Manzini, Antonio «07-07-07» (2020)

Manzini, Antonio «07-07-07» (2020)

Auteur : né le 7 août 1964 à Rome, est un acteur, un réalisateur, un scénariste et un écrivain italien. Comme auteur de roman policier, il est notamment connu pour sa série de romans consacrés au commissaire Rocco Schiavone. Antonio Manzini grandit à Rome. Il suit les cours de l’Académie nationale d’art dramatique de la ville et débute comme acteur au théâtre.

À la fin des années 1990, après s’être essayé à la réalisation, il prolonge sa carrière d’acteur à la télévision et au cinéma, s’imposant notamment dans plusieurs séries télévisées à succès en Italie. En 2004, il écrit avec Niccolò Ammaniti le scénario du giallo Il siero della vanità d’Alex Infascelli, travail qui marque le début de sa carrière d’écrivain et de scénariste.

Il publie en 2005 son premier roman, Sangue marcio. En 2008, il collabore à nouveau avec Ammaniti pour l’adaptation de son roman Comme Dieu le veut (Come Dio comanda) pour le cinéma qui devient sous la caméra de Gabriele Salvatores le film Come Dio comanda (film) (it). En 2013, il participe à l’écriture du scénario de la comédie I 2 soliti idioti (it) d’Enrico Lando (it). Il signe également plusieurs épisodes de séries télévisées

La même année, il imagine le personnage de Rocco Schiavone dans le roman policier Piste noire (Pista nera). Commissaire (ou sous-préfet) de police à Rome, il est sanctionné et muté à Champoluc, un village de montagne situé dans la vallée d’Aoste. Pour sa première enquête, il doit résoudre le meurtre d’un homme inconnu retrouvé écrasé sous une dameuse. Succès critique et public en Italie, ce livre marque le début de plusieurs romans consacrés aux aventures de Schiavone.

En France, ce premier titre est traduit par les éditions Denoël dans la collection Sueurs froides en 2015.

Série : Commissaire Rocco Schiavone – tome 5

Tome 1 « Piste noire » (Pista nera ) (Folio policier n° 792- 2016 304 pages) – Tome 2  : « Froid comme la mort » (La costola di Adamo )(Folio policier 832, 2017, 304 pages ) – Tome 3  : «Maudit printemps» (Non è stagione ) – Tome 4  «Un homme seul » (Era di maggio) – Tome 5  «07-07-07» (07-07-07) – Non traduit Pulvis et umbra (2017)

Denoël -Collection Sueurs Froides – 04-11-2020 Tome 5 – 387 pages –

 Résumé : Rocco Schiavone est le genre de sous-préfet romain qu’on adore détester : mine grincheuse, ton sarcastique et langage fleuri. Dans cet épisode, il se promène dans son passé, déambule dans la Ville éternelle qu’il connaît par coeur, fréquente quelques malfrats et fume des joints, de préférence le matin. Sa femme n’est pas encore devenue le fantôme de ses remords : elle est vivante, passionnée par son travail, dévouée à ses amis.
Jusqu’à ce fatidique 7 juillet 2007, jour de sa disparition. Une enquête haletante de Rocco Schiavone qui ravira les amoureux du commissaire Montalbano, de l’Italie et des polars à l’humour grinçant.

Mon avis : Un rendez-vous avec Rocco Schiavone est un rendez-vous que j’attends toujours avec impatience et je ne suis jamais déçue. Celui-ci ne fait pas exception. Ce flic atypique, avec sa fidélité indéfectible à ses amis d’enfance qui sont bien loin de son univers de policier, qui fume des joints et est une vraie nature est un vrai personnage comme je les aime.
Cette fois ci, il nous entraine à Rome, faire revivre son passé, du temps où il était marié avec Marina. Comme je lis cette série d’avantage pour les personnages que pour l’enquête (que celle si ne soit pas inexistante et soit bien ficelée) j’ai apprécié que l’auteur soulève le voile sur la vie du sous-préfet avant son arrivée à Aoste.
Ce roman nous explique comment la vie de Rocco a basculé en quelques secondes, nous parle de sa vie d’avant, nous explique pourquoi il en veut à la terre entière, pourquoi solitude et désenchantement sont tellement ancrés dans sa vie présente. C’est une sorte de bilan de sa vie passée, qui est bouleversant. Du grand Manzini.
Un conseil : lisez-les dans l’ordre !

Extraits :

Son père avait été pauvre toute sa vie, mais jamais il ne s’était sali les mains, sauf d’encre. Lui, il les avait répugnantes.

Il était chaussé d’une paire de sandales en plastique et avait les pieds tordus. Il n’évoqua pas un animal à Rocco, mais un vieil olivier oublié dans un champ.

Il savait que ce n’était pas la bonne manière de commencer un interrogatoire, mais trop d’années de rue et de pavés lui avaient appris que qui se comporte en agneau se fait manger par les loups.

Au début, y sont trois parce qu’ils sont copains… Bon en vrai des mousquetaires il y en a plein, mais on parle que de ces trois-là qui s’appellent Athos, Porthos et Machin, là… Aramis. D’Artagnan arrive après, il les défie tous et au lieu de le tuer ils le font entrer dans leur groupe. Mais seulement à la fin. Au début, d’Artagnan est un pauvre loser. Voilà pourquoi ça s’appelle Les Trois Mousquetaires. Si ça s’était appelé Les Quatre Mousquetaires, on saurait déjà la fin, non ?

À Rome, changer de quartier, c’est comme changer de pays. Trastevere est à des années-lumière de corso Trieste, de même que l’EUR est aux antipodes de Flaminio.

Tous deux firent non de la tête, pareils aux chiens que l’on mettait autrefois sur la plage arrière des voitures.

Il essaya de penser à l’affaire. Mais ses pensées migraient comme des oiseaux.

Ils avaient tout partagé. La pauvreté, le deuil et la joie, les joints et les cigarettes, les filles et le mariage. Sebastiano était l’ours, lent, colérique, rancunier et poilu. Furio était le guépard, rapide, alerte, vigilant, généreux. Brizio était le lévrier afghan, beau, avec tous ses cheveux là où il faut, loyal, fidèle et con comme pas un.

J’ai eu un père absent qui aurait mieux fait de le rester quand il était présent, et une mère présente qui aurait mieux fait d’être absente.

Je voudrais un ami. Un seul, ça me suffirait pour cette soirée si tendre qui me tue et m’empêche de respirer. Les belles choses sont réservées à ceux qui ont déjà la beauté en eux. Je crois que j’en suis exclu pour toujours.

Qu’est-ce que je fais, maintenant ? Qu’est-ce que je fais ? Regarde cette maison. Froide. Froide en juillet. Je devrais allumer la lumière, me préparer à manger, aller me coucher, me réveiller demain et le jour d’après, et le jour d’après encore. Pendant combien de temps ? Jusqu’à quand ? Pour peu que je dorme. Parler aux objets, c’est moche. Toi, par exemple, tu es un pinceau, un vieux pinceau plein de goudron, tout filasse, bon à jeter. Pourquoi tu n’es pas dans la boîte noire là-bas, dans le bureau ? Comment les objets qu’on croit avoir jetés font-ils pour réapparaître comme si de rien n’était ?

Je t’avais dit que tous les objets que tu y vois sont sans vie. Parce qu’ils ont perdu la chaleur que leur donnait la proximité des êtres humains.

— C’est la vie, Rocco. Il faut continuer à la vivre !
Voilà. C’était sa voix. Je l’ai reconnue. Tu l’as entendue, Lupa ? C’était elle. C’était elle. Sens-moi cet air. Ce parfum. Ce sont des fleurs ? Elles sont fortes, les fleurs. Chaque année, elles ressortent comme si de rien n’était, comme si elles n’avaient pas pris des coups et du gel pendant des mois et des mois. Tu les retrouves là, exactement comme l’année d’avant, et tu les retrouveras l’année suivante. Et quand elles s’en vont, elles laissent au sol des pétales colorés. Et nous ? Tu le sais, Lupa ? Tu sais ce qu’on laisse ? Une touffe de cheveux blancs emmêlés à balayer dans un appartement vide.

 

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