Sabolo, Monica «Crans-Montana» (2015)

Sabolo, Monica «Crans-Montana» (2015)

Auteur : Née à Milan, Monica Sabolo a grandi à Genève en Suisse où elle fait ses études. Après un investissement dans l’action pour la défense pour les animaux, au sein du WWF en Guyane puis au Canada, elle a l’opportunité de travailler à Paris en 1995 comme journaliste pour un nouveau magazine français Terre et Océans. Monica Sabolo passe dans les rédactions des magazines Voici et Elle. Au lancement de Grazia (Mondadori France), Monica Sabolo est recrutée comme rédactrice en chef « Culture et People ». Après « Le roman de Lili« , elle signe avec « Jungle » son second roman. Début 2013, elle prend un congé sabbatique de quelques mois pour écrire un troisième roman, « Tout cela n’a rien à voir avec moi« , pour lequel elle reçoit le prix de Flore. En janvier 2014, Monica Sabolo quitte Grazia et le journalisme pour se lancer dans une nouvelle activité : l’écriture de scénario. En 2015 elle publie « Crans-Montana « , puis en 2017 « Summer« , « Eden » en 2019.

Résumé : Dans les années 60, à Crans-Montana, une station de ski suisse, des garçons observent, de loin, trois jeunes filles qui les fascinent : les trois C. Chris, Charlie et Claudia. Elles forment une entité parfaite, une sorte de constellation. Claudia, cheveux blonds, hanches menues, sourire enjôleur. Chris, boucles brunes, peau mate, ongles longs comme des griffes. Charlie, cheveux noirs, petits seins, longues jambes. Pour ces garçons elles sont un rêve impossible. Pendant les vacances d’été ou d’hiver, sur les pistes, à la piscine ou dans les night-clubs ils les regardent, sans jamais les aborder. Les années passent. Leur souvenir les poursuivra, comme un amour fantôme.

Les voix des garçons, puis des filles déroulent les destinées d’une jeunesse, dorée en apparence, mais qui porte les secrets, les fautes et l’indifférence des générations précédentes. Durant près de trente ans, tous tenteront de toucher du doigt quelque chose de plus grand, l’amour, la vérité, ou simplement le sentiment d’exister. Mais des espoirs romantiques de l’adolescence à l’opulence glacée des années fric, la vie glisse entre leurs doigts.

Mon avis :

Un roman sur trois jeunes filles qui brillent de mille feux.. . Sur la jeunesse dorée qui brûlait la vie par les deux bouts dans une station suisse … 3 jeunes filles, les 3 C. Toute une époque.. Le fric, le luxe, les paillettes ; mais que dire de l’envers du décor… Un magnifique roman sur la jeunesse, la crainte de grandir, le mal-être,  la solitude, la perte de repères, la peur de vivre, les vraies et les fausses valeurs. Et aussi sur les vrais riches et les parvenus, l’être et le paraître. Je n’irais pas jusqu’à dire sur l’amitié, mais plutôt sur les liens qui se forment lors de l’adolescence et qui subsistent envers et contre tout.. sur la survivance, sur la fidélité à une vie révolue, sur l’attachement à ses premières amours et amitiés.

Oh que de souvenirs remontent.. Crans-Montana ; enfin pour moi c’était « Montana-Crans », le lac de la Moubra, et plus tard les copains, les italiens (les Milanais – même le Giovanni y est –   avec leurs belles voitures), les boites… Montana, puis Crans, furent parmi  mes points de chute d’enfance et de jeunesse. Mais la comparaison s’arrête là… Même si j’ai fréquenté les lieux dont il est question.

J’ai beaucoup aimé la façon dont le livre est écrit ; témoin d’un monde, d’un lieu, d’une époque…

Extraits:

Nous vivions dans un monde parallèle, moelleux et doux comme une neige de printemps. C’était un temps sans souvenir, un temps dont seuls nous resteraient les parfums de nos mères, nous embrassant le soir, apprêtées, maquillées, nous laissant vaguement inquiets, conscients de notre parfaite inutilité.

Mais avec les Italiens, le sol devenait friable. Dans leur monde, nous n’existions pas. Ils ne faisaient aucun effort pour parler français. Ils ne faisaient aucun effort tout court. La vie glissait sur leur peau comme un ruisseau frais.

il y avait un instant suspendu, comme une virgule dans nos souffles figés. Soudain, sous ce ciel immense qui évoquait la soif, ou un précipice, nous pouvions croire que nos vies allaient enfin commencer.

Les rumeurs ne pénétraient pas son monde intérieur, elles glissaient sur lui comme la pluie de fin d’été, lorsque les voitures de luxe repartaient, très lentement, sur la route en lacet –

Les arbres scintillaient de cristaux de glace, qui gouttaient sur nos fronts, et la route semblait recouverte d’une mousse de lait. La forêt jetait son ombre sur nos pas.

Et puis, bien entendu, les choses se déréglèrent, parce que l’équilibre et la joie n’étaient pas notre sort, parce que la nature est un monde aveugle où tout se délite

Elle imaginait cette vie silencieuse, et l’ombre de la faute qui flottait contre les murs, rampait sur la moquette, s’infiltrait sous les portes pour se répandre dans la ville.

Il était impératif d’enfiler une paire de gants avant de sortir, comme s’il fallait préserver sa peau, mettre une pellicule entre soi et le monde.

Qui ne voulait pas gagner de l’argent, à cette époque-là ? Qui pouvait prétendre à la transparence ? À Crans-Montana, tout le monde avait quelque chose à cacher – des fantômes, des comptes bancaires, un passé – et tout cela reposait dans le silence, sous la neige qui s’étendait à l’infini…

Entre elles, il y avait des secrets, comme des bulles renfermant un liquide amer, des regrets, et malgré l’énergie qui circulait alors, quelque chose se rétrécissait.

il lui sembla que leur jeunesse s’était dissoute, à la façon des comprimés effervescents qu’elle regardait fondre dans l’eau, ces milliers de bulles qui jaillissaient, vibrantes, vers la surface, un feu d’artifice pétillant et puis, plus rien.

Le temps s’est dilaté comme une barque dérivant sur un lac. Tous ces souvenirs qui remontent, comme s’ils étaient au fond d’une grotte, ou très loin au centre de la terre, toute cette vie qu’elle avait presque oubliée.

Elles n’avaient pas beaucoup parlé, ensuite, déterminées, elles avaient mis une cassette de chansons italiennes, Gigliola Cinquetti, Patty Pravo*, comme au bon vieux temps. Elles libéraient leur cœur d’une carapace de givre. Elles avaient toujours su, dans le fond, que cela finirait ainsi, c’était comme une déflagration étouffée ou un coup de feu tiré dans un nuage de plumes.

Patty Pravo .. je me demande si la chanson à laquelle pense la romancière ne serait pas « la bambola »..

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