De Giovanni, Maurizio «Des phalènes pour le commissaire Ricciardi» (RL2020)

De Giovanni, Maurizio «Des phalènes pour le commissaire Ricciardi» (RL2020)

Auteur : Banquier, il remporte en 2005 le prix national Tiro Rapido avec la nouvelle I vivi e i morti (Je vis et je meurs) qui servira de base au L’Hiver du commissaire Ricciardi (Il senso del dolore. L’inverno del commissario Ricciardi), publié en 2007. Depuis, auteur de plusieurs romans policiers se déroulant à Naples, il partage un temps sa vie entre ses occupations professionnelles à la banque et l’écriture. La série ayant le commissaire Ricciardi pour héros compte une dizaine de titres.
Il est également devenu commentateur des grands journaux nationaux et de productions au théâtre. Grand sportif et partisan de l’équipe de football de Naples, il publie plusieurs ouvrages sur son équipe. Il travaille maintenant pour des journaux de sa ville natale et est régulièrement invité par le réseau des sports de la Rai.
En 2012, il fait paraître La Méthode du crocodile (Il metodo del coccodrillo), lauréat du prix Scerbanenco et premier roman d’une série consacrée aux enquêtes du commissaire Lojacono. En janvier 2017, la Rai 1 diffuse I bastardi di Pizzofalcone, une mini-série en 6 épisodes réalisée par Carlo Carlei, avec Alessandro Gassmann dans le rôle du commissaire Lojacono.

Série : Commissaire Ricciardi (Naples 1931) –
Page sur la série Les enquêtes du Commissaire Ricciardi : (voir article

Editions Rivage/Noir – 07.10.2020 –393 pages – Anime di vetro. Falene per il commissario Ricciardi (2015) – traduit par Odile Rousseau

8ème enquête

Résumé : Traversé par une crise existentielle, le commissaire Ricciardi se sent découragé face à la vie. Le bonheur lui semble aussi insaisissable que les indices du crime sur lequel il doit néanmoins enquêter. La belle et hautaine Bianca, comtesse de Roccaspina, implore Ricciardi de rouvrir une affaire classée. Dans l’atmosphère tendue de l’Italie des années 1930, où Mussolini et ses voyous fascistes surveillent la police de près, une enquête non autorisée est un motif de licenciement immédiat.
Mais la soif de justice de Ricciardi ne connaît pas d’apaisement.

Mon avis :

Mais qu’il est difficile d’aimer et de repousser à la fois… Comme je l’attends avec impatience, ce rendez-vous annuel avec Ricciadi, Enrica, Maione, le docteur Moro et les autres dans la Naples des années 30, dans laquelle sévissent les polices secrètes du fascisme. La fidèle Rosa est morte et Ricciardi est totalement déboussolé. Il a en quelque sorte perdu son port d’attache.
Alors qu’il tente de se persuader qu’il n’est pas possible d’envisager d’offrir le bonheur à quelqu’un, qu’il ne pourra jamais vivre normalement, qu’il n’a pas le droit de laisser parler son cœur, il accepte d’enquêter officiellement sur la mort d’un triste individu, tué par le comte Romualdo Palmieri di Roccaspina. C’est là que fait son entrée Bianca, comtesse de Roccaspina.
Ricciardi semble traverser la période la plus difficile de sa vie : Rosa n’est plus là, Enrica s’éloigne, et Livia lui complique sérieusement la vie. (Rien qu’à lire cette phrase vous comprendrez qu’il faut impérativement lire la série dans l’ordre)
Ode à la ville de Naples au mois de septembre, ce livre est comme les précédents un livre qui parle de désespérance, de lueur d’espoir, d’amours impossibles. Alors oui, il y a l’enquête, mais c’est principalement un livre sur les rapports humains, sur la passion, l’amour fou.
Et toujours cette écriture magnifique, cette poésie en prose… dans un monde où s’approcher trop prêt de la flamme fait qu’on se brûle les ailes…
En bruit de fond, une musique, une chanson, mais surtout une histoire portée par des notes et des émotions et en toile de fond la mer couleur azur…
Les âmes de verre, si fragiles, vont-elles survivre à cette enquête ? Leur éclat continuer a-t-il à scintiller de mille feux ? Ou alors finiront elles brisent en mille éclats de verre ?
Et une fois de plus un coup de cœur …
Je suis décidemment amoureuse des auteurs de gialli italiens qui nous offrent des personnages d’enquêteurs humains, confrontés à leurs failles et qui se fondent dans les régions qu’ils incarnent (Maurizio de Giovanni, Valerio Varesi, Antonio Manzini, Ilaria Tuti, et d’autres aussi comme Marco Vichi, Luca D’Andrea que je découvre…)

Extraits :

La solitude qu’il avait connue depuis l’enfance était un subtil et permanent malaise, le souvenir d’une souffrance qui remontait continuellement à sa conscience pour troubler une existence qui ne serait jamais normale.

Tu es toujours inquiet, et quand tu n’es pas inquiet, tu t’inquiètes de ne pas être inquiet. C’est dans ta nature. Tu es fait comme ça.

Trop réservé, taiseux, toujours triste, jamais familier avec qui que ce soit ; dans cette ville arriérée et superstitieuse, il s’était fait la réputation de porter le mauvais œil, et on le fuyait comme la peste.

il avait besoin de rester seul avec ses pensées. Pour se souvenir. Le travail ne le réconfortait pas, et la présence de personnes, même les rares pour lesquelles il avait de l’amitié, n’était pour lui que dérangement.

J’ai une âme de verre […]. Fragile et transparente, prête à accueillir quelque chose de beau et de coloré, mais aussi à se briser en mille morceaux.

Et je ne te vois même pas, maintenant, assise près de moi, répéter de façon obsessionnelle un message d’adieu, comme le font les âmes mortes que je croise dans la rue, qui hurlent ou susurrent les fragments d’une pensée que la mort a brisée, qui chantent leur refrain de douleur. Un chœur immense pour un seul spectateur : ma folie.

Les âmes des ruelles sont en verre, on y voit au travers.

Et je sais que, s’il y a une chose dont il faut se méfier, dans cette ville, ce sont bien ces nuits de septembre. Et des rêves qu’elles apportent.

elle avait lu que les rêves étaient le prolongement des préoccupations de la journée. Une partie du cerveau continuait à réfléchir pendant le sommeil et transformait les pensées en images. Rien de plus simple.

On ne peut cuisiner qu’avec le cœur. Vous ne le saviez pas ? Uniquement avec le cœur. Vous voyez ?

Rien de mieux que l’air de septembre pour décoiffer les rêves et ébouriffer les sentiments. Rien de mieux que l’air de septembre pour remettre en cause toutes les certitudes.
Rien de mieux.
Et rien de pire.

Dans ce bel après-midi de septembre, le vacarme de la ville semblait un lointain souvenir. La mer se préparait pour le soir en endossant un vêtement d’un bleu plus soutenu, qui évoquait le papier dans lequel on enveloppait le sucre, et le ciel abritait plusieurs nuages innocents qui permettaient de le distinguer de la masse d’eau étendue au-dessous de lui.

Combien septembre ressemblait à juin, pensa Ricciardi ; la différence se trouve dans les perspectives à venir.

Il existe un moment dans la nuit qui fonctionne comme un diaphragme. Il n’est pas le même pour tout le monde, bien sûr. Il se produit lorsque le territoire de la conscience devient flou, comme lorsqu’on se promène par une aube d’hiver à travers la campagne et que le brouillard dissimule le paysage au milieu des rêves.
À ce moment-là, les peurs se frayent un chemin au milieu des décisions et les effritent, pierre par pierre, pour construire les rêves qui, au matin, s’évaporeront en silence.

Je me passerai de toi comme j’ai appris depuis longtemps à le faire, quand j’ai découvert que l’homme que tu paraissais être n’était qu’un mensonge paré du visage que je croyais aimer. Parce que, ce que je ne peux pas te pardonner, c’est d’être parti en me laissant le souvenir de ton visage actuel, détruisant les images que je gardais de notre jeunesse.

Puis la conscience se recroqueville dans la nuit. Et cède le pas aux rêves confus.
Et aux cauchemars désespérés.

Tu ne sais que juger, tu es froide comme le marbre, enterrée avant même d’être morte.

C’est seulement que j’enrage quand je n’arrive pas à déchiffrer des sentiments, ça m’empêche de comprendre ce qui fait se mouvoir les êtres humains.

Les histoires naissent, vieillissent et meurent, comme les êtres humains.

Une possibilité de bonheur, même à travers la souffrance, vaut beaucoup mieux que la certitude du malheur.

 

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