Ledig, Agnès «On regrettera plus tard» (2016)

Ledig, Agnès «On regrettera plus tard» (2016)

Auteur : romancière française née en 1973. Mère de trois enfants, elle a commencé l’écriture après le décès de l’un de ses trois fils, atteint d’une leucémie. Pour répondre aux questions que posaient tous ceux qui se préoccupaient de Nathanaël, elle tenait un bulletin hebdomadaire. Un professeur de médecine qui suivait l’enfant lui a révélé son don de transmission et l’a encouragée à écrire. « Marie d’en haut« , a remporté le « coup de cœur des lectrices » de « Femme actuelle ». « Juste avant le bonheur » (Albin Michel, 2013) a remporté le prix Maison de la Presse. « Pars avec lui » paraît en 2014, « On regrettera plus tard« , paraît en 2016, et « De tes nouvelles » (la suite) en 2017 aux éditions Albin Michel.  «Dans le murmure des feuilles qui dansent» (2018) toujours aux éditions Albin Michel.

Résumé : Cela fait bientôt sept ans qu’Eric et sa petite Anna Nina sillonnent les routes de France. Solitude choisie. Jusqu’à ce soir de juin, où le vent et la pluie les obligent à frapper à la porte de Valentine. Un orage peut-il à lui seul détourner d’un destin que l’on croyait tout tracé ?

Avec la vitalité, l’émotion et la générosité qui ont fait l’immense succès de Juste avant le bonheur et Pars avec lui, Agnès Ledig explore les chemins imprévisibles de l’existence et du cœur. Pour nous dire que le désir et la vie sont plus forts que la peur et les blessures du passé.

Mon avis : Ah toujours un moment de bonheur de lire un livre d’Agnès Ledig. Des images qui parlent, des personnages attachants… Dans la lignée des premiers Gavalda, de Katherine Pancol, de Barbara Constantine. De la chaleur humaine, des questions que tout le monde se pose ou devrait se poser, des livres positifs ou le cœur est à la base de tout. Pas de niaiserie, pas de pathos, juste une bulle de tendresse, de gentillesse, de vie … Oui un ami, un vrai.. une personne qui est là et qui vous aime pour vous.. et les peurs … et l’importance des racines… la peur de l’avenir, la peur de souffrir, la faculté d’ouvrir les bras (le cœur) ou pas. Des livres qui parlent au cœur. J’ai lu ses quatre livres et j’attends déjà le cinquième.. Et de si jolies phrases, des mots de tous les jours, des mots d’enfant, des mots d’amour et d’amitié.. L’auteur offre des pépites de vie.. sous le soleil et sous la pluie… et j’aime ça.. Des livres « baume-au-cœur », des histoires dans lesquelles on a envie de se blottir pour échapper à la noirceur de la haine, à l’aigreur, à la violence.. D’ailleurs quand l’héroïne vit dans une maison à la campagne, avec des livres, des chats, un chien et aime les activités de création.. je ne peux qu’adhérer..

Extraits :

Le courage ne vacille que dans les moments où la faiblesse est permise.

Il est mon meilleur ami. Mon miroir et mon soleil à la fois.

Il sourit gentiment en pensant encore une fois, je le sais, que je ferais mieux de me poser un peu dans ma vie et d’arrêter de prévoir cinquante choses quand je ne pourrai en faire que trente dans une journée. Mais à trente, je m’ennuie.

Cent trente kilos de guimauve concentrée, qui à l’approche de la moindre chaleur humaine se caramélise en surface et se liquéfie au cœur. Un amas de tendresse et de bienveillance, en somme.

J’aime lire aussi, et je n’ai pas encore pris le temps de voir les titres de ses bouquins. On connaît parfois mieux les gens en observant leur bibliothèque.

Laissez s’installer un peu d’amour au fond de vous, et tout pétille à nouveau. Vous redevenez une coupe de champagne, vous êtes le champagne, la légèreté des bulles et l’ivresse qui va avec.

Nous ne vivons pas au même rythme. Tu sais bien qu’il faut que ça bouge dans ma vie pour que je sois heureuse. Et lui traverse la journée plus lentement que le temps qui passe.
– Tu es heureuse d’être hyperactive ou tu bouges tout le temps pour oublier que tu n’es pas heureuse ?

Ces deux-là ne font presque qu’un tant ils se sont construit un monde où l’absence de l’autre n’est même pas envisageable.

ce n’est pas parce que je me pose une question qu’il faut absolument que j’aie la réponse. Je lui répondrais qu’il ne sert à rien de se poser des questions si on ne se donne pas les moyens d’y trouver les réponses.

Il essaye de mettre une bonne dose de certitude dans sa voix pour affirmer cela, mais je vois dans ses yeux qu’il n’est pas si convaincu. Il m’implore du regard d’y souscrire alors qu’il ne semble pas y croire une seconde.
Peut-on à ce point se mentir à soi-même ?

Je suis dans la peau du cambrioleur de plaisir qui vole l’instant.

ces gestes simples mais bienveillants étaient d’une tendresse exceptionnelle. Elle les recevait comme le désert reçoit la pluie.

On ne peut pas tout avoir. Je ne sais pas ce qui est le mieux, mais la solitude est probablement plus douloureuse au quotidien que la frustration. Peut-être moins violente mais plus insidieuse.

Au fil du temps, nous avons acquis l’un pour l’autre une telle confiance, une affection si sincère, que plus rien ne peut nous arriver. Nous savons que nous resterons liés jusqu’à la mort. Et encore… C’est du cordage tellement solide entre lui et moi qu’il est capable de résister à l’épreuve de l’au-delà.

– Je suis un livre ouvert, hein ?
– Et quelques pages sont écornées, je crois.
– J’écorne celles que je vais devoir arracher, il sera plus facile de les retrouver le moment venu. Ça ira plus vite. Ça fait beaucoup plus mal mais moins longtemps.

– J’essaie, je l’aime, je ne veux pas la faire souffrir, mais j’ai l’impression d’un vide à l’intérieur de moi, qui aspire tout vers le noir.
– Le noir tout noir est rare. On finit bien par distinguer à nouveau quelques lueurs, quand les yeux s’habituent.

Je crois que c’est au fond de moi qu’il fait chaud.

Courir pour oublier. Ou pour secouer tout ce que j’ai à l’intérieur, en espérant que ça se rangera tout seul bien proprement en retombant.

– Une réponse sans chaleur, c’est comme un regard qui se pose ailleurs.

Tu es capable de t’émerveiller devant tes essuie-glaces qui battent la mesure de la musique de ton autoradio.

Elle court après le temps tout le temps, c’en est fatigant. On a l’impression que ce temps passe entre ses doigts et qu’elle serre tant qu’elle peut ses phalanges, à les rendre blanches, pour le retenir.

Qui m’aime quand je suis malade ou fatigué, irritable ou excédé. Parce qu’elle aime ce que je suis en acceptant mes faiblesses et pas ce que je voudrais être, c’est-à-dire parfait.

– Tu sais, parfois, c’est difficile de tourner la page quand le chapitre d’avant était joli et qu’on trouve injuste de devoir en lire un nouveau.
– Mais dans les nouveaux chapitres, il y a plein de choses intéressantes aussi.
– Oui, mais tant qu’on ne sait pas, on s’attarde sur ce qu’on a déjà lu et qu’on connaît.
– Je pourrais faire quoi pour lui donner envie de lire le prochain chapitre ?

J’étais bien tranquille dans ma petite vie, avant.
Oui, j’étais tranquille, avec une conscience droite comme un bambou. Et c’est un saule tortueux qui en a pris la place.

C’est quand même dingue ces gens qui pensent qu’on ne les aime pas à cause d’eux. Mais c’est celui qui ressent de l’amour, ou qui n’en ressent pas, qui est responsable de ce sentiment, pas l’objet dudit sentiment.

Personne n’absorbe la tristesse qui s’installe au fond de soi. C’est une rivière souterraine, qui jaillit pour s’écouler ou qui stagne en un étang fangeux. Aucun être extérieur ne peut vider cette eau-là du fond de nous-mêmes.
On espère seulement qu’avec le temps et un peu de soleil, elle s’évaporera doucement.
Le plus difficile, c’est de croire encore au soleil.

J’admire cette capacité qu’ont les enfants à rebondir à partir de leurs échecs. Comme si, à l’image d’un trampoline, ils sautaient sur leurs ratages permanents. Après tout, c’est en se trompant qu’on apprend à faire juste.

Des gens allaient et venaient dans sa vie, mais il se sentait profondément seul.

Je crois que je fais une overdose de foule, trop de monde, partout, tout le temps, trop pressé, trop stressé.

N’est pas livre ouvert qui veut ! D’ailleurs ton sale caractère fait du vent dans les pages, on n’a pas le temps de te lire…

Les mots réunis par un trait d’union racontent autre chose que pris séparément.

Mais c’est aussi ça les grandes amitiés. Pour le meilleur et pour le pire. Comme un vieux couple.

L’Homme pense avoir des certitudes, mais ce ne sont rien d’autre que des doutes qu’il n’entend pas.
Les miens me hurlent dans les oreilles depuis trois semaines, et je fais semblant d’ignorer le bruit assourdissant …

La vie, elle est dans le plaisir de cette énorme tranche de pain tartinée, aux mélanges improbables, mais qui ravit ses papilles chaque matin depuis des années. Certains étalent sur leur baguette du matin un mélange de rancœur et de regrets, de tristesse ou de colère. Pauvre d’eux.

Je n’écoute pas ce que je n’ai pas envie d’entendre.
Sauf que depuis quelques semaines, je ne sais plus ce que je veux entendre. Alors je me mets à écouter.
Cacophonie.

– Il ne faut pas attendre. Il faut profiter des choses qu’on a. Pas de celles qu’on espère.

4 Replies to “Ledig, Agnès «On regrettera plus tard» (2016)”

      1. Ok. Parce que verser des larmes de crocodile chez soi, ça peut aller, mais dans le train ou dans une salle d’attente, ça peut être gênant 🙂

  1. Je l’ai lu tout au début de mes vacances afin de me laver la tête du stress d’une longue année de travail et sortir aussi du noir des polars et j’ai ADORE. Je suis tout à fait d’accord avec ton avis sur cette auteure et ses romans.
    L’écriture est fluide, les descriptions des lieux où l’histoire se déroule est évocatrice d’images précises dans notre esprit et les personnages sont tous différents mais très attachants…
    J’aime beaucoup ton expression des livres « baume-au-cœur », moi je les appelle mes livres « récréation » mais ton expression est plus proche du ressenti à leur lecture.

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