Ferrante, Elena «L’amie prodigieuse» tome 1- «Enfance, adolescence» (2014)

Ferrante, Elena «L’amie prodigieuse» tome 1- «Enfance, adolescence» (2014)

Ferrante, Elena « L’amie prodigieuse » tome 1- « Enfance, adolescence » (2014)

Autrice : (née, selon ses propres dires, en 1943 à Naples) est une écrivaine italienne. L’auteur derrière le pseudonyme tient absolument à rester dans l’ombre et refuse par conséquent la publicité et les apparitions télévisées, acceptant seulement en de rares occasions les interviews écrites. Lors de celles-ci, elle a reconnu être une femme, mère de famille, et que son œuvre était d’inspiration autobiographique. En particulier, dans La frantumaglia, l’auteur révèle à ses lecteurs des aspects de la personnalité d’Elena Ferrante en lui donnant notamment une origine (mère couturière s’exprimant en napolitain) une date (1943) et un lieu de naissance (Naples).

La série : « L’amie prodigieuse » est suivi du « Nouveau nom » puis de » Celle qui fuit et celle qui reste », et se conclut avec « L’enfant perdue ». Les deux premiers tomes de la saga culte d’Elena Ferrante viennent d’être adaptés en série télévisée par Saverio Costanzo.

En plus de la série « L’amie prodigieuse » elle a écrit aussi d’autres romans  : « L’Amour harcelant » (1995), « Les Jours de mon abandon » (2004) , « Poupée volée » (2009)

Page sur la Série : Ferrante, Elena « L’amie prodigieuse » – Série  (tétralogie)

Gallimard – 30.10.2014 – 400 pages / Folio 1.1.2016 – 430 pages – Elsa Damien (Traduction)

Tome 1 : « Enfance, adolescence »

Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années 1950. Bien qu’elles soient toutes deux douées pour les études, Lila abandonne l’école pour travailler dans la cordonnerie familiale. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée. Leurs chemins se croisent et s’éloignent, avec pour toile de fond une Naples sombre, en ébullition.
« Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout : et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile. » Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Bien qu’elles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise.
Lila abandonne l’école pour travailler dans l’échoppe de cordonnier de son père. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée. Les chemins des deux amies se croisent et s’éloignent, avec pour toile de fond une Naples sombre, en ébullition. Formidable voyage dans l’Italie du boom économique, L’amie prodigieuse est le portrait de deux héroïnes inoubliables qu’Elena Ferrante traque avec passion et tendresse.

Mon avis : J’y allais un peu à reculons car souvent je suis déçue par des livres qui ont été pareillement encensés et je dois dire que j’ai passé un moment merveilleux en compagnie de Lenù et Lila dans le Naples des années 50 et que je vais continuer à découvrir Naples avec elles.
Quand elle apprend que Lila s’est volatilisée,  car elle a disparu, et avec elle tout ce qui lui appartenait, Lenù prend la plume et avec elle nous remontons le cours de la vie des deux amies ; elle faire revivre tout un quartier de Naples depuis l’enfance et pendant leur adolescence. Lina, la méchante,- la maléfique même – la battante et Lenù, la suiveuse, obsédée par celle qui deviendra son amie, l’éternelle seconde, l’amie fidèle qui la suit et fait tout pour rester à la hauteur, elle qui a compris que quoi qu’elle fasse, elle sera toujours un cran en dessous ; elle aura beau faire des études (ce que Lina ne pourra pas se permettre) il n’en demeurera pas moins que Lina sera toujours plus intelligente et plus instruite. Lenù était une jolie fille mais Lila était belle… Elle acceptera ce rôle de deuxième, et se battra pour ne jamais être troisième. Ensemble elles vont vivre des aventures et poursuivre des rêves : aller voir la mer, étudier … et parallèlement Lenù vivra toujours cette relation avec Lila comme une compétition : être la première à avoir un petit ami, à être demandée en mariage, à se marier…
Solara, Carracci … les deux familles riches du quartier, surtout les Solara qui ont la puissance en plus de la richesse; Lila croit que Stefano Carraci veut apaiser les tensions qui déchirent le quartier, faire table rase du passé et que les actes des parents soient oubliés pour repartir du bon pied et démontrer que la nouvelle génération est prête à tendre la main et faire la paix. Elle pense aussi que du côté des Solara, les jeunes sont encore pires que les anciens…  Les jeunes des deux familles, Stefano Carracci et Marcello Solara veulent tous les deux épouser Lila ; la famille de Lila qui craint les représailles des puissants va faire pression sur Lila pour qu’elle accepte de se marier avec Marcello Solara. Mais il n’est pas dans la mentalité de Lila la rebelle de se laisser dicter sa vie…
Dès leur deuxième année de primaire, un but se dessina dans leur vie : être riche. Lila se lancera dans la conquête du quartier avec son frère, en imaginant des chaussures pour les riches et s’impliquera corps et âme dans l’aventure. Lila qui sait très bien que le pouvoir c’est l’argent qui le donne aura pour but d’être riche.
Un été, elles vont se trouver séparées. L’une passera l’été à Ischia, l’autre restera à Naples… et … mais je ne vais pas vous en dire davantage…
Le fil rouge de ce premier tome est la connaissance :  la maitresse d’école fera tout pour que les deux fillettes continuent leurs études et aillent loin dans la vie. Elle parviendra à convaincre les parents de Lenù mais Lila n’aura pas accès à l’éducation dans les écoles. Ce qui ne l’empêchera pas d’étudier et même d’aider son amie. C’est aussi la seule qui tiendra tête à Lila en lui disant que la beauté est dans l’être et non dans le paraître…
Sensible, bien écrit, des personnages attachants et représentatifs … un coup de cœur.

Extraits :

Depuis plus de soixante ans, pour moi elle est Lila. Si je l’appelais Lina ou Raffaella, comme ça, d’un coup, elle penserait que notre amitié est finie.

C’était un être fait de je ne sais quelle matière – fer, verre ou ortie – mais vivant, vivant avec un souffle brûlant qui lui sortait par le nez et la bouche.  (Don Achille)

elle deux marches devant et moi deux marches derrière, tiraillée entre le désir de raccourcir la distance entre nous et celui de l’augmenter.

Elle considérait que ce qu’elle faisait était juste et nécessaire, tandis que moi j’avais oublié pour quelle raison j’étais là et, pour sûr, j’étais là uniquement parce qu’elle y était.

Les petits ne savent pas ce que cela veut dire « hier », « avant-hier », ni même « demain », pour eux tout est ici et maintenant : ici c’est cette rue, cette porte, ces escaliers, ici c’est cette maman et ce papa, ce jour et cette nuit. 

Nous ne faisions pas confiance à la lumière qui éclairait les pierres, les immeubles, la campagne, les gens dehors et chez eux : nous devinions qu’elle dissimulait des angles noirs, des sentiments réprimés mais toujours à la limite de l’explosion.

Mais je le faisais sans conviction – j’ai fait beaucoup de choses ainsi, dans ma vie, sans conviction, et je me suis toujours sentie comme détachée de mes propres actions.

C’était la vie, un point c’est tout : et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.

Sa vitesse de réaction tenait du sifflement, du jaillissement et de la morsure fatale. 

Au cours de notre dernière année de primaire, la richesse devint notre idée fixe. Nous en parlions comme on parle, dans les romans, de la recherche d’un trésor. Nous nous exclamions : quand on sera riches, on fera ceci, on fera cela ! À nous entendre, on aurait dit que la richesse était cachée quelque part dans le quartier, dans des coffres qui, une fois ouverts, s’illuminaient, et qu’elle attendait simplement que nous la trouvions. Puis, je ne sais pourquoi, cela changea, et nous commençâmes à associer les études à l’argent.

« C’est pourtant bien, murmurai-je, de discuter avec les autres.
— Oui, mais seulement si tu parles à quelqu’un capable de te répondre. »

Cette année-là j’eus l’impression de me dilater comme de la pâte à pizza. Je devins de plus en plus ronde –  ma poitrine, mes cuisses, mes fesses.

— Si on n’essaie pas, rien ne change jamais. »

Ce qui devait changer, selon elle, c’était toujours la même chose : de pauvres nous devions devenir riches, et alors que nous n’avions rien nous devions arriver à tout avoir.

Ainsi donna-t-elle des motivations concrètes et des visages familiers au climat de tension abstraite que, depuis notre enfance, nous avions respiré dans notre quartier. Le fascisme, le nazisme, la guerre, les Alliés, la monarchie et la république, elle transforma tout en rues, immeubles et visages : Don Achille et le marché noir, Peluso le communiste, le grand-père Solara qui était camorriste, le père Silvio qui était un fasciste pire encore que Marcello et Michele, son père Fernando le cordonnier, mon père – tous, tous, tous, à ses yeux, étaient rongés jusqu’à la moelle par des fautes ténébreuses, c’étaient tous des criminels endurcis ou des complices consentants, c’étaient tous des vendus.

« Sans amour, non seulement la vie des personnes est plus pauvre, mais aussi celle des villes. »

J’aimais découvrir des rapprochements de ce genre, surtout s’ils concernaient Lila. Je reliais des instants et des faits éloignés les uns des autres, j’établissais des convergences et des divergences. À cette époque cela devint un exercice quotidien. Autant je m’étais sentie bien à Ischia, autant Lila s’était sentie mal dans la désolation du quartier ; autant j’avais souffert en quittant l’île, autant elle avait été de plus en plus heureuse. C’était comme si, par quelque vilain tour de magie, la joie ou la douleur de l’une impliquaient la douleur ou la joie de l’autre. Il me sembla que même notre aspect physique participait à ce jeu de balancier. 

Puis elle ajouta une phrase dont je me souviendrai toujours : « Greco, la beauté que Cerullo avait dans la tête depuis l’enfance n’a pas trouvé à s’exprimer : elle a fini entièrement sur sa figure, dans ses seins, ses cuisses et son cul. Mais ce sont des endroits où la beauté ne dure pas, et après c’est comme si elle n’avait jamais existé. »

Avec eux je ne pouvais rien utiliser de ce que j’apprenais au quotidien, je devais me retenir et d’une certaine manière me dégrader moi-même.

« Trop de mauvais romans chevaleresques, Lenù, font un Don Quichotte ; mais nous, avec tout le respect dû à Don Quichotte, on n’a pas besoin, ici à Naples, de nous battre contre les moulins à vent, ce ne serait que du courage gâché. Nous ce qu’il nous faut c’est des gens qui savent comment les moulins fonctionnent, et les font fonctionner. »

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One Reply to “Ferrante, Elena «L’amie prodigieuse» tome 1- «Enfance, adolescence» (2014)”

  1. Eh bien ici, nos avis divergent. Pour moi, ce roman est une belle chronique sociale dans l’Italie des années 50. Mais pour le reste… J’ai eu du mal à m’attacher aux personnages et à entrer dans l’histoire où il se passe, au final, très peu des choses. Quant aux sentiments qui lient Elena et Lila, je ne suis pas vraiment certaine qu’il s’agisse d’amitié. Je lirai peut-être un jour la suite mais pas dans l’immédiat.

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