Auci, Stefania « Les lions de Sicile » – La Saga des Florio (2021)

Auci, Stefania « Les lions de Sicile » – La Saga des Florio (2021)

Autrice :
Née à Trapani mais Palermitaine de cœur, Stefania Auci est enseignante. Elle écrit depuis des années et a publié un roman historique en 2015, Florence, avant d’entreprendre la saga des Florio. Les Lions de Sicile est son premier roman traduit en français.

Albin Michel – 28.04.2021 – 554 pages – traduit par Renaud Temperini

Résumé : 1799. Paolo et Ignazio Florio quittent leur Calabre natale pour s’installer à Palerme. Passionnés, ambitieux mais pauvres et de modeste origine, les deux frères et leur famille n’aspirent qu’à une chose : se hisser parmi les puissants de la ville. C’est sans compter le mépris des palermitains qui voient d’un mauvais œil ces étrangers dont « le sang pue la sueur » . A force d’obstination et de volonté, les Florio, en se lançant dans le commerce d’épices, se frayent un chemin qui, un jour peut-être, leur donnera un empire.
Mais leur réussite ne les protège pas de drames plus intimes, car Paolo et Ignazio, pourtant unis comme les cinq doigts de la main, aiment la même femme… Succès phénoménal en Italie, bientôt adapté à l’écran par les producteurs de L’Amie prodigieuse, Les Lions de Sicile ouvre une fresque passionnée et tourmentée, à l’image de cette Italie du Sud qui en constitue le décor.

 

Mon avis : Magnifique saga que celle de la famille Florio. Romancée certes mais sur des bases historiques. L’autrice nous fait découvrir l’histoire de la Sicile et de Palerme à travers l’histoire de la famille Florio et de son parcours qui démarre à Bagnara en Calabre en octobre 1799 pour nous conduire en Sicile jusqu’à l’automne 1868. Le parcours de la famille nous fera découvrir le commerce des épices, de la soie, du quinquina, du soufre, de la dentelle, du thon …
La destinée de cette famille est juste fascinante et la manière dont elle nous est racontée est vivante et rend hommage à l’esprit de conquête de cette dynastie Florio. Et le cœur de la Sicile vivre à l’unisson avec cette famille, Palerme se développe, les événements historiques la secouent et c’est à la fois une merveilleuse aventure historique et humaine.
Des personnages forts (hommes et femmes), intransigeants, mais laissant entrevoir des failles et des faiblesses. Le trait de caractère commun à tous les personnages une volonté sans faille, un orgueil démesuré, une détermination que rien ne vient arrêter et pour les hommes de la famille l’obsession de ne pas être étiqueté à vie comme «l’homme de peine,  le gars de Bagnara » mais de devenir des notables, des hommes respectables, unis à des familles nobles. Des êtres d’une seule pièce, passionnés, implacables, qui n’oublient rien et ne pardonnent pas,  savent se montrer reconnaissants, mais qui doivent faire attention à inspirer le respect et pas uniquement la peur.
Tous les sujets de la vie sont abordés : les relations familiales, sociales, l’amour, l’ambition, les conditions des femmes, l’’importance des origines, de la classe sociale, de l’appartenance à un groupe, à une région, des racines, le poids de la calomnie, l’importance du lien familial entre générations, le poids des secrets et des non-dits, l’importance d’aimer et d’être aimé, la haine entre les différentes villes et provinces italiennes, et même siciliennes. Des êtres visionnaires, tournés vers le progrès, le futur., mais qu’il s’agit de tempérer un peu, d’humaniser… Il y a aussi cette tendance à vouloir que les enfants fassent ce que nous n’avons pas réussi à faire, sans se soucier de leurs aspirations personnelles, obliger les « héritiers » à continuer l’œuvre des générations précédentes, selon les règles et les traditions.
Les Florio se voient comme un arbre dont les racines sont leurs membres et leurs attaches, les branches leurs entreprises, et sur lequel le lierre s’attache, pour les coloniser, s’accrocher à eux, vivre sous la protection de leur frondaison ; un arbre qui plie mais ne rompt pas, qui croit droit, toujours plus haut, toujours plus développé.

Extraits :

Le tremblement de terre est un sifflement qui naît sur la mer et s’enfonce dans la nuit. Il s’enfle, s’accroît, se transforme en un grondement qui lacère le silence.

Le souvenir de sa mère est une rafale de vent dans la nuit.

Ils sont comme l’eau et l’huile, ces deux-là : on peut toujours les verser dans le même bol, ils ne se mélangeront jamais.

C’est ça, le mariage, non ? Porter à deux le poids de l’existence.

« La vie n’y est pas facile, je dois le reconnaître. C’est une ville ingrate, pire qu’une femme. Elle commence par vous flatter, mais après… » Il avait fait un geste avec son index et son pouce. « Beaucoup de promesses pour presque rien.

D’après lui, les gens comprennent qui tu es à la façon dont tu leur parles, mais si tu es mal habillé, ils ne t’écoutent pas.

Il a conservé un seul objet de l’ancienne boutique : la balance de précision que son frère avait utilisée dès le premier jour.
Elle lui sert à se rappeler qui il est et d’où il vient.

Il observe sa bibliothèque, les dos en cuir des livres, leurs tranches dorées, les étagères, les portes vitrées. Tout y parle de sa vie, depuis les ouvrages en anglais jusqu’aux traités scientifiques, en passant par les manuels d’ingénierie mécanique. Pour lui, produire a toujours signifié construire.

Personne n’avait réussi à empêcher le retour des Bourbons, les Siciliens étaient trop divisés. Palerme détestait Messine ; Trapani, alliée de Messine, haïssait Palerme ; Catane faisait bande à part. Les habitants de l’île pouvaient s’enorgueillir de posséder le plus ancien parlement du monde, mais ils avaient amplement prouvé leur incapacité à s’en servir. Un seul sentiment les unissait : la haine de tout ce qui se situait « au-delà du phare », de l’autre côté du détroit de Messine.

Il a la sensation d’étouffer, d’être un animal pris au piège. Il n’a jamais été aussi conscient qu’à ce moment-là d’appartenir à une famille.

La seule chose que tu doives leur jeter à la figure, c’est l’argent que tu gagnes, la preuve matérielle de leur échec. Les coups de poing, c’est bon pour les déchargeurs du port. N’oublie jamais de laisser les faits parler à ta place.

– Le calme et la maîtrise de soi, tout est là. J’ai ignoré les médisants pendant des années, mais je n’ai rien oublié. » Il se touche le front. « Tout est noté là-dedans. J’ai gardé le souvenir de tout ce qu’on m’a infligé. Mais il ne faut montrer sa colère en aucune circonstance, sinon, on commet les pires bêtises. Ces gens raisonnent avec leurs tripes, et nous avec notre cerveau.

La loi de l’existence est aussi inéluctable que le cycle des saisons : chacun porte en soi la marque de ses propres souffrances.

Certains attachements sont ainsi : ils grandissent d’abord en vous sans se faire remarquer ; un beau jour, ils deviennent irrépressibles ; et ils durent ensuite toute une vie.

Ils conserveront jusqu’à la fin de leur existence le souvenir des paroles muettes qu’ils échangent alors.

Les traditions, la prudence, d’accord. Mais il faut aussi vivre avec son temps.
– En gardant toujours un œil sur le futur. »

Son village est devenu un lieu enfoui dans sa mémoire, où elle a confiné des rêves et des désirs abandonnés pour toujours.

À Palerme, en mai, les crépuscules donnent un avant-goût de l’été ; mais ils ne se laissent pas admirer aussi longtemps que pendant cette saison ; le soleil ressemble plutôt à un fugitif, pressé de quitter les montagnes pour rejoindre la mer ; aussitôt après, le monde plonge dans la nuit.

Comment a-t-elle pu vieillir autant ? Quand cela s’est-il produit ? Que fait donc la vie aux êtres humains, pour laisser de telles traces sur leur peau ?

En vieillissant, on aimerait ralentir l’écoulement du temps ; mais il ne vous obéit pas. Alors, on s’attache aux objets. Tant qu’ils existent encore, on existe aussi. Le spectacle de la vie qui s’en va, goutte après goutte, n’a rien d’agréable.

On aurait presque l’impression que Palerme reste passive, simple spectatrice des événements. En réalité, elle n’est qu’endormie. Sous sa peau de sable et de pierre, son cœur continue de battre et son cerveau de formuler des pensées secrètes qui se diffusent ensuite parmi ses habitants.

Le rideau de fumée qui s’exhale du cigare devient à la fois un écran à travers lequel les deux duellistes s’observent et un filet qui retient des non-dits.

Si une personne est ta raison d’exister, aucun obstacle ne sera infranchissable. Mais si vivre aux côtés de quelqu’un est une obligation, ou pire encore une corvée, alors il vaut mieux renoncer.

 

Information Vocabulaire :

Dracena : Le nom de dracena vient du grec « drákaina », ou « dragon femelle ». Il fait allusion à la résine du dracaena draco ou dragonnier des Canaries, dont la couleur rougeâtre lui a valu le nom de « sang du dragon ». Cette résine est utilisée dans l’industrie de la peinture. Cette magnifique plante d’intérieur, connue également sous le nom de Dragonnier, possède de nombreux atouts ! Facile à entretenir elle dispose également d’une grande capacité de purification de l’air. Comme un poumon dans votre maison, la Dracéna saura vous apporter un bon bol d’air pur pendant de longues et belles années.

Emphytéose : Droit réel de jouissance sur le bien d’autrui, accordé par un bail de longue durée (18 à 99 ans) moyennant paiement d’une redevance modique.

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