May, Peter «Quarantaine» (2021)

May, Peter «Quarantaine» (2021)

Auteur :  Né le 20 décembre 1951 à Glasgow, Peter May a été journaliste, puis brillant et prolifique scénariste de la télévision écossaise. Il vit depuis une dizaine d’années dans le Lot où il se consacre à l’écriture. Sa trilogie écossaise – L’Île des chasseurs d’oiseaux, L’Homme de Lewis et Le Braconnier du lac perdu –, initialement publiée en français par les Éditions du Rouergue, a conquis le monde entier. Saluée par de nombreux prix littéraires, toute son œuvre est disponible aux Éditions du Rouergue.

Pour mes commentaires de ses livres : voir dans la liste des auteurs (M-Q)

Rouergue – 10.03.2021 – 320 pages (traduit de l’anglais par Ariane Bataille)

Résumé :
Qui aurait pu imaginer une chose pareille ? Le domaine centenaire d’Archbishop’s Park, en plein coeur de Londres, défoncé au bulldozer pour y bâtir de toute urgence un hôpital. Alors qu’une épidémie sans merci a séparé la capitale britannique du reste du monde, alors que le Premier ministre lui-même vient de mourir, un ouvrier découvre sur le chantier ce qu’il reste du corps d’un enfant.
Des ossements qui ne datent pas du temps des archevêques. MacNeil, l’homme qui a décidé de quitter la police, qui vit ses dernières heures dans la peau d’un flic, est envoyé sur les lieux. C’est lui, le policier désabusé, qui va devoir remonter la piste d’une machination abominable, dans une ville en butte aux pillages et où les soldats en patrouille font la loi. Et alors qu’il apprend que son fils unique, Sean, est contaminé à son tour, n’ayant qu’une chance infinie d’en réchapper.
Lorsqu’il a écrit ce roman en 2005, Peter May était loin de penser qu’un jour la réalité se rapprocherait autant de la fiction. Publié quinze ans plus tard en Grande-Bretagne, en plein confinement, Quarantaine a fait l’événement. C’est aussi, tout simplement, un roman policier qu’on ne peut pas lâcher. Sa trilogie écossaise (L’île des chasseurs d’oiseaux, L’Homme de Lewis et Le Braconnier du lac perdu), initialement publiée en français, a rendu Peter May célèbre dans le monde entier.
Toute son œuvre, couronnée de nombreux prix et traduite dans près de trente langues, est disponible aux Editions du Rouergue.

Mon avis :
Je ne résiste pas à un Peter May, même si je préfère nettement ceux qui sont baignés dans l’ambiance écossaise.
Et nous voilà plongés dans l’ambiance si particulière d’une ville, d’un pays confiné suite à une épidémie… Pas besoin de vous décrire l’ambiance de la ville fantôme, sauf peut-être de préciser que dans certains endroits du Londres de ce roman, on risquait de se faire tirer dessus si on essayait de pénétrer dans certains quartiers…  Le côté interessant de ce livre c’est de se dire qu’il a été imaginé 15 ans avant la Covid19 : et ma fois il y a certaines scènes et ambiances qui collent bien à notre expérience récente. Mais son imagination a dépassé la réalité avec une épidémie qui touchera 25% de la population dont 80% trouveront la mort.
Difficile pour MacNeil de mener l’enquête dans des circonstances spéciales et pénibles :  dernier jour de travail et avec son fils à l’article de la mort.  Cela ajoute une dimension supplémentaire : le stress de se battre contre la montre. Il doit impérativement boucler l’enquête avant de redevenir simple civils.
Une fois de plus une des raisons pour lesquelles j’aime cet auteur c’est que j’aime toujours ses personnages. Il y a MacNeil, un Highlander taciturne, presbytérien, engoncé dans les principes de son éducation ; Amy, une légiste qui a perdu l’usage de ses jambes dans un accident ; et les autres, qui réagissent de manière totalement spontanée et en défiant toute logique. Et un petit plus pour la dénonciation du racisme anti-asiatique au passage.

Une lecture sympa, pas de la qualité de la trilogie écossaise, pas un coup de cœur, mais très honnête et j’ai passé un bon moment.

Extraits :

– Vous savez, quand j’ai débarqué de Glasgow à la Met, il y a trente ans, je croyais vraiment avoir laissé derrière moi les cow-boys de votre acabit. Les gens sont mieux élevés ici, vous voyez ce que je veux dire ?
– Oui, ils vous menacent plus poliment.

– Alors autant cesser de vivre tout de suite, parce que de toute façon, on mourra un jour. Et si on ne profite pas de la vie tant qu’on le peut, on mourra sans avoir vécu.

l’île aux Chiens alors qu’en fait ce n’était qu’une presqu’île dans un méandre de la Tamise. Maintenant, il se rendait compte que cette petite péninsule était effectivement coupée de la rive nord par un réseau de quais et de bassins construits pour desservir ce qui, jadis, avait été le port le plus actif du monde.

– Comment peux-tu savoir à quoi ressemblait un visage juste à partir des os ? Tous les crânes se ressemblent, non ?
– Comme tous les Chinois ?

Il avait du mal à imaginer leur vie mais, bien qu’il ne puisse pas les voir, il sentait leur peur. Elle planait dans l’air, dans leur silence, dans cette absence totale de manifestation de vie humaine.

Le Bon, la Brute et le Truand. On ne sait jamais quelles répliques vont rester ancrées dans la tête d’un enfant. À un moment, Eli Wallach traite Eastwood de « Judas, traître, espèce de salaud ». Le lendemain, en jouant à se battre avec son père, Sean lui avait crié : « Jus d’arête, fesse de chameau ! »

En réalité, c’était juste une manière de différer les nouvelles que ni l’un ni l’autre ne voulaient entendre. L’ignorance laisse la place à l’espoir.

Très écossais, très presbytérien. On pouvait ressentir de l’affection pour quelqu’un, mais on ne devait surtout pas le montrer.

Le chagrin avait le pouvoir de transformer les gens, de les traumatiser à vie.

– Sean est l’équivalent irlandais de John, mais je préfère Jack.

On s’y habitue. Toute ma vie on m’a traitée de « chinetoque », parfois de « bridée ». Ou pire.

Au Moyen Âge, le site de Battersea Power Station était connu sous le nom de Battersea Fields, un lieu fréquenté par les vagabonds et les individus louches. Dans les années 1800, il servait au tir au pigeon et aux foires agricoles.

Il en avait l’habitude. C’est toujours la faute de la police quand les gens qu’on aime ont des ennuis.

Drôle, non ? Comme on peut se mettre à vouloir quelque chose juste au moment où ce n’est plus possible.

Il trouvait extraordinaire que des gens puissent avoir envie de sortir faire la fête malgré les dangers mortels que présentaient à la fois la contamination et les rues transformées en zones de non-droit par lesquelles ils devaient circuler après le couvre-feu. Sans parler du fait que c’était illégal.

Tout lui échappait. Sa vie, la ville, son boulot, cette enquête. Il avait l’impression d’être le jouet d’une vague d’évènements sur lesquels il n’exerçait aucun contrôle.

Un infime accroc dans le code génétique déterminait le cours d’une vie, séparait l’intelligent de l’idiot, le beau du laid.

Si elle avait vu le jour dans une province rurale chinoise déshéritée, elle aurait pu se retrouver dans un orphelinat, comme des millions de petites filles. Abandonnée à la porte d’un poste de police par ses parents afin qu’ils puissent encore essayer d’avoir un garçon.

Quelle tristesse que tout le reste – sa personnalité, son intelligence, son caractère – ait été gâché par un défaut physique. Quelle tristesse d’être jugé sur l’apparence plutôt que sur l’essence.

Pourquoi les médecins parlaient-ils toujours en votre présence comme si vous n’étiez pas là ? Peut-être le considérait-elle déjà comme un cadavre.

 

Coté vocabulaire :
Le colliculus supérieur : Les colliculi (singulier : colliculus ; du latin, signifiant « mont », « colline ») ou tubercules quadrijumeaux sont quatre petites masses arrondies de l’encéphale humain, situées sur la face postérieure du mésencéphale, la partie supérieure du tronc cérébral.
Le colliculus supérieur (pluriel : colliculi supérieurs) est une structure sous-corticale bilatérale, située sur le toit du mésencéphale. Le terme colliculus supérieur est généralement utilisé pour les mammifères et le terme tectum optique pour les autres animaux vertébrés.
la cassure antigénique : C’est ce qu’on appelle une mutation majeure et abrupte d’un virus de la grippe A. Ce n’est pas fréquent, mais quand ça arrive, un nouveau sous-type de grippe A apparaît, produisant de nouvelles hémagglutinines et neuraminidases qui contaminent les humains. La plupart d’entre nous sont peu ou pas du tout protégés contre elles.

One Reply to “May, Peter «Quarantaine» (2021)”

  1. Comme toujours, Peter May nous tient en haleine avec ce roman… Surtout au vu de notre situation actuelle…
    Petit bémol pour moi : trop de précisions dans certains passages tels que « il prit la direction du sud, longea ensuite Petonville Road vers l’ouest puis tourna dans Euston Road » quand on ne connaît pas du tout Londres et que de tels passages deviennent un peu redondants, on a l’impression que c’est écrit pour allonger l’histoire…
    Sinon c’est glaçant de lire une telle histoire, même si ici, la pandémie est circonscrite dans la capitale londonienne et non dans le monde entier.
    Et imaginer que certainement « on ne nous dit pas tout » mais ceci est un autre débat…
    Et aussi la fin laisse un peu sur sa faim

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