romancière française née en 1973. Mère de trois enfants, elle a commencé l’écriture après le décès de l’un de ses trois fils, atteint d’une leucémie. Pour répondre aux questions que posaient tous ceux qui se préoccupaient de Nathanaël, elle tenait un bulletin hebdomadaire. Un professeur de médecine qui suivait l’enfant lui a révélé son don de transmission et l’a encouragée à écrire. « Marie d’en haut« , a remporté le « coup de cœur des lectrices » de « Femme actuelle ». « Juste avant le bonheur » (Albin Michel, 2013) a remporté le prix Maison de la Presse. « Pars avec lui » paraît en 2014, « On regrettera plus tard« , paraît en 2016, et « De tes nouvelles » (la suite) en 2017 aux éditions Albin Michel.

Résumé : Cela fait bientôt sept ans qu’Eric et sa petite Anna Nina sillonnent les routes de France. Solitude choisie. Jusqu’à ce soir de juin, où le vent et la pluie les obligent à frapper à la porte de Valentine. Un orage peut-il à lui seul détourner d’un destin que l’on croyait tout tracé ?

Avec la vitalité, l’émotion et la générosité qui ont fait l’immense succès de Juste avant le bonheur et Pars avec lui, Agnès Ledig explore les chemins imprévisibles de l’existence et du cœur. Pour nous dire que le désir et la vie sont plus forts que la peur et les blessures du passé.

Mon avis : Ah toujours un moment de bonheur de lire un livre d’Agnès Ledig. Des images qui parlent, des personnages attachants… Dans la lignée des premiers Gavalda, de Katherine Pancol, de Barbara Constantine. De la chaleur humaine, des questions que tout le monde se pose ou devrait se poser, des livres positifs ou le cœur est à la base de tout. Pas de niaiserie, pas de pathos, juste une bulle de tendresse, de gentillesse, de vie … Oui un ami, un vrai.. une personne qui est là et qui vous aime pour vous.. et les peurs … et l’importance des racines… la peur de l’avenir, la peur de souffrir, la faculté d’ouvrir les bras (le cœur) ou pas. Des livres qui parlent au cœur. J’ai lu ses quatre livres et j’attends déjà le cinquième.. Et de si jolies phrases, des mots de tous les jours, des mots d’enfant, des mots d’amour et d’amitié.. L’auteur offre des pépites de vie.. sous le soleil et sous la pluie… et j’aime ça.. Des livres « baume-au-cœur », des histoires dans lesquelles on a envie de se blottir pour échapper à la noirceur de la haine, à l’aigreur, à la violence.. D’ailleurs quand l’héroïne vit dans une maison à la campagne, avec des livres, des chats, un chien et aime les activités de création.. je ne peux qu’adhérer..

Extraits :

Le courage ne vacille que dans les moments où la faiblesse est permise.

Il est mon meilleur ami. Mon miroir et mon soleil à la fois.

Il sourit gentiment en pensant encore une fois, je le sais, que je ferais mieux de me poser un peu dans ma vie et d’arrêter de prévoir cinquante choses quand je ne pourrai en faire que trente dans une journée. Mais à trente, je m’ennuie.

Cent trente kilos de guimauve concentrée, qui à l’approche de la moindre chaleur humaine se caramélise en surface et se liquéfie au cœur. Un amas de tendresse et de bienveillance, en somme.

J’aime lire aussi, et je n’ai pas encore pris le temps de voir les titres de ses bouquins. On connaît parfois mieux les gens en observant leur bibliothèque.

Laissez s’installer un peu d’amour au fond de vous, et tout pétille à nouveau. Vous redevenez une coupe de champagne, vous êtes le champagne, la légèreté des bulles et l’ivresse qui va avec.

Nous ne vivons pas au même rythme. Tu sais bien qu’il faut que ça bouge dans ma vie pour que je sois heureuse. Et lui traverse la journée plus lentement que le temps qui passe.
– Tu es heureuse d’être hyperactive ou tu bouges tout le temps pour oublier que tu n’es pas heureuse ?

Ces deux-là ne font presque qu’un tant ils se sont construit un monde où l’absence de l’autre n’est même pas envisageable.

ce n’est pas parce que je me pose une question qu’il faut absolument que j’aie la réponse. Je lui répondrais qu’il ne sert à rien de se poser des questions si on ne se donne pas les moyens d’y trouver les réponses.

Il essaye de mettre une bonne dose de certitude dans sa voix pour affirmer cela, mais je vois dans ses yeux qu’il n’est pas si convaincu. Il m’implore du regard d’y souscrire alors qu’il ne semble pas y croire une seconde.
Peut-on à ce point se mentir à soi-même ?

Je suis dans la peau du cambrioleur de plaisir qui vole l’instant.

ces gestes simples mais bienveillants étaient d’une tendresse exceptionnelle. Elle les recevait comme le désert reçoit la pluie.

On ne peut pas tout avoir. Je ne sais pas ce qui est le mieux, mais la solitude est probablement plus douloureuse au quotidien que la frustration. Peut-être moins violente mais plus insidieuse.

Au fil du temps, nous avons acquis l’un pour l’autre une telle confiance, une affection si sincère, que plus rien ne peut nous arriver. Nous savons que nous resterons liés jusqu’à la mort. Et encore… C’est du cordage tellement solide entre lui et moi qu’il est capable de résister à l’épreuve de l’au-delà.

– Je suis un livre ouvert, hein ?
– Et quelques pages sont écornées, je crois.
– J’écorne celles que je vais devoir arracher, il sera plus facile de les retrouver le moment venu. Ça ira plus vite. Ça fait beaucoup plus mal mais moins longtemps.

– J’essaie, je l’aime, je ne veux pas la faire souffrir, mais j’ai l’impression d’un vide à l’intérieur de moi, qui aspire tout vers le noir.
– Le noir tout noir est rare. On finit bien par distinguer à nouveau quelques lueurs, quand les yeux s’habituent.

Je crois que c’est au fond de moi qu’il fait chaud.

Courir pour oublier. Ou pour secouer tout ce que j’ai à l’intérieur, en espérant que ça se rangera tout seul bien proprement en retombant.

– Une réponse sans chaleur, c’est comme un regard qui se pose ailleurs.

Tu es capable de t’émerveiller devant tes essuie-glaces qui battent la mesure de la musique de ton autoradio.

Elle court après le temps tout le temps, c’en est fatigant. On a l’impression que ce temps passe entre ses doigts et qu’elle serre tant qu’elle peut ses phalanges, à les rendre blanches, pour le retenir.

Qui m’aime quand je suis malade ou fatigué, irritable ou excédé. Parce qu’elle aime ce que je suis en acceptant mes faiblesses et pas ce que je voudrais être, c’est-à-dire parfait.

– Tu sais, parfois, c’est difficile de tourner la page quand le chapitre d’avant était joli et qu’on trouve injuste de devoir en lire un nouveau.
– Mais dans les nouveaux chapitres, il y a plein de choses intéressantes aussi.
– Oui, mais tant qu’on ne sait pas, on s’attarde sur ce qu’on a déjà lu et qu’on connaît.
– Je pourrais faire quoi pour lui donner envie de lire le prochain chapitre ?

J’étais bien tranquille dans ma petite vie, avant.
Oui, j’étais tranquille, avec une conscience droite comme un bambou. Et c’est un saule tortueux qui en a pris la place.

C’est quand même dingue ces gens qui pensent qu’on ne les aime pas à cause d’eux. Mais c’est celui qui ressent de l’amour, ou qui n’en ressent pas, qui est responsable de ce sentiment, pas l’objet dudit sentiment.

Personne n’absorbe la tristesse qui s’installe au fond de soi. C’est une rivière souterraine, qui jaillit pour s’écouler ou qui stagne en un étang fangeux. Aucun être extérieur ne peut vider cette eau-là du fond de nous-mêmes.
On espère seulement qu’avec le temps et un peu de soleil, elle s’évaporera doucement.
Le plus difficile, c’est de croire encore au soleil.

J’admire cette capacité qu’ont les enfants à rebondir à partir de leurs échecs. Comme si, à l’image d’un trampoline, ils sautaient sur leurs ratages permanents. Après tout, c’est en se trompant qu’on apprend à faire juste.

Des gens allaient et venaient dans sa vie, mais il se sentait profondément seul.

Je crois que je fais une overdose de foule, trop de monde, partout, tout le temps, trop pressé, trop stressé.

N’est pas livre ouvert qui veut ! D’ailleurs ton sale caractère fait du vent dans les pages, on n’a pas le temps de te lire…

Les mots réunis par un trait d’union racontent autre chose que pris séparément.

Mais c’est aussi ça les grandes amitiés. Pour le meilleur et pour le pire. Comme un vieux couple.

L’Homme pense avoir des certitudes, mais ce ne sont rien d’autre que des doutes qu’il n’entend pas.
Les miens me hurlent dans les oreilles depuis trois semaines, et je fais semblant d’ignorer le bruit assourdissant …

La vie, elle est dans le plaisir de cette énorme tranche de pain tartinée, aux mélanges improbables, mais qui ravit ses papilles chaque matin depuis des années. Certains étalent sur leur baguette du matin un mélange de rancœur et de regrets, de tristesse ou de colère. Pauvre d’eux.

Je n’écoute pas ce que je n’ai pas envie d’entendre.
Sauf que depuis quelques semaines, je ne sais plus ce que je veux entendre. Alors je me mets à écouter.
Cacophonie.

– Il ne faut pas attendre. Il faut profiter des choses qu’on a. Pas de celles qu’on espère.

DESTINATION : ECOSSE

DESTINATION : ECOSSE

Peter May nous accueille sur l’île de Lewis, un morceau de terre situé à trois heures de bateau du nord de l’Ecosse. Une île battue par la pluie et le vent qui est le cadre des romans de la trilogie écossaise  « L’île aux oiseaux », « L’homme de Lewis » et « Le braconnier du lac perdu »  traduite dans le monde entier et qui tient autant du polar que du conte ethnologique. Mais Peter May nous entraine aussi dans par le biais de  thrillers passionnants en Chine ( Meurtres à Pékin, 2005 – Le Quatrième Sacrifice, 2006 – Les Disparues de Shanghai, 2006 – Cadavres chinois à Houston, 2007 – Jeux mortels à Pékin, 2007 – L’Éventreur de Pékin, 2008 ) ; en France avec la série consacrée à Enzo Macleod « le mort aux quatre tombeaux »(2013), »Terreur dans les vignes« (2014), « La trace du sang« (2015),  dans le monde virtuel « Scène de crime virtuelle » (2013). Il nous emmène aussi dans « L’île du serment » (2014) ou sur les traces de sa jeunesse dans « Les fugueurs de Glasgow » (2015) – « Les disparus du phare » nous ramène sur l’île de Lewis  (2016)

Ian Rankin ,  l’un des maîtres écossais du polar vit à Edinbourg  . L’inventeur du personnage de John Rebus reçoit François Busnel chez lui et lui livre quelques-uns de ses secrets d’écrivains.

Les écrivains écossais :  ceux qui n’ont pas fait partie de la ballade…

Karen Campbell née à Paisley en1967  en Écosse, est une romancière écossaise, auteur de romans policiers. elle suit les cours de l’université de Glasgow avant de devenir policière. Elle vient à l’écriture en 2008 avec le roman The Twilight Time, traduit en français sous le titre Trottoirs du crépuscule. Ces quatre premiers écrits appartiennent au genre de la procédure policière. Elle abandonne le genre policier après la parution du roman « This is Where I Am », l’histoire d’un immigré somalien débarquant à Glasgow.

Arthur Conan Doyle, (1859-1930) : Sherlock Holmes…

Iain M. Banks
 
William Boyd ( voir dans la partie Ballade en Angleterre)
 
John Burnside :  John Burnside a reçu le Forward Poetry Prizes 2011, principale récompense déstinée aux poètes en Grande-Bretagne. John Burnside est né le 19 mars 1955 dans le Fife, en Écosse, où il vit actuellement. Il a étudié au collège des Arts et Technologies de Cambridge. Membre honoraire de l’Université de Dundee, il enseigne aujourd’hui la littérature à l’université de Saint Andrews. Poète reconnu, il a reçu en 2000 le prix Whitbread de poésie.
 – The Dumb House (Jonathan Cape, London, 1997)/ La Maison muette (Métailié, 2003)
– The Mercy Boys (Jonathan Cape, London, 1999)
– Burning Elvis (Jonathan Cape, London, 2000)
– The Locust Room (Jonathan Cape, London, 2001)
– Living Nowhere (Jonathan Cape, London, 2003) / Une vie de nulle part (Métailié, 2005)
– The Devil’s Footprints (Jonathan Cape, 2007)/ Les Empreintes du diable (Métailié, 2008)
– Glister (Jonathan Cape, 2008)/ Scintillation (Métailié, 2011)- Prix Lire & Virgin Megatore 20111
– A Summer of Drowning (Jonathan Cape, 2011)/ L’Été des noyés (Métailié, 2014)
– Something Like Happy (Jonathan Cape, 2013)
 
Robert Louis Stevenson, (1850-1894) : L’Île au trésor, L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde
 
Jenni Fagan (née en Écosse en 1977 et vit à Édimbourg. Diplômée de l’Université de Greenwich, elle a publié de la poésie et gagné des prix. Elle travaille comme écrivain en résidence dans des hôpitaux et des prisons) : premier roman : « la sauvage » ( titre original : The Panopticon )
 
Robyn Young (  Romancière britannique d »origine irlandaise et galloise du côté de sa mère, anglaise et écossaise du côté de son père, elle a toujours été fascinée par l’héritage celtique ) : trilogie  « les maitres d’Ecosse »  : tome 1 : Insurrection – Tome 2 : Renégats – Tome 3 : Avénement 
 
Irvine Welsh
Romans:
Trainspotting, L’Olivier, 1996 ((en) Trainspotting, 1993),Stork Nightmares, 1995
Une ordure, L’Olivier, 2000 ((en) Filth, 1998)
Glu, Au Diable Vauvert, 2009 ((en) Glue, 2001),
Porno, Au Diable Vauvert, 2008 ((en) Porno, 2002), trad. Laura Derajinski   – Suite de Trainspotting
Recettes intimes de grands chefs, Au Diable Vauvert, 2008
Crime, Au Diable Vauvert, 2014 ((en) Crime, 2008),  – Suite de Une ordure
Skagboys, Au Diable Vauvert, 2016
Préquelle de Trainspotting et Porno
(en) The Sex Lives of Siamese Twins, 2014
(en) A Decent Ride, 2015
(en) The Blade Artist, 2016
Nouvelles:
(en) Acid House, 1994
Ecstasy. Trois contes d’amour chimique, L’Olivier, 1996
 
Emma Fraser – est une romancière née en Ecosse mais qui a grandi en Afrique du Sud
– Quand soufflera le vent de l’aube
 
Ferris Gordon – Avant de se consacrer à l’écriture, l’Ecossais Gordon Ferris a travaillé au ministère de la Défense. Auteur de plusieurs romans, il partage son temps entre Londres et la Suisse.série de quatre enquêtes de Douglas Brodie:
– « La Cabane des pendus »
– « Les Justiciers de Glasgow »
 
Alasdair Gray (né le 28 décembre 1934 à Glasgow) est un romancier, poète, dramaturge et peintre écossais. Son premier roman, Lanark, qu’il mit plus de 30 ans à rédiger, fut publié en 1981 et connut un immense succès critique. Le critique André Clavel le décrit comme « un illusionniste écossais aussi insaisissable que le monstre du Loch Ness ». Avec l’autodérision qui le caractérise, Gray se définit lui-même ainsi : « un Glaswegien, gros, vieux, et asthmatique, qui gagne son pain grâce à la peinture et à l’écriture. »
– « Lanark » Éditions Métailié
 
Josephine Tey alias Elizabeth Mackintosh (25 juillet 1896 – 13 février 1952), romancière écossaise connue pour ses romans policiers.
Née à Inverness, elle étudie à Birmingham, et devient enseignante. Elle commence à écrire lorsqu’elle est forcée d’abandonner son travail pour s’occuper de son père invalide.
Dans cinq de ses romans policiers publiés sous le nom de Josephine Tey, le héros est l’inspecteur de Scotland Yard Alan Grant. Le plus fameux de tous est La Fille du temps, dans lequel Grant, cloué à l’hôpital, fait rechercher par ses amis des livres et des documents d’époque afin de résoudre un mystère historique : le roi Richard III d’Angleterre a-t-il assassiné ses neveux, les princes Édouard V d’Angleterre et Richard de Shrewsbury ?
 
Meek, James James Meek est né à Londres en 1962 puis a grandi en Ecosse, à Dundee.
Grand reporter, il a vécu en Russie, à Kiev et à Moscou de 1991 à 1999 où il était correspondant. Il vit maintenant à Londres où il collabore au Guardian, à la London Review of Books et à Granta.
Il est l’auteur des ouvrages Un Acte d’amour et Nous commençons notre descente, tous les deux lauréats de prix littéraires et traduits à travers le monde.  Publié chez Métailié
– Thé à l’eau de mer, Édition française (traduction de Fanchita Gonzalez Battle), Autrement, 1997
– Drivetime (Polygon, 1995)
– Last Orders (Polygon, 1992)
– The Museum of Doubt (Rebel Inc, 2000)
– Un acte d’amour, Édition française (traduction de David Fauquemberg), Métaillé, 2007
– Nous commençons notre descente, Édition française (traduction de David Fauquemberg), Métaillé, 2008
– Le Cœur par effraction, Édition française (traduction de David Fauquemberg), Métaillé, 2013
 
Dominic Cooper, né en 1944, est un écrivain écossais, vivant dans la région d’Argyll. 
– Le Cœur de l’hiver, « The Dead of Winter », 1975, Éditions Métailié, coll. « Bibliothèque écossaise », 2006, 185p
– Vers l’aube, « Sunrise », 1977, Éditions Métailié, coll. «Bibliothèque écossaise», 2009, 185p
– Nuage de cendre : Un roman sur l’affaire de Sunnefa Jonsdottir, [« Men at Axlir : A novel concerning the case of Sunnefa Jónsdóttir », 1978, Éditions Métailié, coll. « Bibliothèque écossaise », 2012, 235 p
 
Chris Dolan est né à Glasgow en 1957. Après avoir été consultant international pour l’Unesco, il se consacre entièrement à l’écriture à partir de 1992. Auteur de romans, de nouvelles, d’essais, de pièces de théâtre, il écrit pour les journaux, la télévision et la radio. Il est notamment le scénariste de la série anglaise Taggart. Son œuvre lui a valu de nombreux prix.
– « La Colonie » (Redlegs ») Éditions Métailié, coll. « Bibliothèque écossaise », 14.04. 2016, 320 p
 
Louise Welsh, née le à Londres, est un écrivain britannique, auteur de romans policiers. Elle s’inscrit à l’Université de Glasgow, où elle obtient avec mention une maîtrise ès arts. Pendant huit ans, elle tient ensuite une librairie de livres d’occasion et de livres anciens, mais retourne finalement suivre des cours de création littéraire à l’Université de Glasgow, puis obtient une maîtrise en Lettres de l’Université de Strathclyde. Elle est par la suite chargée de cours en création littéraire à l’Université de Glasgow. Elle amorce sa carrière d’écrivain en 2002. Ses romans sont associés au Tartan noir, une conjonction stylistique entre le roman noir et la culture écossaise. En 2003, elle publie Tamburlaine Must Die, un roman policier historique qui revient sur les circonstances entourant le meurtre du dramaturge de pièces élisabéthaines Christopher Marlowe.
– Tamburlaine Must Die, 2003
– Le Tour maudit 2007
– De vieux os 2011
– La Fille dans l’escalier, 2014
 
Jackie Kay née à Edimbourg, poète, nouvelliste et romancière. Elle enseigne à l’université de Newcastle et vit à Manchester. 
– « Poussière rouge »  Éditions Métailié, coll. « Bibliothèque écossaise », 2013, 264 p
 
James Kelman écrivain écossais né à Glasgow le 9 juin 1946. Au début des années 1970, il fonde avec l’écrivain et peintre Alasdair Gray et le poète Tom Leonard le mouvement littéraire l’École de Glasgow[.Il obtient le prix Booker en 1994 pour « How late it was, how late » (littéralement : Il était tard, si tard) et le Prix James Tait Black Memorial en pour « A Disaffection » (Le Mécontentement). Ses romans traduits en français sont : Le Poinçonneur Hines (1999), Le Mécontentement (2002), Prudence au pays de la liberté (2006) , Si tard, il était si tard (2015)
 
William McIlvanney ( né à Kilmarnock, dans la région de l’ East Ayrshire en Écosse, et mort le 5 décembre 2015 à Glasgow est un poète et un écrivain écossais, auteur de romans policiers.) Il est le père de Liam McIlvanneySérie Inspecteur Jack Laidlaw : – Laidlaw  – Les Papiers de Tony Veitch – Big Man – Étranges LoyautésLiam McIlvanney (Liam Mcllvanney est professeur de littérature à l’université Otargo, en Nouvelle-Zélande et critique littéraire à la London Review of Books. Il est le fils de William McIlvanney qui publie aux Editions Rivages. Les Couleurs de la ville est son premier roman)
Série Gerry Conway
– Tome 1 : les couleurs de la ville
– Tome 2 : là ou vont les morts
 
Val McDermid, née le 4 juin 1955 à Kirkcaldy, en Écosse, est une écrivaine écossaise, auteur principalement de roman policier. Son œuvre, qui développe les thèses féministes et engagées de l’auteur, compte trois séries policières aux héros récurrents distincts : Lindsay Gordon, une journaliste lesbienne apparue dans son tout premier roman, partage plusieurs points communs avec Val McDermid ; Kate Brannigan, une détective privée ; enfin, le Dr Tony Hill, profiler, et l’inspectrice Carol Jordan mènent des enquêtes dans des milieux particulièrement glauques et violents. Les romans de Val McDermid sont d’ailleurs associés au Tartan noir, une conjonction stylistique entre le roman noir et la culture écossaise.(source Wikipédia)
Romans:
Série Lindsay Gordon : Une mort pacifique
Série Kate Brannigan (6): Le Dernier Soupir Retour de manivelleCrack en stockArrêts de jeuGènes toniquesMauvais Signes
Série Tony Hill & Carol Jordan (8): Le Chant des sirènes – La Fureur dans le sang –  La Dernière Tentation – La Souffrance des autres – Sous les mains sanglantes – Fièvre – Châtiments – Une Victime idéale (2016) –
Autres romans : Au lieu d’exécutionLe Tueur des ombresQuatre garçons dans la nuitNoirs Tatouages – Sans laisser de traces – Comme son ombreLigne de fuiteNorthanger Abbey
 
Meaghan Delahunt  
 
 Alasdair Gray  
 
Lewis Grassic Gibbon 
 
Ils ne sont pas écossais, mais nous emmènent en Ecosse:
Larsson, Bjorn (suédois) : Le cercle celtique
Leah Fleming (anglaise) – La carte postale – 2016 –  ( tout commence dans un manoir écossais)
 

Pour la promenade complète avec François Busnel..

Läckberg, Camilla «Le Dompteur de lions» (2016)

9ème enquête d’Erica Falck et Patrik Hedström

Résumé : C’est le mois de janvier et un froid glacial s’est emparé de Fjällbacka. Une fille à demi nue, surgie de la forêt enneigée, est percutée par une voiture. Lorsque Patrik Hedström et ses collègues sont prévenus, la jeune fille a déjà été identifiée. Il s’agit de Victoria, portée disparue depuis quatre mois. Son corps présente des blessures qu’aucun accident ne saurait expliquer : ses orbites sont vides, sa langue est coupée et ses tympans percés. Quelqu’un en a fait une poupée humaine. D’autres cas de disparitions dans les environs font redouter que le bourreau n’en soit pas à sa première victime.

De son côté, Erica Falck commence à exhumer une vieille affaire pour son nouveau bouquin. Une femme purge sa peine depuis plus de trente ans pour avoir tué son mari, un ancien dompteur de lions, qui maltraitait leur fille avec sa complicité passive. Mais Erica est persuadée que cette mère de famille porte un secret encore plus sombre. Jonglant entre ses recherches, une maison en perpétuel désordre et des jumeaux qui mettent le concept de l’amour inconditionnel à rude épreuve, elle est loin de se douter que pour certains, l’instinct maternel n’a rien de naturel…

Avec ce neuvième volet de la série Fjällbacka, Camilla Läckberg signe un polar crépusculaire et violent. La reine du noir nordique s’y montre plus indomptable que jamais.

Mon avis : Un de ceux que j’ai bien aimé de la série (L’enfant allemand reste toujours mon préféré). Suspense jusqu’au bout, bien que l’on pense avoir deviné certaines choses, parfois. Erica met toujours les pieds là où il ne faut pas, Melberg est toujours aussi à la masse. Les enfants grandissent, sa sœur Ana est toujours vacillante, et son amour toujours aussi fort pour son mari. L’intrigue est bonne, les personnages bien campés. Et toujours cette écriture qui coule, Il se lit vite et j’ai passé un très bon moment… J’aime bien cette femme au foyer qui écrit et qui enquête ; une famille un peu déjantée peut-être mais normale ; un flic père de famille, ni alcolo ni véreux. Et un sujet dur : toujours difficile quand les victimes sont des enfants ou des ados.

Extraits :

Sa joie de vivre était si grande, l’éclat dans ses yeux si vif qu’il avait ressenti une énorme satisfaction à l’éteindre petit à petit.

Mais en fermant les yeux, il redevenait jeune. Il revivait tout, aussi nettement qu’à l’époque

Mais ces brèves promenades ne lui apportaient pas grand-chose. C’était comme si ses souvenirs se diluaient et se délitaient à l’air libre, comme si le soleil sur son visage lui faisait perdre la mémoire. Il préférait donc rester dans sa chambre. Où il pouvait maintenir les souvenirs en vie.

Mais il était tellement difficile d’ouvrir une porte restée fermée si longtemps.

Leur passion contenait une dose de folie. Elle avait les bords noircis par le feu qui brûlait en permanence, et ils savaient comment la maintenir en vie. Ils avaient exploré leur amour en long et en large, testé ses limites pour vérifier qu’il soit assez solide. Et il l’était.

Le quotidien avait naturellement contribué à engourdir la passion amoureuse, mais elle avait été remplacée par un sentiment bien supérieur : un amour calme, profond et solide.

Rien n’effaçait les mots prononcés, rien ne réparait une mauvaise impression.

Aujourd’hui, une glace épaisse recouvrait la mer, emprisonnant les bateaux qui n’avaient pas été sortis pour l’hiver. En ça, ils lui ressemblaient. Elle s’était sentie comme eux toute sa vie adulte : si près de son élément, et pourtant incapable de se libérer de sa captivité.

Elle était si belle. Il avait tendance à l’oublier parfois, comme s’il était tellement habitué à son visage qu’il n’y réagissait plus. Il devrait le lui dire plus souvent. Il devrait la bichonner davantage, même s’il savait qu’elle se satisfaisait de leurs petits moments privilégiés : leurs soirées dans le canapé, la tête posée sur son épaule, leurs dîners en tête à tête le vendredi autour d’un bon plat et d’un verre de vin, leur bavardage au lit avant de s’endormir – oui, tout ce qu’il adorait lui aussi dans leur vie commune.

Dans l’obscurité, sa vie la rattrapait. Tout ce qu’elle parvenait à refouler dans la journée. La nuit, le mal pouvait l’atteindre à nouveau.

Ils avaient tant de souvenirs ici, mais qui n’étaient pas soumis au lieu et pourraient être ressuscités, encore et encore. Il souleva le sac. Si les moments merveilleux avaient un poids, le sac devrait être impossible à porter. Or, il était léger comme une plume dans sa main, et il en fut fasciné.

Il en allait sans doute pour les belles-mères comme pour les enfants : on devait les accepter telles qu’elles étaient. On choisissait son mari, pas sa belle-mère.

 

image : leslieAnnO’Dell

Gürsel, Nedim «Les turbans de Venise» (2001)

L’Auteur : Né en Turquie en 1951, Nedim Gürsel est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, romans, nouvelles, récits de voyage, essais littéraires. Lauréat de plusieurs grands prix littéraires, dont le Prix France-Turquie, il occupe une place primordiale dans la littérature de son pays et son œuvre est traduite dans de nombreuses langues. Il vit à Paris, où il est directeur de recherche au CNRS et enseigne à l’École des langues orientales.

Résumé : Dans Venise la rouge, l’historien de l’art Kâmil Uzman recherche les traces de la présence ottomane qu’ont léguées des siècles de peinture. Il ignore que son séjour d’études se transforma en voyage initiatique : revivant les étapes de son existence à travers les tableaux qu’il contemple et analyse, il va peu à peu se laisser emporter par une passion dévorante pour une jeune bibliothécaire.

Venise occupe ici une place centrale. Mais Istanbul et les souvenirs d’enfance qui hantent Kâmil reviennent sans cesse en contrepoint. Les portraits des peintres de la famille Bellini renvoient le professeur d’université turc aux errances et aux coïncidences de sa vie solidaire : ainsi l’étrange présence qui l’accompagne sur les façades des palais, les enturbannés de Venise.

Ce roman à l’architecture ample, qui mêle l’histoire des Bellini à celle d’un personnage contemporain, révèle un nouvel aspect de Nedim Güsel : la synthèse effectuée entre les arts permet une autre vision du rapport entre l’Orient et l’Occident. L’auteur propose avec ce livre un récit érudit et ambitieux qui passionnera tous les amoureux de Venise, de la Turquie et de la peinture.

 

Mon avis : Je continue ma promenade artistique et vénitienne. Cette fois en compagnie de la famille Bellini, et surtout de Gentile, qui est le trait d’union entre Venise et les ottomans. Toujours un parallèle entre la Venise actuelle et celle du XVIème. Personnages du roman : Venise, les peintres (italiens ou autres), les femmes, et les couleurs. Et la comparaison entre Venise et Istanbul, La lagune et le Bosphore. Un roman certes, mais surtout une ode aux peintres, aux couleurs, une plongée dans l’art des Bellini, et un hommage aux artistes italiens mais pas seulement… à tous ceux qui ont rendu hommage à Venise, aux ciels et aux couchers de soleil, à la femme, … Muallâ Fikret, Van Gogh, Cézanne, Turner, Modigliani, Edgar Allan Poe, Baudelaire, Albrecht Dürer, Antonello da Messina, Giorgione, le Titien, Léonard de Vinci. Un roman guide de peinture, pas si facile à lire car très documenté.. on s’y noie un peu mais si on aime Venise et ses peintres, et si, comme moi, les couleurs sont importantes dans la vie… c’est un régal ; la Venise d’hiver, avec toutes les nuances de gris, la nature, les ciels, les marchés.. l’Italie et la Turquie.. Visite des monuments de Venise mais aussi d’Istanbul.. Pour ma part l’histoire de Kâmil Uzman est totalement annexe… un prétexte pour parler des arts.

 

Extraits :

Les impressions d’une Venise rêvée dansaient dans son imagination, et dans la lumière qui filtrait du couloir les ombres effectuaient d’incessantes allées et venues.

Il resta un moment ainsi, sans broncher. Il attendit que se dissipent les visions qui plongeaient son esprit dans la plus grande confusion. Puis il continua sa marche imaginaire à l’intérieur du tableau, …

Il s’arrêta un moment sur le quai et aspira l’air chargé d’humidité en ayant l’impression d’absorber aussi la corne de brume des bateaux.

Le passé était resté derrière, dans une époque lointaine mais si palpable qu’elle paraissait surgir de la froideur des pierres du quai. Alors que devant lui il y avait un vide insondable, aussi flou et attirant que l’eau du canal.

Eh oui, les rues de Venise étaient étroites au point qu’on ne puisse y ouvrir un parapluie.

Il avait beaucoup voyagé dans sa vie, visitant le jour les musées et la nuit les bordels de l’Europe. Il avait vu tant d’œuvres d’art, tant de femmes. Et chacune d’entre elles était un paysage différent.

L’univers tout entier se réduisait à un rêve vert et jaune au crépuscule. La douleur était échue à l’homme et non pas à la Nature.

C’était une pluie froide qui ne semblait pas vouloir se calmer tout de suite, monotone, déprimante. Elle avait déjà effacé les couleurs du jour. La pluie était un rideau gris tiré entre la ville et les eaux. Elle redoublait maintenant, comme si la ville manquait d’humidité !

Un voile couleur de cendre s’était abattu sur la ville. Venise était un spectre gris surgi des eaux.

Mais Allah n’avait jamais été enfant ! Il ne pouvait pas être représenté, ni être comparé à quoi que ce soit, il ne pouvait même pas être imaginé. Il écrivait seulement sur les nuages. Mais aussi inscrivait le destin au front des êtres humains.

C’est vrai qu’ils étaient enturbannés, ces Ottomans. Ils portaient des turbans jaunes, blancs ou couleur de melon, semblables à des potirons bien mûrs.

Il resta là jusqu’à ce que le soleil eût disparu derrière les palais. L’eau changea lentement de couleur. Du vert foncé elle passa au bleu sombre, puis au violet, et se fit presque noire.

Turner avait aussi peint des aubes et recréé une Venise à partir de mauves qui étaient sa marque, de bleu et de jaune pâle, de marron et de gris, de verts et de turquoise, de bleu indigo et de rouille, de noirs, de rouges, de rouge orangé et de vert olive, une symphonie de couleurs qui appartenait non pas à la nature mais à sa palette.

Peindre n’était peut-être pas une vénération mais un refuge où il oubliait sa vie orageuse et ses déboires amoureux, une recherche de sérénité.

Selon les historiens, la Venise du XVIe siècle peuplée de cent mille âmes recelait très précisément onze mille six cent cinquante-quatre femmes de mauvaise vie.

Celui qui est perdant dans la vie se rattrape dans l’art

D’ailleurs, ce qu’il cherchait dans la nature, c’étaient les couleurs de son monde intérieur, le gâchis de sa vie et ses propres souffrances.

percevait la nature comme une émanation de cet univers lumineux que dégageaient ses tableaux. Le rouge des cerises se mêlait à celui de la terre, le vert des collines rejoignait le bleu du fleuve sous le soleil de juillet, toutes les couleurs se dissolvaient.

Pour un peintre, la mort, si ce n’est pas peindre selon son bon plaisir, qu’est-ce donc ?

La neige n’avait pas fondu. Un temps brumeux s’était installé. Une couleur unique dominait la ville : gris foncé. Tout, y compris la neige accumulée sur les quais, avait adopté ce ton – les coupoles, les murs, les ponts et les canaux.

Comme dans toutes les églises de Venise, les murs de celle-ci étaient couverts de tableaux. Mais on distinguait difficilement les couleurs et les personnages dans la pénombre, comme s’ils s’étaient recroquevillés dans le froid.

Prenez mes yeux et contemplez le monde ? Que le bleu de la mer ne vous surprenne pas ! Elle est comme ça, la mer, bleu marine ou couleur turquoise, elle rayonne parfois d’un bleu parfait. Aimez aussi le vert des arbres, l’ensemble des couleurs sur les ailes des papillons et puis l’arc-en-ciel dont les sept couleurs scintillent après la pluie

C’était le gris le gardien des lieux. Il avait désormais autorité sur la nature, c’est lui qui déterminait la couleur de la lagune, des îlots, des canaux et du ciel. Le gris, il ne faut pas le sous-estimer. En hiver à Venise, l’eau comme les bâtiments sont gris. Mais les nuances en sont différentes, de même que le blanc nacré est différent du blanc de la pleine lune, le vert-de-gris du vert prairie. Un gris tirant sur le noir vient envahir les canaux, la neige recouvre le noir des gondoles comme un manteau blanc.

Mais demain… Heureusement il existe quelque chose que l’on nomme « demain », dans cette durée soumise à des rythmes différents.

Il avait compris en quittant la lagune que Venise lui offrait un incomparable festival de couleurs.

La nuit ne s’abattra pas comme un cauchemar sur Venise mais la couvrira comme un voile délicat.

Cette image de voile rappela à Kâmil l’aspect des femmes d’Istanbul autrefois. Certaines sont vraiment voilées, on ne peut voir leur visage, à l’exception de deux yeux. Mais ces yeux suffisent à provoquer le fantasme.

Si la musique était la nourriture de son esprit, la poésie en était la respiration. Quant à la peinture, même s’il le dissimulait aux autres, s’il répugnait même à se l’avouer, elle était tout pour lui.

Il y avait toujours cette belle lueur dans ses yeux, le reflet des feuilles d’automne, cette fête de couleurs qui vire du jaune au rouge. Dans ses yeux il y a la brume de fleuves coulant lentement, de tous les fleuves du monde.

Car les tableaux ne parlent pas, la peinture est un éternel silence, peut-être aussi un dialogue du peintre avec lui-même, un long dialogue de toute une vie. Ou la révolte du Verbe dans les couleurs. Lui aussi s’était tu pendant des années en peignant, tandis qu’il luttait avec le tracé et la couleur, il avait toujours dialogué avec lui-même et écouté sa propre voix.

On lisait sur leurs visages la quiétude d’une vie consacrée à l’art.

Une musique venue du fond de lui-même semblait se transmettre à ses mains et rythmer les coups de pinceau.

Ah, si tu pouvais seulement entrer dans le tableau et te promener parmi les couleurs comme dans les rues ! Alors tout se révélerait.

Selon Léonard, l’obscurité était dans la nature de l’univers. Par conséquent il fallait, pour trouver la lumière, partir de l’obscurité. L’obscurité était le premier stade de l’ombre et la lumière son dernier stade : elle pouvait ainsi être déclinée à l’infini. Le peintre devait pouvoir répandre l’ombre et la lumière sur la surface du tableau indépendamment du trait, comme une brume indistincte, une fumée qui se dissipe au vent.

Même les montagnes pouvaient se rejoindre, mais les minutes, elles, ne pouvaient jamais atteindre les heures, ni le jour la nuit.

Infos

Les Bellini : Sous le nom de Bellini, on range trois peintres vénitiens : le père et les deux fils. À ces trois peintres, on doit rattacher Andrea Mantegna qui travailla avec eux et épousa la jeune Bellini. Véritable affaire de famille, puisque sous ces liens se cachent des influences réciproques, des emprunts ou des imitations. Sur ce sol commun, trois personnalités se sont imposées : le père, Jacopo, dessinateur, héritier de la première Renaissance ; Gentile, grand décorateur, très influencé par la géométrie de l’œuvre de son père et de son beau-frère, et surtout Giovanni Bellini, qui sut profiter d’un aussi lourd héritage et poser les prémisses d’une peinture véritablement vénitienne.

Gentile Bellini : Gentile Bellini (1426-1507) était le fils de Jacopo. Il est très connu pour ses grandes peintures qui décorent des bâtiments publiques comme l’école de San Rocco. L’école de San Giovanni Evangelista lui apporta beaucoup de soutien; elle chargea Bellini et d’autres peintres influents pour réaliser de nombreuses œuvres.

La peinture la plus célèbre et majestueuse de Gentile est, à l’évidence, Procession sur la place Saint-Marc. Cette peinture met en scène le thème du miracle. Elle représente un père qui implore de l’aide auprès du reliquaire orné de la place Saint-Marc car son fils est très malade. Après sa supplication, le fils est sauvé.

Au-delà du thème religieux, l’œuvre a une valeur historique importante: elle représente en effet la place Saint-Marc avant l’enlèvement des mosaïques byzantines au XVIe siècle.

Gentile Bellini est surtout célèbre pour ses combinaisons entre effet émotionnel évoqué par les thèmes religieux et attention pour les détails. Contrairement à son frère Giovanni, ce n’est pas dans l’invention que Gentile Bellini donne suite à son œuvre mais dans le réalisme descriptif. Il peint à Venise les portraits de doges. Le portrait de Mehmed II signé par Bellini rappelle qu’il se rendit à Constantinople en 1479, lorsque la paix est signée entre la République de Venise et l’Empire ottoman. Une fois revenu dans sa ville natale, il met à l’épreuve son talent de portraitiste dans de grandes toiles à nombreux personnages qui lui valent plus tard la célébrité. Après l’incendie de 1577, qui détruit toutes les compositions historiques qu’il avait peintes avec son frère Giovanni au palais des Doges, on a gardé le cycle qui décorait la Scuola di San Giovanni Evangelista. De ces peintures, représentant les miracles opérés par une relique de la Croix, trois sont de Gentile, les autres de Giovanni Mansueti, Lazzaro Bastiani et Vittore Carpaccio. Beaucoup de détails de la vie vénitienne y sont illustrés avec une exactitude qui n’exclut pas la poésie. Dans le Miracle de la Croix au pont de San Lorenzo, il représente cet événement comme un spectacle fabuleux et divertissant. Dans les premières années du XVIe siècle, Gentile reçoit la commande d’un ensemble de ce genre destiné à la Scuola Grande di San Marco. Pour évoquer l’Orient dans la Prédication de Saint Marc à Alexandrie, il utilise ses carnets de dessins rapportés de son voyage à Constantinople.

 

 

Lemaître, Pierre «Trois jours et une vie» (2016)

Résumé : « À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir. Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… »

Mon avis : Premier livre que je lis de cet auteur « culte » ou presque… J’entends déjà vos commentaires… Comment ? Mais t’as pas lu « LE Goncourt » ? Ben non … Le sujet ne me tente pas… désolée… mais cela viendra peut-être un jour… Par contre je n’ai pas été déçue par celui-ci.

Nous sommes en 1999. Antoine a 12 ans. Par accident suite à un accès de colère dû à la mort d’un chien qui était pour ainsi dire son seul ami il va tuer un enfant et ce tragique fait divers va hypothéquer toute sa vie future. Cela pourrait arriver à n’importe qui. Ce roman (pour moi ce n’est pas un polar) est fondé sur deux sentiments : la solitude et la peur. Le contexte social est aussi très important. C’est plus que le décor du roman ; petite bourgade confrontée au chômage, les usines ferment, jalousies et haines entre les habitants…Et juste après cet accident tragique, un invité surprise débarque sur le lieu de la tragédie : la tempête qui ravage tout sur son passage et fait changer toutes les priorités en faisant table rase du passé..

Ce roman se passe ans la tête d’un enfant de 12 ans qui va imaginer ce qui va lui arriver une fois que l’auteur du meurtre sera démasqué. Son angoisse est alimentée par la vision de la vie qui est la sienne, celle du monde qu’il voit tous les jours à la télévision, que ce soit aux nouvelles ou dans les séries télé. Le livre, tout comme en son temps l’affaire Grégory, fait ressortir les haines et les ressentis des habitants : les gens se soupçonnent, s’épient.

Donc je ne vais pas vous en dire plus. J’ai beaucoup aimé ce livre, qui est plus l’étude psychologique d’un petit criminel et de sa gestion de l’acte qu’il a commis. Les personnages font toute l’histoire. Le gamin qui veut protéger sa mère des conséquences de son acte irréfléchi ; la mère qui, inconsciemment a tout compris et qui le protège à sa façon, en occultant ses craintes. Tout est gris et tragique dans cette petite ville ; pas de place pour le sourire, pour l’intelligence, pour l’amitié… Les hommes sont mauvais et noirs, les filles totalement idiotes et vulgaires. La lueur est ailleurs…elle a disparu du village avec la disparition du petit bonhomme souriant que tout le monde aimait.. et qui semblait être la seule source de joie du bled… Elle est aussi dans Laura, une jeune fille lumineuse… mais parviendra-t-elle à occulter la noirceur de la projection imaginée dans le futur du jeune Antoine ?

Antoine, qui a tué son enfance, son avenir, sa foi en demain en tuant le petit Remi réussira-t-il à se libérer de sa culpabilité ? Ce gamin, partagé entre l’envie que la vérité éclate au grand jour et l’envie de tout dissimuler et de fuir parviendra-t-il à vivre ? Une vie conditionnée par l’angoisse, qui le forcera à prendre quelles décisions ?  Allez-vous condamner ou absoudre ce petit criminel ? A vous de voir et bonne lecture…

Extraits :

Il doit prendre une décision, mais quelque chose lui dit que c’est déjà fait : il va rentrer à la maison, ne rien dire, monter dans sa chambre comme s’il n’en était jamais sorti, qui pourra deviner que c’est lui ?

Il est anéanti par la dimension de la catastrophe. Sa vie, en quelques secondes, a changé de direction. Il est un assassin.
Ces deux images ne vont pas ensemble, on ne peut pas avoir douze ans et être un assassin…
Le chagrin qui le submerge est vertigineux.

Autour de lui la forêt craque comme un vieux bateau.

on avait le sentiment qu’il était le petit frère de tous les enfants comme il était déjà le fils de tous les adultes.

Elle fréquentait l’église quand elle avait besoin de secours. Dieu était un voisin un peu distant qu’on avait plaisir à croiser et à qui on ne rechignait pas de demander un petit service de temps à autre. Elle allait à la messe de Noël comme on visite une vieille tante. Il entrait aussi dans cet usage utilitaire de la religion une large part de conformisme.

Elle tenait à sa réputation comme elle tenait à sa maison et peut-être même comme elle tenait à sa vie car elle serait sans doute morte d’une faillite de sa respectabilité.

Il était saisi d’un trouble si intense et douloureux qu’il retrouva sa hâte.
Hâte de se faire prendre, d’être arrêté.
Hâte d’avouer. D’être enfin débarrassé. De pouvoir dormir, dormir.

Il y avait, dans cette irritation confuse, toute l’animosité que la menace sociale faisait peser depuis longtemps sur la collectivité et qui, à défaut de savoir s’exprimer ouvertement, se reportait sur cet événement.

C’était bien dans sa manière, quand on ne parlait pas de quelque chose, ce quelque chose n’existait plus.

Une fois de plus, il ressentit à quel point il avait hâte que cet orage qui le menaçait depuis deux jours éclate enfin.
Dehors, le vent, de plus en plus puissant, faisait claquer les volets dans leurs gonds.

Le vent ne cessa de forcir toute la nuit et devint si violent que même la pluie, intense et nourrie, qui était tombée jusqu’aux premières heures du matin, fut chassée et, épuisée, dut rendre les armes.

Il avait passé la nuit à imaginer la forme que prendrait la catastrophe maintenant inévitable. Il restait dans son lit, écoutant la tempête.

Il ressentait une corrélation confuse entre la situation de la maison tremblant sous la tempête et sa propre vie. Il pensait aussi beaucoup à sa mère.

Elle élevait, entre les faits qui la dérangeaient et son imagination, un mur haut et solide qui ne laissait filtrer qu’une angoisse diffuse qu’elle atténuait grâce à une quantité inouïe de gestes habituels et de rituels intangibles. La vie doit toujours reprendre le dessus, elle adorait cette expression. Cela signifiait que la vie devait continuer de couler, non pas telle qu’elle était mais telle qu’on la désirait. La réalité n’était qu’une question de volonté, il ne servait à rien de se laisser envahir par des tracas inutiles, le plus sûr pour les éloigner était de les ignorer, c’était une méthode imparable, toute son existence montrait qu’elle fonctionnait à merveille.

Elle s’exprimait à l’aide de généralités, d’idées qui, comme elles lui arrivaient toutes faites et prêtes à l’emploi, n’avaient quasiment pas besoin de passer par sa tête.

Après quelques minutes d’un dialogue silencieux qui faisait l’inventaire de leurs incompréhensions réciproques, il débarrassa et retourna dans sa chambre.

La conversation était terminée. Quoi se dire ? Il y avait entre eux autant de non-dits que de souvenirs.

Son imaginaire le replongeait dans la pire période de sa vie qui, à elle seule, avait condensé toute son enfance.

Maugenest, Thierry «Venise.net » (2003)

Résumé : Des mails qui traversent l’Atlantique entre Venise et New York. Un peintre du 16eme siècle qui peine à s’imposer parmi les artistes de la Sérénissime et que l’on surnomme « Tintoretto » « petit teinturier. » Un inspecteur vénitien qui ignore tout de la peinture de la Renaissance, mais, voudrait comprendre.

Mais où sommes-nous ? Dans la Venise des doges, où celle des « vaporetti » ? Les deux. Car pour résoudre le mystère qui entoure plusieurs assassinats, il faut parfois remonter très loin dans le temps…

Et le télescopage des siècles fait de ce roman un polar bien particulier.

Mon avis : Je suis toujours dans ma période »Venise »… Un roman policier qui a pour cadre Venise et pour personnage principal le Tintoret ; une plongée dans l’histoire de la Scuola di San Rocco, le travail des pionniers de l’histoire de l’art scientifique, une société secrète baptisée l’ordre des Missionnaires du lion. Deux époques : le XVIème et maintenant.. En plus du Tintoret et de ses contemporains, deux personnages qui vont faire équipe : un policier vénitien qui ne connaît pas grand-chose à l’art et un vieil américain, spécialiste de l’art mais qui ne connaît pas grand-chose aux enquêtes policières. Alors venez en découvrir davantage sur l’histoire de Venise et de ses artistes, en tentant de résoudre un crime bien actuel..

Extraits :

« Voilà l’effet du printemps, pense-t-il, les maisons elles-mêmes fleurissent de tous ces corps qui se terraient durant l’hiver. »

Resté seul, Jacopo reprend le chemin de son sestiere du Cannaregio. Il repense alors à son père, qui teignait des étoffes, et à qui il doit son surnom de Tintoretto, petit teinturier, dont l’ont affublé ses camarades dès son plus jeune âge ; ce père qu’il aidait dans son atelier depuis qu’il a sept ans. Il se rappelle les nuits entières passées à l’étude du dessin et des couleurs ;  il repense aussi à ses yeux, déjà usés par le travail dans la pénombre de son atelier, et à son corps qui souffre d’être le plus souvent confiné dans la froide humidité des églises qu’il décore. Il repense surtout à la vieille humiliation que lui a fait subir Titien, son ancien maître, qui, pressentant en lui un futur rival, l’a publiquement exclu de son atelier d’apprentissage alors qu’il était âgé de douze ans à peine.

Et les Vénitiens ont toujours réussi l’impossible. Car était-il possible, selon vous, d’ériger une cité sur des terres marécageuses et d’en faire la ville la plus prestigieuse qui soit au monde ? Était-il encore possible, selon vous, que cette ville, sortie des eaux comme par miracle, fonde à elle seule l’Empire latin d’Orient et règne pareillement sur l’Adriatique et la Méditerranée ? Tout cela était-il possible ? Non, n’est-ce pas, ça ne l’était pas. Et pourtant des Vénitiens l’ont fait, avec l’aide de Dieu. Alors, de grâce, ne me dites pas qu’il existe des défis impossibles à relever.

Comment expliquer que cet artiste peignait la mort plus que la vie, le mal plus que le bien et l’anxiété bien plus que l’espoir ?

le Tintoret est vénitien, et son art n’est que le reflet des inquiétudes que partagent alors tous les citoyens de la Cité des Doges.

je peins la vie ; si la vie dit la souffrance, alors je peins la souffrance.

Info (Venise Tourisme)

La Scuola Grande di San Rocco est située dans le quartier San Polo, à l’arrière de l’église des Frari.

Les Scuole étaient des corporations laïques. Les liens des membres pouvaient être professionnels ou non.

Cette confrérie était sous le patronage de Saint Roch, le saint invoqué lors des épidémies de peste. La Scuola a été fondée en 1478 après une épidémie de peste. La dépouille de saint Roch a été ramenée à Venise en 1485, ce qui valut une grande notoriété à la Scuola. Elle est l’une des Scuole de la ville à avoir le titre de Grande.

La Scuola Grande di San Rocco est aujourd’hui la plus connue et la plus visitée de Venise.

Le Tintoret a travaillé une grande partie de sa vie pour la réalisation des peintures de la Scuola, dont il était par ailleurs membre. Lorsque la confrérie demanda à plusieurs peintres de leur proposer des projets pour la décoration, le Tintoret présenta une toile achevée au lieu de simples esquisses ! C’est ainsi qu’il remporta le marché et de nombreux travaux lui furent confiés par la suite. La Scuola Grande di San Rocco peut être considérée comme un musée du Tintoret à elle seule !

 ( lien pour en savoir plus )

 

 

 

 

Quint, Michel «Apaise le temps» (2016)

Résumé : Une libraire, ça crée des dettes. D’argent parfois bien sûr, mais surtout de cœur. Lorsque Yvonne meurt, les souvenirs affluent pour Abdel, un jeune professeur de Roubaix. Il se revoit enfant entre les murailles de bouquins, prêt à avaler tout Balzac sans rien y comprendre. De là à accepter la succession, il y a un pas… que l’inconscient fait à l’aveuglette. Le voici bientôt en butte aux problématiques économiques du métier. Mais aussi aux dangereuses archives photographiques de son aînée. En fouillant les cartons, c’est tout un pan de la guerre d’Algérie qui renaît, entre partisans du FLN, harkis et OAS. En quoi ce passé concerne-t-il les habitués de la librairie ? Sans trop se garder de l’amour, Abdel mène l’enquête.

Généreux avec ses personnages comme avec le lecteur, Michel Quint nous offre un roman sur les racines d’une France multiculturelle, portée par la culture et l’entraide.

Mon avis : Un petit livre vite lu que je recommande vivement à tous les amoureux des livres et de la tolérance.. Si vous ne vous sentez pas concernés par l’amour des livres et des autres, passez votre chemin… mais je doute fort que vous lisiez mes petites chroniques si tel est le cas. Je ne connaissais pas cet auteur et je vais remédier à cet état de choses. Sa prose me parle, ses descriptions sonnent juste, le sujet me plait, les personnages sont touchants et criant de vérité… J’ai l’impression de me retrouver dans cette petite ville du Nord… grise et froide, et de végéter sous la chape de nostalgie.. J’aime ce rapport avec le passé, le mélange livres/photos. Et ce n’est pas que l’histoire d’une petite librairie : c’est tout le passé… et l’amour, l’amitié.. les non-dits et les secrets qui pèsent…

Extraits :

les livres sont des amis communs à tous les hommes, des lieux où faire la paix. Des lieux d’égalité possible si on sait lire. Alors tu peux revendiquer tes racines en bloc, négritude, exil, pauvreté, descendant de victimes de l’esclavage et du colonialisme, flamezoute de toute éternité, c’est pas d’affirmer ta différence qui te rendra égal, ni de prendre les armes, c’est de te donner les moyens d’être aussi fort que n’importe qui.

À son rythme de vie, d’appréhension du cours de l’univers, on devrait estimer son âge réel à la moitié. À franchement parler, il s’est même arrêté avant cette moitié du chemin.

le monde plus loin que tout près lui fait peur et il n’est pas toujours certain qu’Harry Potter, ou Blanche-Neige, n’existe pas. Il en parle comme de proches qu’il peut visiter à volonté, se demande ce que dirait Meursault, pas Camus, de la situation en Algérie.

Mais sa vraie patrie est ici, au creux de la librairie, blotti entre les bouquins comme une fleur séchée entre deux pages.

Eh, monsieur, à quoi elle sert votre vie si vous croyez pas ? À rien, tu en es la preuve vivante, à moins que je sois la preuve qu’on peut vivre sans croire, il ne le répond pas, sourit.

Un peu de rentre-dedans pervers parce qu’elle ne lit pas, c’est connu. Sinon des ouvrages achetés en ligne, pointus, de sociologie, urbanisme, ethnologie, psychologie… Pour éviter de rêver, dit-elle.

Va falloir trier tous les papiers personnels avant liquidation totale, ses négatifs photo, ses tirages… On ne peut pas tout jeter, ce serait comme lui cracher au visage.

Ainsi, suivant les étagères comme on s’abandonne au cours d’un fleuve, au fil d’un chemin,

Alors, on se retrousse les manches, monsieur le coupé en deux, monsieur cul entre deux chaises, arabo-européen !

suffisait de voir son regard de défi parfois, fallait pas la provoquer elle allait au désastre en mule, certaine de l’échec et ravie de le décider seule.

Abdel a eu des parents miraculeux, mais il était l’Arabe blond, ni baptisé, ni fils d’Allah, mécréant, et il a vécu son enfance comme une monstruosité, et pire encore parce qu’il a dépassé la honte par les succès scolaires.

La plupart du temps, 20 % des titres, les plus populaires, produisent 80 % du chiffre d’affaires. Les mémoires d’un présentateur de JT, un roman d’amour écrit par une actrice illettrée, les confessions de la maîtresse d’un homme politique, le pire des polars américains, et du cul sous cellophane…

des auteurs importants, qui prennent le monde dans le filet des mots

Drancy a été utilisé à nouveau quand les harkis sont arrivés d’Algérie, avant de les répartir dans les départements du Nord.

Pas de misérabilisme sinon on crève, le vieil homme a bien saisi cette seule condition.

« relier » c’est bien, ça parle des gens et des livres qu’on « relie », qu’on « relit »

En tout cas ton appartement ressemble à la librairie : rien que des bouquins… Tu l’as fait exprès ?
— Les livres, c’est comme les chats, on habite chez eux, pas l’inverse.

ils sont tous deux sans souffle, le martèlement du cœur dans les oreilles, est-ce que dans Sade ou Bram Stoker existe une scène de cannibalisme sexuel à quoi il puisse se raccrocher

Roubaix est une ville de l’Ouest américain après la ruée vers l’or. Elle a été pillée par un patronat textile patriarcal et conservateur, immobile. Certains sont devenus pauvres à la mesure de leur richesse, comme le Johann Suter de Cendrars, dans L’Or. Les autres sont partis depuis longtemps. Ceux qui sont restés, les petits, les immigrés, n’ont pas trouvé de filon. Et ils vivent avec des fantômes, comme Saïd. Ils habitent des maisons faites pour des mariages grandioses qui n’auront plus lieu.

les guerres ne finissent jamais, leur souvenir est encore un combat, et ils m’ont admiré de vouloir devenir l’être le plus méprisable dans notre société, un prof de lettres.

un atelier d’insertion par la couture où on parle au moins quinze langues, plus celle de la machine à coudre, universelle, et de l’élégance par la débrouille.

Sand, George « Les Maîtres Mosaïstes » (1838)

Ce roman fut d’abord publié dans La Revue des Deux Mondes en 1837 –

Considéré par André Maurois comme un des meilleurs romans de George Sand, Les Maîtres Mosaïstes, roman vénitien, tout de charme et de vivacité, est aussi un texte d’histoire de l’art qui met en scène la querelle et le procès opposant deux ateliers de mosaïstes à Venise, en 1563. Le récit et les théories esthétiques sont intimement liés, l’argument principal portant sur la liberté de création, et d’interprétation du mosaïste par rapport au peintre qui donne le carton de la composition. En filigrane, apparaissent également les préoccupations esthétiques de l’entourage de George Sand.

Présenté et annoté par un grand spécialiste de la mosaïque, Henri Lavagne, Les Maîtres Mosaïstes sort enfin de l’oubli et nous apporte les lumières sur une riche période de l’histoire de l’art à Venise.

Mon avis :

Alors ce livre-là… il était fait pour moi ! Amoureuse de Venise et de la mosaïque… je ne pouvais que savourer ce petit roman de George Sand… Les Zuccati et les Bianchini … deux familles qui travaillent dans la basilique San Marc et dont le concept de mosaïste est diamétralement opposé.. L’art contre l’argent… Les Bianchini, deux frères : l’un extrêmement doué et sérieux, l’autre doué également mais adepte de la vie de plaisirs… leur père ne veut pas reconnaitre le talent, considérant la mosaïque comme un art mineur et regrettant que ses fils se consacrent à la mosaïque et non à la peinture.. Les Bianchini, nettement moins doués et peu recommandables constituent la seconde équipe œuvrant à la restauration de San Marc.… Mais il ne suffit pas d’être artiste, ami des peintres et reconnu par eux (le Titien et le Tintoret entre autres)pour vivre son art… Surtout qu’entre le savoir-faire et la jalousie, la grandeur d’âme et la mesquinerie, il y a un homme, un apprenti, le Bozza, amer et éternellement insatisfait qui se fait manipuler. Plus on est attentionné envers lui, plus il le prend mal… persuadé qu’on se joue de lui, qu’on le manipule… Les Zuccati finiront en prison, malades ; ils entameront une longue et pénible traversée du désert… Sortiront-ils vivants de cette aventure ? Connaitront-ils enfin la gloire ? Lisez, pénétrez dans le monde des mosaïstes de Venise du XVIème siècle.

Extraits :

Nous vivons dans un siècle de décadence, c’est moi qui vous le dis ; les races dégénèrent, l’esprit de conduite se perd dans les familles. De mon temps, chacun cherchait à égaler, sinon à surpasser ses parents. Aujourd’hui, pourvu qu’on fasse fortune, on ne regarde pas aux moyens, on ne craint pas de déroger. De noble, on se fait trafiquant ; de maître, manœuvre ; d’architecte, maçon ; de maçon, goujat. Où s’arrêtera-t-on, bonne sainte mère de Dieu ?

Ainsi parlait messire Sébastien Zuccato, peintre oublié aujourd’hui, mais assez estimé dans son temps comme chef d’école, à l’illustre maître Jacques Robusti, que nous connaissons davantage sous le nom du Tintoret.

La mosaïque n’est point, comme vous le dites, un vil métier ; c’est un art véritable, apporté de Grèce par des maîtres habiles, et dont nous ne devrions parler qu’avec un profond respect ; car lui seul nous a conservé, encore plus que la peinture sur métaux, les traditions perdues du dessin au Bas-Empire.

« Honneur au graveur, dépositaire et propagateur de la ligne pure ! Honneur au mosaïste, gardien et conservateur de la couleur ! »

La haine, concentrée depuis longtemps au fond de leurs âmes, commence à briller dans leurs yeux.

Il ne voit dans la mosaïque qu’une application de parcelles coloriées plus ou moins brillantes. La vérité des tons, la beauté du dessin, l’entente de la composition, ne sont rien pour lui.

– C’est une ambition noble, mais c’est une ambition, et toute ambition est une maladie de l’âme,

Peut-être, sans le besoin d’être admiré, n’y aurait-il ni grands artistes ni chefs-d’œuvre. L’admiration des indifférents est une amitié dont on n’a que faire. On la trouve indispensable pourtant.

Si j’échoue, rien ne me décourage, et l’espèce de colère que j’éprouve contre moi est encore un plaisir du genre de celui que procurent un cheval rétif, une mer houleuse, un vin brûlant.

Sa grande plaie était un amour-propre immense, éternellement froissé, éternellement souffrant.

le plus grand obstacle au développement de tes facultés, c’est l’inquiétude où tu te consumes. Rien de beau et de grand ne peut éclore sans le souffle fécond d’un cœur chaud et d’un esprit libre. Il faut toute la santé du corps et de l’âme pour produire une œuvre saine ; et ce qui sort d’un cerveau malade n’a pas les conditions de la vie

Mais tu t’arranges de manière à être toujours triste, à défaillir à toute heure sous le poids de la vie ; comment veux-tu donner à ton œuvre cette vie qui n’est pas en toi-même ? Si tu continues ainsi, tous les ressorts de ton génie seront usés avant que tu aies pu les faire servir. À force de contempler le but et de t’exagérer le prix de la victoire, tu oublieras de connaître les douces émotions et les joies pures de la production. L’art, pour se venger de n’avoir pas été aimé pour lui-même, ne se révélera que de loin à tes yeux éblouis et trompés ; et si tu arrives par des moyens bizarres à obtenir les vains applaudissements de la foule, tu ne sentiras pas en toi-même cette satisfaction généreuse de l’artiste consciencieux qui contemple en souriant l’ignorance des juges grossiers, et qui se console de sa misère, pourvu qu’il puisse s’enfermer dans un taudis ou dans un cachot avec sa muse, et goûter dans ses bras des ravissements inconnus au vulgaire.

On voit encore à Venise plusieurs scuole, que le gouvernement a fait conserver comme des monuments d’art, ou qui sont devenues la propriété de quelques particuliers. Celle de Saint-Marc est aujourd’hui le musée de peinture de la ville ; celle de Saint-Roch renferme plusieurs chefs-d’œuvre du Tintoret ou d’autres maîtres illustres. Les pavés de mosaïque, les plafonds chargés de dorures ou ornés de fresques du Véronèse ou de Pordenone

Pears, Iain « La chute de John Stone » (2009)

L’auteur :
Né en 1955, ancien élève du Wolfson College, à Oxford, où il a étudié la philosophie, Iain Pears est historien, journaliste et écrivain. Spécialiste de l’histoire de l’art, auteur d’un ouvrage académique sur la peinture anglaise au XVIIIe siècle, il a publié avec succès plusieurs ouvrages situés dans le monde de l’art, dont sept énigmes policières L’Affaire Raphaël – Le Comité Tiziano – L’Affaire Bernini – Le Jugement dernier – Le Mystère Giotto – L’Énigme San Giovanni -Le Secret de la Vierge à l’Enfant – et un roman, Le Portrait, tous parus chez Belfond. L’enthousiasme suscité par ses romans historiques Le Cercle de la Croix (Belfond, 1998 ; Pocket, 1999) et Le Songe de Scipion (Belfond, 2002 ; Pocket, 2004) l’a placé au tout premier plan de la scène littéraire internationale. Il vit à Oxford, en Angleterre.

Résumé :
De la City londonienne et du Paris mondain de la Belle Epoque aux palais vénitiens de la moitié du XIXe siècle, un roman magistral, porté par une construction éblouissante et une érudition -aux troublantes résonances contemporaines. A la fois drame financier, roman d’espionnage et tragédie amoureuse, le nouveau tour de force littéraire d’Iain Pears, dans la droite ligne du Cercle de la Croix. Londres, 27 mars 1909. Lord Ravenscliff, né John Stone, célèbre industriel et marchand d’armes, tombe depuis la fenêtre de son bureau. Accident ? Meurtre ? Suicide ? Convoqué par la veuve de Stone, Elisabeth, de vingt-cinq ans sa cadette, le journaliste Braddock se voit charger d’une étrange mission : retrouver l’enfant caché de Stone. Une enquête en terrain miné, entre hautes sphères de la finance internationale et clubs d’anarchistes, sur les traces d’un homme et de son épouse au mystérieux passé… Paris, 1890. C’est en tant que comtesse hongroise qu’Elisabeth tient un des salons les plus courus de la capitale. Confident de cette courtisane pleine d’ambition, l’espion britannique Cort assiste au rapprochement d’Elisabeth et de Stone. Les débuts d’une tumultueuse histoire d’amour au coeur d’un monde régi par le pouvoir de l’argent… Mais Elisabeth a-t-elle jamais su toute la vérité sur son mari ? Lui a-t-il tout dit de ses jeunes années à Venise, en pleine montée du spiritisme ? Quels secrets Stone a-t-il emportés avec lui dans sa chute ?

Mon avis:
Gros pavé qui raconte trois histoires.. Au début on ne comprend pas trop mais elle vont finir par se relier entre elles.  Il met longtemps à démarrer.. les 150 premières pages c’est longuet …….. on se demande ce qu’il veut faire… Puis cela démarre une étude sur le monde de la finance, une enquête journalistique, une partie en Angleterre (Londres en 1909) , une à Paris (en 1890), une à Venise (1867) .. La vie des personnages se croise.. Drame financier, roman d’espionnage et histoire d’amour. Une belle peinture de la société … Pas celui que j’ai préféré mais je dois dire que la construction du roman est époustouflante et que les pièces du puzzle s’encastrent magnifiquement.

Extraits:

Je sais que vous avez fait des études. Vous avez l’habitude des livres. Vous trouvez tout naturel de lire. Mais ces livres étaient pour moi comme une oasis en plein désert pour le voyageur épuisé. J’étais fascinée, au comble du bonheur. J’avais mis le pied dans un autre univers, plein de choses et de gens extraordinaires. Je suis tombée amoureuse de Rastignac et j’ai vu en lui les premières lueurs de ma propre ambition. Il n’avait rien et souhaitait conquérir Paris. Il m’a appris que la douceur et la gentillesse ne me mèneraient pas à grand-chose. Il gardait cependant une bonté que la société ne pouvait corrompre. Les livres m’ont enseigné l’amitié et la fidélité, la trahison et la méfiance. Ils m’ont appris à rêver et m’ont parlé de mondes, d’êtres et d’existences dont je n’avais jamais soupçonné l’existence.

Giebel, Karine « Juste une ombre » (2012)

Grande collectionneuse de prix littéraires et maître ès-thriller psychologique, Karine Giébel est née en 1971. Son premier roman, Terminus Elicius (collection « Rail Noir », 2004) reçoit le prix marseillais du Polar en 2005. Suivront Meurtres pour rédemption (« Rail Noir », 2006), finaliste du prix Polar de Cognac, Les Morsures de l’ombre (Fleuve Noir, 2007), prix Intramuros du festival Polar de Cognac 2008 et prix SNCF du polar 2009, Chiens de sang (Fleuve Noir, 2008), et Juste une ombre (Fleuve Noir, 2012), pour lequel Karine Giébel est couronnée par le prix Polar francophone 2012 et reçoit pour la deuxième fois le prix Marseillais du Polar. Son roman Purgatoire des innocents (Fleuve Noir 2013) confirme son talent et la consacre définitivement « reine du polar « . Après Satan était un ange (Fleuve Noir 2014), De force est son premier roman à paraître chez Belfond.

 (Maîtres du jeu : nouvelles. : contient 2 nouvelles : Post mortem suivi de J’aime votre peur – Pocket Thriller n° 15671, septembre 2013)

 

Résumé : (Prix Marseillais du Polar et Prix Polar de Cognac)

Tu te croyais forte. Invincible. Installée sur ton piédestal, tu imaginais pouvoir régenter le monde.
Tu manipules ? Tu deviendras une proie.
Tu domines ? Tu deviendras une esclave.

Tu mènes une vie normale, banale, plutôt enviable. Tu as su t’imposer dans ce monde, y trouver ta place.
Et puis un jour…
Un jour, tu te retournes et tu vois une ombre derrière toi.
À partir de ce jour-là, elle te poursuit. Sans relâche.
Juste une ombre.
Sans visage, sans nom, sans mobile déclaré.
On te suit dans la rue, on ouvre ton courrier, on ferme tes fenêtres.
On t’observe jusque dans les moments les plus intimes.
Les flics te conseillent d’aller consulter un psychiatre. Tes amis s’écartent de toi.
Personne ne te comprend, personne ne peut t’aider. Tu es seule.
Et l’ombre est toujours là. Dans ta vie, dans ton dos.
Ou seulement dans ta tête ?
Le temps que tu comprennes, il sera peut-être trop tard…

Mon avis :
Une fois encore je commence un livre de cette romancière et je ne le lâche pas.. Plongée profonde dans l’angoisse, dans la solitude.. Entre Cloé qui se sent harcelée et que personne ne croit… Est-ce la vérité ? Est-elle parano ? Et Alex… le flic qui vient de perdre sa femme… Abimes de solitudes… manipulation ? Les vies partent à la dérive…A qui la faute? Aux protagonistes ? A d’autres ?
Quand on perd pied… la descente est amorcée… Les personnages pourront-il se pardonner leurs erreurs du passé, surmonter leurs zones d’ombre, se reconstruire ? Je vous laisse le découvrir…
Et ce que j’apprécie avec les thrillers psychologiques de Karine Giebel c’est la différence entre chaque roman… On change chaque fois de contexte… Et quand vous sortez le soir, dans les rues désertes… regardez derrière vous….

Extraits :

Je commence sérieusement à avoir froid. Et sans trop savoir pourquoi, à avoir peur. Sentiment vague, diffus ; qui m’étrangle en douceur. Deux mains glacées se sont lovées autour de mon cou sans que j’y prenne garde.

Dans la vie, il paraît qu’il faut savoir ce qu’on veut. Peut-être faudrait-il surtout savoir ce qu’on peut…

Impénétrable, indestructible ? Rien ni personne ne l’est.
Failles invisibles à l’œil nu. Mais avec le bon objectif, le bon angle de vue, on peut tout déceler. Et lui, il a vu. Immédiatement.

Constamment se méfier, de tout et de tout le monde. C’est ainsi qu’on évite beaucoup d’échecs. Qu’on évite de se briser sur les écueils.

L’aube ne tardera plus, mais ne lui fera pas l’aumône du moindre réconfort.
Ce moment si particulier entre la nuit et le jour. Entre deux mondes si différents.
L’heure où les ombres se détachent de l’obscurité.

Si seulement un pneu pouvait éclater et m’envoyer dans le décor. Me tuer, sur le coup de préférence. J’ai envie de mort, pas d’agonie. La vie, c’est déjà une lente agonie et rien d’autre. Une marche forcée vers l’issue fatale.
On vient au monde sans l’avoir demandé, on va à la mort sans l’avoir choisi. Pas la peine d’en rajouter.

Autant essayer de maîtriser un troupeau de buffles poursuivis par une meute de hyènes.

Vous avez parfaitement raison : les autres ne sont pour elle qu’autant d’ennemis potentiels ou, dans le meilleur des cas, des esclaves à utiliser. Leur marcher sur la tête pour s’élever plus haut. Toujours plus haut…

Si l’ennemi est en elle, elle pourrait s’envoler pour la lune, ça n’y changerait rien.

Ne jamais tendre la main, au risque de se la faire broyer. Ne jamais accepter celles qui se tendent, de peur d’être redevable.

C’est important pour moi. De savoir que tu auras quelqu’un à qui te raccrocher. Que tu ne me suivras pas. Que tu resteras à la surface tandis que je m’enfoncerai dans le néant.

Il est figé au pied du lit.
Debout. Sans réaction. Aussi inerte qu’elle.
Sauf que lui respire encore.
Et c’est peut-être ça qui fait le plus mal.
Toutes ces années qui restent.
À respirer sans elle.

— J’imagine.
— Tu peux pas.
— Justement. J’ai dit que j’imagine, pas que je sais…

La maladie est une salope. Qui emporte l’être aimé.
Mais pas l’amour.
Elle est habillée simplement, mais l’élégance n’a pas grand-chose à voir avec les vêtements. C’est une façon d’être.

Préférant la fuite, la dénégation. S’acharnant à donner à tous l’image d’une femme forte qui a réussi. Pour cacher l’insoutenable.
À force de jouer ce rôle, elle a fini par se leurrer elle-même. À force de porter ce masque, il est devenu son vrai visage.

Constamment en mouvement, comme si ça l’empêchait de penser. Cloé connaît le problème. Courir, toujours. Pour éviter de s’arrêter et d’être englouti par les sables mouvants.

La mort n’est pas une fille facile. Elle se refuse à ceux qui la veulent, se donne à ceux qui la repoussent.

Il a erré des heures durant dans ces couloirs, tatouant à jamais sa détresse sur les murs gris. Il fait maintenant partie du décor. On passe devant lui sans le voir.

Mais le pire, peut-être, c’est la douleur. Qui se patine jour après jour.
Parce que je m’habitue à ton absence. Parce que j’ai peur d’oublier qui tu étais. Et qui je suis vraiment.
Sans toi, je ne suis rien, vraiment.

Dans la vie, il y a des besoins vitaux. Essentiels, primaires. Qui nous rappellent que nous ne sommes rien d’autre que des animaux.
Parmi eux, un endroit où se sentir en sécurité. Un abri, un refuge. Un terrier, un gîte.
Quand cet endroit n’existe plus, on devient un animal traqué, la peur chevillée au corps.
Quand on ne se sent plus en sécurité nulle part, on devient un simple gibier. Une proie, qui fuit et se retourne sans cesse, ne trouvant plus le repos.

Mais t’as pas voulu qu’on t’aide. T’as fait le vide autour de toi.
— Non. J’ai été aspiré par le vide. C’est pas pareil.

Mais je suis encore là, j’ai tenu parole, tu vois. Pour l’instant, en tout cas. Pourtant, je ne t’avais rien promis, tu te souviens ?… Comment pourrais-tu te souvenir, désormais ? Il n’y a que moi qui me rappelle… Et ça fait mal à en crever.

Rien, non plus, ne pourra réchauffer son cœur, déjà à l’agonie.

Son regard, comme un livre ouvert au chapitre tragédie.